Gallimard

  • La conviction qui nous anime en prenant aujourd'hui la parole, c'est que plutôt que de se taire par peur d'ajouter des polémiques à la confusion, le devoir des milieux universitaires et académiques est de rendre à nouveau possible la discussion scientifique et de la publier dans l'espace public, seule voie pour retisser un lien de confiance entre le savoir et les citoyens, lui-même indispensable à la survie de nos démocraties. La stratégie de l'omerta n'est pas la bonne. Notre conviction est au contraire que le sort de la démocratie dépendra très largement des forces de résistance du monde savant et de sa capacité à se faire entendre dans les débats politiques cruciaux qui vont devoir se mener, dans les mois et les années qui viennent, autour de la santé et de l'avenir du vivant.

  • La mort hors la loi

    Stéphane Velut

    • Gallimard
    • 14 October 2021

    Quatre mille amendements posés sur le perchoir comme un solide obstacle à toute issue au débat sur la fin de vie à l'Assemblée le 8 avril 2021 : voilà de quoi se poser des questions. Textes et projets de loi imparfaits, affaires médiatisées, témoignent d'une incapacité à aborder le problème du déclin de la vie sans tomber dans des pièges. Pièges qu'il convient de connaître avant de s'aventurer aux abords périlleux de ce trou de la pensée où le mot exception devrait régner en maître.

  • L'originalité des recherches de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre n'est plus à démontrer.Les deux sociologues s'intéressent dans ce nouvel ouvrage à deux processus constitutifs de l'espace public. D'une part, les processus de mise en actualité:se saisissant de ce qui se passe maintenant, ces processus font connaître à nombre de personnes l'existence de faits que ces dernières n'ont pas, pour la plupart, directement vécus et les accompagnent généralement d'une description et d'une interprétation. Et, d'autre part, les processus de politisation:se saisissant de faits mis en actualité, ces processus les problématisent, en sorte que l'actualité concerne chacun, et par conséquent aussi l'État, tout en donnant lieu à des interprétations dont les divergences suscitent des commentaires, des polémiques et des divisions.Boltanski et Esquerre fondent leurs analyses sur les milliers de commentaires mis en ligne par des lecteurs du quotidien Le Monde en septembre et octobre 2019; et les milliers de commentaires postés sur deux chaînes de vidéo d'actualité passée mises en ligne en janvier 2021 par l'Institut national de l'audiovisuel. Chemin faisant, ils reconstituent la norme du dicible en comparant les commentaires publiés et les commentaires rejetés par les instances de modération; ils saisissent des opinions en train de se faire, au lieu de les recueillir sous la forme stabilisée, souvent réflexive et prudente, des réponses à des entretiens ou des sondages. Ils cartographient les processus de politisation à notre époque, tels le féminisme, l'écologie, l'immigration, les religions, le nationalisme, l'Europe, etc.Loin d'être un livre de plus sur la presse, les médias ou les réseaux sociaux, c'est ici un grand livre sur la formation de l'opinion politique en démocratie et la manière dont en sont affectées nos vies quotidiennes.

  • Le chaos pandémique n'a pas d'après. Pourtant, derrière les images monstrueuses qui défilent sur nos écrans, au-delà des polémiques qui agitent nos débats, dans le vertige des crises des années 2020, un nouveau monde est sur le point d'éclore.Nous nous trouvons encore dans l'interrègne. Nous subissons des bouleversements que l'on peine à décrire, à transformer ou à arrêter. Fait-on du surplace ou sommes-nous en train de basculer?Deux forces fracturent notre réalité. La rivalité géopolitique entre la Chine et les États-Unis structure le monde. La crise climatique planétaire change tout. Entretemps, dans la pandémie, en France, en Europe, des spectres se raniment:la dette, le conflit, le genre, l'État, la souveraineté. Est-il encore possible de bifurquer?Pour son premier volume imprimé, le Grand Continent, phénomène intellectuel des années 2020, réunit vingt voix qui définissent la structure des politiques dans l'interrègne.Une idée les réunit et justifie de les recueillir:si le désordre est certain, le chaos n'est pas encore une nécessité.Née en ligne, portée par une nouvelle génération, la revue le Grand Continent s'est imposée en moins de trois ans comme la plateforme de référence pour le débat stratégique, politique et intellectuel à l'échelle continentale. De cet atelier foisonnant sort ce volume papier, exprimant l'ambition du Grand Continent d'articuler le temps du tweet au temps du livre.

