Faits de société / Actualité

  • À défaut de donner un sens à la pandémie, sachons en tirer les leçons pour l'avenir.

    Un minuscule virus dans une très lointaine ville de Chine a déclenché le bouleversement du monde. L'électrochoc sera-t-il suffisant pour faire enfin prendre conscience à tous les humains d'une communauté de destin? Pour ralentir notre course effrénée au développement technique et économique ?

    Nous voici entrés dans l'ère des grandes incertitudes. L'avenir imprévisible est en gestation aujourd'hui. Faisons en sorte que ce soit pour une régénération de la politique, pour une protection de la planète et pour une humanisation de la société : il est temps de changer de Voie.

  • Géographe, Élisée Reclus a consacré sa vie à de nombreux travaux dans un esprit encyclopédique. Il n'en avait pas moins un rare sens de la synthèse. Les pages du manifeste suivant en témoignent. Elles sont un concentré de la pensée qui l'habitera toute sa vie. Rien ne vaut l'expérience personnelle pour se faire une idée des rapports entre l'homme et le cosmos. Dans la lignée des grands penseurs depuis Jean-Jacques Rousseau, Reclus synthétise ses impressions et offre une vision grandiose : « En escaladant les rochers, le piéton des montagnes ressent une véritable "volupté". » Il ajoute : « La vue des hautes cimes exerce sur un grand nombre d'hommes une sorte de fascination. » Reclus est considéré comme un astre de la géographie. Il compte parmi nos éclaireurs et mérite une totale réhabilitation.

  • Regards sur le monde actuel et autres essais

    Paul Valéry

    • Folio
    • 3 November 1988

    Le génie de Paul Valéry - l'un des esprits les plus puissants et les plus lucides du siècle - a été non pas seulement de penser tout ce qui traversait son esprit, mais de le repenser, et en particulier les notions qu'il avait reçues ou qu'il s'était, comme tout le monde, formées, et qui servent aux groupes humains à réfléchir sur leurs relations.
    Comme tout lui était objet de pensée, il a réuni ici, des essais, au sens véritable du terme, dont le dessein est de préciser «quelques idées qu'il faudrait bien nommer politiques». De celle de la dictature, à celle sur les fluctuations de la liberté ; de la première guerre sino-japonaise, en 1895, à l'Amérique comme projection de l'esprit européen...
    Comme dans sa poésie - aussi bien que dans ses spéculations sur le fonctionnement de l'intellect, ou l'entrelacement du système nerveux et des sentiments -, Valéry se montre dans ces pages tel que Claudel le voyait : «... l'esprit attentif à la chair et l'enveloppant d'une espèce de conscience épidermique, le plaisir atteint par la définition, tout un beau corps gagné, ainsi que par un frisson, par un réseau de propositions exquises»...

  • Ce virus qui rend fou

    Bernard-Henri Lévy

    • Grasset et fasquelle
    • 10 June 2020

    L'humanité a connu, avant celle du coronavirus, des pandémies plus meurtrières. Mais jamais elle ne s'était ainsi confinée à l'échelle du globe, ni n'avait produit une telle inflation de discours obsessionnels. Bernard-Henri Lévy s'essaie ici, en philosophe, à un bilan d'étape sur cette Première Peur mondiale qui a produit un réel plus invraisemblable que la fiction.
    Il ne s'intéresse pas à ce que le virus a « dit », mais à ce qu'on lui a fait dire. Pas aux « leçons » qu'il faudrait en tirer, mais au délire interprétatif où chacun se veut l'augure du « monde d'après » alors qu'il n'a rendez-vous qu'avec lui-même. Il dit sa crainte de voir ce « monde d'après » confisqué par deux forces. Les rentiers de la mort, tyrans de toutes obédiences, qui profiteront de l'urgence sanitaire et du délire hygiéniste pour étrangler leurs peuples ou étendre leurs empires.
    Mais aussi les déclinistes, décroissants, collapsologues et autres effusifs de la pénitence qui déguisent leur égoïsme en abnégation et, sous prétexte que rien ne devrait « recommencer comme avant », font tranquillement leur deuil de ce que la civilisation occidentale a de meilleur. Il redoute de voir les confits du confinement, drogués au virtuel et aux écrans, prendre goût au repli sur soi et dire, pour longtemps, adieu au monde.

