• «Le sceptique voudrait bien souffrir, comme le reste des hommes, pour les chimères qui font vivre. Il n'y parvient pas : c'est un martyr du bon sens», écrivait Cioran. Entendu par les Anciens comme une sagesse de la suspension du jugement et par les modernes comme une mise en cause radicale de la certitude de nos connaissances, le scepticisme, qui a traversé l'histoire de la pensée en empruntant des formes diverses, repose avant tout sur la non-assertion.
    Contre les dogmatiques, qui considèrent que se garder de toute opinion rend la vie et l'action impossibles, les sceptiques nous invitent, à l'instar de Montaigne, à «faire profession de notre ignorance», et nous rappellent que les convictions, peut-être autant que les mensonges, sont ennemies de la vérité et de la philosophie.

  • Le présent ouvrage s'interroge sur la spécificité et les conditions particulières de l'activité de connaissance à partir du Théétète de Platon, et plus précisément du passage communément appelé « la digression », dont il donne une interprétation complète. En quoi ces quelques pages peuvent-elles en effet éclairer la définition et l'histoire de la recherche scientifique ? L'activité intellectuelle y est, pour la toute première fois, caractérisée par le loisir (scholé) et la liberté. Pour mieux comprendre l'importance de cette idée nouvelle de la philosophie, et plus généralement de la connaissance, fondée sur la liberté, il s'agit de situer le passage dans le dialogue, mais aussi dans les débats philosophiques et politiques de son époque ; analyse minutieuse confirmant la lecture de la digression comme une sorte de « premier manifeste de la tour d'ivoire ».

  • Musonius (30 ? 95 / 100?), Epictète (50/60 ? - ca 130) et Marc Aurèle (121 - 180), représentants du stoïcisme impérial, souffrent d'être les derniers d'une longue et fameuse lignée.
    Leur pensée est souvent réduite à une répétition scolaire des doctrines des premiers stoïciens, ou à une philosophie purement éthique voire moralisatrice, alors qu'elle est centrée sur la dimension pratique de la philosophie dans son ensemble. Que signifie concrètement « être stoïcien » ? S'agit-il seulement d'adhérer à certaines thèses ? Comment s'en imprégner et les appliquer ? On tâche ici de mettre en évidence les principes, concepts et techniques que Musonius, Épictète et Marc Aurèle élaborent pour résoudre, théoriquement et pratiquement, le problème de la mise en oeuvre de la philosophie : dans sa partie éthique, mais aussi dans ses dimensions politique, épistémologique, dialectique, pédagogique, psychologique, cosmologique et théologique.
    Prenant pour guide l'« usage », notion-clé, on examine successivement comment les derniers stoïciens conçoivent celui des choses et des événements, d'autrui, des représentations, des facultés morales, enfin de notre vie par Dieu au sein de l'ordre du monde.

  • Le stoïcisme ne propose pas seulement des moyens pour vivre sa doctrine et des arguments pour la défendre : il les insère dans une théorie de la pratique qui analyse les conditions de possibilité et d'efficacité de toutes les activités humaines, depuis les mouvements spontanés du corps jusqu'aux déductions du philosophe. À partir de la notion d'« usage », cette étude originale propose une lecture transversale du stoïcisme comme pragmatisme.

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