Karthala

  • Les études postcoloniales ; un carnaval académique

    Jean-François Bayart

    • Karthala
    • 21 January 2010

    Les études postcoloniales se sont imposées comme un courant important des études culturelles et de la recherche en sciences sociales de langue anglaise.
    Il est de plus en plus reproché à l'Université française de les ignorer, alors que des militants et des historiens engagés interprètent la crise des banlieues dans les termes d'une " fracture coloniale " plutôt que sociale. Ce mauvais procès n'est pas fondé. Il occulte toute une tradition d'écrits et de travaux qui ont perpétué en France une pensée critique sur la colonisation. Il tient pour acquise la contribution scientifique des études postcoloniales, qui certes ont pu être utiles, dans leur diversité, mais qui sont largement superflues au regard des apports d'autres approches.
    Surtout, les études postcoloniales restent prisonnières du culturalisme et du récit national dont elles prétendaient émanciper les sciences sociales. Et elles s'interdisent de comprendre l'historicité des sociétés, celle du moment colonial, celle enfin de l'éventuelle transmission d'un legs colonial dans les métropoles ou dans les pays anciennement colonisés. Leur reconsidération fournit l'opportunité, d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion pour l'analyse de l'Etat, au croisement de la science politique, de l'histoire, de l'anthropologie et de l'économie politique.


  • 26 juillet 2007, dakar : s'adressant à un public de notables et d'universitaires africains, le président français nicolas sarkozy évoque la rencontre de la culture africaine avec la modernité et développe le vieux discours du " continent sans histoire ".
    le discours de dakar a provoqué une onde de choc en afrique, en europe et particulièrement dans la communauté des historiens. après le temps de l'indignation vient celui de la réflexion. cinq universitaires africains et français ont décidé de réagir pour s'opposer à un véritable déni d'histoire. chacun des auteurs a choisi son angle d'attaque ; la place de l'afrique dans l'histoire universelle, la persistance de l'imaginaire colonial, les pesanteurs de la tradition raciste à l'égard des noirs, l'absence remarquable de l'afrique dans le contenu de l'enseignement en france et la richesse du débat historiographique en afrique.
    au-delà des réactions à chaud, le discours de dakar méritait des réponses documentées. le premier livre de la collection disputatio réunit les meilleurs historiens français et africains et apporte un regard croisé sur le discours de dakar.

  • Revue politique africaine n.156 ; global health : et la santé ?

    Revue Politique Africaine

    • Karthala
    • 25 June 2020

    Les problématiques de santé en Afrique connaissent un tournant majeur depuis les années 2000. La Global health et son objectif d'inscrire les chocs épidémiologiques dans les agendas internationaux s'illustrent par l'intervention inédite d'une constellation d'acteurs sur les terrains de la santé. Ces nouveaux faisceaux de partenariats public-privé, de réseaux transnationaux, de programmes internationaux, sur lesquels se redéploient de manière inégale des trajectoires de politiques nationales, renouvellent la pensée politique de la santé en Afrique. Ce dossier soumet à l'épreuve des faits cette reconfiguration des politiques de santé, dissèque les déterminants des progrès et des inégalités, ainsi que les apories qui fondent les rapports entre l'économie de marché et les impératifs de santé publique. Les textes de ce dossier montrent, sur des politiques spécifiques, des césures et des continuums dans la manière de penser la santé tout en mettant en lumière des angles morts de la Global Health.

  • La constitution brésilienne de 1988 prévoit que soient reconnues et légalisées les terres des populations noires paysannes dont les ancêtres étaient des esclaves fugitifs et vivaient en communautés (communautés marrons, en brésilien quilombos).
    Votée dans le contexte du premier centenaire de l'abolition de l'esclavage et sous la pression des mouvements militants noirs, cette disposition était surtout un gage symbolique de réconciliation nationale. Dépourvue de tout cadre réglementaire, elle ne semblait d'ailleurs pas applicable. Les quilombos n'étaient voués qu'à être d'improbables lieux de mémoire. Au début des années 1990, pourtant, des " communautés noires " affirment être les héritières des anciens quilombos et, invoquant la constitution, exigent les titres de propriété des terres qu'elles occupent.
    A l'interface entre " question agraire " et " question raciale ", entre mémoire et ethnicité, au carrefour du terrain ethnographique et de l'analyse sociologique, cet ouvrage propose de suivre l'aventure au cours de laquelle l'une de ces communautés, Rio das Rãs (littéralement " Rivière des Grenouilles ") de l'État de Bahia, fut amenée à puiser dans son passé les ressources pour garantir sa survie dans le Brésil contemporain.