    L' intégralité des droits d' auteur de ce livre sera versée à l' ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).

  • - Le petit texte d'un grand philosophe africain et universitaire aux Etats-Unis.
    - Un traité sur l'analyse très pertinente de Senghor sur l'art africain et ce qui reste quand les dieux ont quitté les masques et les fétiches.
    - Le premier titre d'une nouvelle collection de poche, "Pétite", qui revisite de façon les "classiques" de Riveneuve avec la valeur ajoutée d'une artiste-graphiste France Dumas.

  • PHILOSOPHIE MAGAZINE Hors-Série n.53 ; vivre et penser comme un arbre Nouv.

    Ils pensent, donc ils sont ! Mémoire, apprentissage, anticipation, décision, reconnaissance, communication : dans tous les domaines, les plantes en général et les arbres en particulier témoignent d'étonnantes capacités. Au point de les rapprocher de nous ? C'est la question de ce hors-série, qui se demande ce que c'est que ressentir, cohabiter, rêver, coopérer, être au monde comme un arbre, en compagnie de philosophes (Baptiste Morizot, Emmanuele Coccia, Vinciane Despret, Francis Hallé) qui ont initié le « tournant végétal » de la philosophie. Une randonnée dans les idées, à emporter en week-end ou en vacances.

  • Le mal qui vient

    Pierre-Henri Castel

    • Cerf
    • 7 September 2018

    Ce bref essai procède d'une idée à première vue insupportable : le temps est passé où nous pouvions espérer, par une sorte de dernier sursaut collectif, empêcher l'anéantissement prochain de notre monde. Le temps commence donc où la fin de l'humanité est devenue tout à fait certaine dans un horizon historique assez bref - autrement dit quelques siècles.
    Que s'ensuit-il ? Ceci, d'également insupportable à concevoir : jouir en hâte de tout détruire va devenir non seulement de plus en plus tentant (que reste-t-il d'autre si tout est perdu ?), mais même de plus en plus raisonnable.
    La tentation du pire, à certains égards, anime d'ores et déjà ceux qui savent que nous vivons les temps de la fin. Sous ce jour crépusculaire, le Mal, la violence et le sens de la vie changent de valeur et de contenu. Pierre-Henri Castel explore ici quelques paradoxes de ce nouvel état de fait, entre argument philosophique et farce sinistre.
    Êtes-vous prêts pour la fin du monde ?

  • Du bonheur, aujourd'hui

    ,

    • Le pommier
    • 13 October 2015

    Le bonheur, avec Michel Serres c'est. étonnant, détonnant, réconfortant, intelligent, émouvant. Parfaitement inclassable et « que du bonheur » !

    Loin des sempiternels clichés qu'on lit partout, il nous fait grimper en haut d'un phare, nous plonge dans un sommeil réparateur, nous invite en poésie, nous régale de rires, nous fait marcher en rythme, voyager au Tibet, trinquer à la nouvelle année.

    Amour, amitié, émotions, sensations.des pages qui, doucement, palpitent !

  • Les imposteurs de la philo

    ,

    • Le passeur
    • 3 October 2019

    Quel est le point commun entre Raphaël Glucksmann et Charles Pépin ? Entre Raphaël Enthoven, Vincent Cespedes et Geoffroy de Lagasnerie ? Ils sont omniprésents dans les médias, enchaînent couvertures de magazines, interviews radio et plateaux télés.
    On ne les critique quasiment jamais quand on les invite, parce qu'on ne les lit pas ou parce que ceux qui les lisent (ou les feuillettent) ne disposent ni de la culture ni de l'esprit critique nécessaire pour mettre en perspective leurs propos. Ils passent pour des analystes pertinents de l'actualité, capables de « donner du sens » aux événements et de nous aider à comprendre notre présent.
    Or, à lire de près ce qu'ils écrivent, on s'apercevrait pourtant que, derrière le vernis de leur discours, leurs idées sont creuses et indigentes, et ne font la plupart du temps que régurgiter l'air du temps quand elles ne tombent pas simplement dans le ridicule le plus achevé. Ils représentent ainsi une nouvelle génération d'imposteurs, ceux que Hugo, dans un néologisme fameux des Misérables, qualifiait de « filousophes » et que les auteurs, en reprenant précisément leurs livres et leurs textes, dénoncent ici sans concession.

