Syllepse

  • Qu'est-ce que vous vous apprêtez à lire? Un ouvrage de science. Un livre d'art. Un bouquin d'expression populaire. Un manuel de survie. Un guide amoureux. Un manifeste politique. Un recueil de témoignages. Un annuaire. Un fanzine. Un atlas. Un dico. C'est une grosse boîte à outils et un foutoir à partager. Ça parle d'amour.
    Si vous êtes d'accord avec tout ce qui se dit dans ce livre, soit vous avez un problème, soit vous êtes plusieurs : il s'agit là d'un ouvrage pluriel dont les pages se valident et s'invalident les unes les autres. Les récits de vie, les raisonnements universitaires, les dessins bariolés, les pensées profondes arrivées sous la douche, les discours jargonneux, les imaginations mises à plat, les perspectives profanes et les compositions hétéroclites se côtoient, gaiement, sans aucune ligne éditoriale, si ce n'est le fil conducteur de l'amouuuuur !
    Les contributions qui composent ce livre n'ont été soumises à aucun comité de validation. Il y a pourtant bien eu une sélection, une sélection sociale: un appel à contribution a été diffusé non pas publiquement mais sous le manteau, par bouche à oreille. De cette manière, l'appel n'a gravité que dans des cercles culturels, sociaux et politiques très rapprochés. On pourrait alors parler d'entre-soi. Pourtant la somme de toutes ces contributions constitue un tout disparate, une série d'idées contradictoires et divergentes qui ne connaissent pas le consensus. C'est peut-être cela un véritable objet d'éducation populaire : non pas un manuel qui va nous éduquer mais plutôt un objet à étudier.

    Alors si vous lisez ce livre, changez votre regard sur le monde grâce à certaines pages, divertissez-vous avec d'autres, cultivez-vous avec celles d'après, déchirez-en certaines et utilisez les suivantes pour protéger vos rebords de fenêtres lorsque vous repeindrez les volets.

  • Le dossier de cette livraison est consacré à la prison. Il s'inscrit pleinement dans notre démarche : à la fois une revue syndicale, ouverte à tous les sujets et un outil de débat, donc où sont exprimées des idées parfois divergentes.
    Cécile Marcel, directrice de la section française de l'Observatoire international des prisons, dresse un état des lieux. Julien Gonthier et Florent Cariou évoquent la problématique du travail des prisonniers et des prisonnières : rémunération, conditions de travail, droit syndical, etc., tout est loin des règles applicables au dehors de la prison. La situation sanitaire connue depuis plus d'un an n'est pas sans conséquences : propagation du virus, confinement interdisant les visites. Des prisonnières et prisonniers de Muret et la revue L'Envolée racontent...
    En prison aussi, on oublie trop souvent les femmes. Leurs conditions de détention, les problèmes spécifiques qui sont les leurs sont ici traités à travers articles et entretiens, avec Barbara et avec l'équipe de Citad'elles, que nous devons à Élisabeth Claude.
    Deux entretiens, l'un avec Gwenola Ricordeau, l'autre avec Joël Charbit expliquent la revendication abolitionniste et la stratégie syndicale dans les combats des personnes détenues. Christian Mahieux retrace par ailleurs des luttes des prisonnières et prisonniers : Groupe information prisons, lancé en 1971 par Jean-Marie Domenach, Michel Foucault et Pierre Vidal-Naquet, Comité d'action des prisonniers, animé notamment par Serge Livrozet, et d'autres journaux/mouvements (Prisons, Otages, Rebelles...). Un autre entretien, cette fois avec un regret, Alexis Grandhaie, ex-secrétaire général de la CGT Pénitentiaire, n'a pas souhaité que nous reprenions son interview ; et les actuels responsables de cette structure n'ont pas répondu à notre sollicitation.
    La Coordination des prisonniers en lutte, active dans l'Espagne de la fin du franquisme, est évoquée par Daniel Guerrier. Interviewé par Nara Cladera, Josu Urrutikoetxea, militant basque, une des voix annonçant la dissolution de l'ETA en 2018, nous parle de la situation des prisonniers politiques, dans l'État espagnol et en France. Une illustration par Philippe Arnaud, avec Georges Ibrahim Abdallah, enfermé depuis trente-sept ans.

