• Solstice d'hiver est l'unique roman de Basara que l'on pourrait qualifier de roman d'amour. La thématique amour-sexualité prend toute la place. Ce qui ne n'empêche pas l'auteur de dire (page 46) : « ' je me méfie des romans d'amour. Ils sont mensonge pur ou pure horreur. Selon affinité. On ne saurait dire laquelle de ces deux options est la pire. Oui, il en va bien ainsi de l'amour. Afin de fuir notre angoisse, nous nous laissons ensorceler par l'autre pour un moment. Puis nous retombons dans l'angoisse, qui s'est entre-temps compliquée de mauvais souvenirs. Il n'est pas de haine plus répugnante qu'un amour charnel au stade de la décomposition » Or, dans cette histoire, pourtant pleine de stupre, ce stade ne sera jamais atteint car nous ne saurons pas s'il y a véritablement eu amour charnel entre Nana et le narrateur.
    Qui est donc cette Nana, cet insaisissable objet de l'amour, du roman ? Elle est une sorte de Frankenstein qui résume la fascination basarienne de l'éternel féminin. Elle est complexe, contradictoire, multiple. Elle est belle et cruelle, une mante religieuse. Elle est lubrique, mais peut-être frigide, métaphysicienne tentée par la sainteté. Elle est vénale, meurtrière, mais aussi intelligente, créative, poétesse et essayiste de talent. La seule chose qu'elle ne saurait être c'est le sage modèle marial.

  • Qui était vraiment Friedrich Nietzsche ? Il y a dans sa biographie un trou de trois mois, et c'est au fond de celui-ci que se trouve peut-être la réponse. En effet, Nietzsche est victime d'une cabale internationale ourdie par Wagner, Lou Salomé, Freud et autres Illuminati, auxquels, moyennant une légère torsion historique, viennent s'ajouter Staline et Atatürk. En 1882, afin d'échapper à cette meute de nietzschephages, le philosophe prétend partir pour la Sicile mais s'embarque pour Chypre. Incognito. À moins que ce ne soit contraint et forcé, puisque, selon une autre hypothèse, captif du rêve d'un lecteur de Zaratoustra, il est entraîné malgré lui dans cette île au statut ontologique douteux. Quoi qu'il en soit, il y passera trois mois indescriptibles, que Le coeur de la terre s'emploie à décrire.

  • Le miroir fêlé

    Svetislav Basara

    • 10/18
    • 4 January 2007

    Une nuit, Anan est frappé par une révélation : l'homme ne descend pas du singe mais du néant.
    Pour le jeune homme, les conséquences de ce postulat s'enchaînent alors de façon lumineuse : le temps est une illusion, toute valeur n'est qu'endoctrinement et les êtres humains n'existent pas plus que les personnages du roman qu'il est en train d'écrire. Et tant pis si parents, amis ou psychiatres restent hermétiques à de telles considérations philosophiques... Dans ce roman déroutant et inclassable, Svetislav Basara se moque férocement des conventions et pousse la logique de l'idéologie jusqu'à l'absurde en bousculant joyeusement nos certitudes.

  • Un écrivain serbe est dépêché en Mongolie pour y écrire un guide de voyage. Lui qui rêvait de s'extirper de sa morosité quotidienne, atterrit dans un pays perdu, lieu de tous les possibles - où, de temps à autre, on brûle encore des sorcières. Il échoue au bar de l'hôtel Gengis Khan à Oulan-Bator, où il voit défiler un évêque hollandais égaré dans un rêve, un officier russe devenu lama, un mort vivant au passé lubrique et même l'énigmatique Charlotte Rampling. Que tout cela confine à la folie importe peu ; la vodka coule à flots, délie les langues et libère les pensées les plus délirantes de Basara. Flottant entre rêverie et ivresse, au coeur d'un univers jubilatoire où la seule certitude est qu'il n'y en a aucune, il se laisse emporter dans un tourbillon extravagant de dérision qui n'épargne rien, ni personne.

  • Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, le narrateur entre dans un supermarché pour acheter « une bricole » ... en fait, des lames de rasoir, parce qu'il a besoin de se raser, à moins que ce ne soit pour s'ouvrir les veines -, et il s'y perd...
    Les nouvelles de Svetislav Basara explorent une poétique de l'absurde. Elles nous entraînent sur un terrain littéraire singulier, foisonnant d'inventions et métaphysiquement hard, dans un monde où l'auteur, ses personnages et le lecteur évoluent tous ensemble et se rejoignent infailliblement devant le néant. Le néant qui s'appelle « château » chez Kafka, « supermarché » chez Basara. Kafka a fermé son château à ses héros, peut-être pour les préserver de la découverte qui les y attendait. Basara, téméraire, va jusqu'au bout, nous invite à le suivre pour nous montrer que ce qui nous attend à l'intérieur de son «château», c'est-à-dire de son supermarché, c'est bel et bien le néant.

  • Phenomenes

    Svetislav Basara

    • Gaia
    • 17 January 2004

    Que Christophe Colomb découvrit et explora un continent fictif, que Karl Marx fut le visionnaire d'une société utopique, et Freud le fondateur d'une fausse religion... qui pourrait en douter ?
    Personne, surtout pas après avoir lu Phénomènes, recueil où les nouvelles se répondent les unes les autres dans un seul but : démontrer la grande imposture qu'est l'Histoire et l'énorme fiction qu'est le monde. Ainsi, ce que de tout temps l'on a tenu pour réel n'est que littérature, et les documents authentiques, les archives du monde, les originaux, se mêlent aux documents apocryphes et aux contrefaçons.
    Le maître-mot de cette malicieuse dénonciation?
    Falsification.

  • Le pays maudit

    Svetislav Basara

    • Gaia
    • 13 October 1998

    Un ambassadeur, issu d'Oxford ou de Cambridge, donc homosexuel par principe, débarque incognito en Etrascie.
    Un drôle de pays, l'Etrascie. Quasi inexistant géographiquement, économiquement négligeable, et à géométrie variable diplomatiquement. Un pays de rêve ou l'enfer ? Afin de se documenter, notre ambassadeur entreprend sur place la lecture du récit de Robert T. Cincaid, un autre ambassadeur visiblement. Qui lui-même finira par laisser la parole au truculent littérateur dissident Salman Basrie, qui signe souvent ses opuscules S.B.
    Des initiales qui ne sont pas sans rappeler celles de son traducteur, Svetislav Basara. Un nom qu'on a déjà vu quelque part... Le pays maudit, c'est tout cela : un lieu qui n'existe pas et où pourtant on peut aller, un pays où tout s'enchevêtre, les récits, les vies, les idées, au point où plus rien n'est identifiable, et où pourtant l'on continue d'écrire, de proférer, d'exposer, de vivre. Le pays de tous les excès, le pays du vide aussi.
    Du portrait ubuesque du président à la satire tragico-comique des méfaits du Service de Sécurité, Basara brosse une peinture acide de l'Etat et de la politique internationale, sous forme d'un roman à tiroirs sans clés, une folle caricature authentique à force d'outrance. Svetislav Basara revisite et bouscule la tradition serbo-croate du roman diplomatique, dont Ivo Andric avait fait un art. Il en fait éclater l'archétype et s'amuse brillamment, comme un diable surgissant de sa boite, de ce qu'à l'interpréter, on puisse toujours faire dire à un auteur tout et son contraire.

    Sur commande
  • La mère du narrateur était folle, d'ailleurs elle tenait un bar qui n'existait que dans sa tête.
    Le narrateur y allait aussi, il était même un habitué.
    Alors, qu'il laisse à un dessin griffonné à la va-vite la liberté de prendre la parole et de lui rire au nez ne sera pas pour nous surprendre. Ni qu'il prétende s'appeler tmou, tmou qui est si mauvais écrivain qu'il ne mérite pas même une majuscule, puis Fin, Fin qui est assis le dos contre le mur et qui s'appelle Fin. Les deux facettes d'un même personnage ? Ce serait trop simple.
    Ils sont deux en un, au moins, ou alors pas du tout. Et à la fin tout disparaît, et il ne reste que l'auteur, Basara lui-même. Et encore, c'est vite dit.
    Délire schizophrène s'il en est, Histoires en disparition est une farce sur la disparition du sujet, la démultiplication du je jusqu'à sa dissolution. Auto-destructif et auto-hilarant.

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