Religion & Esotérisme

  • Le terrorisme au nom de l'islam trouve une explication dans notre propre histoire. Pierre-Jean Luizard remonte à la source de ce malentendu historique depuis les « missions civilisatrices » françaises en terre d'islam à nos jourspour mieux nous éclairer sur les conséquencesactuelles.

    La colonisation par la France du monde arabe a essentiellement été le fait de la république et non de la droite royaliste et cléricale ou de l'extrême droite, légitimée par un véritable engagement idéologique : la « mission civilisatrice » chère aux élites républicaines et laïques qui la confondait volontiers avec le patriotisme.
    Pierre-Jean Luizard convoque dix faits historiques fondateurs : expédition égyptienne de Bonaparte ; éloge de la colonisation par Jules Ferry ; application du décret Crémieux accordant la citoyenneté française aux juifs et aux Européens d'Algérie mais pas aux Algériens musulmans ; ralliement de Clemenceau au parti colonial ou encore affaire Sarrail avec la répression sanglante de la Révolte du Jabal druze et le bombardement de Damas... Au fil des chapitres, le chercheur met en lumière le retournement des idéaux laïcs et républicains en terres d'islam.
    Comment s'étonner dès lors que les musulmans n'aient pas la même vision de ces idéaux au nom desquels ils sont invités à s'intégrer en France ? Loin de toute volonté d'une quelconque culpabilité, Pierre-Jean Luizard nous invite dans cet essai à aller au-delà de notre roman national pour éclairer les enjeux actuels et comprendre, selon un slogan islamiste, pourquoi la laïcité est présentée comme « l'arme des nouveaux croisés».

  • Contrairement à une idée reçue selon laquelle il n'y a pas de clergé en islam, le chiisme connaît depuis deux siècles un processus de cléricalisation rapide et sans limite. Parallèlement à leur organisation, les dirigeants religieux chiites font également preuve d'une implication croissante dans les affaires politiques.
    Comment fonctionne cette institution, la marja'iyya, sorte de Vatican collégial pour les chiites du monde entier ? Pierre-Jean Luizard nous offre un éclairage historique sur une instance méconnue, mais extrêmement influente. Sa lutte contre l'expansionnisme européen et le colonialisme tout au long du XIXe et du XXe siècle, son opposition à la fondation d'un État-nation arabe en Irak sous mandat britannique, le soutien à Mosaddegh, la révolution islamique en Iran, l'essor du Hezbollah au Liban, les mouvements d'opposition à Bahreïn et dans le Golfe, enfin la reconstruction, sous patronage américain, d'un État irakien dominé par les partis religieux chiites sont autant d'exemples du rôle majeur que cette direction religieuse entend jouer dans le champ du politique.
    Alors que les chiites sont souvent présents dans l'actualité, notamment en raison des conflits qui les opposent aux sunnites, leur clergé est encore appelé à se transformer pour faire face aux défis du XXIe siècle, en particulier à la sécularisation rapide des sociétés.

    Spécialiste de l'islam contemporain au Moyen-Orient, Pierre-Jean Luizard est chercheur au CNRS. Il a notamment publié La Formation de l'Irak contemporain (CNRS Éditions, 2002), La Question irakienne (Fayard, 2002 ; nouv. éd. 2004), Laïcités autoritaires en terre d'Islam (Fayard, 2008) et Comment est né l'Irak moderne (CNRS Éditions, 2009).

  • C'est tardivement que la laïcité a vu le jour en tant qu'idée dans le monde musulman. Elle a commencé à prendre corps dans le courant du XIXe siècle, dans les pays passés sous la domination ou l'influence de l'Occident. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la laïcité a fait irruption avec les réformes brutales de Mustafa Kémal, modèles pour tout le monde musulman. C'est encore à l'exemple du kémalisme que l'idée s'est de plus en plus répandue que l'Etat devait dominer la religion, et que l'on a pu assister à cette floraison d'idéologies nationalistes qui allaient chercher dans la race, la langue ou la volonté nationale, des principes d'union. Les pays musulmans n'ont connu alors que des laïcités autoritaires qui ont paru bloquer toute émergence des sociétés civiles. Depuis Bourguiba jusqu'à Saddam Hussein, les professions de foi laïques ou laïcisantes ont été perçues comme le corollaire de régimes dictatoriaux et/ou de la perpétuation de la domination occidentale. Le seul pays où la laïcité a été acceptée et intégrée culturellement est la Turquie. En adoptant les valeurs du vainqueur (l'Etat-nation ethnique et la laïcité), la Turquie kémaliste entendait rompre avec un passé qui semblait avoir conduit le monde musulman à une perte presque généralisée de sa souveraineté. La laïcité venait y renforcer une identité ethnique, turque, et pour ces deux raisons, elle fut finalement acceptée malgré la violence qu'elle signifia pour une société qui se définissait encore majoritairement à partir de critères religieux. Mais ce choix laissait à l'armée le rôle de rempart du système établi par Mustafa Kemal. Ne peut-on donc dire que la Turquie partage aujourd'hui en partie avec les autres pays musulmans certains enjeux post-coloniaux, bien que n'ayant pas été colonisée

  • Comment caractériser les évolutions actuelles de l'autorité religieuseoe L'option a été prise, d'emblée, de limiter le champ d'investigation aux trois traditions monothéistes. Le judaïsme, le christianisme et l'islam connaissent-ils des transformations similaires en matière d'autoritéoe Celles-ci sont-elles liées aux modalités de leur engagement dans la modernitéoe

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