• À partir des années 1980, une idée s'est peu à peu imposée :
    Le clivage politique fondamental ne serait pas de nature idéologique - opposant le capitalisme au socialisme - mais civilisationnel. Cette conception, formulée notamment par Samuel Huntington, divise le champ politique entre d'un côté les promoteurs d'une vision sécularisée des rapports entre les hommes et les sociétés - « l'occident » -, et de l'autre les défenseurs d'une vision religieuse ou « indigène » des normes à suivre en la matière. Or si les appareils conceptuels produits par l'occident ont conduit à l'accroissement de la domination de l'homme sur la nature, ils ont également fourni leurs soubassements aux entreprises - notamment coloniales - de domination de l'homme sur l'homme. Ce constat conduit de nombreux mouvements, « post- » ou « décoloniaux », à faire de la pratique indigène la figure principale de l'opposition à la logique du capitalisme, selon une démarche qui considère que c'est le recours aux outils de la rationalité occidentale qui perpétue inéluctablement l'aliénation et la servitude.

  • Cet essai philosophique, historique et politique se présente sous la forme de deux méditations : la prêtrise laïque et la désidentification. Il y est question du concept de laïcité à travers le prisme de la religion et du capital. Il interroge la place du religieux et ses limites dans la République. Ces analyses mettent au jour les paradoxes de la laïcité « à la française », en faisant un tour d'horizon des autres pays et de la marque de la religion sur l'autorité politique. Puis l'auteur passe la religion à l'épreuve de la doctrine politique, du marxisme à l'ultralibéralisme. Il décrypte les grands bouleversements de notre époque, la fin du communisme et les guerres impérialistes.
    Son texte foisonnant fait le parallèle entre Etat et religion,Etat et capitalisme... nouvel opium du peuple.

  • A la manière d'un aimant, la question d'Israël affole les boussoles de la pensée et inverse une fois encore la vieille dialectique que Marx avait pourtant remise sur ses pieds. Quand il s'agit de critiquer l'impérialisme ou les formes larvées d'un colonialisme revisité, Israël est la cible privilégiée de mouvements les plus divers qui semblent s'accommoder toutefois de formes autrement violentes, autrement insupportables, des pires théocraties, travestis en mouvements de libération nationale.
    Mais Israël est aussi l'écran de fumée derrière lequel nos démocraties occidentales se livrent aux plus insignes exactions, brandissant le "cancer Israël", qui est à peine un rhume de foin au regard de ce qui se trame, ne serait-ce que dans ce qu'on appelle la Françafrique, avec sa ribambelle de massacres, famines, rapines et corruptions. Se pourrait-il alors que le mal dont souffrent nos penseurs bien-pensants soit une simple allergie aux Juifs, "peuple sûr de lui et dominateur", comme on a pu le dire jadis et naguère ? Ivan Segré remet les choses à leur place et revient sur la célèbre phrase de De Gaulle, qu'il lit dans un contexte plus large qui va de la Guerre des Six jours à la ...
    Guerre du Biafra, où d'importants intérêts étaient en jeu pour la France. Il prône ici un anti-impérialisme qui vise la bonne cible : notre vieil Occident, quand il est sûr de lui et dominateur.

  • Ivan Segré est l'auteur de La Réaction philosémite (2009) et Qu'appelle-t-on penser Auschwitz ?
    (2009).
    Ivan Segré Spinoza portait un manteau troué. On avait tenté de le poignarder, et son manteau en gardait la trace. De ce symbole, Ivan Segré fait l'argument de son livre: ceux qui veulent éliminer Spinoza, quels sont leurs mobiles, et leurs procédés ?
    Il faut partir de la doctrine éthique de Spinoza: selon le philosophe, un homme libre est un homme qui vit sous la seule conduite de la raison et qui, en ce sens, vit au-dessus de la loi, puisqu'il pratique la justice non par obéissance aux lois, mais parce que c'est ce qu'il y a de meilleur.
    S'ensuit que l'éthique du philosophe destitue la Loi. C'est, aux yeux de ses adversaires, son crime.
    Les adversaires de Spinoza sont les représentants des autorités théologicopolitiques, les représentants de la Loi. Ivan Segré s'intéresse particulièrement à ceux d'entre eux qui ont, depuis le xxe siècle, accusé Spinoza d' « antijudaïsme » :
    Hermann Cohen, Léo Strauss, Emmanuel Lévinas, etc., jusqu'à Jean Claude Milner.
    Est-ce à dire que, selon eux, l'éthique de Spinoza est antinomique avec judaïsme de la Loi ?
    Ivan Segré, talmudiste et philosophe, se propose de ré-instruire le procès du philosophe, en revenant au texte de Spinoza d'une part, principalement le Traité Théologico-politique, et aux textes de la tradition juive d'autre part. Au terme de son analyse, il conclut qu'être fidèle aux enseignements de la Bible et du Talmud exige, aujourd'hui, de porter le manteau troué de Spinoza.

