9782707158758

  • Que peut-on et doit-on conserver de Marx ? Se poser cette question, c'est se demander ce qu'il nous est (encore) permis d'espérer. Si Marx a eu l'importance historique que l'on sait, c'est parce qu'il est celui qui a su lier l'aspiration au savoir absolu à l'émancipation universelle. Mais au prix de contradictions et d'impasses qu'il nous importe de surmonter définitivement. Marx, penseur par excellence de la contradiction, a été lui-même le penseur le plus contradictoire ou tiraillé qui soit. On peut en effet tout aussi légitimement le percevoir comme le plus empreint d'économisme ou le plus anti-économiciste, le plus utilitariste ou le plus anti-utilitariste, le plus humaniste ou le plus antihumaniste, le plus individualiste ou le plus holiste, le plus scientiste ou le plus antiscientiste, le plus libertaire et le plus autoritaire. Et surtout, à la fois le plus nihiliste et le plus optimiste.
    Ce qu'il nous reste à déterminer, c'est le bon équilibre entre ces termes opposés. Et ce n'est pas chez les héritiers proclamés de Marx qu'on le trouvera, mais chez ceux qui s'en sont inspirés, pour le prolonger en le critiquant, comme Marx, critique impénitent, l'aurait fait lui-même : Hannah Arendt, Cornelius Castoriadis, André Gorz, Karl Polanyi et tant d'autres. Et, surtout, Marcel Mauss, de tous, curieusement, le plus proche de l'inspiration marxienne et celui qui apporte les réponses les plus profondes aux questions centrales soulevées par Marx.

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