Cerf

  • Un athée, un croyant. Deux philosophes.
    Une leçon d'humanité.
    Renouant avec les disputes médiévales, le penseur André Comte-Sponville et le philosophe-théologien Philippe Capelle-Dumont entrent en dialogue. Au fil de leurs argumentations rigoureuses et vivantes, exigeantes et claires, ils nous montrent la voie du débat intellectuel où se fondent ensemble le respect à l'égard de l'autre et la loyauté commune envers la vérité.

  • 1934. Réfugié en France, travaillant sous l'architecture de fer de la Bibliothèque nationale, l'écrivain et penseur allemand Walter Benjamin reprend son ancien projet de consacrer un ouvrage aux passages parisiens. Il l'avait conçu quelques années plus tôt comme une féérie dialectique proche, par l'inspiration, des déambulations surréalistes de Breton et surtout d'Aragon. Mais l'Europe tourne à l'abîme. Désormais, ce sera un livre constituant non seulement une histoire sociale de Paris au xixe siècle, comme l'annonçait l'institut de recherche sociale d'Adorno et Horkheimer, mais encore un essai d'interprétation globale du xxe siècle et de son équivoque modernité.
    À partir des passages de la capitale française, Benjamin déchiffre les figures équivoques d'un rêve qui meurt sous ses yeux sur fond de verre et d'acier. Il décrypte des concepts tels que la ville, la construction, la communication, le transport. Des catégories telles que la distraction, la mode, l'oisiveté, l'intérieur, le miroir, l'ennui. Des événements tels que l'inauguration, l'exposition, la manifestation, l'incendie. Des figures telles que le passant, le joueur, le collectionneur.
    Revenant au commencement des phénomènes et des techniques de masse, mesurant leur portée philosophique et politique, brossant un extraordinaire hommage critique à une cité capitale, à son architecture, à ses artistes et à ses écrivains, c'est une fragile aspiration utopique et une promesse oubliée de liberté qu'exhume Walter Benjamin. Car ce sont d'ores et déjà celles d'un monde révolu, prêt à plonger dans l'horreur.
    Une contribution essentielle au patrimoine universel de la littérature.

  • La lutte pour la reconnaissance

    Axel Honneth

    • Cerf
    • 14 February 2000

    La philosophie sociale moderne, depuis machiavel et hobbes, présuppose un rapport d'hostilité entre des individus désireux de s'assurer une place au soleil ou plus simplement de garantir les conditions de leur survie.
    La société ne serait rien d'autre qu'une collection d'individus. la fonction de l'etat, dans ce contexte, consiste à neutraliser leur antagonisme. la morale se trouve ainsi instrumentalisée. le jeune hegel se démarque de cette tradition en cherchant à comprendre les conflits humains dans la perspective d'une demande de reconnaissance. il met ainsi en lumière la dimension morale inhérente à tout affrontement et reconstruit l'évolution sociale selon une succession de luttes réelles ou symboliques, dans lesquelles l'individu ne cherche pas tant à supprimer ou à abaisser son adversaire qu'à être reconnu par lui dans son individualité.
    L'amour, le droit, la solidarité offrent les cadres successifs oú s'inscrit, à mesure que s'enrichissent les rapports humains, ce lien de reconnaissance. la psychologie sociale moderne permet de reprendre cette approche pour l'enraciner dans les mécanismes de formation de la personnalité humaine (les travaux de g. h. mead et de d. winnicott en particulier). en distinguant trois formes de mépris - l'atteinte physique, l'atteinte juridique et l'atteinte à la dignité de l'individu -, correspondant aux stades de développement du rapport de reconnaissance, axel honneth se dote d'un outillage conceptuel qui lui permet d'articuler une véritable " grammaire morale des conflits sociaux ", fondée sur une théorie intégrée de l'homme et de la société.
    Ce faisant, il nous met aussi entre les mains un précieux instrument critique.

