Romans & Nouvelles

  • Trois ours polaires prennent la parole, grandmère, mère et fils, et à travers leur histoire, c'est celle de trois générations de migrants qui s'inscrit au fil des pages. La figure la plus âgée vivait à Moscou, a émigré en Allemagne de l'Ouest et ensuite au Canada. Sa fille quitte ce pays pour la RDA afin de travailler dans un cirque. Et le fils de cette dernière voit le jour dans un Berlin où le mur est tombé depuis longtemps. Un livre qui par sa perspective animale se lit à la fois comme un roman historique et philosophique.
    Ou comme un distrayant persiflage sur la littérature d'immigration.

  • Invitée à donner trois leçons de poétique à l'université de Hambourg, Yoko Tawada prononce sa première conférence le 4 mai 2011, moins de deux mois après la catastrophe qui marque d'ores et déjà un tournant décisif de l'histoire du Japon moderne.
    Son propos s'en trouve, dès lors, transformé. Le nom de Fukushima s'inscrit désormais à côté de celui de Hiroshima comme un emblème de la relation problématique que le Japon entretient avec sa propre insularité et avec l'altérité occidentale. Ces conférences sont l'occasion de s'interroger sur l'image du Japon en Occident depuis trois siècles. Après avoir tenté de concilier le strict isolement qui préservait sa culture avec l'établissement de relations commerciales très circonscrites, le Japon a fini par accueillir sans retenue la modernité occidentale.
    Evitant le piège qui consisterait à juger une culture par l'autre, Yoko Tawada préfère éclairer les transferts et les glissements de sens opérés par l'Histoire, afin de mieux comprendre le présent. Les thèmes de ces leçons entrent de ce fait en résonance avec les textes que la romancière a publiés dans la presse germanophone en réaction à la récente catastrophe nucléaire. Augmentés d'un texte plus récent écrit en japonais, ils illustrent la vigilance critique de l'auteur et constituent une première réponse à l'injonction "d'écrire après Fukushima".

  • L'oeil nu

    Yoko Tawada


    une jeune vietnamienne, passée à l'ouest malgré elle un peu avant la fin du régime communiste, se retrouve à paris sans papiers, sans domicile fixe.
    livrée au hasard des rencontres, ne sachant pas le français, elle cherche à rejoindre un monde dont elle ignorera pendant plusieurs années qu'il a disparu. heureusement pour elle, il y a les films de catherine deneuve.

  • Romancière japonaise écrivant alternativement en allemand et en japonais, sans jamais se traduire elle-même d'une langue à l'autre, Yoko Tawada ne cesse de traquer le mystère de la différence des langues et des civilisations, dans un va-et-vient constant entre Orient et Occident.
    Dans ce nouveau roman, elle s'invente un double, Yuna, Japonaise venue comme elle étudier en Allemagne et résidant à Hambourg. Yuna souhaite changer d'horizon: son amie Renée lui propose de se rendre à Bordeaux pour y apprendre le français en logeant dans la maison laissée vacante par son beau-frère, Maurice. Accueillie par celui-ci, Yuna découvre Bordeaux, mais parcourt surtout au fil des pages le labyrinthe de ses souvenirs faits de multiples rencontres, d'amitiés durables ou éphémères.
    Sur son carnet, les idéogrammes de sa langue maternelle lui servent encore de fragile aide-mémoire. A la Piscine Judaïque de Bordeaux, Yuna perdra le dictionnaire allemand-français qu'elle avait emporté avec elle, emblème des repères incertains qui permettent le passage d'un monde à l'autre. Car ce voyage est pour l'héroïne un itinéraire initiatique, une mise à l'épreuve, et pour Yoko Tawada une manière de renouveler et de subvertir la tradition du roman d'apprentissage.

  • Au fil d'incessants allers-retours entre Asie et Europe, nomade de l'écriture, Yoko Tawada ne cesse de passer de l'allemand au japonais et du japonais à l'allemand pour être toujours " rejetée au point zéro, à ce point où la langue est absente ".
    Ses textes brefs, comme autant d'éclairs où vacillent les apparences, font percevoir le quotidien moderne dans une étrangeté sidérante : la banalité perd de son évidence, ce que l'on croyait être la profondeur de la pensée occidentale s'en trouve ébranlée. De L'Empire des signes naguère décrit par Roland Barthes, où règnent les idéogrammes, au monde occidental dominé par l'alphabet latin, le voyage est d'abord l'épreuve d'un corps qui écrit, caisse de résonance offerte aux voix multiples qui viennent se fixer, en apparence, sur le corps de l'écriture.


  • les treize chapitres de ce livre sont les treize wagons à bord desquels l'héroïne, une chorégraphe de hambourg, nous invite à prendre place avec elle pour rejoindre de grandes villes d'europe et d'asie: paris, graz, zagreb, belgrade, pékin, irkoutsk ou bombay.
    aussi suspect que ses passagers, le train de nuit dans lequel on monte ici ne mène jamais là où l'on pense. de gare en gare, de rencontre en rencontre, de malentendu en malentendu, la narration devient ici une savante chorégraphie qui éloigne toujours plus l'héroïne de ce que l'on croyait être son identité. " moi " et " vous "- eux et nous: autant de suspects dont la prétention à être soi est remise en question par ce roman ludique et volontairement déconcertant, toujours entre rêve et réalité, dont la treizième et dernière destination est " nulle part ".


  • Dans le décor ultra-contemporain d'une grande ville moderne, hambourg, se croisent les destins de vingt-deux femmes d'aujourd'hui auxquelles yoko tawada a voulu donner des noms repris aux métamorphoses d'ovide, car leurs expériences rejoignent en profondeur la fragilité de l'âme et du corps qui fascinait déjà le poète antique.
    La romancière se sert de scènes très quotidiennes pour éclairer le passé, les obsessions, la situation sociale de ses personnages, leurs bonheurs et leurs malheurs, avec cette souveraine objectivité du regard et ce détachement que roland barthes, dans l'empire des signes, tenait pour l'une des qualités majeures de la tradition littéraire japonaise. plongeant dans les rêves et la matérialité des corps, décrivant de l'intérieur les blessures qu'inflige le réel, cette écriture se situe dans la double tradition des notes de chevet de sel-shônagon et des écrivains occidentaux qui ont raconté leur expérience de la drogue (de thomas de quincey à michaux).

empty