• "Depuis Autobiographie de mon père, j'étais fasciné par ses livres, par cette voix sourde et obstinée, par cette façon de regarder sans ciller tout ce qui compose une expérience humaine. Toute son oeuvre est un exercice d'intranquillité et de vigilance.".
    Emmanuel Carrère (extrait de la préface).

    Ce volume contient :
    Autobiographie de mon père.
    Le Grand âge.
    Bêtise de l'intelligence.
    Conversations à Jassy.
    L'oeuvre des jours.
    Adieu.
    L'Amour dans le temps.
    Devant ma mère.
    Sans amour.
    Préface d'Emmanuel Carrère.
    Postface de Martin Rueff.
    Notices d'introduction de Yaël Pachet.

    Écrivain, essayiste, traducteur et critique littéraire, Pierre Pachet (1937-2016) s'est intéressé aussi bien au sommeil, à la littérature de l'Est, de Kafka à Soljenitsyne, qu'à l'Histoire et à la politique. Mais au-delà d'un apparent éclectisme, il a surtout laissé une oeuvre littéraire de premier plan. Le choix proposé dans ce volume, orienté vers l'écriture de l'intime, à l'écoute de personnes aimées et proches mais aussi des laissés pour compte de la vie moderne, permet de mieux saisir l'individu Pierre Pachet : un grand écrivain contemporain aux aguets, sensible au « devoir que l'on a d'être celui que l'on est ».

  • Ce volume rassemble les contributions de Pierre Pachet à l'histoire de la philosophie grecque, depuis 1968, avec sa thèse de doctorat - une édition commentée des fragments de Cléanthe - jusqu'en 1978, année de sa participation au recueil Les Stoïciens et leur logique. Pourquoi donc le stoïcisme ? Sans doute son " accointance avec les Stoïciens avait du sens " et " leur fréquentation (lui) avait profité ".
    Car c'est Cléanthe le philosophe qui ne se sépare pas du " poète inspiré de l'hymne à Zeus ", que Pachet fait figurer au centre de son recueil et qui témoigne d'un effort pour retrouver l'unité proprement hellénique de la poésie et de la philosophie, brisée par Platon. Une philosophie en vers, voire une poésie didactique. C'est en définitive à l'écrivain plus qu'à l'historien que Pachet entend qu'on laisse Cléanthe, moins pour reconstituer son système philosophique que pour y trouver " un exemple, un précurseur, un frère ".

  • Dans ce livre, initialement paru en 1990 dans l'excellente collection « Brèves / littérature » dirigée par Michel Chaillou, Pierre Pachet s'attache à écrire l'histoire d'un genre littéraire peu étudié, dans la mesure où les écrits qui le constituent étaient à l'origine destinés à rester cachés, en marge de la grande littérature, et n'ont été progressivement publiés qu'après coup. Pierre Pachet, sans ignorer les précurseurs, chroniqueurs ou diaristes, ou, plus simplement des écrivains qui, de Montaigne à Rousseau et Fénelon, révèlent dans leurs écrits les mouvements d'un monde intérieur très personnel, s'attache néanmoins à limiter la définition du genre, à l'intérieur de la littérature française, à ce qu'il appelle le « journal intime moderne » : celui qui met en scène « une âme incertaine sur elle-même et sur ce que serait le salut ». Les écrivains qui s'y adonnent s'attachent « au retour dubitatif sur soi », à « l'examen de l'inconsistance de soi ». Deux chapitres sont consacrés aux avant-courriers, Samuel Pepy et Casanova, puis Lavater en Allemagne ; mais le genre semble prendre véritablement naissance avec la Révolution : Maine de Biran, Maurice de Guérin, Benjamin Constant, Stendhal, Amiel en sont les meilleurs représentants. Au terme de son étude (qui s'achève lorsque le journal intime devient un genre littéraire établi), Pierre Pachet s'interroge (comme il l'a fait récemment à propos de la Chine) sur le besoin de préserver l'intime face à un État qui prétend contrôler jusqu'à la pensée des gouvernés. Est-ce un hasard si c'est sous la Terreur qu'est apparue cette pratique « d'une parole abritée, méditative, désireuse de se constituer en tribunal intérieur en récusant les jugements publics » ?