  • De l'ethique de la discussion

    Jürgen Habermas

    • Cerf
    • 23 September 1992

    « Avec ce volume, écrit J. Habermas, je poursuis les recherches concernant "Morale et communication". Ce qui relance la discussion ce sont surtout les objections faites aux concepts universalistes de la morale qui remonte à Aristote, Hegel et le contextualisme contemporain. Il s'agit de dépasser l'opposition stérile entre un universalisme abstrait et un relativisme qui se contredit lui-même. Je tente donc de défendre la prééminence du juste, compris dans un sens déontologique, sur le bien. Mais cela ne signifie pas que les questions éthiques, au sens étroit du terme, doivent être exclues du questionnement rationnel. » Comme l'indique le traducteur, M. Hunyadi, « dans cette perspective, la question morale centrale n'est plus, on le voit bien, la question existentielle de savoir comment mener une vie bonne, mais la question déontologique de savoir à quelles conditions une norme peut être dite valide. Le problème se déplace de la question du bien vers la question du juste - de celle du bonheur vers celle de la validité prescriptive des normes. Les questions morales - concernant le juste, et décidables au terme d'une procédure argumentative - sont à distinguer des questions éthiques - concernant les choix axiologiques préférentiels de chacun, par nature subjectifs -, c'est l'une des entreprises originales de ce livre que de le montrer. »

  • Morale et communication

    Jürgen Habermas

    • Cerf
    • 1 January 1987

    Ce livre, publié en 1983, est à plusieurs égards un livre décisif pour cette fin de siècle Il l'est en premier lieu en tant que démenti formel à la rumeur insistante selon laquelle la philosophie serait bientôt - sinon déjà - condamnée à la futilité et à l'inaction.
    S'appuyant sur une analyse lucide de la modernité, Habermas montre que si la tâche philosophique de médiation de la rationalité demande certes à être réévaluée, elle est non seulement possible mais encore essentielle à notre réflexion. Non content de le dire, Habermas le prouve. Tout d'abord, en mettant en oeuvre la conception de la philosophie qu'il défend, conception liée à la théorie critique de la société qu'il a lui-même reconstruite sur la base d'une Raison communicationnelle, et qui préconise une coopération de toutes les activités intellectuelles déclarant une exigence de rationalité.
    Il le prouve encore en mettant en place, à partir de l'activité communicationnelle et de l'éthique de la discussion de K.O. Apel, une théorie proprement philosophique des relations humaines dans les sociétés contemporaines ; théorie formelle de l'intersubjectivité, elle apparaît comme une morale non prescriptive dont les principes ne sont liés qu'à la garantie de l'intercompréhension, offrant ainsi une nouvelle appréhension de la Raison pratique.
    Il le prouve toujours en démontrant que cette théorie, sans rien renier de son caractère philosophique, peut nouer un dialogue effectif et heuristique avec une science sociale - ici avec la psychologie sociale, de Kohlberg. Il le prouve enfin en apportant à la société contemporaine, par ce dialogue, une intelligibilité critique d'elle-même qu'elle ne pourrait acquérir autrement.

    Sur commande

  • Voici le texte inédit du Mémoire pour le Diplôme d'études scientifiques que soutint le jeune Paul Ricoeur en 1934 devant Léon Brunschvicg. Dans ce travail remarquable, qui laisse entrevoir tout le génie du philosophe, Ricoeur aborde sous l'angle de la méthode réflexive le problème de Dieu.
    Si Dieu est l'être même de la pensée, il n'est pas à chercher hors de nous, mais en nous ; il est notre meilleur moi, l'âme de notre âme ; il nous est plus intérieur que nous-mêmes. La recherche de Dieu n'engage cependant pas seulement notre connaissance, car la pensée oriente aussi vers un idéal pratique de vie. Appliquer la méthode réflexive n'est pas un jeu d'idées, mais une discipline de vie. Spéculer n'est pas assister à un spectacle ou se regarder en un miroir (speculum) : c'est consentir à ne vivre que par l'esprit et pour l'esprit.
    Devenu une figure centrale de la philosophie française du XXe siècle, Paul Ricoeur (1913-2005) sondait ainsi dans son Mémoire de jeunesse, enfin exhumé, les ressources de la méthode réflexive : elle l'aura accompagné tout au long de ses recherches ultérieures.