  • Revue politique africaine ; Soudan : jusqu'au bout du régime al-inqaz

    Revue Politique Africaine

    • Karthala
    • 10 September 2020

    En revenant sur trois décennies d'autoritarisme, les articles de ce dossier tentent de saisir au plus près des acteurs les négociations qui s'opèrent avec le pouvoir autoritaire et les manières dont ces pratiques participent à la formation de l'État soudanais, ici depuis le déploiement du régime dit « islamiste » en 1989 jusqu'à sa chute en avril 2019. Les contributions donnent à voir des acteurs qui s'adaptent et négocient afin de maintenir leur influence ou de renégocier leur capacité d'action. Les fondements économiques, politiques et idéologiques du régime, loin d'être linéaires sur ces trois décennies, sont également discutés pour comprendre les redéfinitions des pratiques concrètes du pouvoir ou, au contraire, leurs permanences. Parmi ces permanences, on notera une domination de long terme fondée sur une pratique exclusive, discriminante et violente d'un pouvoir de plus en plus contesté et affaibli. La dernière décennie, débutée avec l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, signe en effet une déliquescence progressive des bases économiques, sociales, et politiques qui mènera à la révolution de décembre 2018, présentée par les révolutionnaires comme « anti-islamiste », et à la chute du président le 11 avril 2019.

  • Investir dans le développement, ce métier se décline différemment selon les institutions et selon les pays où elles exercent. Si le financement du développement semble relever d'une politique codifiée, proche de la diplomatie et des relations officielles, il est pourtant tissé d'échanges entre personnes, où les émotions et les symboles participent d'une démarche commune de coopération. L'histoire de l'AFD en Guinée examine l'aide au développement sur une de ses frontières de la guerre froide, et révèle les mutations et les complexités d'une politique publique encore insuffisamment connue, en articulant les évolutions stratégiques globales, leur déclinaison au niveau de la relation avec un pays privilégié, la Guinée, et le sens qu'elles revêtent pour les expatriés. Ce livre présente pour la première fois cette histoire, en prenant appui sur des sources et des témoignages inédits.

  • Le bèlè, le danmyé et la kalennda sont des danses et des musiques héritées de l'Afrique noire, de l'influence européenne et des contraintes du système esclavagiste qui font l'objet d'une attention renouvelée en Martinique. Associations et militants y entreprennent de faire passer ces pratiques du statut de « folklores » méprisés à celui d'instruments de reconnaissance politique, sociale et culturelle. Depuis plus d'un demi-siècle, les habitants de « Bô Kannal », l'un des quartiers les plus défavorisés de Fort-de-France, ont ouvert cette voie en faisant du carnaval un instrument de visibilisation, de promotion et de réinvention culturelles. Mais comment comprendre qu'un groupe apparemment démuni et constitué d'individus au statut précaire soit parvenu à développer une mobilisation culturelle longue et intense, à l'écart des institutions ? Pour explorer les ressorts de cette énigme, ce livre s'appuie sur une étude serrée des acteurs et des pratiques de l'association Tanbo Bô Kannal (TBK). De 2011 à 2018, Lionel Arnaud a observé de l'intérieur les moyens concrets mobilisés par les membres de TBK pour résister à l'emprise culturelle de la société dominante. En plongeant le lecteur dans l'histoire, l'espace de vie et les modalités d'organisation de ces militants par la culture, il montre comment les obstacles à l'agir culturel peuvent se muer en véritables incitations au changement social.

  • Le Hamas et l'édification de l'Etat palestinien

    Olivier Danino

    • Karthala
    • 22 September 2009

    Organisation terroriste pour les uns, mouvement de libération nationale pour les autres, le Hamas refuse, dès sa création en 1989, de reconnaître l'OLP comme seul représentant du peuple palestinien. La tension entre les deux mouvements monte d'un cran en 1993 suite à la signature des accords d'Oslo par l'OLP et Israël. Le Hamas s'y oppose violemment, accusant l'organisation palestinienne, et en particulier le Fatah de Yasser Arafat, de traîtrise. En 2004-2005, le Hamas opère un changement de stratégie en faisant le choix de participer pleinement à la vie politique palestinienne.
    Dans cet ouvrage, Olivier Danino étudie l'identité du Hamas, son idéologie et ses objectifs. il analyse les raisons de son ascension, les causes de son opposition au Fatah et la manière dont il exerce le pouvoir à Gaza. Il s'interroge enfin sur les différents scénarios de sortie de crise et sur les conséquences de la situation actuelle sur le processus d'édification de l'Etat palestinien.

