• La pensée des plus grands philosophes, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, sur la nature du beau et la fonction de l'art. La notion d'esthétique est une invention récente : elle n'a pris sa signification moderne qu'au XVIIIe siècle. Pourtant, la philosophie n'a pas attendu aussi tard pour se préoccuper du beau et des arts : pas plus qu'elle ne commence avec la philosophie du siècle des Lumières, la réflexion esthétique ne s'achève avec lui. Ce livre est l'histoire de cette réflexion, depuis l'origine platonicienne de la philosophie jusqu'à nos jours, une histoire dont les principales figures sont Platon, Kant, Nietzsche et Heidegger.

  • « L'art, c'est la création propre à l'homme?», aime-t-on répéter avec Victor Hugo. Est-ce à dire pour autant que la capacité à apprécier la beauté du monde est exclusivement réservée à notre espèce?? Mais alors comment comprendre, par exemple, que le paon mâle ait développé, pour courtiser les femelles, une queue si voyante et volumineuse qu'elle en diminue ses propres chances de survie??
    Cet apparent paradoxe est au coeur de la réflexion de Charles Darwin, qui donne au sens proprement esthétique à l'oeuvre dans la sélection sexuelle animale une place cruciale dans l'évolution du vivant. Bousculant les présupposés de la philosophie de l'art autant que les attentes de ses disciples, il pose ainsi les fondements d'une histoire naturelle de l'esthétique, riche de surprises et de perspectives nouvelles.
    De la fameuse expédition du naturaliste anglais sur le Beagle aux travaux les plus récents des sciences cognitives, en passant par les apports de l'archéologie préhistorique, de l'anthropologie, de la psychologie expérimentale et même de l'ornithologie, cette enquête interroge le passage du sens esthétique animal à la naissance de l'art et révèle le rôle décisif de la beauté dans notre propre évolution.

  • Quand Carol Gilligan a énoncé dans Une voix différente (1982) l'idée que les femmes ont une autre manière de penser la morale que les hommes, elle ne s'est pas contentée d'élargir la division des sexes à la morale. Elle a mis en avant un concept largement occulté et laissé à l'état de friche : le care. En portant l'attention sur ce « prendre soin », ce souci des autres, l'éthique du care pose la question du lien social différemment :
    Elle met au coeur de nos relations la vulnérabilité, la dépendance et l'interdépendance.
    Elle rend ainsi audible la voix des fragiles et met en garde contre les dérives conjointement marchandes et bureaucratiques de nos sociétés néolibérales.
    Fabienne Brugère propose une synthèse des recherches autour de la notion de care et montre en quoi cette philosophie constitue aujourd'hui un véritable projet de société.

  • Tout le monde connaît la pop, la reconnaît, a un avis sur elle. Pourtant, sa singularité artistique et philosophique reste peu interrogée, comme si un tabou pesait sur cette forme musicale née au début du XXe siècle et dont le destin est lié à ses conditions techniques de production et de diffusion.
    Son ancrage, essentiel, dans le monde de la phonographie, est généralement interprété comme le trait honteux d'une musique qui aurait cessé d'en être tout à fait une, jusqu'à s'identifier aux « sons du capitalisme » qui déguisent en sucreries auditives les grognements de la bête immonde.
    L'enregistrement et ses conséquences auraient avant tout dégradé la musique, altéré ce qui la préservait - imagine-t-on - de la standardisation, jusqu'à produire à la chaîne une forme de musique consommable, accessible à tous, universellement médiocre. Des hits d'ABBA aux hymnes de Beyoncé, la pop serait structurellement inauthentique.
    Dans cet ouvrage, Agnès Gayraud se penche sur la profondeur de cette musique longtemps qualifiée de « légère » et cantonnée à un statut d'objet de consommation. Elle y déploie tous ses paradoxes, au coeur des oeuvres musicales elles-mêmes, pour révéler les ramifications esthétiques d'une richesse insoupçonnée de ce qui a peut-être été l'art musical le plus important du XXe siècle.