  • Si nous ne voulons pas que l'écologie se réduise à des déclarations d'intention, des changements dans nos styles de vie sont nécessaires.
    La question est de savoir quelle éthique et quelles transformations de la démocratie peuvent rendre possible la prise en compte de l'écologie dans notre vie. Reliant des champs de l'éthique appliquée qui d'ordinaire sont étudiés séparément - la culture et l'agriculture, le rapport aux animaux, l'organisation du travail et l'intégration des personnes en situation de handicap -, cette enquête élabore un concept rigoureux de responsabilité susceptible de promouvoir une autre manière de penser le sujet et une autre organisation politique.
    Loin de fonder la politique sur l'écologie, il s'agit de montrer que celle-ci ne peut être prise au sérieux qu'au sein d'un humanisme rénové. Ainsi, le sujet de l'éthique de la vulnérabilité s'inquiète du devoir être de son droit et intègre, dans son vouloir vivre, le souci de préserver la santé de la terre et de ne pas imposer aux autres hommes et aux autres espèces une vie diminuée.

  • Ca n'a rien à voir ; lire Freud en philosophe

    Emmanuel Falque

    • Cerf
    • 14 September 2018

    La confrontation entre philosophie et psychanalyse a connu de beaux jours. Mais après les grands débats avec P. Ricoeur, M. Merleau- Ponty, J. Derrida, G. Deleuze ou M. Henry, ce dialogue semble aujourd'hui rompu. Il fallait donc de nouveau franchir le Rubicon. Peut-être la philosophie contemporaine souffre-t-elle d'un « excès de sens », qu'il s'agisse de signification ou d'interprétation, et que la psychanalyse ait sur ce point matière à interroger ?
    Dire «i» Ça n'a rien à voir«/i» n'indique pas qu'entre philosophie et psychanalyse il n'y ait pas de rapports, bien au contraire. « Ça n'a rien à voir » veut plutôt signifier que le « Ça » ne se voit pas - parce que précisément il ne se donne jamais à voir comme « phénomène ». Oser «i» Lire Freud en philosophe «/i», c'est ainsi conduire la pensée vers des rives insoupçonnées, en une lecture de la psychanalyse ici renouvelée.

    «i» Doyen honoraire de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, Emmanuel Falque est philosophe et phénoménologue. Il est l'auteur de nombreux ouvrages publiés en France et traduits à l'étranger, en particulier aux États-Unis. Derniers livres «/i» : Le Combat amoureux (2014), Parcours d'embûches (2016), Le livre de l'expérience (2017).

  • Qu'est-ce que la haine ? Comment cet affect individuel peut-il animer des persécutions collectives ? C'est la logique de la haine, toujours active et menaçante, que ce livre s'efforce de comprendre. Pour cela, Jacob Rogozinski interroge le phénomène de la chasse aux sorcières qui s'est déchaînée de la Renaissance aux Lumières. Il décrit les techniques mises en oeuvre pour désigner, puis anéantir ses cibles. Il analyse la recherche du « stigmate diabolique », l'aveu d'une « vérité » extorquée sous la torture, la dénonciation d'un « complot des sorciers », la construction de la figure de « Satan » comme ennemi absolu. Les mêmes dispositifs se retrouveront sous d'autres formes, dans d'autres circonstances, de la Terreur jacobine aux procès de Moscou, et sous-tendent encore les récentes « théories du complot ». En étudiant ces expériences historiques, en repérant leurs différences et leurs similitudes, Jacob Rogozinski montre comment l'on passe de l'exclusion à la persécution, comment l'indignation et la révolte des dominés peuvent se changer en haine et se laisser capter par des politiques de persécution. Ses analyses nous éclairent ainsi sur les dispositifs de terreur de notre temps.

  • L'art medical et la responsabilite humaine

    Hans Jonas

    • Cerf
    • 22 August 2012

    Responsabilité auquel il doit sa notoriété. Le présent ouvrage propose la traduction de quatre chapitres essentiels de ce livre sur l'art médical. Jonas y développe une éthique veillant à éclairer efficacement les actions engagées au sein du champ médical, puisque la dynamique de la médecine moderne menace l'essence même de la médecine dans ses moyens comme dans ses buts.
    Pour faire face à ce pseudoprogrès, le médecin est convoqué à la responsabilité. Il doit notamment rester libre devant le mouvement technoscientifique en veillant à la dignité de ses patients. Le philosophe s'interroge aussi sur les perspectives ouvertes par les recherches médicales, le clonage et l'ingénierie pouvant représenter, à certains égards au moins, les pires poisons.