  • L'assassinat de Lumumba

    Ludo de Witte

    • Karthala
    • 3 May 2000

    La nuit est froide, ce dix-sept janvier 1961, au Katanga.
    La riche province du cuivre, peu aptes l'indépendance du Congo, a fait sécession avec l'aide de la Belgique. Dans la savane boisée, un endroit ouvert est illuminé par les phares des voitures de police. Un commissaire de police belge prend Lumumba par le bras et le mène jusque devant le grand arbre. L'ex-Premier ministre congolais marche avec difficulté : pendant des heures il a été gravement maltraité. Un peloton d'exécution, fort de quatre hommes armés de stenguns-Vigneron et de fusils-FAL, se tient en attente, alors qu'une vingtaine de soldats, de policiers, d'officiers belges et de ministres katangais regardent en silence.
    Un capitaine belge donne l'ordre de tirer et une salve énorme fauche Lumumba.
    Ce livre révèle qui a assassiné Patrice Lumumba, les raisons de ce meurtre et comment il a été perpétré. L'histoire de cet assassinat annoncé est écrite par le gouvernement belge de Gaston Eyskens et exécutée par des officiers et diplomates belges, avec l'aide de leurs complices congolais. Bruxelles, tout comme Washington et les dirigeants des Nations unies, étaient d'avis que la liquidation de Lumumba était indispensable pour sauvegarder les intérêts des trusts qui exploitaient la colonie comme leur pays conquis.
    Cinq ans et des dizaines de milliers de morts plus tard, la quête occidentale d'un régime néocolonial stable est parachevée par le second coup d'État de Mobutu.

  • Dans le sillage de la fuite du Palais de Carthage, de nombreuses analyses ont été produites sur le rôle des médias dans le processus qui a conduit à ce changement politique majeur de l'histoire contemporaine de la Tunisie. Les travaux portant sur les réseaux socionumériques, et principalement Facebook, sont, de loin, les plus nombreux. Certains d'entre eux reposent sur des protocoles de recherche solides, d'autres se cantonnent à l'émerveillement d'une soi-disant « révolution Facebook » cristallisé en vulgate explicative de cette séquence historique. En tout état de cause, cette insistance sur ces nouveaux outils médiatiques a eu pour conséquence de passer sous silence ou de minorer les recompositions qui ont été à l'oeuvre dans toute l'écologie des médias tunisiens depuis 2011. Or, les médias dits traditionnels ont été le théâtre de reconfigurations significatives qui se sont notamment traduites par une augmentation du nombre de titres de presse et d'opérateurs audiovisuels, mais aussi d'expérimentations diverses et variées de ce à quoi sert ou devrait servir le journalisme.
    Cet ouvrage tente de remédier à cet état de fait dans la production académique sur ce moment charnière de l'histoire de la Tunisie. Il réunit huit contributions originales réparties en deux grands axes. Le premier vise à mettre en perspective historique et épistémologique la question des médias et de leurs rôles dans les changements politiques. Le second compile des études de cas sur différents secteurs des médias tunisiens. Ainsi, sont réunies des contributions traitant tout à la fois du secteur audiovisuel et de sa régulation, de la presse écrite, de l'information d'agence, mais également des pure-players de l'information numérique et de la presse satirique en ligne. Adossée aux considérations épistémologiques et théoriques de la première partie, la lecture croisée de ces études de cas donne une intelligibilité nouvelle aux réagencements entre médias et politique lors d'une séquence de changement politique, à rebours des études d'inspirations transitologiques.

    Ont contribué à cet ouvrage :
    Renaud de la Brosse, Mohammed Ali Elhaou, Enrique Klaus, Olivier Koch, Geoffroy Lauvau, Tristan Mattelart, Racha Mezrioui, Katrin Voltmer, Fredj Zamit

