• Petit hobereau d'origine bretonne, Bertrand Du Guesclin (1320-1380) offre un exemple édifiant de sauveur improbable. Progressivement révélé par ses coups de main en Brocéliande, ses exploits héroïcomiques sur les remparts de Melun, sa victoire de Cocherel et son aventure espagnole, il est le « bon connétable » qui bouta les Anglais hors de France. Mais au-delà des images d'Épinal maintes fois ressassées, est-on sûr de connaître cet enfant d'une période agitée, parcourue par la peste noire et la guerre, emplie de morts mais propice aux ascensions fulgurantes et qui donnera naissance à l'État moderne ? Les recherches récentes permettent de mieux saisir le personnage dans son époque, de l'observer se mouvoir au sein de puissants réseaux de fidélité et de protection, de le deviner avide de gloire et soigneux de sa renommée. Jusqu'à tordre les faits pour embellir son histoire ? D'autres s'en chargeront. Du Guesclin est en définitive un personnage multiple et façonné par les textes, dépassé dès son vivant par sa propre légende, et que certains commentateurs érigeront, dès sa mort, en concurrent du roi. Son gisant, commandé par Charles V, se trouve dans la basilique royale de Saint-Denis, aux côtés de celui de ce roi de France qui lui a remis son épée de connétable.

  • Bailli de Charles VI et poète, Eustache Deschamps (v. 1340 - 1404/5) mit son art de la forme lyrique au service d'un discours politique engagé. Sous sa plume, le sentiment national, né de l'histoire et du mythe des origines, se cristallise autour d'un sentiment dynastique enthousiaste et puise son exaltation messianique à la tradition des prophéties apocalyptiques. Mais c'est l'élaboration rhétorique de la personnification de la France qui fonde peu à peu l'image conceptuelle et sensible de la nation. Dans ce cadre national naissant, une vie de la Cité s'organise. Pour elle, le poète édicte des leçons de bon gouvernement, fondées sur une conception équilibrée du pouvoir, synthèse de son expérience vécue d'officier royal et des efforts des intellectuels du temps pour penser le pouvoir. Son efficacité poétique au service de la pensée politique explique le succès de Deschamps comme support de propagande : on retrouve ses compositions dans des manuscrits à connotation politique, qui montrent le rôle joué par son oeuvre pendant la deuxième partie de la guerre de Cent ans, dans les deux camps affrontés, et sans doute jusqu'à la fin du XVIe siècle et l'avènement de l'ordre politique des Bourbons.


    Thierry Lassabatère est docteur en histoire médiévale de l'Université de Paris-Sorbonne. Ses travaux et publications portent sur les liens entre la littérature, la société politique et l'exercice du pouvoir dans la France de la fin du Moyen Âge. Spécialisé dans la vision politique d'Eustache Deschamps et de ses contemporains, tels Philippe de Mézières et Christine de Pizan, il consacre actuellement ses travaux à Bertrand du Guesclin.

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