  • Sans la liberté

    François Sureau

    • Gallimard
    • 26 September 2019

    « Personne d'autre que le citoyen libre n'a qualité pour juger de l'emploi qu'il fait de sa liberté, sauf à voir celle-ci disparaître. Ainsi la loi ne peut-elle permettre à l'État de restreindre abusivement la liberté d'aller et venir, de manifester, de faire connaître une opinion, de s'informer, de penser pour finir. » Lorsque Chateaubriand déclare que « sans la liberté il n'y a rien dans le monde », ce n'est pas seulement un propos de littérateur. Il exprime cette vérité trop souvent oubliée que « sans la liberté », il n'y a pas de société politique, seulement le néant de ces individus isolés auquel l'État, porté à l'autoritarisme et à l'ordre moral, a cessé d'appartenir. Tel est bien le danger de la démocratie moderne que François Sureau s'emploie ici à désigner tant dans nos moeurs sociales que dans notre vie politique et, sans concession, à la lumière de nos responsabilités individuelles et collectives. L'homme est voué à la liberté ; il lui revient continûment, avec « patience et souffle », d'en reformuler le projet politique et de n'y rien céder.

  • Le monde de l'après-Covid : la fin de l'ère néolibérale

    Antoine Foucher

    • Gallimard
    • 24 February 2022

    Chacun a senti qu'au sortir de la pandémie du Covid le monde ne serait plus le même. Mais comment définir ce fameux «monde d'après»? En réalité, montre Antoine Foucher, la crise sanitaire n'a fait qu'accélérer une rupture économique et politique qui était en germe. C'est l'ensemble des principes qui ont gouverné la vie de nos sociétés depuis la fin des années 1970 et que recouvre l'étiquette de «néolibéralisme» qui est radicalement remis en question. Des individus autosuffisants, une société qui s'autorégule, un État qui s'autolimite à garantir des prestations:c'est avec cette vision, plus ou moins consciente, que nous vivons depuis une quarantaine d'années. Déjà contestée à travers l'essor des populismes, elle a volé en éclats avec le Covid, et la nécessaire transition énergétique achève de l'enterrer. Nous voilà redécouvrant le besoin impératif de nous gouverner pour faire face aux événements et ne plus subir le cours des choses. L'ère du retrait de l'État, du libreéchange mondial et de l'entreprise réduite à un centre de profits est désormais derrière nous. Ce n'est rien de moins que l'évolution souterraine du rapport entre l'individu et le collectif qui se joue et ouvre une nouvelle époque:l'heure est au retour du politique.

  • La droite et la gauche : histoire et destin

    Marcel Gauchet

    • Gallimard
    • 7 October 2021

    Le clivage droite-gauche est une de ces créations françaises qui ont fait le tour du monde. Il est le produit d'une histoire marquée depuis la Révolution française par une conflictualité aussi intense que complexe. Mais le parcours qui a conduit à la mise en place de cette division canonique des opinions et des identités politiques est loin d'être linéaire. En reconstituer les étapes, comme le fait Marcel Gauchet, est l'occasion de revisiter d'un oeil neuf la singularité de notre histoire politique, en même temps que d'éclairer la signifi cation de ce couple devenu peu à peu constitutif de la vie démocratique. La grande question d'aujourd'hui étant de savoir s'il conserve sa raison d'être au milieu des bouleversements que connaissent nos sociétés, ou s'il appartient à une époque en train de se clore.