  • Politique de l'hospitalité dans le sud jordanien

    Christine Jungen

    • Karthala
    • 12 May 2009

    À partir d'une enquête ethnographique effectuée dans le monde tribal du sud de la Jordanie, ce livre traite des enjeux de l'hospitalité chez les chrétiens de la région de Karak.
    Il décrit comment s'y déploient les micro- pratiques de pouvoir, de prestige et d'autorité qui contournent les stratégies de la monarchie hachémite ou qui les confortent. De l'offre d'une tasse de café entre proches aux cérémonieux tribaux, de l'accueil de l'ethnologue à celui du roi, l'ouvrage décrypte la manière dont se négocient et sont mis à l'épreuve des statuts et des rapports de force, dont sont mobilisés des savoir-faire, déployant des canevas alternatifs à la pratique politique institutionnalisée.
    À l'encontre de la vision d'un Proche-Orient éclaté entre minorités religieuses et soumis à une violence latente, Christine Jungen analyse comment sont mobilisées les solidarités entre parents et " presque frères ", entre alliés et tribus, entre la sphère locale et le roi. En s'attachant aux paroles et gestes ordinaires, elle montre comment se font et se défont les hiérarchies, comment se reconfigurent les réseaux d'actions, et la manière dont se laissent lire le jeu des fictions et des faux-semblants, les recalibrages et les ajustements qui nourrissent les façons de penser le pouvoir, de le pratiquer et d'y résister.

  • Enfermement, prison et châtiments en Afrique ; du XIX siècle à nos jours

    Florence Bernault

    • Karthala
    • 15 November 1999

    A la fin du XIXe siècle, sauf à l'intérieur de quelques garnisons et forts de traite européens de la côte, les prisons étaient inconnues en Afrique.
    Aujourd'hui, les Etats africains utilisent massivement le système pénitentiaire légué par les colonisateurs. Comme le rappellent chaque jour les prisons surpeuplées du Rwanda, la nuit carcérale étend désormais son ombre sur l'ensemble des sociétés au sud du Sahara. Dès les premières années de la conquête coloniale, la prison joua un rôle central dans le contrôle de la population. Des bâtiments temporaires aidèrent à contraindre et à soumettre les Africains au travail forcé et à l'impôt obligatoire, remplacés bientôt par un maillage serré de prisons permanentes, partie intégrante du décor colonial et de ses techniques répressives.
    Aujourd'hui, ce réseau architectural n'a été ni détruit ni remplacé, et fournit la majeure partie des bâtisses utilisées par le régime pénal des Etats contemporains. Mais la prison fait partie d'un ensemble plus vaste. Les gouvernements coloniaux dotèrent leurs territoires d'institutions destinées à connaître, comprendre et surtout quadriller les espaces et les hommes qui persistaient à leur échapper.
    Ces outils intellectuels et matériels - cartes ethniques, routes, villages regroupés, asiles, camps de travail - enfermèrent peu à peu l'Afrique dans une nouvelle forme d'espace politique, dont les paysages actuels sont les héritiers directs. Ce basculement séculaire d'une Afrique ouverte à une Afrique fermée contient de précieuses leçons sur l'efficacité des modèles de gouvernement occidentaux à envahir d'autres aires culturelles, sur la capacité des hommes ordinaires à refuser ou à manipuler les systèmes imposés de l'extérieur, ainsi que sur le destin de l'autorité en Afrique, et de ses Etats.
    Cet ouvrage présente pour la première fois l'histoire sociale, culturelle et politique des arsenaux répressifs apparus en Afrique, depuis la capture des esclaves au XIXe siècle jusqu'aux prisons du génocide rwandais, en passant par les asiles d'aliénés coloniaux, les camps de réfugiés, et les réponses des prisonniers à leurs bourreaux.

  • Les mondes chiites et l'Iran

    Collectif

    • Karthala
    • 1 June 2007

    Depuis l'invasion de l'Irak, l'actualité proche-orientale a propulsé sur la scène médiatique un chiisme dont la " montée ", signalée comme une donnée géopolitique majeure au Moyen-Orient, est parfois appréhendée comme un nouveau " péril ", en Occident et par certains régimes arabes.
    C'est ce contexte qui a popularisé l'expression de " croissant chiite " pour désigner et souvent stigmatiser, de l'Afghanistan au Liban, une série de zones chiites, articulées autour de l'Iran et susceptibles de former un bloc servant les intérêts de la République islamique d'Iran. A l'encontre de ce " croissant chiite ", ce livre présente les " mondes chiites ", au pluriel, dans toute leur complexité.
    De l'Afrique à la Chine, sans compter les diasporas, on trouve des groupes chiites duodécimains souvent minoritaires, parfois majoritaires. Par sa position géographique et son rôle dans l'histoire, l'Iran est au centre de ces mondes chiites, mais que signifie et que recouvre vraiment cette centralité ?. Ce livre réunit des spécialistes des aires géographiques concernées. Il offre un parcours au coeur de ces contextes multiples, où être chiite ne correspond jamais exactement à une même réalité sociale et culturelle, malgré des références communes, doctrinales et politiques.
    L'exportation de la révolution, qui fut longtemps le paradigme de l'influence iranienne sur les mondes chiites, a fait son temps, même si dans certains cas, tel celui du Hezbollah libanais, son héritage est évident. Quel rôle joue réellement l'Iran dans les chiismes en construction, à Istanbul, Bakou, Boukhara et Tachkent, ou encore chez les chiites de Dakar ?. Le " modèle iranien " n'est plus seulement, et, parfois plus du tout, celui d'un islam politique révolutionnaire.
    Du clerc rebelle Muqtadâ al-Sadr en Irak aux écoles religieuses où étudient de jeunes Pakistanaises, l'influence iranienne se décline sous de multiples formes. Pour les mondes chiites, l'Iran reste un formidable laboratoire d'idées