  • « Ubi fracassorium, ibi fuggitorium - là où il y a une catastrophe, il y a une échappatoire ».

    Dans Polichinelle ou Divertissement pour les jeunes gens, le philosophe Giorgio Agamben tente moins de percer le secret de Polichinelle que de l'exposer dans ses surfaces peintes et dans ses profondeurs de pensée pour l'offrir à notre méditation.
    Le livre, en quatre scènes, se déploie sur plusieurs portées. C'est d'abord un livre d'art - Agamben commente les extraordinaires dessins que Giandomenico Tiepolo composa autour de la figure de Polichinelle. Il regarde au plafond des villas vénitiennes, contemple des fresques à Zianigo et plonge dans les archives du peintre pour dégager entre les gravures et les esquisses de Tiepolo une figure majeure de l'histoire de l'art. Tiepolo se consacre à Polichinelle au moment où Venise s'éteint (1797). L'étrange bossu à la chemise blanche correspondrait ainsi à une philosophie de l'histoire.
    Mais il y a plus.
    Les dessins de Tiepolo expriment une dernière manière - le vieux peintre choisit la figure de Polichinelle pour dire adieu au monde des hommes et au monde de l'art. Une dimension autobiographique subtile accompagne ces pages dans lesquelles Agamben se tourne lui aussi vers la question de l'âge et scrute dans Polichinelle un mystère de la vie. Le livre est ainsi ponctué par des dialogues à plusieurs voix où Tiepolo et le philosophe s'entretiennent avec le roi des gnocchis qui répond en dialecte.
    Et pourtant, on ne saurait affronter une telle figure avec gravité. Polichinelle, c'est le défi du monde comique au sérieux de la philosophie. Agamben, en des pages inspirées, oppose la tragédie et la comédie au regard d'une philosophie du caractère, de l'action et de la liberté. Il retrouve alors un motif qui lui est propre : l'exposition de la vie nue, de la forme de vie, comme suspension et désoeuvrement. Dans la figure de Polichinelle, un grand nombre d'oppositions majeures de la philosophie morale s'abolissent : caractère et destin, comique et tragique, action et inaction. Comme dans un tableau de Tiepolo, le lecteur est invité à regarder un philosophe regardant un Polichinelle regardant un masque.

  • À la confluence de l'histoire de l'art, de l'esthétique, de la théorie littéraire et des cultural studies, une discipline proprement « inouïe » a vu le jour outre-Atlantique : les visual studies, dont W. J. T. Mitchell est l'un des principaux instigateurs. Avec Iconologie, il nous pousse à considérer que l'image participe de l'intégralité de la sphère sociale, empreint toute discipline, de la littérature aux sciences, et toute politique, de l'image-making des politiciens à leurs discours - de la « fabrication d'une certaine image » à « l'art de faire croire à la réalité de cette image », disait Hannah Arendt.
    Mitchell interroge à la fois la force du discours porté sur les images ou instrumentalisant les images et la performativité de ces discours sur le visible. Ses relectures de Burke, Lessing ou Marx montrent que l'image est le siège d'un pouvoir spécifique, attisant les conflits entre iconophiles et iconoclastes : l'image se mue en fétiche, objet d'orgueil et de vénération, ou devient signe d'un « autre » racial, social ou sexuel, objet d'aversion et de peur.
    À la recherche d'une théorie critique qui ne se satisferait pas des commodités de l'iconoclasme, Mitchell s'attelle à une déconstruction des idéologies de l'image, une déconstruction qui va jusqu'à reconsidérer l'idée même d'« idéologie ». D'autre part, si l'historicité du regard avait pu être prise en compte par l'histoire de l'art dès le xixe siècle, et si l'on ne saurait aujourd'hui faire l'impasse sur la construction sociale du regard, l'idée d'une construction visuelle de l'idéologie, de la philosophie, du langage et du social en son entier restait à formuler.

  • Toutes les clefs pour comprendre l'auteur et son oeuvre dans son ensemble. L'analyse des notions. Des liens avec d'autres oeuvres. Un texte et son commentaire : l'appendice de la partie I. Des outils : vocabulaire, index, sujets de dissertation.

