• Près de quinze ans après la mort de Thierry Hentsch, son héritage intellectuel est toujours vivant. Revenir à son oeuvre, c'est non seulement mesurer son influence, mais c'est aussi tenter d'éclairer la manière dont l'époque a imprégné sa pensée et orienté sa vie.

    En plus de ses grands livres - L'Orient imaginaire (1988) Raconter et mourir (2002) et Le temps aboli (2005) -, il laisse, échelonnés sur plus de trente années de réflexion, des dizaines d'écrits politiques sur les rapports de l'Occident avec l'Orient, cet autre toujours figé dans le stéréotype. Cette anthologie, qui présente vingt études marquantes, suit l'évolution de la pensée de l'auteur. Toujours attentif à l'événement, celui-ci cherche autant les constances, les repères et les impasses que les ouvertures au dialogue. Ses textes nous mettent en présence d'un désarroi que, toujours conscient de ses limites, il n'a pu ignorer et avec lequel il a dû continuer à vivre et à réfléchir. C'est cette inquiétude, faite de rigueur, de lucidité et d'authenticité, qui est ici mise en avant.

  • Le récit est la forme classique que prend dans presque toutes les cultures le désir de se continuer.
    Se raconter c'est ne pas mourir. Parce que les hommes se savent mortels, ils racontent pour nourrir la mémoire de ceux qui prendront le relais. Ils racontent et meurent apaisés d'avoir vécu et transmis. A travers la lecture des grands récits qui marquent l'imaginaire occidental, ce livre s'attache aux thèmes et aux moments clés de cette transmission. En prenant pour fil conducteur le rapport entre la mort et la vérité, Raconter et mourir suit des héros connus de tous.
    Les récits de Gilgamesh, Ulysse ou Enée illustrent la relation entre l'immortalité et la vie. La Torah et la Théogonie d'Hésiode racontent la genèse d'une connaissance vitale dont OEdipe et Antigone dévoilent la dureté. Chez Socrate, le désir de connaître devient intensément et librement amoureux de son propre effort. L'Evangile, rompant avec cette liberté narrative, plie le récit au service d'une vérité absolue que la vie ici-bas ne permet pas d'atteindre.
    La mort est désormais ce à quoi le chrétien doit échapper, et Lancelot, lancé à la quête du Graal, éprouve héroïquement - parfois ironiquement - ce nouveau devoir. Dante l'accomplit en travaillant de la plume, chez lui poète et héros ne font plus qu'un. Avec les géants rabelaisiens, avec la folie singulière de Don Quichotte et le spectre de Hamlet, la vérité vacille. Descartes, narrateur d'une aventure intellectuelle incomprise, tente vainement de l'installer sur de nouvelles bases.
    La modernité s'amorce sur un malentendu. Une conviction porte ce livre : les grands récits dont nous avons hérité recèlent un savoir et un usage de la vie que nous aurions tort de négliger aujourd'hui. Incitation à lire, à revenir aux textes, à s'étonner de leur inépuisable richesse, telle est l'ambition de l'auteur qui, s'il ordonne quelques idées, transmet aussi le souffle narratif des récits dont elles s'inspirent.

  • Le temps aboli

    Thierry Hentsch

    • Breal
    • 25 October 2005

    Parce que les hommes racontent pour laisser des traces et ne pas mourir, ils tentent sans cesse d´abolir le temps.Tentative magnifique qui, même si elle est vouée à l´échec, donne à la littérature occidentale ses plus grands récits. Des aventures de Don Juan aux voyages de Gulliver en passant par la quête abyssale de Melville, le drame faustien, l´épopée moderne de Joyce et la Recherche de Proust - pour ne citer que quelques-uns des trésors présentés dans cet ouvrage -, ce qui traverse toute notre littérature, c´est ce désir sans cesse renouvelé des hommes d´aller sans trêve d´un objet à l´autre, dans l´oubli d´eux-mêmes. Chaque oeuvre qui traverse les siècles échappe à l´époque qui l´a vue naître. Tous les grands récits du Temps aboli sont donc contemporains les uns des autres et ils appartiennent à tous les temps. Comme dans Raconter et mourir, dont cet ouvrage constitue la suite, chaque chapitre peut se lire comme un tout, au gré de la fantaisie du lecteur.
    Thierry Hentsch enseigne la philosophie politique à l´Université du Québec à Montréal. Il a publié Raconter et mourir (PUM/Bréal,2002), L´Orient imaginaire (Minuit, 1988) et Introduction aux fondements du politique (PUQ, 1993).
    O Finaliste, prix littéraires du Gouverneur général, 2006 o Finaliste, prix de l'essai Spirale Eva-Le-Grand 2006

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  • La mer, la limite

    Thierry Hentsch

    Sorte de kaléidoscope de la pensée de Thierry Hentsch, La mer, la limite fait l'éloge de la limite, du rivage.
    Loin de la toute-puissance de l'Occident et de son ambition sans frontière, l'éthique de la limite - une limite souple et mouvante - serait celle d'une civilisation nouvelle qui rayonnerait de l'aveu de son incomplétude et de sa fragilité.

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