  • Les états-nations face à l'intégration régionale en Afrique de l'ouest ; le cas du Mali

    Collectif

    • Karthala
    • 1 August 2007
  • Isolément global ; la modernité du village au Togo

    Charles Piot

    • Karthala
    • 1 August 2008

    Comment penser la modernité des sociétés africaines contemporaines, et en particulier celle des régions rurales ? A première vue, les villages retirés des Kabre (Kabyiè) du Nord-Togo partagent tous les signes extérieurs d'une culture africaine " isolée " - agriculture de subsistance, cases au toit de paille, échange de dons, rites des ancêtres et forte présence du monde des esprits.
    Dans Isolément global, Charles Piot suggère pourtant que cette culture locale se révèle profondément globalisée, modelée par l'histoire coloniale et postcoloniale qui a placé les Kabre au coeur de l'Etat togolais. Par une analyse subtile des pratiques quotidiennes et cérémonielles d'une localité reculée, Piot montre que les caractéristiques supposées de la " tradition kabre " sont en réalité des produits et des expressions de la modernité.
    II restitue ainsi à la subjectivité des Kabre toute son historicité. Ce faisant, il offre un nouveau regard sur la société togolaise dans son rapport à l'ethnicité et sur le fonctionnement d'un Etat qui, avec le général Eyadéma, s'est donné à voir dans toute sa violence et ses rituels comme un État kabre. S'opposant aux théorisations et aux images stéréotypées du village africain colportées par l'orientalisme, l'africanisme et le développementalisme des bailleurs de fonds, Isolément global présente une approche alternative des rapports que les populations subalternes entretiennent avec la globalisation culturelle.
    Par-delà sa dimension monographique, ce livre nourrit une réflexion épistémologique sur les évolutions de l'anthropologie occidentale et ses penchants européocentriques.

  • L'Angola, riche en pétrole, en diamants, avec des infrastructures en grands progrès au cours des années 1960-1974, une élite urbaine non négligeable et parfois de vieille tradition, n'avait-il pas tout pour réussir ? Pourtant, la guerre civile commence alors même que la guerre anticoloniale contre le régime dictatorial portugais n'est pas terminée, avec des affrontements armés entre les trois mouvements.
    Cela montre les racines historiques du conflit, qui n'est pas qu'une " guerre de basse intensité " dans le contexte de la Guerre froide. Certes, ce contexte pèse lourd, mais les alignements politiques internationaux qui se produisent (le MPLA avec l'URSS et Cuba, le FNLA avec les Etats-Unis et le Zaïre, l'Unita passant de la Chine maoïste à l'Afrique du Sud) sont d'abord dus aux trajectoires spécifiques des milieux sociaux qui composent les élites et les bases de ces mouvements.
    C'est la sociologie historique de ces conflits incessants qui est abordée dans ce premier des deux volumes d'articles de Christine Messiant publiés à titre posthume : comment la longévité de la guerre provoque une ethnicisation qui n'était pas une donnée de départ ; comment cette même durée provoque l'émergence de deux " partis armés " qui n'ont pas vraiment besoin de leurs populations - ne serait-ce le recrutement des soldats - pour faire la guerre, le premier étant pratiquement un Etat offshore, le second contrôlant longtemps le trafic international des diamants ; comment la communauté internationale a une responsabilité écrasante dans l'échec organisé de divers accords de paix, l'objectif étant la pacification et jamais la démocratisation ; comment la faible société civile angolaise, notamment par le biais des Eglises, va tenter de percer le mur du silence pour exiger une paix sans vainqueur ni vaincu, et finalement échouer dans cette voix.
    Le second volume, L'Angola postcolonial. 2. Sociologie politique d'une oléocratie, porte plus précisément sur la sociologie de l'État clientéliste, en rapport étroit avec la situation de guerre étudiée dans le premier volume.

