• L'industrie est une vision du monde et pas seulement un phénomène historique. Avant d'être machinisme, elle est une grande machinerie intellectuelle. Nous vivons et nous croyons dans les « Révolutions industrielles » qui se multiplient depuis deux siècles.
    Cet ouvrage porte un regard anthropologique et philosophique de l'Occident sur lui-même. Cet Occidental selfie met au jour sa puissante religion industrielle, jamais vue comme telle.
    L'industrie absorbe tout. Elle fait tenir l'architecture culturelle de l'Occident. Car l'Occident a bien une religion. Il ne s'est produit aucune « sécularisation ». La religion ne peut disparaître : elle se métamorphose. Avec la « Révolution industrielle », un « nouveau christianisme » technoscientifique a été formulé.
    Cet ouvrage donne à voir la naissance, dans la matrice chrétienne, d'une religion rationnelle qui est désormais notre croyance universelle. L'esprit industriel s'est emparé du plus grand mystère de l'Occident chrétien, celui de l'Incarnation, et l'a inscrit dans divers grands Corps pour transformer le monde : ceux du Christ, de la Nature, de l'Humanité et de l'Ordinateur.
    Pierre Musso explore la généalogie de la religion industrielle et met en évidence trois bifurcations majeures institutionnalisées dans le monastère (xie-xiiie siècles), la manufacture (xviie-xviiie) puis l'usine (xixe), avant de constituer l'entreprise (xxe-xxie). Son élaboration s'est accomplie sur huit siècles pour atteindre son apogée avec la « Révolution managériale », la cybernétique et la numérisation.

  • Personnages ayant surgi comme par effraction à la présidence
    de leur pays, perçus comme des « politiques » improbables,
    Berlusconi, Trump et Macron ont été bien rapidement étiquetés
    « populistes », « élitistes », « néo-libéraux ». Si ces trois figures,
    pourtant en phase avec l'époque, restent incompréhensibles, c'est
    qu'ils méritent que l'on formule d'autres hypothèses d'interprétation
    du phénomène qu'ils représentent.
    Berlusconi, Trump et Macron, antipolitiques en politique, sont des
    figures pionnières de l'État-Entreprise. Cette institution double se
    manifeste et apparaît aujourd'hui, tandis que l'État est plus affaibli
    que jamais, et à sa suite la politique et le système de la représentation.
    L'Entreprise, en premier lieu la grande Entreprise (big corporation),
    triomphe. Elle est à l'apogée de sa puissance.
    Ce livre met en perspective, sur la longue durée, la mutation profonde
    du politique en Occident et donne à voir ce qui se joue à l'arrière-plan,
    entre l'État (institution de la religion du politique) et l'Entreprise
    (institution de la religion industrielle) : un lent processus de neutralisation
    de l'État qui s'accélère depuis la fin du xxe siècle et semble
    tendre à son démantèlement, au profit de l'Entreprise... À tout le
    moins assistons-nous à un transfert d'hégémonie.
    Le temps de l'État-Entreprise advient, temps de la mutation du pouvoir
    et du rapport de force entre les deux institutions désormais hybridées.
    Pierre Musso, philosophe de formation, docteur d'État en science
    politique, est professeur des universités, conseiller à l'Institut d'Études
    avancées de Nantes. Spécialiste de Saint-Simon, il a co-dirigé l'édition
    critique des OEuvres complètes d'Henri Saint-Simon (PUF, 2013). Il est
    l'auteur d'une trentaine d'ouvrages sur la philosophie des réseaux, la
    politique et l'imaginaire industriel, dont le dernier paru est La Religion
    industrielle (Fayard-IEA, 2017).

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