• «Et si le care devenait, enfin, l'affaire de tous?» À la racine des inégalités de notre organisation sociale, il y a cette idée qu'une femme, c'est toujours un peu moins légitime, compétent, important qu'un homme. Voilà pourquoi on craint, à chaque soubresaut de l'histoire, que ne se réalise la prédiction de Simone de Beauvoir : «Il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse, pour que les droits des femmes soient remis en question.» De fait, la parole d'expertise et de pouvoir des hommes a repris le dessus durant la crise, alors même que nous redécouvrions que le vaste peuple, aussi indispensable qu'invisible, des travailleurs qui prennent soin des autres était massivement constitué de femmes. De sorte que le combat féministe pour l'égalité peut s'identifier à la défense d'un projet de société qui, au nom de notre vulnérabilité commune, reconnaisse enfin une valeur au travail du soin et à la contribution de chacun plutôt qu'au pouvoir de quelques-uns. Telle est l'éthique démocratique du care.

  • Les séries ont tout changé : nos loisirs, nos vies, notre rapport à la culture. La « sériephilie » que ces grands récits du XXIe siècle suscitent le prouve : elles sont le coeur de la culture populaire aujourd'hui. Pour Sandra Laugier, fan parmi les fans, elles produisent également une philosophie nouvelle - non pas une philosophie des séries, mais de véritables oeuvres de pensée. Aux ressorts traditionnels de la fiction (romans, films) - identification à des personnages, représentations du monde -, la série oppose l'attachement, le care qu'elle suscite chez le spectateur. Aux stéréotypes de genre, elle substitue nombre d'individus singuliers, souvent des héroïnes, aux prises avec les épreuves de la vie ordinaire. En lieu et place de morale traditionnelle, elle bâtit un répertoire de situations, d'expériences et de formes de vie ; elle élabore une compétence du spectateur. Les séries sont le lieu d'une nouvelle conversation démocratique, telle est la thèse radicale de ce livre-somme de Sandra Laugier, pionnière en philosophie de l'étude des séries et du care en France.

  • Ludwig Wittgenstein (1889-1951) est désormais reconnu pour l'un des plus grands philosophes du XXe siècle; il reste cependant à part. Philosophe phare de la philosophie analytique naissante, il ne cadre pas avec elle, ou ce qu'elle est devenue. C'est évidemment un philosophe, mais il fait une critique de la philosophie. Il paraît «ne faire que détruire tout ce qui est grand et important (... en ne laissant que des débris et des gravats.)» (Recherches Philosophiques, §118). Mais c'est pour détruire ou renverser notre idée de ce qui est «grand et important», nous ramener à la vie et au langage ordinaires. Un ouvrage de synthèse, par une des spécialistes de l'auteur, qui propose une lecture d'ensemble de l' oeuvre de Wittgenstein, du Tractatus aux derniers écrits, en suivant son fil directeur: le rapport du sens et de l'usage.

  • Que peut apporter la littérature à la philosophie morale ? L'ouvrage part d'un même constat : il y a comme une matière commune à l'éthique et à la littérature, qui semblent parfois parler de la même chose et décrire une même réalité morale. Mais celle-ci n'est pas aisée à saisir, et le contenu, la portée morale des oeuvres ne peuvent être déterminés par la connaissance, par des arguments ou par des jugements elles semblent pourtant apprendre quelque chose, éduquer, développer une réceptivité et une appréhension plus fines du monde qui nous entoure. Ce volume veut suggérer que la littérature, par l'éducation sensible qu'elle nous offre, définit une nouvelle forme d'attention à la vie humaine ordinaire avec la perception des détails et des différences, la sensibilité au sens et à l'importance des moments. La lecture se révèle une véritable expérience, intellectuelle et sensible, une « aventure de la personnalité » selon M. Nussbaum, qui transforme la nature de la pensée morale.
    (J. d'Harcour)