  • Qui, mieux que les stoïciens, peut nous aider à faire face au temps présent ?
    Le stoïcisme invite à ne pas s'attrister de ce qui ne dépend pas de nous - deuils, crises, épidémies. C'est une "philosophie de paysan", accessible à tous, selon Michel Onfray (p. 8).
    C'est aussi la plus pratique des philosophies, avec ses exercices spirituels et ses préceptes qui ont traversé les siècles, la plus utile pour l'action. D'ailleurs, la vie des grands stoïciens romains - le milliardaire et politicien Sénèque, l'esclave affranchi Epictète, l'empereur Marc-Aurèle - est un roman.
    Sans doute est-ce pourquoi notre époque les relit avidement. Les techniques du coaching et du développement personnel sont-elles la continuation du stoïcisime, ou son dévoiement ? Peut-on croire à un cosmos immuable à l'heure du changement climatique ? Peut-on encore être stoïcien ? Telles sont les interrogations qui parcourent ce hors-série.

  • Communication et information

    Gilbert Simondon

    • Puf
    • 7 October 2015

    La communication est d'une importance majeure pour penser les réalités de domaines aussi divers que la nature sauvage et non vivante, le vivant, la technique, les relations psychosociales.
    Le Cours sur la communication, qui ouvre ce recueil, élargit et clarifie la notion : « La communication existe avant la vie, parce qu'il y a des systèmes dotés de pouvoir d'amplification qui sont couplés entre eux dans la nature. » D'où l'importance de la conférence sur « L'Amplification dans les processus d'information », dont le texte est suivi de « Relais amplificateur », qui étudie le processus de communication à même l'objet technique. Les trois derniers textes, Perception et modulation, Instinct, Attitudes et motivations, montrent bien que ce schème de l'amplification, au fondement des technologies de l'information, n'a pas moins de pertinence en psychologie.

  • Modernité, postmodernité, ultramodernité... Humanisme, transhumanisme, post-humanisme... Autant de mots qui souvent nous donnent le vertige, voire nous inquiètent. Ce qui est certain, c'est que notre société change à vive allure, et ce dans tous les domaines. Nous vivons une véritable mutation culturelle, voire anthropologique, plus importante que celle qui nous a fait passer, voici douze mille ans, du paléolithique au néolithique, selon la formule de Michel Serres.
    Depuis le XIXe siècle, nous avons davantage progressé que durant toute la période qui nous sépare de l'âge des cavernes. Nous en arrivons à craindre le moment où cette évolution dépassera les capacités de contrôle de l'être humain. Où nous mènent donc les « NBIC » - les nanotechnologies, les biotechnologies, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives ?
    Partant du projet de la modernité, ce livre aborde la sécularisation, resitue la science à sa juste place, dans son dialogue avec la religion et la spiritualité, et s'interroge sur l'identité de l'homme, coincé entre l'animal et la machine. À l'écoute des voix qui parlent de transhumanisme - l'homme augmenté et refaçonné - et de celles qui annoncent un effondrement prochain de notre civilisation thermo-industrielle, la sagesse qui devrait nous accompagner ne fait-elle pas défaut ? Alors, où allons-nous ? L'homme a-t-il un avenir ? Autant d'interrogations que Charles Delhez affronte avec courage, dans toute l'ampleur de leur complexité.

  • émergence

    Maurizio Ferraris

    • Cerf
    • 23 March 2018

    Pendant trop longtemps, la philosophie nous a raconté une histoire déprimante. Il y aurait un Moi qui, à travers le langage et la pensée, construirait le monde, les autres moi et, si absurde que cela puisse paraître, le passé lui-même. Cette histoire est triste parce que cette position, qui se prétend révolutionnaire, est de fait profondément conservatrice : c'est la réaction pure, c'est la négation de tout événement. Elle nous enseigne que rien de nouveau ne pourra jamais nous frapper, au titre de menace ou de promesse, et cela parce que le monde est tout entier à l'intérieur de nous.
    Avec un langage créatif et des arguments aussi ironiques que contraignants, Ferraris nous raconte une autre histoire. La réalité et la pensée qui la connaît proviennent du monde, à travers des processus et des explosions, des chocs, des interactions, des résistances et des altérités qui ne cessent de nous surprendre. Du Big Bang aux termites, du web à la responsabilité morale, ce que le monde nous donne (c'est-à-dire tout ce qui existe) émerge indépendamment du moi et de ses claustrophobies.