  • Dans une sorte de journal de ses pensées, un homme qui n'est plus jeune essaie de se représenter ce que c'est, d'être vieux. Ou plutôt de vivre cette situation de l'intérieur, tout en restant lui-même, en gardant l'âge qu'il a effectivement, quand il écrit, et en restant l'enfant étonné et cruel qu'on ne peut cesser d'être. Pour une part, il s'agit pour lui d'ima- giner, de spéculer ; pour une autre, de décrire ce qui lui apparaît des vieillards qu'il voit, qu'il fréquente, qu'il aime - et de lui-même. Dégradations physiques, lenteur nouvelle, défaillances dans l'activité mentale, désoccupation, obscurcissement : autant d'occasions paradoxales d'y voir plus clair, de regarder l'obscurité même. Pourtant, le livre ne pen- che pas du côté du vieillissement : il cherche à maintenir en service une « navette », selon l'expression de l'auteur, un aller et retour permanent entre le grand âge, et les autres âges de la vie. Nouvelle façon d'explorer, sans l'atténuer, la différence qui sépare les hommes les uns des autres, les sépare d'eux-mêmes au cours de leur vie, et donc finalement les constitue.

  • L'âme bridée

    Pierre Pachet

    L'Âme bridée est un livre politique, d'attention au présent : un livre d'actualité. À l'âge qui est le sien, avec l'inlassable curiosité qui le porte instinctivement vers tout ce qui lui semble éminemment « vivant », Pierre Pachet s'est pris de passion pour la Chine d'aujourd'hui. Or il s'étonne qu'il n'y ait pas, en France, une « réflexion proprement politique sur ce pays et la façon dont il est gouverné », une réflexion qu'il pressent au contraire foisonnante dans le pays même. À partir de ce constat, il mobilise toutes les ressources de son intelligence, de sa sensibilité, tout son savoir, mais aussi son expérience la plus personnelle pour garder les yeux ouverts, pour comprendre. Ainsi se rejoignent, à propos de la Chine, deux préoccupations qui ont été les siennes toute sa vie, l'intérêt pour le politique (que peut la démocratie face à ces pays totalitaires d'un genre nouveau ?) et celui pour l'intime. De Paris, d'abord, dans son quartier ou vivent des maroquiniers chinois, puis lors de ses deux brefs voyages en Chine qu'il aborde « comme un sociologue en vadrouille », mais aussi à travers ses rencontres avec des dissidents ou des artistes chinois, ou même tout simplement sur internet, il traque inlassablement ce qui témoigne de la survivance de ce qu'il faut bien appeler « l'âme » dans un pays dont le régime politique, avec des moyens qui sont ici parfaitement décrits, fait tout pour la brider.

  • C'est d'une vie réellement vécue qu'il s'agit. Celle d'un homme qui, né en 1895 dans une famille juive de Russie méridionale, se trouve à Odessa juste après le mouvement révolutionnaire de 1905, est étudiant en France quand éclate la Première Guerre mondiale, y fonde sa famille, y connaît l'occupation, et, malade, y meurt. Une vie plusieurs fois frôlée par les aventures difformes de notre siècle. Et surtout, une voix. Vite familière à notre oreille, elle est agile et rugueuse, insomniaque, autoritaire et réticente. Or cette voix a dû être, par l'auteur de ce livre, reconstituée. Le fils, ici, recrée la voix du père. Il essaie d'écrire ce que le père s'est obstiné à taire. Au fil des pages, le père s'enfonce dans une volubilité muette. Mais c'est dans une tension presque insoutenable que le fils, s'acharnant à lui prêter un "je" et à percer (rétroactivement) son silence, veut continuer à entendre ce qui se murmurait sans plus être destiné à personne.