    Table des matières

    Présentation

    I -- Littérature et connaissance morale

    La littérature comme philosophie morale. La fêlure dans le cristal : La coupe d'or de Jmaes par Martha Nussbaum -- Différences et distances morales par Cora Diamond -- Connaissance morale et littérature par Jacques Bouveresse -- Concepts moraux, connaissance morale par Sandra Laugier

    II -- Expression morale et vie humaine

    Justifier une vie ? par Monique Canto-Sperber -- Descartes, Emerson, Poe par Stanley Cavell -- Les mots justes pour le dire. Perfectionnisme moral et septicisme chez Cavell par Elise Domenach -- Wittgenstein, Dostoïevski et l'homme du souterrain par Layla Raid

    III -- Exemples et modèles

    Grandeur de l'homme moyen par Vincent Descombes -- Education politique et art du roman par Jean-Jacques Rosat -- L'aventure des Destructeurs par Emmanuelle Halais -- Kafka en Floride par James Conant

  • La question du réalisme a occupé, dans la seconde moitié du XXe siècle, l'essentiel des débats de la philosophie analytique, qui a ainsi retrouvé certains des soucis de la philosophie traditionnelle.
    Mais n'est-ce pas la volonté même d'affirmer ou de justifier un réalisme philosophique qui nous éloigne du réel, du réalisme au sens ordinaire, et nous conduit à cette alternative stérile entre relativisme et naturalisme qui semble souvent dominer les débats contemporains ? C'est la question critique posée par la philosophie du langage ordinaire, telle qu'elle a été définie et pratiquée par Austin et, en un sens, Wittgenstein.
    Ce livre voudrait en faire entendre la voix (la " voix de l'ordinaire ") et contribuer ainsi à une meilleure perception de l'histoire de la philosophie du XXe siècle, en rendant tous ses droits, aujourd'hui, à une tradition encore trop méconnue.

  • Existe-t-il une philosophie américaine ? L'auteur montre non seulement qu'on ne peut simplement identifier, comme on a souvent tendance à le faire, « philosophie américaine » et « philosophie analytique » mais aussi que la « philosophie américaine » est loin d'être unifiée : il y a des héritages et des courants différents. Ainsi la présentation de la philosophie de Cavell, ou encore de Putnam, Rorty et Diamond, lui permet de mettre en évidence une « tradition contemporaine » qui entend renouveler, voire recommencer, la philosophie sous un autre mode : celui de l'ordinaire. La question du langage ordinaire, inspirée de Wittgenstein, devient ici la question de la vie ordinaire, ou de l'ordinaire tout court. Deux nouveaux chapitres consacrés à l'éthique et à l'esthétique de l'ordinaire, ainsi qu'une conclusion portant sur la circulation transatlantique de l'ordinaire, augmentent cette nouvelle édition.

  • La collection est dirigée par Yves-Charles Zarka, directeur de recherches au CNRS. Il dirige le Centre d'histoire de la philosophie moderne - Centre Thomas Hobbes. Elle a un double objectif : -- réouvrir le débat sur les questions majeures de la philosophie, celles qui ne cessent d'alimenter la pensée, en vue d'éclairer leurs enjeux par des contributions inédites dues aux meilleurs spécialistes - mettre à la disposition des étudiants, des enseignants et plus généralement de tous ceux qui s'intéressent à la philosophie, des dossiers permettant de se faire une idée claire de l'état actuel des connaissances sur un sujet.
    Rendre des travaux philosophiques de pointe, accessibles à un large public universitaire et extra-universitaire, tel est le pari de cette collection. (Autres collections : Fondements de la politique - Intervention philosophique) Revue Cités. Philosophie, Politique, Histoire, dirigée par Yves Charles Zarka. Publication trimestrielle

  • Wittgenstein est un philosophe du langage, de l'esprit, et en particulier un philosophe de la subjectivité ; pas seulement de la grammaire de la première personne, ou de la logique du scepticisme, mais de la subjectivité comme exprimée dans le langage, comme articulation du dedans et du dehors : comme voix humaine.
    Le mythe de l'intériorité se révèle, dans cette approche, comme un mythe de l'inexpressivité : on préfère un " privé " inaccessible, muet, à la réalité (corporelle) et à la fatalité du vouloir-dire. C'est bien le réalisme (" la chose la plus difficile ", dit Wittgenstein) qu'on découvre alors au bout du scepticisme.