  • Y'en a marre ! philosophie et espoir social en Afrique

    Kasereka Kavwahirehi

    • Karthala
    • 2 April 2018

    Ce livre se fonde sur le célèbre cri de protestation et d'espoir, « Y'en a marre », né au Sénégal et repris par la jeunesse africaine et sur l'inventivité artistique des gens de peu pour imaginer les rêves d'un autre monde possible. Il esquisse les modalités pratiques par lesquelles la philosophie africaine peut renoncer à « l'immaculée conception » et s'approprier vigoureusement la question du social.

    Kasereka Kavwahirehi pose ainsi courageusement la question du renouvellement, de la reconstruction, de la production du sens et de la finalité de la philosophie africaine dans un contexte où l'Afrique doit construire son « à-venir » en faisant face à de nouvelles luttes sociales contre la poussée néo-libérale et la mondialisation violente des inégalités.

    Le pari de ce livre est de faire éclore une philosophie africaine qui témoigne du désir de profondes transformations sociales et politiques qu'expriment les foyers de résistance constitués par les mouvements citoyens, la musique urbaine et les gens ordinaires qui utilisent leur précarité comme force mobilisatrice et point initial pour l'action et la solidarité. C'est une invitation à jeter un regard neuf sur le monde et à réactualiser les potentiels utopiques des mémoires africaines. À l'exemple de Socrate, sillonner les rues de nos cités bruyantes et y jouer le rôle de sage-femme, tel est aussi le défi à relever.

  • Et si, comme les femmes, les hommes étaient depuis toujours victimes du mythe de la virilité ? De la préhistoire à l'époque contemporaine, une passionnante histoire du féminin et du masculin qui réinterprète de façon originale le thème de la guerre des sexes.
    Pour asseoir sa domination sur le sexe féminin, l'homme a, dès les origines de la civilisation, théorisé sa supériorité en construisant le mythe de la virilité. Un discours fondateur qui n'a pas seulement postulé l'infériorité essentielle de la femme, mais aussi celle de l'autre homme (l'étranger, le « sous-homme », le « pédéraste »...). Historiquement, ce mythe a ainsi légitimé la minoration de la femme et l'oppression de l'homme par l'homme.
    Depuis un siècle, ce modèle de la toute-puissance guerrière, politique et sexuelle est en pleine déconstruction, au point que certains esprits nostalgiques déplorent une « crise de la virilité ». Les masculinistes accusent le féminisme d'avoir privé l'homme de sa souveraineté naturelle. Que leur répondre ? Que le malaise masculin est, certes, une réalité, massive et douloureuse, mais que l'émancipation des femmes n'en est pas la cause. La virilité est tombée dans son propre piège, un piège que l'homme, en voulant y enfermer la femme, s'est tendu à lui-même.
    En faisant du mythe de la supériorité mâle le fondement de l'ordre social, politique, religieux, économique et sexuel, en valorisant la force, le goût du pouvoir, l'appétit de conquête et l'instinct guerrier, il a justifié et organisé l'asservissement des femmes, mais il s'est aussi condamné à réprimer ses émotions, à redouter l'impuissance et à honnir l'effémination, tout en cultivant le goût de la violence et de la mort héroïque. Le devoir de virilité est un fardeau, et « devenir un homme » un processus extrêmement coûteux.
    Si la virilité est aujourd'hui un mythe crépusculaire, il ne faut pas s'en alarmer, mais s'en réjouir. Car la réinvention actuelle des masculinités n'est pas seulement un progrès pour la cause des hommes, elle est l'avenir du féminisme.