  • Le prophète et la pandémie ; du Moyen-Orient au jihadisme d'atmosphère

    Gilles Kepel

    • Gallimard
    • 11 February 2021

    L'AN 2020, marqué par la Covid-19 et l'effondrement du marché pétrolier, est celui de tous les bouleversements depuis le Moyen- Orient jusqu'aux banlieues de l'Europe.
    Le conflit israélo-palestinien se fragmente avec, d'un côté, un pacte portant le nom du prophète Abraham, qui va des États-Unis à Abou Dhabi au Maroc et au Soudan en passant par Israël, agrège l'Égypte et l'Arabie, et lorgne l'Irak ; de l'autre « l'axe fréro-chiite » qui rassemble Gaza, Qatar, Turquie et Iran, avec le soutien ponctuel de la Russie.
    Dans ces convulsions sismiques, Beyrouth explose, réfugiés et clandestins affluent en Europe, et le président turc Erdogan tente de refaire d'Istanbul le centre de l'islam mondial.
    Enfin, le terrorisme frappe de nouveau, en France et en Autriche, au nom d'un jihadisme sans organisation. Il s'appuie sur une atmosphère créée par des entrepreneurs de colère, mobilisant foules et réseaux sociaux du monde musulman pour venger leur prophète face à l'Occident - tandis que Joe Biden doit restaurer la confiance des alliés de l'Amérique.

    Poursuivant la réflexion engagée dans Sortir du chaos, succès français et international, Gilles Kepel propose, cartes et chronologie à l'appui, la mise en perspective indispensable de l'actualité pour comprendre et anticiper les grandes transformations de demain.

  • La grande transformation

    Karl Polanyi

    • Gallimard
    • 24 April 2009

    La Grande Transformation est un bel exemple de ce qu'on appelle un « classique contemporain ». À sa parution en 1983, l'ouvrage est lu et reçu comme une étude d'an thropologie. Vingt ans après, c'est désormais LA référence de tous les courants qui souhaitent penser une alternative au libéralisme économique.

  • Turbulences, USA ; 2016-2020

    Alice Kaplan

    • Gallimard
    • 22 October 2020

    Etre patriote, en ce moment charnière, demande du courage et de l'imagination. Notre démocratie est en haillons, nos procédures de vote sont cassées, notre langage abîmé, notre discours politique réduit à des cris de haine. On ne pourra même pas dire, comme Sartre jadis, "Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'Occupation". Au contraire, jamais il n'a paru si terriblement difficile de résister.
    Nous, Américains, ne pouvons plus nous cacher derrière l'illusion d'être une démocratie par essence ou par prédestination. La démocratie, cela se mérite.

  • écrits pacifistes

    Jean Giono

    • Gallimard
    • 17 February 1978
  • Ukraine-Russie : la carte mentale du duel Nouv.

    Ukraine-Russie : la carte mentale du duel

    Michel Foucher

    • Gallimard
    • 19 May 2022

    « L'Ukraine est vue de Moscou comme la pièce essentielle d'un dispositif de protection à contrôler ou, au mieux, à neutraliser. » Michel Foucher.

    Arpentant les contrées d'Europe médiane et orientale depuis une trentaine d'années, le géographe et diplomate Michel Foucher, spécialiste des frontières géopolitiques, analyse le confit russo-ukrainien en mettant au jour la cartographie mentale - historique, politique, territoriale et identitaire - du duel qui oppose les deux nations suite à l'agression fratricide lancée par Vladimir Poutine. Cette cartographie entre Baltique et mer Noire, étendue par ses causes et ses effets à l'Europe entière, porte l'empreinte d'une confrontation entre un passé qui ne veut pas passer - celui de la Russie, comme puissance autocratique et impériale - à un futur qui ne semble devoir naître que dans la résistance et la souffrance, celui de l'Ukraine comme État-nation souverain « inclinant vers le monde euroatlantique » (Havel). Un duel qui affecte gravement l'état du monde et dont le déroulement et l'issue nous concernent tous.

    awaiting publication

  • Europe, mes mises à feu

    Erri De Luca

    • Gallimard
    • 14 March 2019

    «Quelle heure est-il? Tôt le matin, l'Europe se met en route pour l'école. Elle rapporte ses devoirs à la maison : lutter contre les poussées en arrière par un élan vers une union plus étroite.
    Le devoir sera effectué par les meilleurs élèves, ceux du noyau fondateur.
    Que feront les autres? Ils suivront, un peu à contrecoeur, par le chemin des écoliers.» Dans cet essai inédit, prolongé par quelques textes d'intervention précédemment parues dans la presse, Erri De Luca exprime son attachement à une Europe ouverte et humaniste. Revendiquant son devoir d'ingérence au nom de la mixité des cultures, il nous offre, par ses mises à feu, sa vision d'une communauté humaine au-delà des frontières - telle que la littérature sait l'incarner : «Le remède obligatoire et immunitaire reste la lecture des livres du monde. Je leur dois d'être porteur de citoyennetés variées et de fraternité européenne.»