  • Presque tous les textes de ce recueil sont extraits de la première partie de la Critique du jugement. Il s'agit d'aider les étudiants en classes terminales à comprendre les questions d'esthétique chez Kant.

  • Parue en 1974 en Allemagne, la Théorie de l'avant-garde de Peter Bürger a suscité d'importants débats.
    Elle n'avait pourtant pas été traduite en France jusqu'à présent. Sa publication donne l'occasion d'interroger l'héritage des avant-gardes dites « historiques » (surréalisme, dada, constructivisme russe) dans le contexte de l'art contemporain et, plus largement, de la culture de masse postmoderne, mais aussi de rendre compte de leurs échecs, de leurs « futurs passés » comme de leur réactivation problématique.
    Peter Bürger construit un concept d'avant-garde caractérisé par une remise en cause durable de l'idéologie de l'autonomie esthétique et par une attaque massive contre l'institution art en tant que domaine social détaché de la pratique de la vie. Loin de composer un simple récit à propos des mouvements d'avant-garde dans leur diversité, Bürger tente de cerner les conditions de possibilité historique de leur apparition et l'unité sous-jacente de leurs démarches.

  • Initialement publié en 1986, ce livre propose une théorie de la « représentation par images » ou dépiction. Flint Schier défend une thèse intrinsèquement iconique, selon laquelle les images épousent les contours des objets qu'elles dépeignent. En cela, il s'oppose à Nelson Goodman, pour qui la relation entre représentation et objet représenté serait entièrement artifi cielle (le système des images étant assimilé à un langage).
    À la notion de ressemblance, Flint Schier préfère celle de générativité naturelle : alors que nous ne pouvons pas comprendre un nouveau mot sans qu'on nous dise à quoi il réfère, il nous est, selon lui, possible d'identifier un objet dans une nouvelle image et, partant, de comprendre une nouvelle image, sans que personne ne nous donne la moindre indication. Ce déplacement permet de porter un éclairage nouveau sur la théorie de la représentation, à la faveur d'un changement de paradigme qui voit la philosophie de l'esprit prendre le pas sur la philosophie du langage.
    Après avoir passé en revue les théories existantes (Ernst Gombrich, Nelson Goodman, mais aussi Richard Wollheim, Kendall Walton ou Jean-Paul Sartre), Schier examine la question de l'interprétation des images dans les conditions de la vie courante. Ce faisant, il renouvelle les concepts de recognition et de référence iconique qui lui permettent d'entrer en dialogue non seulement avec l'esthétique et la philosophie, mais aussi avec la psychologie, ouvrant la voie aux approches cognitivistes de la représentation qui se sont développées par la suite.

    Professeur à l'université de Glasgow (Écosse), Flint Schier (1953-1988) fut l'auteur d'un seul livre. La Naturalité des images (Deeper into Pictures. An Essay on Pictorial Representation, Cambridge University Press, 1986) marque un tournant décisif dans le domaine de l'esthétique qu'est la théorie de l'image.

  • Jerrold Levinson est une des figures majeures de l'esthétique contemporaine. Le présent ouvrage fait suite à un premier recueil d'Essais de philosophie de la musique (Vrin, 2015). Il rassemble six essais du philosophe ayant trait à la question de l'expérience musicale. Qu'est-ce qui fait le propre d'une expérience esthétique de la musique ? Quelle est la valeur de la musique ? Quel sens la musique revêt-elle pour nous ? etc. Ces questions fondamentales trouvent sous la plume de Jerrold Levinson des réponses claires et argumentées, qui intéresseront aussi bien les philosophes et les psychologues que les musicologues.
    Cet ouvrage s'accompagne d'une série de textes introductifs qui permettront aux lecteurs de resituer les textes de Jerrold Levinson au sein des débats qui animent la philosophie de la musique anglo-saxonne de ces trente dernières années, et d'appréhender les liens inévitablement complexes que l'on peut tracer aujourd'hui entre l'esthétique musicale et les sciences cognitives de la musique.