  • Socrate

    Jan Patocka

    • Cerf
    • 17 November 2017

    « Qu'est-ce que l'‹ âme › ? [...] Chez Socrate [...] c'est un destin intérieur, la détermination intime de l'homme. L'âme décide d'elle-même et possède à cette fin une faculté qui n'appartient qu'à elle - la connaissance de la vérité, la faculté de distinguer le bien du mal. Ce qui, chez nous, décide en dernière instance de soi-même, en vertu de sa connaissance du bien, c'est l'âme selon Socrate. Pourquoi alors faut-il en prendre soin ? Pourquoi faut-il en avoir souci ? ».

    Cours professé à l'Université Charles de Prague en 1946, le Socrate de Jan Patocka constitue une interprétation délibérément philosophique de la pensée socratique telle qu'elle se révèle à travers les témoignages de ses disciples. En six chapitres, l'auteur traite d'abord des problèmes que posent la reconstruction philologique et l'interprétation philosophique de la figure de Socrate. Il aborde ensuite les présupposés culturels de l'activité du philosophe athénien tels que la tragédie et la sophistique et il résume les circonstances de sa vie. Enfin, Jan Patocka réfléchit sur les objectifs de la quête philosophique de Socrate et sur la signification que revêtent chez lui les notions du soin de l'âme, de la vertu et du bonheur. Une importante annexe reprend le dossier des témoignages sur les disciples de Socrate pour défendre l'idée d'un socratisme qui, pour peu qu'il constitue une doctrine, n'en est pas moins une philosophie.

  • La vocation prophétique de la philosophie

    Anne Dufourmantelle

    • Cerf
    • 20 January 1998

    Pourquoi faut-il que nous nous interrogions sans relâche ? Qu'un seul veille et le monde est sans repos, libre à nouveau de toute réponse, comme si ni l'histoire ni la mémoire n'avaient tracé les signes, multiples et réitérés au long des siècles, de nos balbutiements devant l'énigme de l'être.
    D'aussi loin que les textes nous parviennent, la philosophie s'est érigée contre la superstition, la croyance vaine, l'opinion. Elle a fait oeuvre de discernement en direction de la question de l'être, du monde, du sujet. Pourquoi alors défendre l'idée d'une vocation prophétique de la philosophie ? Parce qu'il y aurait à répondre de, avant même que la réflexion philosophique puisse, comme telle, être légitime.
    La vocation serait l'espace de toute réponse possible. Et la philosophie, dès lors, s'inscrirait à partir de ce lieu où la réponse est toujours différée, parce qu'elle est cette ouverture radicale sur l'absolument autre qui empêche le discours de se clore sur lui-même. Quels penseurs ont anticipé notre présente détresse ? A moins que la détresse ne soit elle-même qu'un état transitoire dont il ne faudrait pas s'affliger puisque nos démocraties sont, à tout prendre, les moins barbares des sociétés de droit.
    Les penseurs prophétiques frayent un chemin de veille, non pour perpétuer une trace, un enseignement, mais pour risquer plus loin la question de l'humanité de l'homme.

  • Le concept d'expérience revient aujourd'hui en force. Il plonge pourtant ses racines dans notre passé. La « réflexion sur l'expérience » naît en effet au Moyen Âge aux XIe et XIIe siècles dans le cadre de la théologie monastique. Car s'il faut parler d'expérience quand on est « moine », encore faut-il parler sur l'expérience et non pas uniquement à partir de l'expérience. L'« expérience en pensée » (Anselme de Cantorbéry), l'« expérience du monde » (Hugues et Richard de Saint-Victor), et l'« expérience en affects » (Aelred de Rievaulx et Bernard de Clairvaux) traversent ainsi ce « renouveau monastique » philosophiquement à interroger.
    « Aujourd'hui nous lisons au livre de l'expérience. » Le mot célèbre de Bernard de Clairvaux indique un programme encore à réaliser. Ce Livre de l'expérience, pris entre l'analyse des Pères et de la scolastique, vient donc ici comme un manque à combler - non seulement en achevant un nouveau triptyque, médiéval cette fois, mais aussi en ouvrant sur une richesse expérientielle et philosophique de la spiritualité que nous aurions tort d'ignorer.