  • L'usage du vide ; essai sur l'intelligence de l'action, de l'Europe à la Chine

    Romain Graziani

    • Gallimard
    • 19 September 2019

    Charme, spontanéité, insouciance ou vertu : il semble que les états les plus désirables, à l'image du sommeil, ne puissent survenir qu'à condition de n'être pas recherchés, le simple fait de les convoiter pouvant suffire à les mettre en déroute. Comment se soustraire à ce piège ? Cet essai prend pour point de départ le paradoxe de l'action volontaire, repéré depuis longtemps, mais mal élucidé et jamais résolu dans la philosophie occidentale. Il se poursuit par l'exploration des mécanismes en jeu dans la quête de ces états qui se dérobent à toute tentative de les faire advenir de façon délibérée. L'auteur montre dans diverses sphères d'expérience, de la pratique d'un sport à la création artistique, de la recherche du sommeil à la remémoration d'un nom ou de la séduction amoureuse à l'invention mathématique, comment se défont parfois les crampes mentales et les blocages physiques induits par le caractère trop fortement intentionnel de l'action.En remontant aux fondements même des erreurs et des leurres sur le pouvoir de la volonté, cette enquête remet en question l'« éthique musculaire » sur laquelle se sont construites en Occident les représentations fondatrices de l'action efficace et du mérite individuel. Les oppositions trop fermes entre vouloir et non-vouloir, entre effort et lâcher-prise, entre vigilance et distraction, sont réévaluées à la lumière des changements qui affectent concrètement le sujet dans le cours de son action. Une fois ces oppositions dissoutes, ou rendues à leur porosité, il est possible de faire place à des notions plus fertiles, comme celles d'amnésie intentionnelle, d'éclipse du moi ou de dissimulation bienveillante. Une telle approche, qui requiert une observation patiente des dynamiques du corps et des différents registres de conscience, permet de comprendre pour quelles raisons, et au terme de quelles expériences, les penseurs taoïstes de l'antiquité chinoise ont formulé les concepts si déroutants de non-agir ou de vide.Mobilisant, sans les opposer, les ressources de la pensée chinoise et européenne, les huit chapitres dont se compose ce livre sont autant de variations à partir d'un thème fondamental, l'intelligence de l'action, de ses noeuds et ses ressorts.

  • La Corse et le problème français

    Charles-Henri Filippi

    • Gallimard
    • 2 September 2021

    La Corse reste illisible aux Français.
    La violence s'y est calmée, la revendication indépendantiste y a baissé d'un ton, mais sa vie politique paraît toujours instable, son rapport à l'État chaotique, et son identité française indécise.
    Il y a, pour les Français, un problème corse. Comment le comprendre ? Charles-Henri Filippi, Jacobin de formation et Corse dans l'âme, propose de renverser la perspective : et si le problème corse était en réalité le contrecoup et, par là même, un révélateur des problèmes qui se posent au pays tout entier dans le contexte mondial actuel ? N'est-ce pas d'abord sur la France, et sur les altérations de son projet citoyen, qu'il faut s'interroger pour traiter avec pertinence la question corse ?
    La mise en perspective d'une histoire mal connue, à bien des égards douloureuse, mais aussi longtemps épanouie dans l'élan républicain, donne chair à cette hypothèse. Elle permet aussi d'envisager d'un oeil plus serein les voies de sortie d'un dialogue de sourds alimenté par la méconnaissance mutuelle.

  • La pauvrete dans l'abondance

    John Maynard Keynes

    • Gallimard
    • 24 April 2002

    Après avoir été considéré comme le sauveur du capitalisme, auquel il ouvrit une voie médiane entre libéralisme et socialisme, keynes a été la première victime du retour en force du libéralisme économique dans les années 1980.
    Mais les perturbations économiques récentes et les contrecoups de la mondialisation nous invitent à le redécouvrir. qu'il s'agisse de son analyse du chômage et de la pauvreté, qui ne sont que l'autre face de l'abondance capitaliste, des moyens qu'il propose pour éviter une récession, ou de ses réflexions sur les dangers d'une interdépendance trop étroite des économies, on s'aperçoit, en lisant les quatorze essais réunis dans ce volume, que keynes est toujours notre contemporain.