  • Loin de Paris

    Pierre Pachet

    • Denoel
    • 9 March 2006

    Loin de Paris rassemble 50 chroniques brèves parues dans La Quinzaine littéraire, entre janvier 2001 et septembre 2005. Une fois par mois, il s'agissait d'illustrer les pages du journal d'une vignette écrite évoquant un voyage, un séjour, une visite ou une rencontre.
    Ce que Paris exclut - la nature, la province, les villes et les villages, les animaux, les nuages - vient là au premier plan, mais intimement nourri de lectures et de souvenirs, et détaillé par une curiosité avide, sensible à ce qui se passe, à l'humour des choses dépaysantes, à la diversité disjointe des modes de vie et des façons d'habiter la terre.
    En filigrane se dessine un mouvement autobiographique plus grave. Atteint par le deuil, un homme réagit par instinct, par goût de vivre, en allant regarder les choses et les gens. Ce qu'il voit, ce qu'il montre, les mots qu'il trouve pour le faire, ne le distraient pas du chagrin. Le chagrin y trouve à s'employer, il se creuse en se donnant à la diversité sensible de ce qu'il rencontre.

  • « Enfant, m'a-t-on dit, je voulais être avec ma mère, ne pas la quitter, qu'elle ne me quitte pas. On me l'a rappelé plus tard, dès la fin de la guerre, avec attendrissement, ou pour se moquer un peu de mes désirs d'indépendance.
    À présent, je ne peux plus aller avec elle, ni même près ou auprès d'elle. Dans l'état où elle est, ce que je peux espérer en allant la voir et en y passant du temps, c'est qu'elle regardera dans ma direction, sans me reconnaître vraiment, et qu'elle me permettra ainsi d'être devant elle, de lui parler pour réveiller brièvement sa capacité à mimer une conversation, de lui donner à manger. Je la reconnais, je la regarde, je l'écoute. Malgré notre connivence humoristique de toujours, à présent presque totalement détruite, je me sens comme devant une figure très ancienne, une statue faiblement animée mais puissante, monumentale. »
    Pierre Pachet.

  • Sans amour

    Pierre Pachet

    Les dames âgées ne sont pas nées telles. Elles furent des jeunes filles, qui attiraient le regard des hommes et le regard en général. Pour les regarder comme elles le méritent, je dois opérer une conversion de mon regard : le forcer à cesser de se tourner vers ces jeunesses attirantes, pleines de vie et de charme, dont le sourire heureux, conquérant, ravageur, s'atténuera puis s'effacera avec l'âge, sans qu'elles perdent pour autant leur beauté ou leur attrait... À travers des personnages de femmes qu'il a connues, Pierre Pachet s'interroge sur le renoncement à l'amour, sur le choix de la solitude, quand viennent l'âge, la mort ou l'abandon d'un compagnon. Sur le mystérieux - pour lui - désir de paix des femmes. Irène, Léa, Mme Salzberg, Mania, Mizou... Leurs destins ont été liés. En essayant de les reconstituer, l'auteur fait aussi renaître des époques : les années 30, l'Occupation, le frémissement de la fin des années 50, et un milieu, constitué d'émigrés russes, de Juifs hésitant entre diverses appartenances.

  • En 1996, Pierre Pachet se rend dans le nord de la Roumanie, dans la ville de Iasi. Ce n'est pas la première fois qu'il va dans un pays que l'expérience du communisme a écrasé, pour goûter l'atmosphère qu'on y respire, écouter les gens, se situer par rapport à cette histoire. Cette fois-ci, les choses tournent autrement : peut-être parce que le père de Pierre Pachet était lui-même originaire de cette région de l'Europe. Le voyageur veut aller plus loin et plus profond, remonter, en dessous même des malheurs engendrés par le communisme, jusqu'à l'antisémitisme, jusqu'à la xénophobie qui a été si longtemps intimement liée au nationalisme roumain. Sous la ville contemporaine de Iasi, il veut revoir la ville de Jassy, jadis riche d'une forte population juive, et le pogrom de juin 1941 tel que Malaparte l'évoque dans d'inoubliables pages de Kaputt. Au-delà de l'actuelle province roumaine de Moldavie, il se fait expliquer ce qu'est la Moldavie indépendante, ce que furent la Bucovine, la Bessarabie où vivait son grand-père, la Transnistrie où tant de Juifs furent déportés. Les conversations, les lectures, les réflexions s'organisent en une enquête sur ce qui a eu lieu : en 1941, en 1943, en 1947, en 1989. Le lieu où se tiennent ces conversations, auquel elles veulent se tenir, est marqué par des frontières, des annexions, des expulsions, des violences contre les anciens voisins. La tentation y est forte, pour chacun, de rester accroché à son malheur, à son point de vue.