  • Judaïsme et révolution

    Yvan Segré

    • Fabrique
    • 21 October 2014

    On a coutume d'opposer Athènes et Jérusalem, la philosophie et la Bible, la raison et la foi, etc.
    Faisons table rase, partons d'une autre axiomatique : il y a deux sexes, il y a deux classes.
    Réexaminons, depuis cet axiome, l'apport de la philosophie, de la Bible, de la psychanalyse, à notre connaissance de ce réel : homme/femme, dominant/dominé.
    Dans Le désir ouvrier de la philosophie, Ivan Segré, philosophe et talmudiste, poursuit une lecture de Spinoza, de Marx ou de Freud, mis en regard des textes de l'antique tradition hébraïque (composée de la Bible et du Talmud).
    Il y est aussi question, bien entendu, du christianisme, singulièrement de Paul, et de Lacan.
    Il y est en revanche peu question de Mahomet et de l'islam, pour des raisons historiques : le Talmud se clôture au vie siècle, l'islam apparaît au viie. L'examen est donc reporté.
    Mais le principe est le même : les véritables divisions ne sont pas entre juifs, chrétiens, musulmans, etc., ou entre religieux et laïcs, elles sont transversales, divisant les identités elles-mêmes. Car ce qui divise réellement, ce qu'il importe de penser, c'est ce réel :
    Homme/femme, dominant/dominé. Analysant conjointement les textes plus antiques et les plus modernes, l'auteur s'interroge sur les invariants de la pensée émancipatrice.

  • Dans Le Monde daté des 6 et 7 mai 2012 a paru l'article d'Alain Badiou titré : « Le racisme des intellectuels ». Il y expliquait que la montée de l'extrême droite, en France et en Europe, est d'abord le produit d'un discours intellectuel et gouvernemental qui, depuis trente ans, a entonné le refrain du nationalisme et de la xénophobie.
    Il écrivait : « Comme toujours, l'idée, fût-elle criminelle, précède le pouvoir, qui à son tour façonne l'opinion dont il a besoin. L'intellectuel, fût-il déplorable, précède le ministre, qui construit ses suiveurs. [.] Ce sont eux qui doivent aujourd'hui rendre des comptes sur l'ascension d'un fascisme rampant dont ils ont encouragé sans relâche le développement mental. » De ce « développement mental » témoigne à sa façon la récente élection à l'Académie française d'un intellectuel dont les acrobaties ont, depuis une quinzaine d'années, suscité l'admiration de quelques-uns, l'indignation de quelques autres et l'étonnement de la plupart. Nommons-le : Alain Finkielkraut. Surnommons-le : l'intellectuel compulsif.
    Au début des années 2000 Alain Finkielkraut animait une émission radiophonique hebdomadaire sur la Radio de la communauté juive (RCJ). Avec la montée d'un « nouvel » antisémitisme, l'homme était sur le qui-vive et d'humeur querelleuse. Le 29 novembre 2003, à l'antenne, il accusait Eyal Sivan, cinéaste israélien, d'être un acteur de l'« antisémitisme juif ». Il lui reprochait d'être le coréalisateur avec le Palestinien Michel Khleifi du film Route 181 qui avait été diffusé sur Arte cinq jours plus tôt :
    Je dois dire que ce film [d'Eyal Sivan] est un appel au meurtre et j'accuse Arte de falsification et d'appel à la haine. [.] C'est, si vous voulez, l'un des acteurs de cette réalité particulièrement pénible, particulièrement effrayante, l'antisémitisme juif qui sévit aujourd'hui. [.] Il s'agit de les [les Juifs] tuer, de les liquider, de les faire disparaître pour permettre l'advenue justement, l'avènement de l'émancipation de tous les hommes. [.] Rien n'est plus douloureux pour les Juifs, qui en voient de toutes les couleurs aujourd'hui, que de subir l'assaut de cet antisémitisme juif.
    L'année précédente avait paru un livre raciste d'Orianna Fallaci, La Rage et l'orgueil ; en 2003 Arte diffusait un film de Michel Khleifi et Eyal Sivan, Route 181. L'intellectuel compulsif avait fait l'éloge du livre raciste, parce qu'il y décelait une « vérité » jusque « dans son exagération », mais il condamna le film d'auteurs, parce qu'il y décelait un « appel au meurtre » des Juifs. Le paradoxe est saillant, peut-être abyssal. Il fallait s'y arrêter. Faire oeuvre d'historien.
    Ce livre est un essai de micro-histoire contemporaine : on se saisit d'un fait saillant, significatif, symptomatique, on réunit une documentation, on en propose une analyse méthodique.
    Quelle est la faute des auteurs de Route 181 ?
    Sont-ils coupables d'avoir appelé au meurtre des Juifs ? Ou bien sont-ils coupables d'avoir proposé une autre vision du cinéma, de l'histoire et de la politique que celle de l'intellectuel compulsif et de ses semblables ?
    Que le dispositif israélo-palestinien conçu par Khleifi et Sivan dans le film Route 181 ait été qualifié