  • Quelles sont les transformations formelles, sociales et économiques qui ont traversé l'art du XXe siècle pour lui donner son visage « contemporain », quels sont leurs enjeux? Pour répondre à ces questions, ce livre revient sur la notion d'aura, héritée de la théorie critique de Walter Benjamin. La Nouvelle Aura s'attache à cerner les modalités de l'auratisation qui règle les rapports entre art contemporain et industrie culturelle. La coalescence actuelle, inédite, entre l'art, la mondialisation libérale, la mode - et jusqu'à l'univers du luxe -, rend nécessaire un examen critique et idéologique des formes de spéculation et de fétichisme qui font de l'art contemporain une valeur intégrée au capitalisme globalisé.
    Jean-Pierre Cometti s'intéresse aux mécanismes de diffusion de l'art (les biennales), aux pratiques de valorisation (la collection privée et ses mécanismes d'accumulation) et à la paradoxale réification qui finit par arraisonner jusqu'à l'installation ou la performance. Il revient également sur la figure de Marcel Duchamp, artiste de l'avant-garde voué à la destruction de l'oeuvre d'art organique et « rétinienne », mais aussi soucieux de produire sa propre légende, et de « transférer » l'aura perdue des oeuvres d'art sur sa personne.
    Ce livre constitue l'aboutissement de la réflexion esthétique de Jean-Pierre Cometti, en intégrant l'héritage pragmatiste (antiessentialiste, contextualiste, attentif à la texture des usages, et non à des substances) dans un horizon élargi : celui d'une théorie critique de l'art et de la culture contemporaine. Cette réarticulation du pragmatisme et de la théorie critique marxiste, dans le sens d'un outillage de l'une par l'autre, constitue à coup sûr l'un des intérêts philosophiques majeurs de cet ouvrage.

  • L'esthetique

    Eliane Escoubas

    L'esthétique naît au XVIe siècle, au confluent de théories jusqu'alors distinctes : la théorie du sensible (aisthêsis), celle du beau et du goût, celle de l'art.
    Ainsi apparue sous l'égide de la subjectivité des modernes, et entrant en connexion avec d'autres disciplines - philosophie de l'art, histoire et science de l'art -, elle assiste bientôt à la dissociation de la poésie et des arts plastiques - ces derniers seuls devenant son domaine propre ; elle est également contrainte, avec Hegel, à l'exclusion du " beau naturel " au profit du seul " beau artistique ". Elle promeut dès lors un concept d'art comme " expression ", puis comme " style ".
    Le XXe siècle voit se produire une crise fondamentale de la notion de subjectivité ; le champ qu'occupait l'esthétique est désormais le lieu, non plus de l'expression de la subjectivité, mais de l'exploration de l'apparaître. L'esthétique reste- t-elle alors encore la tâche de notre temps ?

  • Norman McLaren oeuvre dans le domaine onirique de l'animation. David Cronenberg est maître du genre de l'horreur intérieure. Que peuvent donc partager ces deux cinéastes canadiens aux univers si distincts ? Chacun a construit une relation à long terme avec un compositeur - respectivement Maurice Blackburn et Howard Shore. D'un duo à l'autre, le musicien occupe une place centrale au sein de la création collective ; sa musique se révèle comme une composante fondamentale. Le livre fait la lumière sur les mécanismes collaboratifs et la pensée de ces duos. Plus généralement, il établit une poïétique de la création musico-filmique, décrit et comprend les processus créateurs filmique et musical qui déterminent la composition d'une musique de film et, plus encore, une musicalité de tout le complexe audiovisuel. L'auteure offre un portrait inédit de pratiques musico-filmiques novatrices tout en proposant de nouvelles approches analytiques pour la musique de film.

  • "Loin d'exister pour elle-même, « l'histoire de la photographie » n'est pas uniquement l'histoire des images et des appareils photographiques utilisés. Les regards photographiques sont ainsi des manifestations de chaque époque, reposant sur des dispositifs socialement inscrits, de sorte que les photographes ne sont pas seuls responsables de leurs significations. À travers une présentation des processus socio-culturels, des champs problématiques, des cadres d'expérience, ou encore des constructions discursives, les regards photographiques sont envisagés comme autant de perspectives socialement signifiantes. L'examen de quelques-uns des regards qui ont marqué l'histoire de la photographie permet d'affirmer qu'il s'agit d'une histoire plurielle où les regards photographiques se situent les uns par rapport aux autres."