    Stéphane Bouchet apporte l'éclairage d'un syndicat organisant le personnel pénitentiaire. Plusieurs acteurs et actrices de mouvements associatifs et syndicaux abordent d'autres sujets :
    Tristan Renard, la psychiatrisation de la prison et la pénalisation de la psychiatrie ;
    Le GENEPI, la probatoire et la réinsertion ; Marion Bagnaud, les personnes détenues étiquetées «radicalisées» ; Karim Taharount, la double peine. Une présentation du Syndicat de la magistrature complète le panorama.

    Fil rouge depuis notre numéro du printemps, la Commune n'est (toujours) pas morte ; Patrick Le Moal interroge : Quelle justice en révolution ?

    Hors dossier, nous proposons trois textes :

    - une réflexion sur les tâches syndicales dans la période;
    - la reprise d'un écrit de Bernard Noël à propos du massacre d'État du 17 octobre 1961 ;
    - et enfin, sur l'initiative de François Préneau, la réédition d'un document de Robert Cruau traitant de tâches révolutionnaires en France... en 1943.

  • L'urgence écologique vue du Sud

    Bernard Duterme

    • Syllepse
    • 24 September 2020

    L'ampleur du désastre écologique, chiffrée à l'envi, sidère. Scientifiques et acteurs de la société civile auront mis cinquante ans à agiter les consciences, avant que l'évidence s'impose.
    Ses causes sont connues, enfin admises. Ou presque.
    Principaux responsables du gâchis environnemental, le productivisme et le consumérisme des grands producteurs et des gros consommateurs. Un mode d'exploitation séculaire de la nature, irresponsable, sans limites, mû par l'appât du gain et la logique de l'accumulation.
    Et dont les effets délétères s'accélèrent et réactualisent la sentence de Victor Hugo - « c'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches » -, la vulnérabilité des premiers étant sans commune mesure avec celle des seconds.
    Les pollueurs majeurs tardent à passer à la caisse, tandis que les secteurs populaires et les pays non industrialisés en font les frais.
    Comment les États du Sud, « émergents » ou « moins avancés », se positionnent-ils dans les négociations climatiques internationales ?
    Quelles politiques mener en vertu du principe des « responsabilités communes mais différenciées » ? Green Deal velléitaire ou System Change assumé ?
    Les concepts d'éco-impérialisme, de justice verte, d'écologie décoloniale convoqués par les mouvements qui, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, à rebours des opinions publiques, se mobilisent sur des enjeux environnementaux, apportent des réponses.
    Au carrefour des luttes sociales, des combats indigènes, du féminisme et des luttes multiples des peuples du Sud, la question écologique est devenue un prisme indispensable pour qui veut comprendre l'avenir et les possibles de l'humanité.

  • Impasses numériques ; points de vue du Sud

    Cédric Leterme

    • Syllepse
    • 19 March 2020

    Aujourd'hui, le «numérique» est partout.
    Du transport à l'alimentation en passant par la santé ou le logement, difficile de trouver une sphère d'activité qui échappe encore à son emprise. Du moins dans les pays du Nord.
    Au Sud, les progrès de la numérisation restent plus inégaux. Ils n'en posent pas moins question.
    D'abord, parce que les technologies numériques reposent sur une exploitation massive des ressources de la nature - ce qu'on appelle l'«extractivisme» - et une fuite en avant écologique dont le Sud est la première victime à l'échelle mondiale.
    Ensuite, parce que leur déploiement profite avant tout à une poignée de multinationales qui concentrent un pouvoir inédit grâce à l'exploitation de quantités toujours croissantes de «?données?».
    Enfin, parce que la gouvernance et l'infrastructure globales du numérique sont aujourd'hui dominées par le Nord et le secteur privé, avec à la clé de nouvelles formes de dépendance et d'exploitation. Mais les résistances s'organisent.
    Des États cherchent à promouvoir leur «industrialisation numérique» ou plus largement leur «souveraineté technologique».
    En parallèle, des mouvements sociaux défendent un usage démocratique, écologique et émancipateur du numérique, face aux instrumentalisations du capitalisme de plateforme, mais aussi de la surveillance étatique.