  • En proposant de valoriser des caractéristiques morales d'abord identifiées comme féminines - l'attention à autrui, la sollicitude, le souci des autres -, l'éthique du « care » a introduit des enjeux éthiques dans le politique et placé la vulnérabilité au coeur de la morale. Mais cette notion engage aussi des modifications profondes dans d'autres domaines de la réflexion éthique, politique et juridique : notamment, les animaux non humains et l'environnement. Ces changements sont au coeur de Tous vulnérables ? qui aborde des questions fondamentales en éthique animale et en philosophie environnementale grâce à des contributions d'Anne Le Goff, Pascale Molinier, Cora Diamond, Solange Chavel, Eva Feder Kittay, Nicolas Delon, Layla Raïd, Val Plumwood, Marie Gaille, Catherine Larrère.

  • Le nom de « philosophie analytique » désigne un courant philosophique qui a pris son essor au XXe siècle, et semble devenu dominant aujourd'hui dans le champ philosophique anglophone, voire international. Il est courant de l'opposer, par ses objets et par ses méthodes, à la philosophie dite « continentale ». À première vue, la philosophie analytique se distingue par les questions qu'elle privilégie : théorie du langage et philosophie de la logique, philosophie de l'esprit et de la connaissance... Elle se singularise aussi par le traitement qu'elle en propose : l'analyse, comprise comme adoption d un style de pensée privilégiant l'établissement de distinctions, l'élucidation des questions à partir de l'examen de leur formulation, l'appel au sens commun et à la connaissance ordinaire. La philosophie analytique est cependant loin d'être unifiée, et son développement a, de fait, produit les styles les plus variés. Le champ analytique s'étend au-delà de la philosophie de la logique, du langage ou de l'esprit : la méthode analytique s'applique à des questions éthiques, esthétiques, politiques, métaphysiques. Elle est également marquée, de ses origines au temps présent (de Frege, Wittgenstein, à Quine, Rawls, Brandom), par des figures philosophiques majeures, qui demeurent irréductibles à tout dogme. Enfin, la confrontation rituelle entre philosophie analytique et philosophie continentale ne rend pas justice à la trame complexe de dialogue et d'héritages où s'inscrivent ces deux traditions, et qui produit la pensée contemporaine dans ce qu'elle a de plus vivant. Le présent volume, qui réunit des contributions de spécialistes reconnus du domaine, propose un tableau de la philosophie analytique dans sa diversité ses grandes thématiques, ses thèses principales, ses figures emblématiques et un regard nouveau sur l'importance et l'originalité philosophiques de la philosophie analytique.