  • REVUE PHILOSOPHIQUE n.136/3 ; philosopher au Japon aujourd'hui

    Revue Philosophique

    • Puf
    • 23 February 2013

    Philosopher au Japon Articles Takako Saito, Philosopher au Japon aujourd'hui Tatsuo Inoue, Le libéralisme comme recherche de la justice Hideo Kawamoto, L'autopoièse de l'" individu " en train de se faire Ryosuke Ohashi, Vers la profondeur du sensible : la Phénoménologie de L'Esprit de Hegel et la compassion de bouddhisme du Grand Véhicule Yoshimishi Saito, La liberté et son sens ultime : sur l'impossibilité de l'amour Analyses et comptes rendus (Philosophie générale, Antiquité) Ouvrages déposés au bureau de la revue (février-mars 2011) Résumés - abstracts

  • "La notion de principe de précaution, qui donne lieu à beaucoup de controverses, nécessite de la part d'un juriste une analyse objective pour écarter ce qu'elle n'est pas et définir son contenu véritable. Après un aperçu des sources philosophiques, l'auteur réalise une synthèse du principe de précaution en droit international, européen, en droit comparé et en droit interne. Il intègre notamment les tout derniers développements de la jurisprudence du Conseil d'État."

    Sur commande

  • "Il est évident que le fait d'avoir des obligations envers les animaux n'implique en pas que nous les considérions en « eux-mêmes », comme des êtres ayant une valeur intrinsèque. Il s'agit de s'interroger sur la possibilité de reconnaître à l'animal une dignité comme on reconnaît à l'homme des droits et un statut. De ce fait, reconnaître à l'animal le statut d'être sensible semble impliquer l'idée que ce dernier doit avoir des droits, mais toute la question revient à s'interroger sur l'analogie entre les droits de l'animal et ceux de l'homme."

  • REVUE LE PHILOSOPHOIRE n.47 ; l'esprit critique

    Collectif

    • Philosophoire
    • 15 May 2017

    L'esprit critique a ceci de commun avec l'intelligence que tout le monde estime spontanément en être suffisamment bien pourvu selon ses besoins propres, et personne ne souffre d'en manquer. Cela tient au fait que c'est avec notre intelligence que nous jugeons notre intelligence, et de même pour l'esprit critique. Nous ne sommes donc pas bons juges de l'une et de l'autre : nous manquons d'objectivité. Mais comment établir des hiérarchies objectives d'esprits critiques s'il est vrai que ceux-ci s'illustrent justement par leur capacité à mettre en question de ce qui se présente comme objectif, établi, normal, légitime ? Seul un esprit critique peut juger des insuffisances d'un autre esprit critique. La difficulté persiste toutefois car deux esprits critiques peuvent se juger réciproquement en défaut, et personne ne peut arbitrer cette querelle, puisqu'un tel arbitre serait également jugé par les deux autres. On tourne en rond.

    La solution serait de trouver une procédure - que tout le monde reconnaisse légitime et efficiente - de mise à l'épreuve de la capacité critique. Cela s'appelle la discussion argumentée. Puisque nous avons la raison en commun, nous pouvons soumettre nos arguments et nos connaissances à cette rationalité partagée, et réciproquement, évaluer ceux des autres. Idéalement, cette expérience devrait révéler des défauts de cohérence, mais aussi de capacité analytique (distinguer ce qui a été amalgamé) ou synthétique (identifier ce qui a l'apparence du divers), des préjugés, des impensés, de la crédulité chez les uns, de l'ignorance chez les autres, bref, elle pourrait fonctionner comme un révélateur de la qualité critique des pensées. Dans les faits, cette procédure est faillible, comme chacun sait. Les passions pénètrent la raison, les ignorants se croient savants, la mauvaise foi et la langue de bois répandent partout leur venin. Résultat : les plus crédules des contestataires passent pour des champions de l'esprit critique. On confond esprit critique et esprit de contradiction, intelligence discursive et attaque ad hominem, et finalement pensée éclairée et conviction subjective.

    Si l'on veut que les individus développent leur esprit critique (mais le veut-on ?), il ne suffit pas d'organiser des débats, il faut préalablement former les débattants. Sous prétexte de pluralisme et de démocratie, va-t-on faire discuter un Nobel de physique et le premier venu sur la nature de la matière, un historien et un autre premier venu sur l'héritage de la colonisation, un économiste et un troisième premier venu (si l'on peut dire) sur les rapports entre création monétaire et inflation ? Le savoir n'est pas l'ignorance, et toutes les idées ne se valent pas : telle doit être la première maxime d'un esprit qui se veut critique. À cela, deux limites. D'abord, les savants sont rarement d'accord entre eux, et il existe de multiples programmes de recherche antagonistes au sein des disciplines scientifiques. De plus, la contestation des paradigmes épistémologiques dominants est un puissant facteur de progrès scientifique et une des plus fécondes manifestations de l'esprit critique. Ensuite, les scientifiques travaillent parfois sous contraintes politiques et idéologiques, et les États (ou les grandes firmes) dissimulent souvent leur propagande (leur commerce) sous les habits de la science - d'où une juste méfiance critique à l'égard de cette dernière. À ces deux difficultés, il n'existe pas de remède absolu, mais seulement divers facteurs qui favorisent la domination de la connaissance authentique sur la pseudo-connaissance. Et en amont, il faut se donner des conditions politiques, institutionnelles et sociales qui favorisent l'esprit critique et l'esprit de recherche : pluralisme politique et liberté d'expression, pluralisme médiatique et liberté de la presse, système éducatif performant, encouragement de la recherche scientifique et diffusion de celle-ci - sans parler des conditions sociales et sanitaires rendant possible la jouissance de ces biens.