  • Charles Baudelaire n'est pas seulement l'auteur des Fleurs du mal. Il est aussi celui qui a compris, notamment dans Fusées et dans Mon coeur mis à nu, la profonde métamorphose des sociétés modernes.
    Au cours du Second Empire, l'ordre ancien achève de disparaître : ni les individus ni les valeurs n'ont plus de place définitive. C'est désormais le règne du premier venu, qui s'incarne dans différents personnages baudelairiens ? le promeneur, le dandy, le tyran, la victime, le bourreau, l'artiste... Ce monde qui se démocratise est agité, à l'instar du coeur humain, de mouvements confus où chacun peut se retrouver soudain élu ou exclu, couronné ou sacrifié au terme d'un suspens qui se cristallise dans des situations-limites, telles que l'exécution capitale, le suicide, le complot ou simplement la solitude...
    Dans cet essai aujourd'hui réédité dans une nouvelle version revue et augmentée, Pierre Pachet nous restitue la pensée paradoxale et fulgurante d'un Baudelaire encore méconnu.

  • Aux aguets

    Pierre Pachet

    Ce volume rassemble des textes composés par l'auteur au cours des vingt dernières années, ils témoignent du lien singulier qui s'affirme dans sa réflexion entre une donnée très intime, et une réalité collective et historique.
    D'un côté, la conception d'une conscience à la vigilance envahissante, une vigilance qui ne cesse pas et se prolonge jusque dans le sommeil (voir les précédents essais de l'auteur, Nuits étroitement surveillées et La force de dormir, parus chez Gallimard) ; de l'autre l'attention portée de façon réitérée, au fil des années, à des situations politiques ou historiques dans lesquelles s'est déchaînée la violence : violence révolutionnaire dont témoignent des oeuvres comme celle d'André Platonov, de Mikhaïl Boulgakov, de Pierre Pascal ; violence totalitaire exercée dans les formes contemporaines de la torture, ou dans la catastrophe engendrée par le nazisme, à laquelle réfléchit Simone Weil.
    La méditation de Pachet cherche à comprendre comment son propre souci de vigilance réagit au sentiment d'être encerclé par la violence du monde ; et surtout à faire apparaître la violence à l'oeuvre dans le rapport de la conscience à elle-même, une conscience cruelle, excessive, tant elle est avide de voir et de connaître ; une conscience dont les mouvements - dans la relation avec les animaux, dans la tentation de la privation volontaire, dans la pensée du meurtre ou de la torture subie ou exercée - finissent par prendre dans ces pages une dimension fantastique et presque romanesque.

  • Renouer avec les études psychologiques d'avant la psychanalyse, quand on cherchait moins à interpréter comme des signes les contenus du rêve qu'à reconnaître la forme commune d'une expérience.
    En reprenant les recherches oubliées d'Hervey, de Maury, de Delboeuf, en relisant Kafka et surtout en réorientant ses propres nuits, Pierre Pachet a voulu mettre en lumière une tonalité paradoxale du sommeil : sa vigilance. Paralysé et livré aux images, le dormeur continue à vivre parmi les hommes, qui tiennent compte de lui et dont il se souvient. Il agit, réagit, anticipe, souffre et calcule. Loin d'être totalement passif, il peut même entreprendre de contrôler ce qui lui arrive...