  • Des riches heures de la cinéphilie aux ouvrages de Gilles Deleuze, les noces du cinéma et de la philosophie semblent une spécialité française, en dépit de la forte présence du cinéma américain.
    Mais le spectateur éloigné n'a pas l'exclusivité du regard critique. Il appartenait à un philosophe américain de prendre la juste mesure du "seul grand art aux racines authentiquement populaire" (E. Panofsky). Les trois ouvrages que Stanley Cavell, professeur à Harvard University, a consacrés au cinéma (La Projection du Monde, A la recherche du bonheur, ContestingTears) ont puissamment renouvelé de l'intérieur le statut de cette " forme qui pense " appelée cinéma.
    Préférant la projection à l'enregistrement, la mémoire subjective et partagée à l'examen érudit, et plaçant la comédie hollywoodienne au centre de sa réflexion, Cavell considère les films comme un chapitre essentiel de notre éducation. Ce ne sont pas des objets offerts au regard théorique et critique ; ils proposent une expérience et une vision du monde. Ils s'intègrent par-là à l'ensemble de son oeuvre philosophique.
    Celle-ci s'interroge sur le scepticisme et la tragédie, la signification de la vie ordinaire et des conversations quotidiennes. Elle sonde l'univers des relations à deux, la contribution de l'Amérique à la culture. Dans l'horizon d'une telle diversité, les contributions ici réunies font se côtoyer la philosophie et les études cinématographiques, la sociologie, la littérature, la psychanalyse et l'histoire de l'art.
    Elles tentent d'illustrer tous les aspects de la " pensée du cinéma " découverte par Stanley Cavell.

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  • Comment et pourquoi compter sur soi-même ? C'est la question du perfectionnisme moral, une tradition qui traverse la philosophie antique puis a été dominée, à l'époque moderne, par des éthiques normatives, utilitaristes, puis libérales. Ce volume met en évidence la pertinence nouvelle du perfectionnisme, comme alternative à un paradigme moral et politique qui a montré sa limite. Emerson, Dewey, Nietzsche, puis Pierre Hadot, Stanley Cavell, Michel Foucault. promeuvent le souci de soi, contre la morale des devoirs abstraits et des calculs d'utilité. Il montre l'importance du perfectionnisme dans la réflexion morale et politique, et quotidiennement, au cinéma (des comédies hollywoodiennes à Rohmer et Desplechin), dans la littérature (de Jane Austen à Musil et Coetzee), le discours public d'un Barack Obama, ou les trajectoires ordinaires de sortie de la dépendance et de réappropriation de soi.

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  • L'oeuvre d'Emerson est revenue sur la scène philosophique américaine grâce aux ouvrages de Stanley Cavell : Cavell, qui consacra ses premiers livres à Wittgenstein et Austin, s'est ensuite donné pour tâche de faire réentendre la voix d'Emerson en philosophie.
    Un tel projet n'est pas seulement historique, il est aussi théorique, et politique : il s'agit de réhabiliter une pensée de la démocratie étouffée par le conformisme libéral qui s'est instauré au XXe siècle aux Etats-Unis. Ce qui pour Emerson définit la démocratie, c'est la confiance en soi, comme refus de la conformité, la capacité qu'a chacun de juger du bien et de refuser un pouvoir qui ne respecte pas ses propres principes.
    Quand Emerson embrasse la cause abolitionniste, il dénonce la corruption des principes de la Constitution. Il fait même appel à la désobéissance civile. La confiance en soi est bien une position politique, revendiquant l'autonomie du sujet. C'est ce thème que Cavell reprend chez Emerson, et qu'il propose comme alternative à la pensée politique de John Rawls. Elle est à même d'ébranler aussi bien le libéralisme moderne que le communautarisme.
    Cavell avance, avec Emerson, un individualisme radical qui n'est pas une revendication égoïste mais un appel à un nouvel homme ordinaire, celui de la démocratie : c'est là toute l'actualité politique d'Emerson.

  • Les perspectives féministes connaissent depuis une vingtaine d'années un développement considérable dans le champ académique anglo-saxon.
    Si les analyses en termes de genre sont désormais connues du public français, l'idée de care - mot habituellement traduit par soin, attention, sollicitude - n'a pas trouvé un accueil aussi évident. Les publications américaines sur l'éthique du care et ses rapports avec l'éthique de la justice ayant été comparées, non sans quelque sarcasme, à une véritable industrie, l'indifférence des milieux académiques et des féminismes français vis-à-vis d'un mouvement intellectuellement aussi important est étrange.
    Le moment semble donc venu de présenter l'éthique du care, et de mettre en évidence les raisons d'une telle résistance. C'est bien la dimension provocatrice de l'idée même d'une éthique du care qui la rend difficilement assimilable, et vulnérable. En réintégrant dans le champ des activités sociales significatives des pans entiers de l'activité humaine négligés par la théorie sociale et morale, ces approches ébranlent la partition entre des registres habituellement disjoints.
    Les questions triviales posées par le care -qui s'occupe de quoi, comment ? -font appel à une anthropologie différente comprenant dans un même mouvement la vulnérabilité, la sensibilité, la dépendance. Elles mettent en cause l'universalité de la conception libérale de la justice, installée en position dominante dans le champ de la réflexion politique et morale, et transforment la nature même du questionnement moral.