  • C'est de l'intérieur que François Cornut-Gentille, député de la Haute-Marne depuis plus de vingt ans, a vécu ce qu'il appelle « la mystérieuse disparition de la force de gouverner ». Il dresse un tableau saisissant de cette impuissance croissante des gouvernements successifs à répondre efficacement aux problèmes du pays, avec les conséquences politiques qui s'ensuivent. La raison fondamentale en est l'impossibilité de s'appuyer sur des diagnostics pertinents et approfondis, montre-t-il. Qu'il s'agisse de l'état réel du système éducatif ou du système sanitaire, de la situation des prisons, des réalités de l'immigration, l'État est aveugle. Il multiplie les gesticulations sous forme de lois d'annonce sans prise sur les questions qu'il prétend traiter. La conclusion s'impose, aux yeux du praticien aguerri de la démocratie qu'est François CornutGentille : l'organisation institutionnelle actuelle ne permet pas de sortir de cette impasse. Il faut concevoir de nouvelles institutions pour y remédier. Il propose dans cet esprit l'établissement d'une assemblée qui serait chargée exclusivement de cette fonction de diagnostic, à charge pour le Parlement et l'exécutif de définir et de mettre en oeuvre les solutions. À l'heure d'une élection présidentielle qui s'annonce particulièrement chargée d'incertitudes, voici une contribution éclairée et constructive au débat public.

  • Djamila Boupacha

    ,

    • Gallimard
    • 31 January 1962

    «Une Algérienne de vingt-trois ans, agent de liaison du F.L.N., a été séquestrée, torturée, violée avec une bouteille par des militaires français : c'est banal. Depuis 1954, nous sommes tous complices d'un génocide qui, sous le nom de répression, puis de pacification, a fait plus d'un million de victimes : hommes, femmes, vieillards, enfants, mitraillés au cours des ratissages, brûlés vifs dans leurs villages, abattus, égorgés, éventrés, martyrisés à mort ; des tribus entières livrées à la faim, au froid, aux coups, aux épidémies, dans ces "centres de regroupement" qui sont en fait des camps d'extermination ? servant accessoirement de bordels aux corps d'élite ? et où agonisent actuellement plus de cinq cent mille Algériens. Au cours de ces derniers mois, la presse, même la plus prudente, a déversé sur nous l'horreur : assassinats, lynchages, ratonnades, chasses à l'homme dans les rues d'Oran ; à Paris, au fil de la Seine, pendus aux arbres du bois de Boulogne, des cadavres par dizaines ; des mains brisées ; des crânes éclatés ; la Toussaint rouge d'Alger. Pouvons-nous encore être émus par le sang d'une jeune fille ? Après tout, ? comme l'a insinué finement M. Patin, Président de la Commission de Sauvegarde, au cours d'un entretien auquel j'assistais ? Djamila Boupacha est vivante : ce qu'elle a subi n'était donc pas terrible.» Simone de Beauvoir.

  • Le principe sécurité

    Frédéric Gros

    • Gallimard
    • 4 October 2012

    'Sécurité publique', 'sécurité alimentaire', 'sécurité énergétique', 'sécurité des frontières' : la sécurité constitue aujourd'hui dans tous les États un Principe régulateur, c'est-à-dire, confusément et tout à la fois, un sentiment, un programme politique, des forces matérielles, une source de légitimité, un bien marchand, un service public.
    Ce Principe est le fruit de quatre acceptions historiques : la sécurité comme état mental, disposition des grandes sagesses stoïciennes, épicuriennes et sceptiques à atteindre la fermeté d'âme face aux vicissitudes du monde ; la sécurité comme situation objective, ordre matériel caractérisé par une absence de dangers (c'est l'héritage du millénarisme chrétien) ; la sécurité comme garantie par l'État des droits fondamentaux de la conservation des biens et des personnes, voire comme bien public (surveillance, équilibre des forces, raison d'État et état d'exception) ; la sécurité comme contrôle des flux à notre époque contemporaine, avec ses concepts nouveaux : la 'traçabilité', la 'précaution', la 'régulation'.
    Loin d'être des acceptions successives, ces dimensions sont des 'foyers de sens', toujours à l'oeuvre conjointe ? la tranquillité du Sage ne dépend plus de techniques spirituelles mais d'un bon gouvernement et d'un État fort ; les ressorts millénaristes ont été recyclés par les révolutions totalitaires du XXe siècle ; la tension s'est installée entre la sécurité policière et la sécurité juridique, entre la sécurité militaire et la sécurité policière qui prétend, à son tour, combattre 'l'ennemi intérieur' ; la biosécurité et ses logiques de sollicitations permanentes ? être toujours et partout accessible, réactif ? sont à l'opposé de l'idéal antique de la stabilité intérieure ; tandis que la sécurité du marché impose un démantèlement de l'État-providence, des politiques de santé publique et des logiques de solidarité : la sécurité-régulation se substitue à la sécurité-protection.
    Pour finir, le Principe Sécurité se définit toujours par une retenue au bord du désastre.

  • Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti eurent le malheur d'être ouvriers italiens immigrés aux États-Unis, et anarchistes. Pris dans une spirale infernale, ils seront arbitrairement accusés par la justice américaine d'un braquage meurtrier, au cours d'un procès retentissant qui débouchera sur leur exécution, dans la nuit du 22 au 23 août 1927.
    Devant la chaise électrique, écrit par John Dos Passos pendant le procès, est curieusement resté inédit en français. Il s'agit pourtant d'un pamphlet passionnant, dont l'intérêt est aussi bien historique que littéraire. Publié par le comité de défense bostonien de Sacco et Vanzetti au moment où un ultime recours en appel vient d'être rejeté, ce texte fait feu de tout bois : analyse des contradictions de l'instruction ; invocation des valeurs de l'Amérique ; réflexion sur le sort réservé aux immigrants.
    Le ton est tour à tour lyrique, didactique, polémique, et Dos Passos fait alterner narration et documents, suivant une technique de montage qui fera plus tard la singularité de la trilogie USA.
    Réflexion sur la diabolisation des immigrés et sur les crispations de l'Amérique en temps de crise, ce texte marqué par l'urgence est resté d'une brûlante actualité.

  • Paris - Berlin : fatals malentendus

    Edouard Husson

    • Gallimard
    • 7 November 2019

    Emmanuel Macron a de grandes ambitions pour l'Europe, énoncées lors d'un discours à la Sorbonne et dans une lettre adressée à l'ensemble du continent. Elles se heurtent à un manque total de répondant de Mme Merkel et plus généralement du principal partenaire de la France, l'Allemagne.
    Pourquoi ce couple historique censé être le moteur de l'Union européenne ne fonctionne-t-il plus ? Peut-on le réparer et comment ? C'est l'objet de cet ouvrage, qui porte un regard incisif sur l'Allemagne d'aujourd'hui et sur les aléas de nos relations avec la grande voisine d'outre- Rhin. La France, note Édouard Husson, observe depuis deux siècles l'Allemagne avec passion, que ce soit pour la haïr ou l'imiter, tandis que celle-ci hésite entre admiration et condescendance - sans qu'aucune ne soit vraiment capable de comprendre l'autre.
    À l'heure où les déséquilibres mondiaux mettent l'Union Européenne en péril, face aux États- Unis et à la Chine, où les populismes et l'immigration menacent sa cohésion de l'intérieur, Édouard Husson décrypte d'une plume acérée l'incroyable décalage entre la vision qu'ont les élites françaises de l'Allemagne et la réalité. Grâce à ses expériences personnelles, ses rencontres et sa profonde connaissance du terrain, il nous éclaire de manière inédite sur le les lignes de faille de l'Europe d'aujourd'hui et propose en urgence des pistes pour demain.