  • Comment penser les regards photographiques ? Alors que la photographie est couramment présentée comme un "art sans regard", c'est-à-dire comme une reproduction mécanique ou naturelle de la réalité, nous proposons de repenser la technique photographique comme la mise en oeuvre de dispositifs situés. Les regards photographiques apparaissent alors comme autant de processus sociaux, dont les photographes ne sont pas seuls responsables. En tant qu'activités situées, les regards photographiques réunissent de multiples facteurs qui les influencent et leur donnent à chaque fois une signification culturelle particulière. Les notions d'"expérience", de "perspective", de "cadre socio-technique", par exemple, permettent de penser leur caractère pragmatique et social et apportent un éclairage inter-disciplinaire sur leur activité.

  • "Comment les nouvelles technologies peuvent-elles inspirer les artistes d'aujourd'hui ? Il ne s'agit pas seulement de créer sur de nouveaux supports, mais de comprendre l'essence des technologies numériques, pour s'en inspirer et bousculer les catégories de ce que nous appelons encore art. C'est l'analyse des relations qui existent entre différents langages qui mettra en évidence une nouvelle manière de mêler réel et imaginaire. Jusqu'à présent, nous n'avons considéré que la fusion des langages dans l'opéra, le cinéma ou la chanson. Si elle promet d'élargir le champ expressif, elle montre aussi ses limites. Il nous faut donc imaginer son opposé, la fission des langages : la confrontation expressive des langages artistiques et technologiques devrait être au coeur d'une révolution culturelle encore à venir. Les chemins esthétiques qui y mènent restent à défricher. En étudiant les modalités qui intensifient les langages, une théorie esthétique générale et prospective se dessine."

  • Scenography is most often considered in the theater in its aesthetic dimension or in its capacity to become a playful space. However, in opera, while these two dimensions remain important and complex as a result of the specific constraints of singing and audience expectations, it is the dramatic function that takes center stage. The need to provide details about the set in advance so it can be built in workshops means that it must be conceived along with the staging. Using a specific example, we will show how dramaturgy, scenography, and staging work closely together to bring out the meaning. It is the voice of the scenographer that interests us here.

  • Bolzano écrit deux grands textes au soir de sa vie sur l'esthétique et l'art : Du Concept du beau et De la division des beaux arts, ici regroupés et traduits pour la première fois. Ces écrits s'insèrent dans la publication des OEuvres choisies de Bolzano déjà parues, ils témoignent de la variété des objets philosophiques auxquels il s'est intéressé et de la précision conceptuelle à laquelle il les soumet. Les outils conceptuels dont il use le conduisent à penser le concept du beau selon un réalisme de la signification couplé à une réflexion originale sur l'ontologie de l'oeuvre d'art. La voie autrichienne originale en philosophie comme en esthétique qu'ouvrent ces Écrits esthétiques, s'opposant à la tradition idéaliste et romantique allemande, sera associée au XIXe siècle au formalisme esthétique de l'école de J. F. Herbart : ils offrent donc l'opportunité d'enrichir et de nuancer l'histoire de l'esthétique et de la philosophie de l'art de langue allemande en France.