  • Payer pour réussir ? le marché du soutien scolaire

    Erwan Lehoux

    • Syllepse
    • 30 January 2018

    Une pratique massive et inégalitaire Les campagnes publicitaires des organismes comme Acadomia et Wall Street Institute ont fleuri dans les rames des métros parisiens ces dernières années. Ainsi le soutien scolaire payant s'expose-t-il au grand jour, lui qui demeurait jusqu'alors discrètement annoncé sur les comptoirs ou les vitrines des commerces de proximité. Cette question devient un problème public qui concerne l'école. D'une part, son dé ve lop pement semble exhiber les imperfections de l'école, no- tamment son incapacité à faire réussir tous les enfants.
    D'autre part, il n'est désormais plus possible d'ignorer que certaines familles mobilisent de plus en plus leur capital économique pour faire réussir leurs enfants à l'école. Cette pratique ouvre un nouveau champ, après celui exploré en leur temps par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron sur le rôle du capital culturel des familles dans la réussite de leur progéniture.
    Si le recours au soutien scolaire payant a nourri de nombreux articles de presse et reportages, si les pouvoirs publics ont commandé des rapports à son propos, rares sont les recherches menées en sciences sociales sur la question, à l'exception, dès les années 1990, des travaux pionniers de Dominique Glasman et des comparaisons internationales réalisées par Mark Bray pour l'Institut international de planification de l'éducation (IIPE, Unesco).
    Pourtant, la question est cruciale, car le recours au soutien scolaire payant risque fort d'être un facteur supplémentaire d'inégalités scolaires. Il convient donc de s'interroger. Dans quelle mesure sommes-nous confrontés à une pratique massive ? Quels sont les ef- fets des politiques incitatives, fiscales notamment ?
    Il existe une enquête plus récente, mais elle ne concerne que les élèves de sixième et les données ne peuvent donc être comparées aux précédentes. Les conclusions qu'elle permet de tirer sont plus nuancées en ce qui concerne les inégalités, peut-être en raison du fait que les familles les plus favorisées ont tendance à intensifier leur investissement scolaire au lycée.
    Aussi le soutien scolaire interpelle-t-il les pouvoirs publics dans la mesure où cette inégalité d'accès va à l'encontre du principe d'égalité des chances. Alors que la lutte contre les inégalités à l'école fait l'objet d'un certain consensus politique, le soutien scolaire marchand apparaît comme un obstacle à cet objectif.

  • Celle qui n'était pas sage

    Geneviève Legay

    • Syllepse
    • 5 December 2019

    Le 23 mars 2019, la France découvre Geneviève Legay, âgée de 73 ans, renversée par une charge de police et retrouvée au sol dans une mare de sang, place Garibaldi à Nice.

    Son nom traverse les frontières. Elle devient un symbole du mouvement des Gilets jaunes et de la répression policière tant dénoncée.

    Deux jours plus tard, dans sa précipitation pour minimiser les faits qui ont choqué le pays, le président de la République commet un mensonge en expliquant que «Geneviève Legay n'a pas été en contact avec les forces de l'ordre».

    Condescendant, il lui recommande en outre la «sagesse» dont Geneviève serait dépourvue. Quelques semaines plus tard, lors d'un déplacement aux États-Unis, il se croit obligé de revenir sur son cas en affirmant au détour d'une interview que Geneviève n'était certainement pas ce jour-là place Garibaldi pour faire ses courses...

    Eh bien non, elle n'était pas là par hasard et elle ne faisait pas ses courses... Elle était là pour exercer son droit à manifester et à contester les options gouvernementales.

    Depuis, Geneviève Legay a reçu des milliers de soutiens à l'échelle nationale et internationale, sous les formes les plus diverses.

    Depuis, les brutalités policières dont elle a été la victime prennent une tournure judiciaire?: le procureur de la République, trop prompt à disculper la chaîne de commandement de la police, est lui-même démenti par un rapport de la gendarmerie. Ce qui fit dire à l'avocat de Geneviève que «?soit le procureur n'avait pas connaissance de ce rapport et alors c'est une faute professionnelle, soit il en avait connaissance mais n'a rien dit et dans ce cas c'est une infraction pénale?» (Le Monde). Ce qui fait écrire à L'Express?: «Geneviève Legay?: le procureur de Nice a menti pour ne pas embarrasser Macron».

    Quant à Geneviève, sereine, elle déclare?: «Alors que mon pronostic vital était engagé, deux policiers ont tenté de me faire dire à l'hôpital que c'était un journaliste qui m'avait renversé et non un policier. [...] Si Macron vient à mon chevet, je lui fous deux gifles» (Geneviève Legay, Mediapart).

    Après une longue hospitalisation, on la retrouve à Hendaye à la fin du mois d'août où elle participe au contre-sommet altermondialiste contre le G7. À cette occasion, elle est sollicitée par des médias du monde entier.