  • Un barbare chez les civilisés

    Mario Vargas Llosa

    • Gallimard
    • 5 March 1998

    Sous le titre Un barbare chez les civilisés, Mario Vargas Llosa reprend, une fois de plus, sa longue quête de la vérité par le dialogue.
    L'expérience de l'écrivain et de l'homme politique dans un pays du tiers-monde - Le Pérou - est ici lue et relue à la lumière des modèles de l'Occident libéral, mais sans tomber pour autant dans l'habituelle logique du centre et de la périphérie, du reflet et du miroir. L'auteur passe, en effet, au crible d'une critique aussi sévère qu'élégante les fausses idées qu'on se fait en Europe et aux Etats-Unis sur les problèmes de l'Amérique latine.
    Il dénonce avec force cette incapacité à comprendre une réalité autrement plus vaste et plus complexe, souvent dissimulée sous des préjugés. Homme de raison et homme d'action, Mario Vargas Llosa nous emmène sur les hauteurs des Andes et nous fait partager les difficultés d'une enquête émouvante sur le massacre de huit journalistes. Il nous parle aussi du terrorisme et du pouvoir de la drogue, en essayant de cerner, chaque fois, la réelle portée de ces phénomènes très exploités et bien mal compris par l'opinion internationale.
    Mis il ne manque pas non plus de signaler l'espoir : la révolution silencieuse de la société civile qui, au Pérou comme dans d'autres pays d'Amérique latine, est en train de redéfinir les formes de la vie communautaire.

  • Le culte des droits de l'homme

    Valentine Zuber

    • Gallimard
    • 6 March 2014

    La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, oeuvre éclair du mois d'août 1789, est devenue dès sa promulgation l'un des symboles révolutionnaires les plus populaires en France et à l'étranger. Véritable évangile des principes sacrés de la République française, elle a immédiatement été considérée comme l'indispensable abrégé, le catéchisme de la formation politique des futurs citoyens. Le souci constant de son affichage et de sa diffusion en France depuis la Révolution jusqu'à nos jours montre encore l'exceptionnalité conférée à ce texte singulier, finalement constitutionnalisé.

    La sacralisation implicite de la Déclaration des droits, credo révolutionnaire devenu républicain, pose la question de l'existence d'une forme de religion civile dans la République, en dépit de sa laïcité revendiquée. Le culte des droits de l'homme, élaboré dès les premiers mois de 1789, s'est en effet constamment perpétué dans la tradition républicaine, du centenaire de 1889 au bicentenaire de 1989, jusqu'à l'exaltation plus contemporaine de la France "pays des droits de l'homme".

  • Le corps du duce ; essai sur la sortie du fascisme

    Sergio Luzzatto

    • Gallimard
    • 6 November 2014

    Au sommet de sa gloire, Mussolini fait don de son corps au peuple italien : photographies, affiches et films de propagande exaltent dans son physique ce que sera l'Homme nouveau. Le 29 avril 1945, ce même corps est suspendu par les pieds au treillis d'une station-service à Milan. Le régime fasciste a vécu. Mais l'Italie n'est pas pour autant sortie du fascisme.
    Un an après, à la veille du premier anniversaire de la Libération, un commando de jeunes néofascistes enlève de la fosse anonyme du cimetière de Milan la dépouille du Duce. Une fois celle-ci récupérée, la toute nouvelle République ne sait qu'en faire cependant : l'enterrer de nouveau, au risque de voir l'anonymat de la sépulture une fois encore percé par les nostalgiques du fascisme? Ou la rendre à la piété de sa veuve et de ses enfants, au risque de voir le caveau familial devenir un lieu de pèlerinage pour des cohortes de néofascistes? Dans le doute, les autorités profitent en secret de la disponibilité de l'Église : la caisse de bois brut est cachée dans un couvent, onze ans durant.
    L'Italie, poussée par la puissance du clérico-fascisme et la Guerre froide à s'attendrir chrétiennement sur les mésaventures des ex-fascistes plutôt qu'à s'enorgueillir des hauts faits des partisans, ne sait pas construire une mémoire fondatrice ni un culte patriotique sur le martyrologe des résistants.
    Entre l'Italie et la France, Sergio Luzzatto trame des fils plus robustes encore que ceux de l'enlèvement du cercueil de Pétain par des nostalgiques de Vichy en 1973, ou du mythe, commun à la mémoire néofasciste et à la mémoire pétainiste, du don de leur personne qui aurait fait du maréchal et du Duce des «boucliers» contre les exigences nazies. Les deux histoires sont avant tout unies par une gêne à l'égard de la Résistance comme événement fondateur. À Rome comme à Paris, une simple question d'ordre public - que faire de la sépulture d'un cadavre encombrant? - en cachait une autre, bien plus délicate : comment transformer une réalité historique qui par définition exclut et divise - celle du mouvement partisan - en un mythe fondateur inclusif et partagé?

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