  • Se soucier des autres n'est pas une caractéristique féminine. C'est un travail. Apporter une réponse concrète aux besoins des autres, telle est, aujourd'hui, la définition du care, ce concept qui ne relève pas, comme on l'a longtemps cru, du seul souci des autres ni d'une préoccupation spécifiquement féminine, mais d'une question politique cruciale recoupant l'expérience quotidienne de la plupart d'entre nous. Première synthèse sur cette notion d'une très grande ampleur après les travaux fondateurs de Carol Gilligan dans les années 1980 puis de Joan Tronto dans les années 1990, ce livre concerne aussi bien le domaine du travail que ceux du genre, de l'éthique et de la santé.

  • Les raisons de se révolter ne manquent pas.
    Mais, en démocratie, s'engager dans un combat contre l'injustice, l'inégalité ou la domination est un geste qui doit s'exprimer sous une forme d'action politique acceptable. Parmi ces formes se trouve la désobéissance civile : elle consiste, pour le citoyen, à refuser, de façon non violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire parce qu'il la juge indigne ou illégitime, et parce qu'il ne s'y reconnaît pas.
    Cette forme d'action est souvent considérée avec méfiance : pour certains, elle ne serait que la réaction d'une conscience froissée, puisqu'elle n'est pas articulée à un projet de changement politique ; pour d'autres, elle mettrait la démocratie en danger en rendant légitime un type d'action dont l'objet pourrait être d'en finir avec l'Etat de droit. Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui - à l'école, à l'hôpital, à l'université, dans des entreprises, etc.
    Il montre comment ces actes s'ancrent avant tout dans un refus de la logique du résultat et de la performance qui s'impose aujourd'hui comme un mode de gouvernement. A la dépossession qui le menace - de son métier, de sa langue, de sa voix -, le citoyen ne peut alors répondre que par la désobéissance, dont le sens politique doit être pensé.

  • Quelle connaissance avons-nous de l'ordinaire ? Quelle en est la grammaire ? Y a-t-il une normativité de l'ordinaire, ou relève-t-il d'une pure description? Mais aussi plus largement, dans quelle mesure un même concept d'ordinaire permet-il de mieux comprendre ces vies que nous menons, des plus proches aux plus étrangères? Enfin, quelle forme donner à ces vies ordinaires? Telles sont les grandes lignes de ce volume consacré aux différentes approches conceptuelles de l'ordinaire. Depuis près de deux décennies maintenant, l'ordinaire - d'habitude minoré, ou négligé par la réflexion théorique - s'est en effet imposé comme un nouveau champ de recherches en philosophie et en sciences sociales. Ce volume collectif témoigne de la richesse et du caractère novateur de ces explorations, et cherche à établir plus fermement ce que l'on appellera les "concepts de l'ordinaire".

    Contributions de : Bruno Ambroise, Jocelyn Benoist, Alexandra Bidet, Christiane Chauviré, Piergiorgio Donatelli, Pierre Fasula, Barbara Formis, Carole Gayet-Viaud, Sandra Laugier, Daniele Lorenzini, Paola Marrati, Richard Rechtman, Paul Standish, Emma Williams, Joëlle Zask.