  • Au tournant des années 1960, le monde connaît de grands changements dont le moindre n'est pas celui de la décolonisation. Après l'Asie, les peuples d'Afrique accèdent à l'indépendance. Plus largement, les femmes et les hommes aspirent à prendre davantage en main leur destin. Les sociétés antillaises sont particulièrement parties prenantes de ce mouvement. À côté d'une prise de parole plus libre, se fait sentir le besoin de débats, d'informations et de formation. C'est dans ce contexte, qu'à l'initiative de personnalités martiniquaises (enseignants, médecins, travailleurs sociaux et médico-sociaux) est créé le Centre d'études, de documentation, d'information familiale et de formation, bien connu sous le nom de CEDIF.

    Face à des questions nouvelles comme celle de la limitation des naissances, les couples et les familles ont besoin de formation. L'article 2 des statuts du CEDIF décrit l'un de ses objectifs comme celui « d'aider les familles de la Martinique à résoudre les problèmes psychologiques et sociaux susceptibles de nuire soit à l'harmonie du foyer, soit à l'éducation des enfants ».

    À partir de 1965, le CEDIF travaillera dans trois directions : la formation à la connaissance de soi et à la relation aux autres ; la conscientisation et la responsabilisation qui entraînent une nouvelle conception de la relation d'aide ; les questions autour de l'éducation à la vie et à la sexualité ; les techniques de dynamique de groupe et de conduite de réunions. Il interviendra au sein d'institutions, comme l'Éducation nationale, les associations sociales et médicales, et même l'Église catholique. De nombreuses personnes formées par le CEDIF poursuivent aujourd'hui les mêmes objectifs, en dépit de la disparition de l'association CEDIF en 2000.

    À travers les documents qui relatent les activités du CEDIF, le lecteur pourra retrouver, avec cet ouvrage, l'esprit et la méthode d'un organisme qui a marqué la Martinique et la Guadeloupe et dont les lignes de force sont toujours d'actualité.

  • Le Territoire de Quintana Roo, au sud-est du Mexique, à la frontière avec le Belize, naît en 1902. Le premier défi des autorités locales et nationales est de mettre en oeuvre des mesures pour attirer de nouveaux habitants. Et pour les définir. Dans cette région périphérique, le peuplement constitue un enjeu stratégique d'affirmation de la souveraineté et de l'identité nationales, amenant à imposer les caractéristiques raciales et nationales de la population.

    Cet ouvrage propose une sociologie historique portant à la fois sur la racialisation des politiques migratoires, l'instauration de mesures d'intégration et de développement de la région (expéditions scientifiques, accès aux terres, type d'exploitation foncière) et les négociations entre administrations du centre (Mexico) et de la périphérie (Payo Obispo - Chetumal). En s'intéressant à l'émergence d'une nouvelle entité politico-administrative à la marge de la nation et en inscrivant le Mexique au sein des sociétés post-esclavagistes marquées par les migrations de travailleurs afrodescendants, il s'agit ainsi d'introduire une altérité autre qu'indienne dans les réflexions sur la nation, le métissage et la race, à partir du cas de l'étranger noir.

    Cette recherche revient sur les logiques d'inclusion et d'exclusion propre aux politiques de métissage dans le Mexique postrévolutionnaire, en proposant un double décalage : étudier la place des populations noires plus que celle des indiens; se centrer sur l'immigration plus que sur l'autochtonie.

  • Le repentir dans tous ses états ; genèses, évolutions et actualités

    Collectif

    • Karthala
    • 22 December 2019

    Le repentir est plus que jamais d'actualité. Semaines après semaines, années après années, ressurgissent des questions qui amènent à l'invoquer ou l'exiger, le donner à voir ou le refuser, l'esquiver ou l'assumer. Si la tradition de repentir renvoie au sens religieux et individuel, la modernité l'inscrit désormais dans la sphère publique.
    Ce livre explore le lien entre les fondements anciens du repentir et ses formes contemporaines, à travers les contributions de chercheurs issus de disciplines variées (théologie, histoire, communication, politique...), qui proposent d'éclairer ses racines, ses usages et son histoire. Ils montrent un éventail de pratiques selon des configurations historiques, culturelles et politiques fort différentes, en Europe, en Afrique et en Amérique, à propos de la Révolution française, de la colonisation, de la mémoire de l'esclavage, des textes bibliques ou des revendications amérindiennes notamment. Cet ouvrage analyse le repentir pour lui-même, en considérant ses articulations avec le pardon ou la réconciliation, mais sans le mettre fonctionnellement en relation avec « l'après » ou la « page blanche » qu'il ouvre.