    Hélas, il n'existe aucune façon de garantir durablement le bon usage des bonnes choses. L'esprit critique se dégrade en ras-le-bol relativiste («tous pourris»), le scepticisme en nihilisme, la démocratie en populisme, la liberté en licence, la consommation en consumérisme, l'égalité en égalitarisme, etc. Après des millénaires de crédulité, d'idolâtrie, d'ignorance et de dogmatisme, les hommes (les grandes civilisations, du moins) ont inventé la philosophie et la science. Ces deux choses ont leurs limites, certes : elles sont faillibles, ne remplissent pas les assiettes, ne rendent pas le monde plus juste. Elles sont néanmoins précieuses, et on ferait bien de veiller sur elles plus scrupuleusement. Comme toutes les bonnes choses, elles pourraient se dégrader. Soyons plus clair : elles sont directement menacées par un retour en force de la crédulité la plus bornée - d'autant plus dangereuse qu'elle se revendique du pluralisme démocratique (car ne faut-il pas être tolérant et respecter toutes les croyances ?). L'esprit critique est mis à mal par le retour du religieux. Celui-ci dépasse la sphère des religions stricto sensu, car il peut y avoir de la religiosité dans la vénération des «stars» laïques (du football, du show-business, de la politique) et même dans l'idolâtrie des « valeurs de la République ». La crédulité et la religiosité peuvent potentiellement imprégner toutes choses, même la science (sous la forme du scientisme), l'humanisme (Comte a inventé une « religion de l'humanité ») et la philosophie?.

    Or moins les gens ont l'esprit critique et plus on s'adresse à eux comme à des moutons (brossés dans le sens du poil, bien entendu) - ce qui renforce le phénomène. Et une fois que le mal est fait, il devient dangereux de leur parler comme à des individus libres et responsables - ce qui légitime a posteriori l'élitisme et le snobisme de classe. La démocratie ne peut fonctionner correctement que si les citoyens sont capables de résister aux démagogues (grâce à leur esprit critique), ce qui garantit une classe politique de qualité. Mais si ce n'est pas le cas, alors les élites politiques elles-mêmes ne peuvent plus résister à la demande générale de démagogie. Plus prosaïquement : quand tout va bien, tout se passe très bien, et inversement quand tout va mal. Il est assez aisé de passer du bien au mal : il suffit de fragiliser (directement ou indirectement, sciemment ou par maladresse) toutes les structures - déjà listées - qui favorisent l'esprit critique. Le chemin inverse est plus escarpé, et surtout très long (des siècles). D'où l'idée de prendre grand soin, pendant qu'il est encore temps, de ce qui reste des conditions propices à l'esprit critique.

  • Une nouvelle fois dans l'histoire du football, un régime dictatorial qui constitue une menace pour la paix s'apprête à organiser la Coupe du monde avec la complicité de la FIFA et de l'UEFA. Après l'Italie mussolinienne en 1934 et l'Argentine de Videla en 1978, c'est au tour de la Russie poutinienne, nationaliste et belliqueuse, d'utiliser l'un des plus grands événements sportifs de la planète comme une arme de diversion massive. Pour nous, l'objectif de Poutine est limpide?: la guerre des stades préfigure le stade des guerres à venir. Principal vecteur de massification émotionnelle et d'unification des individus en foules rivales, le football a toujours servi les tyrannies impérialistes. En ce sens, ne peut-il être considéré lui-même comme un phénomène totalitaire?? N'est-il pas un système d'enrégimentement idéologique dans une sorte de corporation dépolitisée, quasi-mystique ou quasi-religieuse, prête aux plus grands sacrifices??