  • Largement ignorés par la réflexion éthique et politique, les « liens faibles » sont pourtant au coeur des formes contemporaines d'attachement et d'attention aux autres : dans les réseaux sociaux, dans la sphère culturelle, dans notre rapport à l'espace urbain ou à l'environnement, ou encore dans l'espace démocratique du commun.
    Si la notion de « liens faibles » a été initialement forgée par le sociologue Granovetter pour rendre compte des ressources sociales inaccessibles aux liens forts (comme la famille, l'amour, l'amitié, le travail, etc.), elle permet d'interroger notre rapport aux visages, objets, musiques, personnages de fiction, aux sentiments, aux lieux et situations du quotidien qui déterminent notre relation aux autres. Grâce à cette notion, nous pouvons observer en quel sens nos affinités esthétiques ou encore nos engagements éthiques et politiques infléchissent nos existences.
    C'est donc aux ressources du concept de « liens faibles » pour saisir notre monde commun que se consacre ce volume polyphonique, avec l'ambition de rendre sensible la texture invisible de nos vies et de nos attachements ordinaires.

  • Si le premier volume des Textes Clés de philosophie du langage s'est attaché à la dimension cognitive du langage, à la manière qu'il a de dire la vérité, le second volume entend étudier le langage dans sa manière qu'il a de se rapporter au monde. En partant d'une certaine perspective « réaliste », les penseurs de la seconde moitié du XXe siècle ont développé l'idée que le langage sert avant tout à agir, il est un mode d'action. J. L Austin parlera de « concepts performatifs », L. Wittgenstein de « jeux de langage ».
    Cet ouvrage montre comment, la science pragmatique a bouleversé l'ordre de la philosophie du langage. On peut y lire des textes de Wittgenstein, Strawson, Kripke, Kaplan, Travis, Reinach, Austin, Searle, Grice, Lewis.

  • La notion de « formes de vie » a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie.
    Mais qu'entendre par « formes de vie » ? Un ensemble de pratiques, d'usages de nature variée, qui donnent à la vie commune des caractères propres, pour ainsi dire diffus, explicitement ou implicitement présents dans les croyances, la langue, les institutions, les modes d'action, les valeurs. Une forme de vie est toujours, en ce sens, particulière, c'est pourquoi il existe des formes de vie, plus qu'une forme de vie.
    De l'étude de ses divers sens chez des auteurs aussi différents qu'Adorno et Wittgenstein à sa portée critique et politique et à ses incidences éthiques, cet ouvrage déploie toutes les dimensions de cette nouvelle approche. En particulier, la porosité entre les sphères privée, sociale, économique et politique, et la nouvelle articulation du social et du biologique.

  • L'usage extensif et indifférencié du terme « populisme » traduit aujourd'hui la prégnance de ce que Albert Ogien et Sandra Laugier appellent l'antidémocratie, c'est-à-dire le refus de reconnaître que les citoyen.ne.s ont la capacité de prendre collectivement des décisions respectueuses de l'égalité, de la justice et de la dignité de tou.te.s.
    Cette répugnance n'est pas l'apanage des ennemis déclarés de la démocratie. Elle se donne à entendre chaque fois qu'on hésite à accorder une liberté nouvelle aux individus, qu'on craint l'expression de leur jugement ou qu'on limite leur intervention dans la vie publique. Derrière cette méfiance, il y a le soupçon de l'incapacité du « peuple » à s'occuper des affaires publiques et le risque de chaos que la société courrait si on confiait la responsabilité de gouverner à ces « incompétents ».
    À partir de l'analyse d'événements récents (terrorisme, crise grecque, Nuit debout, élections), le livre plaide en faveur de l'accroissement du contrôle que les citoyen.ne.s exercent sur les institutions publiques, en s'appuyant sur leur intelligence collective et en écoutant la voix de chacun.e. Il rappelle également que l'usage de la langue pèse sur la manière dont on pense et pratique la politique. Il soutient enfin que dénoncer toutes les expressions de l'antidémocratie contribuerait à élaborer non pas une postdémocratie, mais une démocratie enfin réelle.