  • L'oeuvre des sermons ; Erfurt, Paris, Strasbourg, Cologne

    Maître Eckhart

    • Cerf
    • 25 February 2010

    Cette première édition française des Sermons latins de Maître Eckhart, produite et commentée par un des spécialistes formés dans l'Equipe de recherches sur les mystiques rhénans (Université de Metz), ouvre à une meilleure compréhension de la pensée mystique d'un des plus grands maîtres du Moyen Age.
    L'OEuvre des Sermons de Maître Eckhart, dernier volet de son grand projet inachevé " l'OEuvre tripartite ", nous restitue tout au long de cinquante-six serinons une présentation générale de la pensée du Mystique thuringien. À la différence des Sermons allemands, Eckhart s'adresse ici en premier lieu à ses frères dominicains : il nous montre un autre visage d'Eckhart sans effacer celui qui apparaît dans les écrits allemands.
    Tout autant attaché à la divinisation de l'homme, à la naissance de Dieu dans l'âme, il nous en donne les arguments théoriques, scolastiques. Nulle part ne se voit mieux combien l'intelligence est convoquée à l'union avec Dieu. Cependant, le frère dominicain, admirateur de Thomas d'Aquin, attaché à l'eucharistie, à la recherche des vertus apparaît aussi. Et ce n'est pas la moindre des qualités de cet ouvrage que de nous montrer comment une spiritualité se vérifie et se construit au coeur d'une vie chrétienne, consacrée à l'étude et à la prédication.
    Car c'est bien là le but d'un homéliaire : exposer les mystères et inviter à les pratiquer. Adossé au rythme liturgique, il aborde des thèmes qui ne sont jamais abordés aussi frontalement dans son oeuvre allemande : les sacrements, les vertus, ou même la Trinité. Ainsi, toute une image d'Eckhart est corrigée, réinsérée en quelque sorte dans la vie conventuelle. Ce n'est pas pour autant un ouvrage fade : tout le génie de son auteur y apparaît.
    Les points les plus marquants de sa pensée sont tous présents, que ce soit la divinisation de l'homme, l'enfantement de Dieu dans l'âme, le rôle central de la Trinité. Eckhart nous livre ici les bases intellectuelles sur lesquelles repose sa pensée.

  • Christianisme et philosophie chez Origène

    Joseph O'Leary

    • Cerf
    • 6 October 2011

    Le premier grand système de théologie chrétienne, bâti par Origène d'Alexandrie au IIIe siècle, est parcouru par des failles significatives, qu'une lecture déconstructrice cherchera à relever. Un rapport intime et conflictuel au platonisme est reflété dans le style même de l'Alexandrin, examiné ici dans des passages clés tirés du traité des principes, du Commentaire sur Jean et du Contre Celse. Il en résulte des éléments pour un jugement critique sur l'alliance forgée entre foi et philosophie par Origène et ses successeurs. Au moment où le christianisme cherche une nouvelle inculturation dans un monde postmétaphysique et en rapport à des contextes non européens, cette critique contribue à une saisie plus lucide des enjeux du passé et des possibilités qui s'ouvrent aujourd'hui.

  • Robert Brandom (1950- ), qui enseigne à l'université de Pittsburgh, est l'un des plus importants philosophes américains contemporains. Élève de Wilfrid Sellars et de Richard Rorty, il est l'auteur d'une oeuvre originale qui s'inspire à la fois de la tradition analytique de la philosophie du langage et de la logique, ainsi que de la tradition kantienne et postkantienne de la philosophie allemande, et qui, en même temps, cherche à renouveler la philosophie pragmatiste américaine. L'originalité de Brandom tient au fait qu'il est capable de dialoguer à la fois avec l'école classique de philosophie analytique et avec le mouvement contemporain qui vise à intégrer les apports de la philosophie du langage à la tradition « continentale », via les oeuvres de K. O. Apel ou de J. Habermas. Brandom reprend aussi certains thèmes classiques du pragmatisme, dans une tradition sans doute plus proche de celle de Dewey et de Mead que de celle de Peirce ou de James. Comme il s'est, en outre, recommandé de Hegel et propose une intéressante relecture de la grande tradition idéaliste allemande en philosophie, on mesurera toute son originalité. Quoi qu'on pense de ces tentatives d'intégration des traditions multiples de la philosophie contemporaine, Brandom a proposé ainsi une plate-forme d'une grande richesse pour la discussion, que les diverses parties ont plutôt intérêt à considérer qu'à ignorer.