    Mais qui est Geneviève? Quelle est son histoire? C'est ce que nous révèle cet ouvrage.

    Porte-parole départementale de l'association Attac, engagée dans diverses associations et partie prenante du mouvement des Gilets jaunes, c'est son parcours de vie et de combats que nous propose ce livre fait d'un long entretien en toute sincérité.

    On y découvrira l'étonnante énergie et la réelle sagesse dont fait preuve cette grand-mère et retraitée, fidèle à ses nombreux engagements et sans aucune ambition personnelle.

    Un témoignage émouvant et fort sur un parcours de vie et de combats. Une parole vraie et pleine d'humanité.

    Sur commande

  • Covid-19: un virus très politique

    Collectif

    • Syllepse
    • 24 April 2020

    Les catastrophes dites naturelles et les pandémies ont ceci en commun que leurs dimensions sociales et politiques jettent une lumière crue sur les failles et les inégalités d'une société. Aux maux qui s'abattent vient souvent s'ajouter une gestion désastreuse de la part des autorités publiques.
    Cet ouvrage éclaire les résistances, sur les cinq continents, à la gestion de la crise sanitaire par les gouvernements. Il décline les engagements citoyens, les solidarités, les grèves, les contestations, les protestations, les alertes, les «?retraits?» et les propositions alternatives formulées par le mouvement social (syndicats, brigades de solidarité, associations, coopératives...).
    Rédigé au jour le jour pendant les huit semaines de confinement, le livre donne la parole à celles et ceux qui, tout en subissant la pandémie et ses conséquences, maintiennent l'exigence de leurs droits, organisent la solidarité concrète en se substituant aux carences de l'État et tracent des pistes pour une autre politique.

  • Depuis la fin de l'année 2019, le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche (ESR) se mobilise contre un énième projet de réforme néolibérale :
    La LPPR, ou loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Après avoir ignoré les revendications de la communauté scientifique, essuyé les avis défavorables de différents comités consultatifs, et profité de la désorganisation générée par l'épidémie de Covid-19 dans les établissements d'enseignement supérieur, la ministre Frédérique Vidal opte pour le choix du passage en force. Le projet de loi est donc finalement discuté et adopté en première lecture à l'Assemblée nationale au mois de septembre 2020, agissant avec un violent et profond mépris adressé, une fois de plus, à un secteur du service public qui refuse les réformes néolibérales qui lui sont imposées. Or, ce projet a ceci d'inquiétant qu'il menace sérieusement les libertés académiques en assujettissant davantage les personnels et les structures aux intérêts privés, tout en aggravant la précarité des conditions de travail, sous prétexte, bien sûr, d'une meilleure « compétitivité » sur la scène internationale.
    Tout en éclairant les enjeux politiques de ce projet de réforme, le dossier de ce numéro entend inscrire les récentes mobilisations dans le prolongement historique des luttes de l'ESR depuis Mai 68. À partir de témoignages et de textes plus théoriques, le dossier rend compte des débats, des expériences et des réflexions qui ont marqué la période considérée. Il apparaît que les sciences ne sont plus présentées comme des « êtres magiques », sûrs d'eux-mêmes, évoluant hors de la société. Elles sont ici le produit d'une activité simplement humaine, traversée par des relations de pouvoir, de domination et d'exploitation à l'intérieur d'une économie capitaliste dont les structures et les modes de gouvernance évoluent. Si les contributions réunies se veulent peu optimistes quant à l'avenir de l'ESR en France, elles laissent pourtant entrevoir des pistes de réflexion qui, peut-être, permettront de préparer les résistances et les victoires futures.
    En assumant leur dimension fragile et vulnérable, et donc en abandonnant une bonne fois pour toutes leurs prétentions scientistes dont les échecs ne sont plus à démontrer, les sciences et leurs travailleurs peuvent en effet trouver les conditions pratiques et théoriques pour lutter avec et aux côtés des luttes sociales dans leur ensemble, des quartiers populaires aux luttes écologiques et environnementales.
    Pour autant, il n'est pas ici question d'en finir avec la science en tant qu'idéal démocratique d'émancipation.
    Il convient plutôt de reconsidérer la façon dont elle compose le monde avec ceux et celles qui y habitent.
    Comme l'écrit la philosophe féministe Donna Haraway:
    « La science a été utopique et visionnaire depuis le début ; c'est une des raisons pour lesquelles «nous» en avons besoin. »

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