  • Une nouvelle anthropologie de la folie est en train de naître. Elle n'a plus pour centre de gravité l'étude critique de la répression des déviants et des anormaux, qu'elle retrouve toutefois en analysant en détail la fragilité que tout un chacun ressent quand il s'efforce, au quotidien, de trouver sa voix propre. La folie ainsi revisitée devient « une tragédie de l'ordinaire ». Elle surgit quand l'ensemble d'un monde social et naturel, et pas seulement le cerveau de tel individu malade, entre en crise.
    Or rien ne révèle mieux cette tragédie de l'ordinaire que les désastres collectifs extraordinaires où la vulnérabilité foncière des êtres humains est mise à nu. La Nouvelle-Orléans ravagée par Katrina, les bidonvilles de Rabat ou de Delhi sont les théâtres paradoxaux où, dans la détresse et le dénuement, s'inventent de nouvelles manières d'exister et de s'exprimer.
    Trois anthropologues et une philosophe explorent ici les terrains où cette façon inédite de considérer la condition humaine au prisme de la folie s'est imposée à elles avec force, et en tirent les conséquences politiques, éthiques et scientifiques, en termes de care.

  • P.F.
    Strawson est un des philosophes les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Son oeuvre a contribué à imprimer à la philosophie analytique un certain nombre des tournants décisifs qui l'ont conduite à ses orientations actuelles : de la philosophie du langage à la philosophie de l'esprit et à la métaphysique. Partant de la philosophie du langage ordinaire, Strawson en a interrogé les présuppositions ontologiques, déplaçant son intérêt vers une réflexion de type catégorial, sur la pensée et sur le monde, qu'il a nommée " métaphysique descriptive " - présentée, notamment, dans Les individus (1959).
    Le présent recueil explore les principaux aspects de ce projet philosophique original, et essaie de le situer au sein de la discussion contemporaine.

  • Les questions triviales posées par le care - qui s'occupe de quoi, comment ?- mettent en cause l'universalité de la conception libérale de la justice. Dans le même mouvement, elles font valoir l'injustice radicale de l'ignorance d'une sensibilité classiquement attribuée aux femmes et en proposent un compte rendu.
    Il s'agit ici de présenter l'éthique du care, de mettre en évidence les raisons d'une résistance de la part des milieux académiques et des féminismes à ce mouvement intellectuel, et de réhabiliter le sensible.
    Les publications américaines sur l'éthique du care et ses rapports avec l'éthique de la justice ayant été comparées, non sans quelque sarcasme, à une véritable industrie, l'indifférence des milieux académiques et des féminismes français vis-à-vis d'un mouvement intellectuellement aussi important est étrange. Le moment semble donc venu de présenter l'éthique du care, et de mettre en évidence les raisons d'une telle résistance. C'est bien la dimension provocatrice de l'idée même d'une éthique du care qui la rend difficilement assimilable, et vulnérable. À la fois réponse pratique à des besoins spécifiques qui sont toujours ceux d'autres singuliers, activités nécessaires au maintien des personnes qu'elles soient « dépendantes » ou «autonomes», travail accompli tout autant dans la sphère privée que dans le public, engagement à ne pas traiter quiconque comme partie négligeable, sensibilité aux « détails » qui importent dans les situations vécues., le care est nécessairement une affaire concrète, collant aux particularités des situations et des personnes.
    La réflexion sur le care s'inscrit donc, d'emblée, dans un certain tournant particulariste de la pensée morale : contre ce que Wittgenstein appelait dans le Cahier bleu la « pulsion de généralité », le désir d'énoncer des règles générales de pensée et d'action, faire valoir l'attention au(x) particulier(s), au détail ordinaire de la vie humaine.

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