Fayard

  • Contrairement à une idée reçue selon laquelle il n'y a pas de clergé en islam, le chiisme connaît depuis deux siècles un processus de cléricalisation rapide et sans limite. Parallèlement à leur organisation, les dirigeants religieux chiites font également preuve d'une implication croissante dans les affaires politiques.
    Comment fonctionne cette institution, la marja'iyya, sorte de Vatican collégial pour les chiites du monde entier ? Pierre-Jean Luizard nous offre un éclairage historique sur une instance méconnue, mais extrêmement influente. Sa lutte contre l'expansionnisme européen et le colonialisme tout au long du XIXe et du XXe siècle, son opposition à la fondation d'un État-nation arabe en Irak sous mandat britannique, le soutien à Mosaddegh, la révolution islamique en Iran, l'essor du Hezbollah au Liban, les mouvements d'opposition à Bahreïn et dans le Golfe, enfin la reconstruction, sous patronage américain, d'un État irakien dominé par les partis religieux chiites sont autant d'exemples du rôle majeur que cette direction religieuse entend jouer dans le champ du politique.
    Alors que les chiites sont souvent présents dans l'actualité, notamment en raison des conflits qui les opposent aux sunnites, leur clergé est encore appelé à se transformer pour faire face aux défis du XXIe siècle, en particulier à la sécularisation rapide des sociétés.

    Spécialiste de l'islam contemporain au Moyen-Orient, Pierre-Jean Luizard est chercheur au CNRS. Il a notamment publié La Formation de l'Irak contemporain (CNRS Éditions, 2002), La Question irakienne (Fayard, 2002 ; nouv. éd. 2004), Laïcités autoritaires en terre d'Islam (Fayard, 2008) et Comment est né l'Irak moderne (CNRS Éditions, 2009).

  • C'est tardivement que la laïcité a vu le jour en tant qu'idée dans le monde musulman. Elle a commencé à prendre corps dans le courant du XIXe siècle, dans les pays passés sous la domination ou l'influence de l'Occident. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la laïcité a fait irruption avec les réformes brutales de Mustafa Kémal, modèles pour tout le monde musulman. C'est encore à l'exemple du kémalisme que l'idée s'est de plus en plus répandue que l'Etat devait dominer la religion, et que l'on a pu assister à cette floraison d'idéologies nationalistes qui allaient chercher dans la race, la langue ou la volonté nationale, des principes d'union. Les pays musulmans n'ont connu alors que des laïcités autoritaires qui ont paru bloquer toute émergence des sociétés civiles. Depuis Bourguiba jusqu'à Saddam Hussein, les professions de foi laïques ou laïcisantes ont été perçues comme le corollaire de régimes dictatoriaux et/ou de la perpétuation de la domination occidentale. Le seul pays où la laïcité a été acceptée et intégrée culturellement est la Turquie. En adoptant les valeurs du vainqueur (l'Etat-nation ethnique et la laïcité), la Turquie kémaliste entendait rompre avec un passé qui semblait avoir conduit le monde musulman à une perte presque généralisée de sa souveraineté. La laïcité venait y renforcer une identité ethnique, turque, et pour ces deux raisons, elle fut finalement acceptée malgré la violence qu'elle signifia pour une société qui se définissait encore majoritairement à partir de critères religieux. Mais ce choix laissait à l'armée le rôle de rempart du système établi par Mustafa Kemal. Ne peut-on donc dire que la Turquie partage aujourd'hui en partie avec les autres pays musulmans certains enjeux post-coloniaux, bien que n'ayant pas été colonisée

  • La question irakienne

    Pierre-Jean Luizard

    • Fayard
    • 11 February 2004

    Du pétrole et de l'eau en abondance, une démographie équilibrée : l'ancienne Mésopotamie avait tous les atouts pour devenir un pays riche et moderne.
    Alors pourquoi l'Irak connaît-il tant de tragédies depuis plus de vingt ans oe L'actualité fait oublier qu'avant l'occupation du Koweït et la seconde guerre du Golfe, Bagdad et Téhéran s'étaient livrés pendant huit longues années un combat sans merci qui mit le pays au bord de la banqueroute.
    Saddam Hussein est-il le seul responsable ? À force de le diaboliser, on perd de vue qu'il est le produit d'un système politique mis en place en 1920 par la communauté internationale, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Son irrésistible ascension a commencé en 1968. Il s'est imposé comme le maître absolu au lendemain du triomphe de la révolution islamique en Iran.
    Mais comment a-t-il réussi à accaparer le pouvoir ?
    Comment le régime a-t-il pu tenir si longtemps en ne s'appuyant que sur un clan oe Avec la troisième guerre du Golfe, le pays du Tigre et de l'Euphrate a été l'épicentre d'un séisme qui a bouleversé la communauté internationale : la chute du régime de Saddam Hussein et l'occupation américaine ont instauré une donne radicalement nouvelle.
    Ce livre nous donne les clefs pour comprendre l'origine des conflits actuels de l'Irak.

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