• Roberto Longhi (1889-1970), l'un des plus grands historiens de l'art du XXe siècle, est l'auteur d'une oeuvre monumentale explorant en détail la peinture italienne. En 1914, le jeune Longhi n'a pas vingtcinq ans, mais déjà une plume alerte et des ambitions affirmées : le voici qui écrit pour ses élèves du lycée une Brève mais véridique histoire de la peinture italienne, énonçant les principes formels de l'art italien et étudiant son développement depuis les mosaïques byzantines jusqu'à la Renaissance et à l'ère baroque.
    La première partie de l'ouvrage, intitulée « Idées », fournit une méthode nouvelle pour l'analyse du style des artistes ; la seconde, « Histoire », déroule une histoire de l'art italien à la lumière de cette méthodologie.
    /> Longhi se révèle un maître subversif : au classicisme de Raphaël ou des Carrache, il préfère largement Piero della Francesca et Caravage, deux peintres encore peu célébrés qu'il contribuera grandement à faire sortir de l'oubli. Quant à Cézanne et aux impressionnistes, ils trouvent ici leur place comme la quintessence de la peinture italienne ! Mieux qu'aucune autre synthèse, ce voyage initiatique permet au lecteur de regarder des tableaux majeurs avec autant de savoir que de passion.

  • Le Caravage

    Roberto Longhi

    « Selon une opinion communément admise, la meilleure façon de retracer le destin d'un artiste serait de disposer dans une belle évidence les jugements successifs que la critique lui a consacrés.

    Cependant, s'il est un cas caractéristique pour souligner qu'avec l'histoire de la critique officielle (j'entends, autorisée à s'exprimer par des publications), on ne retrouve presque jamais le sens du destin tangible d'un homme de l'art - et encore moins de sa valeur effective -, c'est particulièrement celui du Caravage.

    Si l'on prête attention à la critique que nous appellerons « apparente », celle-ci, durant plus de deux siècles, jugea certes que le Caravage possédait un grand talent - on ne le nie pas - mais était apparu pour détruire la peinture. Imaginez donc qu'il prétendait nous présenter le monde tel qu'il est, et sans l'embellir ! Attitude déraisonnable ! Mais c'était tout ce que l'on pouvait attendre d'un homme qui se montra un mauvais sujet dans la société : garnement, querelleur, ferrailleur, tant et si bien qu'il finit très mal. Très célèbre cependant, ajoutait-on, les dents serrées, et soutenu on ne sait comment par la faveur de la fortune et même par les exclamations de triomphe des gens du peuple qui s'entassaient pour contempler sa Vierge de Lorette avec ses pèlerins déguenillés aux pieds crasseux.

    Devant cette rengaine, on en vient d'emblée à se demander pour quelles raisons ces critiques officiels manifestaient un tel empressement à dire 1a vérité sur le Caravage. En définitive, des écrivains à lire entre les lignes - dans le meilleur des cas -, tout en poursuivant la quête de cette autre critique qui ne fut jamais écrite pour l'impérieuse raison qu'en ces temps de censure de la Contre-Réforme, elle n'aurait pas obtenu l'imprimatur. Je ne doute pas qu'il en ait été de même d'une autre, encore meilleure, formulée oralement ; c'est-à-dire, avant tout, celle exprimée chaque jour de la bouche du peintre et qui, non imprimée, nous a été rapportée au moins une fois, par la plume du greffier dans les actes du procès de 1603 ou, à mi-voix et les lèvres pincées, dans les antichambres de cardinaux sceptiques et connaisseurs tels que Del Monte ou Scipione Borghese, et jusqu'à celle, hurlée et braillée à l'auberge, dans les tablées d'artistes, de marchands, de dilettantes ou dans les ateliers de la via Margutta, où s'inventaient ce nouveau vocabulaire de l'art qui passera ensuite dans la critique ingrate. »

  • Piro della francesca

    Roberto Longhi

    • Hazan
    • 13 January 2003

    Comme nul autre, Roberto Longhi a su transmuer la discipline rigoureuse qu'est l'histoire de l'art en texte poétique. Mais l'extraordinaire est bien que l'extrême ductilité d'une phrase qui semble vouloir trouver les motifs de sa genèse au sein même de la matière picturale en vienne à s'imposer comme une rigueur supplémentaire et plus haute.


    Lorsqu'il compare les quatre soldats endormis de La Résurrection du Christ aux quatre parts d'un fruit sectionnées et tombées au hasard, lorsqu'il évoque le long périple de la peinture siennoise à travers l'Europe ou encore lorsqu'il voit apparaître une prémonition de Vermeer dans la lumière tombant latéralement au fond de La Madone de Senigallia, jamais Longhi ne tombe dans le vague ou la fantaisie gratuite. Il donne à voir au plus près, presque physiquement, sans sacrifier pour autant à l'information érudite. Aussi trouvera-t-on dans ce livre sur Pierro della Francesca - qui est à tous égards un classique - tous les attendus de la critique la plus serrée, avec son cortège d'analyses et de combinaisons, mais comme sertis dans une prose qu'il faut dire amoureuse et jalouse de son objet.


    Ecrit en 1927, augmenté en 1942 puis en 1962, ce livre paru une première fois en français, l'année même de sa sortie en Italie, dans une édition depuis longtemps introuvable, trouve ici sa première édition en français correspondant au texte définitif, tel qu'il figure dans les Oeuvres complètes de Longhi. Il constitue, à n'en pas douter, le meilleur des compagnons de route pour tous ceux que fascinent les fresques et les tableaux de celui qui, le premier, avec autant de force, sut faire advenir par la perspective un espace littéralement habité par les figures.

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