Karthala

  • Cet ouvrage a pour objectif de faire l'état des lieux général d'un pays qui est sans doute un des moins étudiés des pays de la rive sud de la Méditerranée.Appréhendée bien trop souvent par le gigantisme de son territoire, par son économie rentière et par l'opacité de son régime politique, l'Algérie est considérée comme une énigme. Celle d'un pays « hors-champs », dont les expériences historiques auraient construit une spécificité politique, économique, religieuse pour constituer une sorte de « modèle algérien » qui ne s'appliquerait qu'à lui-même et qui n'aurait pas à se soumettre à l'analyse critique et à la déconstruction de ses catégories théoriques.

    Soixante-quatre auteurs sont réunis ici pour pallier cette situation et offrir des clés de lecture pour saisir ce pays passionnant qui tourne aujourd'hui avec courage une longue page de son histoire. L'ouvrage s'articule autour de plusieurs entrées thématiques (espaces et territoires, politiques économiques, analyse de jeux politiques, questions de société, langues d'Algérie, besoins d'histoire, questions religieuses, gestion post-conflit des années 1990, relations internationales...) qui se présentent comme autant de lectures réflexives sur des réalités économiques, sociales, politiques et religieuses de l'Algérie du temps présent. Des approches par des terrains et des objets divers, des explorations fines et intelligentes proposent des éclairages inédits et fort utiles sur des dynamiques collectives adossées à des connaissances empiriques, fruits d'enquêtes de terrain originales.

    Cet ouvrage participe à la compréhension des forces motrices de la société algérienne, de ses dynamiques et de ses acteurs en pleine ébullition aujourd'hui.

  • Cet ouvrage se propose de revisiter la mémoire nationale algérienne pour montrer combien celle-ci participe à fois à la légitimation et à la contestation du pouvoir dans une société façonnée par la guerre d'indépendance, comme l'illustre le rôle majeur de l'armée encore aujourd'hui. L'auteur développe une perspective critique du nationalisme mémoriel algérien et met à jour la pluralité des points de vue, reflet de la diversité en Algérie.
    Il contribue ce faisant à éclairer les fondements de la crise identitaire que traverse la société algérienne, qui peine à élaborer un projet de « vivre ensemble » et à faire émerger une citoyenneté faisant consensus. Cette question se pose avec acuité après les « printemps arabes », et l'affaiblissement de la légitimité révolutionnaire des dirigeants algériens.
    En étudiant « l'histoire vue de l'autre côté », à travers des sources d'une grande amplitude (enquêtes de terrain en Algérie réalisées de 2006 à 2017, étude des musées et des monuments commémoratifs, archives militaires et judiciaires), l'auteur se positionne de manière originale par rapport au contentieux mémoriel franco-algérien. Il propose une histoire connectée des mémoires, faisant la part belle à une analyse critique des usages algériens du passé et des imaginaires sociaux que ces mémoires construisent. « L'histoire à parts égales » n'est-elle pas un devoir pour parvenir à une « juste mémoire » ?

  • A considérer le nombre d´étudiants « indigènes » qui sont passés par le système de l´enseignement secondaire et supérieur colonial, le taux d´analphabétisme relevé pour les années 1960 (85 % de la population algérienne), ou même la part des élèves scolarisés dans le primaire sur celle des enfants en âge d´être scolarisés (moins de 10 % en 54), le bilan scolaire colonial apparaît dérisoire, contrairement à ce que peuvent affirmer les thuriféraires de la colonisation positive. L´histoire de la politique scolaire coloniale n´a ainsi jamais été ce lent mouvement de civilisation des populations locales. Elle apparaît plutôt comme un processus profondément contradictoire dont les déterminants sont à rechercher aussi bien chez les émetteurs que chez les récepteurs de cette politique.
    /> Reprenant une analyse historique de l´imposition du système scolaire français à l´Algérie et restituant des mémoires et des expériences d´acteurs, le présent ouvrage va au fond de ces contradictions, dont les instituteurs et enseignants ont en été les figures emblématiques. La République a bien été en effet coloniale et beaucoup d´enseignants en ont été les instruments, à leur insu ou conscients. D´autres, plus nombreux, se sont confrontés au nom des principes fondateurs de la République, aux dénis de droits, à l´injustice et aux atteintes à la dignité humaine. Leur action en Algérie coloniale n´a de pendant que la discrétion de leur retrait ces dernières années face aux bruits et fureurs soulevés ici et là par un revivalisme des mémoires coloniales.
    Adossées à une analyse historique, les mémoires et les expériences de ces enseignants illustrent leurs engagements, aussi bien dans la situation coloniale, où ils ont voulu pour certains être des passerelles entre les communautés clivées, que dans l´Algérie indépendante où nombre d´entre eux ont participé à la socialisation de la jeunesse algérienne et soutenu la construction du jeune État-nation algérien.

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