    « L'Articulation des raisons » est un recueil d'essais qui constitue la meilleure introduction possible à l'oeuvre de Brandom. Il y expose sa conception inférentialiste du sens des mots et des concepts, sa théorie des normes et du raisonnement pratique, sa théorie de la connaissance, sa théorie sociale de la représentation, et sa conception normative de la rationalité. On appréciera par-dessus tout le fait que, tout en mettant ses travaux sous l'invocation de la philosophie allemande, Brandom est un philosophe essentiellement américain, au moins au sens suivant : il prend le risque d'avoir tort. Au lecteur, s'il veut relever le gant, de juger et de se faire philosophe, en articulant ses raisons, quitte à devoir en rabattre quant à ses prétentions.

  • De nos jours, les crispations identitaires et la crainte d'une perte de soi de la communauté nationale engendrent des peurs qui favorisent le rejet de l'autre, du différent. Dans ce contexte, l'image de l'Arabe ou du musulman apparaît comme la nouvelle cause des inquiétudes. Une distance critique devient nécessaire pour questionner en profondeur ces représentations que, déjà, la littérature et l'iconographie occidentales ont contribué à véhiculer.

    Voilà pourquoi il est important de faire découvrir au lecteur français la figure d'Edward W. Said (1935-2003), intellectuel d'envergure, qui malgré sa grande notoriété aux États-Unis, dans les pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques, demeure trop peu connu en France. Cet écrivain américain d'origine palestinienne, homme du métissage et de l'exil, décrit dans son oeuvre la façon dont les savants et les écrivains occidentaux ont construit l'image d'un Orient mythique et obscur, ou, plus précisément, une antithèse de la raison éclairée des Lumières, propre à justifier la colonisation. L'auteur du célèbre ouvrage « L'Orientalisme » (1978) souligne la dimension idéologique de ce regard et donne la source des préjugés antiarabes du monde occidental.

    Ce premier ouvrage en langue française sur l'oeuvre du père fondateur de la pensée postcoloniale nous aide à comprendre d'où viennent les craintes qui traversent nos sociétés occidentales et redonne sens à un humanisme radical, soucieux de former des citoyens critiques et responsables.

  • Platon et Aristote

    Eric Voegelin

    • Cerf
    • 29 January 2015

    Publié en 1957, Platon et Aristote constitue le troisième des cinq volumes d'Eric Voegelin analyse le « saut dans l'être », accompli par la philosophie grecque, réitérant sur un autre mode la grande révolution que fut la révélation mosaïque caractérisée par le passage des symbolisations cosmologiques de l'ordre politique aux symbolisations anthropologiques.
    Allant à l'encontre des lectures polémiques et anachroniques de l'époque, tendant à voir dans Platon et Aristote des précurseurs des grands totalitarismes modernes, Voegelin propose une analyse précise des textes politiques des deux philosophes, en prêtant particulièrement attention aux contextes narratifs et à la fonction des symboles. À travers l'analyse des grands mythes platoniciens, il interprète de façon neuve des rapports entre le logos et le mythos, lui permettant de poser les fondements d'une nouvelle pensée de l'histoire, alternative au modèle des Lumières.
    Voegelin ouvre ainsi la perspective d'un dialogue renouvelé entre les Anciens et les Modernes, en rendant à la philosophie politique son véritable rôle, qui n'est pas de produire des systèmes idéologiques, mais d'analyser les expériences fondamentales de l'homme dans son rapport à l'ordre.

  • Le grand bestiaire de la philosophie

    Christian Godin

    • Cerf
    • 14 October 2016

    Soixante-huit animaux figurent dans ce zoo conceptuel. Ils permettront au lecteur de visiter ou de revisiter vingt-cinq siècles de philosophie.
    Car pour réfléchir au bonheur, à la violence, à la société, ou à l'immortalité, les philosophes ont inventé des images.
    Parmi elles, les animaux sont en bonne place.
    Échappés des fables et des bestiaires, le cheval et la fourmi, l'araignée et la baleine, en passant par la tortue et l'âne ont pu illustrer, symboliser, évoquer les plus difficiles questions, à commencer par la vérité et l'erreur, l'âme et le corps, le sentiment et l'instinct.
    Vaste comme le monde, la philosophie ne pouvait ignorer cet autre monde - peut-être à son image.
    Un livre pour tous les amis des bêtes et de la sagesse.