  • Revue politique africaine n.155 ; l'Afrique carcérale

    Revue Politique Africaine

    • Karthala
    • 16 March 2021

    On assiste, depuis quelques années en Afrique, au déploiement concomitant d'ethnographies carcérales et à l'inscription de la question pénitentiaire dans le champ du développement, en tension entre enjeux sécuritaires et droits de l'homme.

  • Au Sénégal, le système électoral est confronté à deux obstacles permanents : le rôle prépondérant du parti au pouvoir dans la définition des règles du jeu et dans l'arbitrage du verdict des urnes ; le poids des logiques sociales et des représentations symboliques qui influencent le vote.
    L'alternance de mars 2000 était porteuse d'une révolution des moeurs politiques, d'une consolidation de la démocratie et d'un renforcement des institutions de la République. Mais les espoirs de changement de régime ont été déçus. Serait-ce parce que le Sénégal n'est qu'une " démocratie sans démocrates " ? La réalité, plus complexe, peut être décrite avec la métaphore du phénix qui renaît de ses cendres.
    Le pouvoir d'Etat repose dans ce pays sur des forces sociales enracinées et élabore sa légitimation sur la base de représentations monarchiques du pouvoir. Alioune Badara Diop le démontre en proposant une sociologie électorale du Fouta Tooro où la domination politique de l'oligarchie tooroodo pèse sur le vote, en perpétuant les logiques sociales qui l'ont toujours déterminé. Ce livre souligne également que la déroute du Parti socialiste en mars 2000 a provoqué un afflux de soutiens politiques vers Abdoulaye Wade qui a désormais toutes les cartes en main pour reconfigurer les rapports de force à sa guise.
    Il met en évidence les erreurs de jugement, les dérives et les excès auxquels a conduit cette posture hégémonique de Wade. Il fournit surtout une étude critique d'une démocratie représentative dont les limites résident dans la difficile structuration d'un espace public délibératif et laïc. Cet ouvrage constitue un outil indispensable à la compréhension des mutations sociales et politiques du Sénégal contemporain.

  • Les mouvements sociaux sur Internet ont émergé comme un acteur incontournable des grands bouleversements traversés par les pays en quête de démocratie. Les contours de ces mouvements, les lieux où ils évoluent et les volontés qui s'y expriment, constituent un terrain d'investigation fondamental tant les enjeux qui leur sont associés pèsent sur le quotidien de sociétés en pleine mutation. Issus d'expériences sociales, culturelles et académiques différentes, les contributions de cet ouvrage font ressortir les incertitudes, les impasses et les espoirs qui accompagnent les « processus de transition démocratique » traversés par ces sociétés, du Moyen-Orient à l'Europe de l'Est, du Maghreb à l'Amérique latine, au prisme de ces nouveaux acteurs du net.
    S'imposant à tout le champ des sciences sociales, l'étude des mouvements sociaux en ligne a le mérite d'agiter des questions plus ou moins classiques (la démocratie, la perception de l'événement historique, les frontières des territoires individuel et collectif, le temps social et la biographie de l'acteur, les institutions politiques traditionnelles et la métamorphose de l'opinion publique, la citoyenneté...), mais en les revisitant à partir d'une nouvelle donne, d'une « historicité » dont les attributs appellent à bousculer de nombreux paradigmes.
    Les réseaux sociaux en ligne sont-ils des expérimentations de la démocratie ? Le cyberespace confère-t-il à la prise de parole et à la circulation des discours en société de nouvelles règles susceptibles de redistribuer les rôles et les pouvoirs entre les acteurs ? La voix féminine y aura-t-elle un nouveau statut ? Assistons-nous à la naissance « d'une nouvelle citoyenneté » condamnée à s'épanouir, à se forger et à bricoler sa matière dans les interstices des territoires « matériel » et virtuel ? Quelles en seraient les formes de légitimité ? Après, Les nouvelles sociabilités du Net en Méditerranée et Le cyberactivisme au Maghreb et dans le monde arabe, publiés respectivement en septembre 2012 et en janvier 2013 aux éditions Karthala, ce troisième ouvrage de Sihem Najar vient clore une réflexion sur les différentes facettes des transformations induites par la galaxie Internet dans les régions méditerranéennes et dans le monde arabe en période d'importants bouleversements politiques.
    La coordinatrice de ces trois ouvrages, Sihem Najar, est sociologue HDR, maître de conférences à l'université tunisienne, chercheure détachée à l'Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain de Tunis. Elle coordonne actuellement un programme de recherche à l'IRMC sur la communication virtuelle par l'Internet et les transformations des liens sociaux et des identités en Méditerranée dont ces trois ouvrages sont les résultats de ces recherches.
    Ont contribué à cet ouvrage : May Abdallah, Fadi Ahmar, Nashwan M. Al-Sumairi, Caroline Ange, Chirine Ben Abdallah, Maryam Ben Salem, Belgin Bilge, Dominique Boullier, Bertrand Cabedoche, Florencio Ceballos, Christiana Constantopoulou, Julien Denieuil, Massimo Di Felice, Michel Durampart, Catherine Ghosn, Saadeddine Igamane, Annabelle Klein, Mohamed Anouar Lahouij, Romain Lecomte, Valentina Marinescu, Racha Mezrioui, Sihem Najar, Serge Proulx, Javier Sajuria, Marta Severo, Ángela Suarez Collado, Moez Triki.