  • Il est clair qu'au sujet du nom « Israël » bien des prises de position sont crispées, parce qu'irrationnelles. Qu'un nom soit noué à des affects, rien de plus normal, de plus commun. Mais que les affects prennent le pas sur les raisons, c'est à l'évidence dommageable, en premier lieu pour les juifs, sans doute, mais pas seulement. Et c'est singulier.
    Dans Les pingouins de l'universel. Antijudaïsme, antisémitisme, antisionisme, Ivan Segré se propose de reprendre le fil historique et politique des raisons :
    Dans une première partie, il aborde la question à partir de l'antijudaïsme antique, puis chrétien, jusqu'à l'antisémitisme. Dans une seconde partie, il aborde l'antisionisme. Il s'agit d'y voir clair, tout simplement.
    Les qualités de l'auteur sont connues, et cet ouvrage les confirme : la démarche est rationaliste, le sujet est maîtrisé, l'inspiration est progressiste (« ouvrière » dit-il ailleurs).
    Qu'est-ce que l'antijudaïsme ? Principalement une xénophobie, apprend-on au début de son enquête, mais qui a deux versants : l'un est politique (païen), l'autre théologique (chrétien). Le préjugé théologique domine au Moyen-Âge. Puis, avec la Renaissance, la politique réacquiert son antique prééminence sur la théologie. La Révolution vient après, d'où procèdent les grandes pensées, de Saint Just à Marx et Trotsky, Weil, Arendt, Badiou.
    Cependant, la théologie n'en continue pas moins de tirer quelques ficelles, comme dans la parabole du « nain bossu » de Benjamin, dans sa première thèse sur le concept d'histoire. Et la xénophobie sur la scène de l'Histoire ne cesse de refaire surface.
    L'antisémitisme est la métamorphose raciste de l'antijudaïsme xénophobe, et il conduisit à Auschwitz. C'est un point acquis aux yeux de tous.
    Mais un autre fait, quasiment contemporain, lui est associé : la création de l'État d'Israël. Et à ce sujet, rien ne semble acquis aux yeux de personne.
    Il importait grandement qu'un livre sobre, réfléchi et cependant résolu apporte des raisons, des éclaircissements à une question qui ne cesse de cliver, et de cliver bien au-delà, et parfois bien autrement, que ne clivent d'autres questions, moins « sensibles » apparemment.
    C'est en effet un sujet « sensible », la question d'Israël et de l'antisionisme. Et c'est pourquoi il fallait un livre à la fois raisonné, instruit et senti. Il n'en fallait pas moins pour dissiper les confusions et grandir les débats.

  • Au croisement de la philosophie, de la sociologie et de la politique, La Réaction philosémite est l'analyse d'une modalité contemporaine du discours réactionnaire français. Après les attentats du 11 septembre 2001, est apparu en France et en Europe un courant idéologique renouant explicitement avec le mot d'ordre d'une "défense de l'Occident" tel que l'extrême droite avait pu en élaborer le contenu et la forme dans l'entre-deux-guerres, affirmant alors sa parenté idéologique avec le fascisme italien et l'antisémitisme allemand. La particularité de cet avatar contemporain, c'est, d'une part, qu'il se présente comme une "défense de la démocratie" contre le "totalitarisme" (communiste ou islamique) et, d'autre part, qu'il s'organise, chez certains idéologues français ici étudiés, autour des deux mots d'ordre que sont "la défense du sionisme" et la "lutte contre l'antisémitisme".
    Ivan Segré démontre, que, par-delà ce rhabillage rhétorique, le contenu idéologique demeure pour l'essentiel inchangé, constituant l'invariant d'un discours qu'il convient précisément de qualifier de réactionnaire, en ce sens qu'il ne repose sur aucun contenu de pensée, sinon la peur, notamment du "musulman", du "progressiste" ou des "jeunes" des quartiers populaires. Mais y rôde également, sous-jacente, et plus fondamentale, peut-être, une hostilité au philosophe, au penseur en tant que tel, et au peuple juif, en tant que l'un et l'autre affirment, contre la vacuité narcissique des valets d'Empire, la positivité joyeuse de leur être-là.

  • La singularité du crime nazi dans l'Histoire est aujourd'hui connue sous le nom d'Auschwitz. Mais qu'en est-il exactement de cette singularité, qu'en est-il de la pensée de cette singularité ? Le propos de cet ouvrage est d'interroger des textes théoriques contemporains - philosophique, mathématique, psychanalytique, idéologique - dans lesquels est abordée, sous une forme ou une autre, la question de la singularité d'Auschwitz

  • La souverainete adamique - traite de mystique revolutionnaire Nouv.

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