    Sur commande

  • Revue philosophie n.144 ; janvier 2020

    Revue Philosophie

    • Minuit
    • 9 January 2020

    En dépit des déclarations expresses de Simone de Beauvoir dans ses Mémoires, la philosophie se situe au coeur de son entreprise intellectuelle. Pourtant, hormis quelques notables exceptions (Le Doeuff, Kail, Garcia), la réception de l'oeuvre beauvoirienne en France a longtemps pris au mot la déclaration de La force de l'âge, estimant qu'elle se situait du côté des études littéraires ou féministes. À partir de 1980, Michèle Le Doeuff s'est efforcée la première de battre en brèche cette relégation du Deuxième Sexe hors du champ de la philosophie : mettant en question la représentation de Beauvoir en simple disciple de Sartre, elle a montré comment l'absence de Beauvoir dans les études philosophiques françaises prolongeait l'existence d'un véritable « complexe d'Héloïse » - le fait que dans l'histoire de la philosophie, les femmes ne sont guère dépeintes que comme admiratrices-amoureuses d'un philosophe-amant dont elles seconderaient le travail. L'étude intrinsèque du texte de Beauvoir et le mouvement vers sa reconnaissance comme philosophe se sont donc opérés par une mise en évidence de l'originalité de sa pensée par rapport à celle de Sartre. Or, si ce mouvement conduit à l'émergence d'une importante littérature secondaire en langue anglaise portant sur la philosophie beauvoirienne, la réception philosophiquede son oeuvre en langue française demeure largement à venir.
    À l'occasion du soixante-dixième anniversaire de la publication de l'ouvrage, ce numéro propose un ensemble d'études centrées sur les apports philosophiques du Deuxième Sexe, sans cependant prétendre présenter dans toute sa complexité et sa richesse la pensée beauvoirienne.
    Le numéro s'ouvre sur la recension que publia Beauvoir sur la Phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty dans le premier numéro des Temps modernes. En regard, Raphaël Ehrsam propose, dans « Liberté située et sens du monde : Merlau-Ponty et Beauvoir », une étude des liens entre les philosophies de Beauvoir et de Merleau-Ponty, indiquant l'influence de la pensée merleau-pontyenne sur l'élaboration du concept beauvoirien de situation, en même temps que leurss divergences profondes dans l'approche de la liberté et du corps. Mickaëlle Provost met ensuite en évidence, dans « L'expérience du doute chez Simone de Beauvoir », la double fonction du doute comme méthode et éthique dans l'existentialisme beauvoirien. Dans « De l'oppression à l'indépendance : la philosophie de l'amour dans Le Deuxième Sexe », Manon Garcia montre qu'une philosophie de l'amour structure la façon dont Beauvoir élucide l'oppression des femmes, ainsi que la possibilité de leur émancipation. Dans « La dialectique maître-esclave selon Simone de Beauvoir », Mara Montanaro et Matthieu Renault montrent comment Beauvoir s'approprie et transforme la dialectique hégélienne du maître et du serviteur. Enfin, dans « De la critique du matérialisme à son dépassement », Pierre Crétois met en évidence, en étudiant la notion de propriété, l'influence du marxisme sur la conception beauvoirienne de l'oppression féminine.

    Raphaël Ehrsam, Manon Garcia et D. P

  • Esprit n.460 ; janvier-février 2020 ; le partage de l'universel

    Esprit

    • Revue esprit
    • 16 January 2020

    L'idée d'universel est en crise. Elle serait la caution d'une prétention hégémonique de l'Occident. Groupes non mixtes dans les mouvements féministes ou antiracistes, accusation d'appropriation culturelle... : le débat tend à se radicaliser. Si la critique de l'universalisme est nécessaire, peut-on se passer de l'idée d'universel ? La crise de l'universel apparaît comme l'expression d'un rapport à la fois critique et malheureux de l'Occident à lui-même, dans une mondialisation qui le marginalise. Parallèlement, s'énoncent des discours de l'universel qui pensent la condition humaine dans sa diversité.

  • Philosopher en Russie aujourd'hui

    Collectif

    • Puf
    • 12 April 2013
empty