  • Cet ouvrage embrasse une période qui débute avec l'entreprise coloniale, dans les années 1880, et traverse tout le XXe siècle, marqué en son milieu par la décolonisation et la mise en route des processus d'indépendance. Après un rappel de la pensée socialiste européenne au début du XXe siècle, le livre revient sur les idées et les pratiques de la gauche française (SFIO, Parti communiste, Parti socialiste unifié) face à la décolonisation de l'Afrique. Au travers des débats qui positionnent les uns et les autres, le lecteur retrouvera les noms des acteurs qui s'imposeront : Jean Jaurès, Léon Blum, Guy Mollet, François Mitterrand, Michel Rocard... Les nouvelles institutions de la Ve République vont opérer une mutation de la vie politique française. Mais cette évolution ne s'accompagnera pas d'une transformation des comportements et des représentations en matière internationale, notamment africaine. Cela sera patent dans le programme commun qui permettra l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Et pourtant, dans cette période, les débats sur le tiers-monde, sur les règles économiques à changer et sur le nouvel ordre international sont bien présents dans les discussions et les résolutions de la gauche. Avec l'élection de François Mitterrand en 1981, la politique tiersmondiste du PS n'a pas résisté à l'épreuve du pouvoir, comme le montrera l'abandon de la politique de Jean-Pierre Cot en 1982. Malgré les liens du parti avec l'Internationale socialiste et les pistes nouvelles que cette dernière ouvrait, la pratique du « domaine réservé » au niveau de la présidence de la République a très fortement limité les stratégies réformistes. Dans sa dernière partie, l'ouvrage traite de l'abolition de l'apartheid en Afrique du Sud, de la fin des Blocs et de la guerre froide, de l'avènement de nouvelles relations internationales et d'une certaine évolution de la pensée de la gauche concernant l'Afrique. La suppression du ministère de la Coopération en 1998 sous Lionel Jospin en sera un signe. Avec l'arrivée de François Hollande au pouvoir et son engagement au Mali, puis en Centrafrique, ce sont de nouvelles initiatives qui engagent les socialistes français. Membre de la Cour constitutionnelle du Mali (1994-2008) et expert de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdoulaye Diarra est diplômé de l'université Paris X Nanterre (doctorat d'État) et de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a écrit de nombreux articles sur l'évolution de la vie politique du Mali et sur les processus de démocratisation dans les pays francophones d'Afrique noire. Il est aujourd'hui recteur de l'Université des sciences juridiques et politiques de Bamako.

  • Préface de François GRUNEWALD.
    L'Afghanistan est plus connu pour ses steppes mythiques, ses montagnes arides et ses fiers habitants que pour ses zones urbaines. Pourtant, les "villes afghanes" sont confrontées depuis quelques dizaines d'années à un péhnomène d'urbanisation d'une grande ampleur, mais qui reste chaotique et la plupart du temps illégal.
    Kaboul est devenue une ville phare, focalisant l'attention internationale sur les évolutions du processus de reconstruction. S'y côtoient la majorité des structures d'intervention en situations de post-crise. A côté des aléas politiques et des engagements militaires plus ou moins contestées, un immense effort reste à faire, pour aider le pays et la société afghane à se reconstruire.
    Analysant les besoins considérables du pays en urbanisme, ce livre pose, pour l'Afghanistan comme pour l'action internationale en général, la pertinence de la "qestion urbaine", un sujet apparemment inédit pour les Afghans et mal connu des acteurs de l'aide. L'observation in situ, les entretiens, l'analyse des différents phénomènes d'urbanisation et de la perception qu'en ont chacune des parties, offrent ici des matériaux d'échanges sur les stratégies de l'aide à adopter pour des contextes urbains affectés par des crises.

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