  • Philosophie de la prostate

    Philippe Petit

    • Cerf
    • 27 April 2018

    La prostate ? Cette glande est la première cause de cancer masculin en France : 54 000 cas par an. Elle est aussi le siège de plaisirs intenses... Pourtant, aucun philosophe du corps, ni aucun philosophe du plaisir, n'a daigné écrire sur cette glande commune à tous les hommes, comme si elle était une chose honteuse ou vaine, trop personnelle. On n'en trouve trace ni dans les écrits de Michel Foucault, ni chez les historiens de la " virilité ".
    Pourquoi une telle ablation ? Pourquoi cette amnésie, à une époque où l'on parle sans cesse de plaisir et de sexualité ? Dans ce récit philosophique et autobiographique, Philippe Petit raconte sa maladie, et revisite même son enfance blessée, sa vie d'homme avant et après 1968... Il invoque Pascal, Cabanis, Nietzsche, François Dagognet et Philip Roth, dans une approche neuve de la philosophie médicale ; promouvant une véritable révolution " masculine " capable de conjoindre l'amour et la sexualité.
    Philippe Petit livre ici une admirable philosophie de l'expérience, qui nous plonge au coeur de la psychologie masculine.

  • Les textes réunis dans ce volume, parus entre 1891 et 1904, prolongent et concrétisent le projet d'une critique de la raison historique élaboré dans l'Introduction aux sciences de l'esprit de 1883 (Ed.
    Du Cerf, 1992). Il s'agit d'une véritable histoire des idées, qui vise à fonder la compréhension des systèmes de pensée liés à l'avènement du monde moderne sur l'analyse conjointe des singularités humaines et de leurs solidarités culturelles. À la différence de Hegel, Dilthey part de l'individu particulier, dont les expressions vitales s'organisent et se reflètent dans l'univers de la culture, avant de recevoir, en retour, la sanction de l'objectivité conceptuelle.
    Objectivité toute relative, puisqu'elle peut à son tour être projetée dans un nouvel horizon de sens, qui marque une étape ultérieure du processus infini de l'objectivation. Conçu comme une succession de réinterprétations, le mouvement de l'histoire oblige ainsi l'historien à entrer dans le cercle herméneutique. Cette contrainte méthodologique, fermement revendiquée par Dilthey, constitue encore aujourd'hui l'intérêt et l'actualité de ses recherches.

  • L'âge du renoncement

    Chantal Delsol

    • Cerf
    • 24 February 2011

    La religion, qui a irrigué la culture occidentale pendant deux mille ans, perd son influence sur tous les plans. La chrétienté ne se retire pas seule, mais avec elle ses fruits sécularisés, qui constituaient une architecture signifiante. Quel est le destin de notre représentation du monde à forée de cet effacement ? Certains désignent le relativisme, voire le nihilisme. qui s'instaurent dans l'oubli des référents fondateurs. Ce livre veut montrer que le nihilisme n'est qu'une brève transition, que le relativisme reflète une apparence. L'époque présente atteste plutôt la réinstauration de modes d'être et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l'Occident chrétien et à ceux qui se déploient partout hors l'Occident chrétien : des sagesses et des paganismes, déjà à l'ouvre sous la texture déchirée de nos anciennes convictions. transcendantes ou immanentes. Ces sagesses se nourrissent de renoncement, lequel forme aujourd'hui l'essentielle disposition de notre esprit. Renoncement à la quête de la vérité, renoncement au progrès, à la royauté de l'homme, à la liberté personnelle. Les conséquences en sont, par un lent processus, le remplacement du vrai par le bien, des dogmes par vies mythe, du temps fléché par un retour au temps circulaire, du monothéisme par le paganisme ou le panthéisme, de l'humanisme de liberté par un humanisme de protection, de la démocratie par le consensus, de la ferveur par le lâcher prise. C'est une métamorphose radicale, et ce renoncement est un retournement, non seulement de nos pensées, mais aussi de nos modes d'être et de nos institutions. Après une histoire de deux mille ans, sous de multiples signes réapparaît l'appel à une résignation sereine dont les hommes sans Dieu n'ont jamais cessé de rêver.

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