• Taos Amrouche a recueilli, réuni et traduit des contes, poèmes et proverbes kabyles qui ont enchanté et marqué son enfance. Dans ces récits, dont la version fixée ici est celle de sa mère Marguerite Fadma Aït Mansour, le réalisme le plus cru et l'humour y côtoient le fantastique et le merveilleux. « Si un poème, un proverbe, grâce à leur forme arrêtée, peuvent être transmis par n'importe qui, en revanche [...], le choix du conteur est primordial dès qu'il s'agit d'une histoire : c'est la beauté, la composition et l'authenticité mêmes du récit qui sont en jeu, une légende pouvant être appauvrie ou enrichie selon la personne qui perpétue la tradition, une légende étant l'oeuvre d'une chaîne ininterrompue de conteurs à travers le temps », écrit Taos Amrouche, qui a restitué avec passion, dans cette anthologie, une poésie, un patrimoine, une civilisation, ceux du monde kabyle.



  • Avec Solitude ma mère, les Editions Joëlle Losfeld commencent la réédition des oeuvres de Taos Amrouche dans la collection Arcanes. "Taos Amrouche avait une présence rayonnante, excessive comme une tragédienne antique, rires et larmes mêlés : seule sur scène, chantant a capella, elle soumettait en un instant son public à la présence charnelle de sa voix qui remplissait tout l'espace - elle a elle-même, en toute clarté, comparé l'acte de chanter à l'acte sexuel. Elle y joignait une exigence spirituelle toujours insatisfaite. Un goût pour les choses lumineuses, fleurs, fruits, une aspiration à une plénitude qui serait fusion de la chair et de l'âme. [...] Mais, plus que tout, lui importaient ses romans pour elle, seuls ceux-ci livraient, mis en mots, tout ce qu'elle sentait vivre en elle de lumineux et de tragique. " François Maspero

  • L'écriture a, incontestablement, été le moteur incandescent de toute la vie de Taos Amrouche, car c'est par cette écriture intimiste qui caractérise l'ensemble de son oeuvre romanesque1 qu'elle dit s'être réalisée pleinement. Comme elle se réalisa également, avec la même passion, dans les chants berbères de Kabylie, transmis par sa mère Fadhma Aït Mansour Amrouche, qu'elle porta, toute sa vie durant, comme un feu sacré. Comme elle s'engagea aussi, avec fougue et ardeur, dans son incessant combat pour la reconnaissance de la langue berbère.
    De 1953 (elle a alors quarante ans) à 1960, Taos Amrouche est à une période de sa vie où des phases de bonheur et d'épanouissement amoureux alternent avec des moments de désespoir et de profonde solitude.
    /> Elle a alors le sentiment que tout se précipite, car après l'extase de sa liaison passionnée avec Jean Giono, elle est en proie, d'un côté, à des doutes, à l'angoisse de la rupture, à la douleur de la disparition et la perte d'êtres chers, à la réalité de la dislocation progressive de la cellule familiale, à l'épreuve de la maladie qu'elle arrive, avec force, à transcender ; mais aussi, d'un autre côté, à des considérations plus intellectuelles liées à la création littéraire, à l'écriture et à l'inspiration romanesques, à la lecture passionnée de romans ou d'essais qu'elle commente avec beaucoup d'ardeur, de sensibilité et de discernement. C'est aussi le moment où elle se bat pour la publication de son roman Rue des Tambourins et où elle se heurte à maintes difficultés d'ordre personnel, familial et professionnel. Elle est ici à un moment charnière de sa vie, qu'elle ressent elle-même comme particulièrement important, et l'écriture de son journal va agir comme une catharsis, les « cahiers », tel un exutoire lui permettant de se raconter, plus, de se questionner, de se comprendre et d'essayer de comprendre également le comportement et la psychologie de personnes appréciées et aimées - voire passionnément chérie, particulièrement pour l'une d'entre elle, objet de sa passion et de ses tourments - ou vomies et exécrées, qui l'ont accompagnée à différents moments de sa vie.
    Toute l'oeuvre de Taos Amrouche a été republiée et est disponible aux éditions Joëlle Losfeld.

  • Taos Amrouche est reçue au cours de l'automne 1954 par Jean Giono pour une série d'entretiens radiophoniques. En ouverture, elle dit son projet très simplement : "Je suis là pour vous demander de nous raconter librement vos souvenirs et aussi ces histoires que vous improvisez pour tous ceux qui ont le privilège de vous entendre, le soir, quand vous fumez votre petite pipe". A la lecture de ces Propos et récits, on constate que Giono a réellement construit, au cours de ces entretiens, un ensemble très structuré de souvenirs, de portraits, d'anecdotes qui ont fourni la matière de plusieurs de ses romans et nouvelles, en particulier dans le "cycle du Hussard" , auquel il travaille à l'époque.
    Ici se déploient donc tous les talents de Jean Giono conteur, dans cette langue généreuse et pittoresque, pour le plus grand plaisir de son interlocutrice et de ses lecteurs. Ces entretiens constituent aussi un document littéraire, témoin de la construction et de l'évolution de l'oeuvre de Jean Giono.

  • À l'été de 1952, quand Jean Amrouche et Taos Amrouche enregistrent à Manosque ces Entretiens avec Jean Giono, celui-ci a publié six romans en six ans, et quels romans ! Un roi sans divertissement, Mort d'un personnage, Noé, Les Âmes fortes, Les Grands Chemins, Le Hussard sur le toit. Au moment où plusieurs des romanciers de sa génération se détournent du roman, lui fait au contraire figure de romancier à l'état pur, d'une richesse et d'une puissance sans cesse renouvelées. C'est pourquoi Jean Amrouche ne se propose pas seulement avec lui, comme il l'a fait précédemment avec Gide et avec Claudel, de fixer le regard d'un écrivain sur son oeuvre. Il entend aussi obtenir un témoignage privilégié sur la création romanesque. Et en effet Giono, qui trois ans auparavant en a déjà fait la matière de son roman Noé, redevient volontiers pour ses auditeurs ce qu'il appelle ici le «spectateur émerveillé» de sa création.

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