  • « Avant d'entrer en philosophie, Alain Bonfand est d'abord historien.
    Là réside l'originalité de sa démarche phénoménologique.
    L'ombre de la nuit en est une démonstration singulière.
    Alain Bonfand, usant d'outils revisités de la phénoménologie, explore un contraste inattendu. Paul Klee d'une part, artiste stigmatisé dès 1933 dont l'oeuvre à cette date est détourné par l'angoisse (motif exploré dans L'oeil en trop). Il lui oppose avec pertinence Mario Sironi, thuriféraire du fascisme alors que son oeuvre peint, visité par l'ennui des profondeurs, dément un tel engagement. L'auteur fait vivre, en opposant ces deux artistes, le primat de l'angoisse et de la mélancolie en ces années noires. » (J. Lichtenstein)

  • Le projet initial de l'auteur était de préparer la lecture du Paradoxe sur le comédien. Il lui apparut vite que pour l'entendre, il convenait de le replacer dans l'Esthétique générale de Diderot. Mais, pour préciser la doctrine esthétique de l'imitation de la nature, qui est celle, comme on sait, de Diderot, il fallait, de toute évidence, entrer dans sa philosophie. Comment voudrait-on que l'Esthétique fût à part de la philosophie, chez cet homme qui n'a cessé de se réclamer de la Philosophie, chez cet homme qu'on appelait et qui lui-même s'appelait le Philosophe ? Yvon Belaval le suit d'abord à l'école du théâtre, où son goût se forme et son idéal se précise - ce théâtre qui reste vraiment au centre de cette Esthétique pour laquelle, on le montrerait aisément, la beauté sous toutes ses formes littéraires ou artistiques, se définirait assez bien : un effet théâtral possible.
    Mais Diderot s'instruit aussi auprès des philosophes, et c'est par sa philosophie que, dans une deuxième partie, Yvon Belaval comprend la maxime fondamentale : il faut imiter la nature. C'est alors qu'on est prêt avec lui à aborder le Paradoxe sur le comédien et à nous demander s'il constitue "un paradoxe sur l'esthétique de Diderot".

  • Partant de L'Art comme expérience, les discussions au coeur de ce livre portent sur les questions que John Dewey mais aussi Charles Sanders Peirce, William James et, plus tard, Richard Rorty, ont pu introduire en philosophie. 4 auteurs français et 4 italiens en examinent les enjeux dans un domaine, celui de l'art et de la culture, exposé à de profondes mutations.
    Éclipsé par le développement de l'esthétique analytique dans le monde anglophone et ignoré par les courants qui ont marqué la réflexion philosophique sur l'art en Europe, L'Art comme expérience de John Dewey (paru en 1934) bénéficie aujourd'hui d'un regain d'intérêt. Ouvrant sur la possibilité d'un agir social, le naturalisme qui anime la pensée de Dewey possède une véritable dimension politique, en ce qu'il réinscrit l'esthétique et la philosophie de l'art dans un espace de responsabilité auquel la philosophie renonce plus souvent qu'on ne croit.

  • Est bien « triste » cette esthétique qui, dans son alliance avec le « mauvais infini » de l'accumulation illimitée, esthétise tous les objets en utilisant le pouvoir de séduction de leur belle apparence pour masquer des processus de production et des conditions de travail critiques, sinon obscènes. Sous l'esthétique innovante de notre actuelle mondanité « supermodernisée » se cachent fréquemment des situations de vie « barbares ». Il y a donc, au coeur même de l'innovation, la réactualisation spéculative de toute une histoire de violations refoulée, en son temps, par les idéaux d'émancipation de la société moderne. Elle est donc bien « triste », cette esthétique où les connaissances et les techniques les plus raffinées et les formes les plus séduisantes sont rendues compétitives par le recours cynique à des ressources qui font l'objet d'utilisations « hors de tout contrôle », indifférentes aux valeurs et aux droits dans lesquels notre culture affirme se reconnaître.

  • Comment juger d'un tableau ? Que dire de l'émotion ressentie devant une oeuvre d'art ? Si le beau et l'art sont des sujets philosophiques anciens, l'esthétique en tant que discipline indépendante dotée d'un objet autonome n'apparaît qu'au XVIIIe siècle, lorsque que les notions d'art, de sensible et de beau se sont liées entre elles. De Platon à Michel Henry en passant par Kant ou Adorno, cette discipline semble difficile à définir. Est-elle une critique du goût, la théorie du beau, la science du sentir, la philosophie de l'art ?
    Carole Talon-Hugon est professeur à l'Université de Nice. Elle dirige le Centre de recherche en histoire des idées.

empty