  • En octobre 1980, un an avant la proclamation de l'état de guerre, l'auteur fait un séjour en Pologne, passant par Varsovie, Wroclaw, Cracovie, Auschwitz, rencontrant tout au long de son parcours des universitaires, des syndicalistes de Solidarité, des membres du Parti. Très vite, son journal se révèle d'un réalisme à la fois minutieux et poignant, dans la mesure où Pierre Pachet s'y engage en tant qu'individu, découvrant les épreuves d'un régime de privations. S'il demeure constamment attentif aux grands problèmes politiques, sociaux et spirituels écrasant le pays, c'est par l'intermédiaire d'un simple corps humain, soumis à mille oppressions humiliantes. Exemples : les toilettes d'un grand aéroport, une salle de bains d'hôtel, un repas dans un restaurant, la résignation d'une foule dans l'atmosphère étouffée des villes, tout cela prend sous sa plume autant de gravité douloureuse, que certains entretiens politiques et culturels avec tel professeur, tel journaliste, tel activiste. Son témoignage ajoute ainsi un sens vécu concret à l'expérience. Le lecteur connaîtra désormais, d'une manière extraordinairement vivante, l'odeur, le grain, la couleur, la température d'un certain désespoir corporel, subi jour après jour par tout un peuple.

  • En octobre 1980, un an avant la proclamation de l'état de guerre, l'auteur fait un séjour en Pologne, passant par Varsovie, Wroclaw, Cracovie, Auschwitz, rencontrant tout au long de son parcours des universitaires, des syndicalistes de Solidarité, des membres du Parti. Très vite, son journal se révèle d'un réalisme à la fois minutieux et poignant, dans la mesure où Pierre Pachet s'y engage en tant qu'individu, découvrant les épreuves d'un régime de privations. S'il demeure constamment attentif aux grands problèmes politiques, sociaux et spirituels écrasant le pays, c'est par l'intermédiaire d'un simple corps humain, soumis à mille oppressions humiliantes. Exemples : les toilettes d'un grand aéroport, une salle de bains d'hôtel, un repas dans un restaurant, la résignation d'une foule dans l'atmosphère étouffée des villes, tout cela prend sous sa plume autant de gravité douloureuse, que certains entretiens politiques et culturels avec tel professeur, tel journaliste, tel activiste. Son témoignage ajoute ainsi un sens vécu concret à l'expérience. Le lecteur connaîtra désormais, d'une manière extraordinairement vivante, l'odeur, le grain, la couleur, la température d'un certain désespoir corporel, subi jour après jour par tout un peuple.

  • Ce sont les jours, dans leur discontinuité, chacun apportant un projet, une sollicitation, une diversion, qui ont travaillé pour moi. Après trente ans de publications (petits livres, essais ou récits, articles, comptes-rendus, participations à des ouvrages collectifs, traductions, introductions,...), je me retourne avec curiosité vers cette dispersion que j'ai voulue et que je veux encore. Occasion de reconnaître moins des thèmes que des puissances, aptes à désorienter et à orienter, à relancer et à suspendre : l'ennui (et la peur de l'ennui), les émotions, la conversation (et la peur d'être englouti en elle), la diversité et la multiplicité des livres, possibles et réels, l'hésitation passionnée devant les formes. »

    awaiting publication
  • Trop naturel, le sommeil : on n'y prête guère attention. Ou bien c'est qu'il se détraque, et l'on demande à la médecine de nous le rendre aux moindres frais.
    Le sommeil - à la différence du rêve - fut-il jamais pris pour objet de pensée ? Devint-il matière à élaborations littéraires ? Comme une eau, on voit au travers ; son départ laisse à peine un scintillement...
    À la surprise du lecteur, l'essai de Pierre Pachet révèle que le sommeil est partout présent dans la littérature. Il s'insinue dans maintes oeuvres où jamais nous ne l'avions remarqué. Il est vrai qu'il y paraît moins comme un thème tout offert que par éclipses, tensions, retraits. La paradoxale «force de dormir» qui donne accès au sommeil, il faut en être privé pour en percevoir l'existence. Lui-même au travail, le sommeil fait oeuvre dans les poèmes de Baudelaire, dans les proses de Nerval, dans les extraordinaires récits de Platonov.
    Pour déceler cette puissance poétique du sommeil et les conditions - sociales, historiques - de son apparition, il fallait une attention insomniaque.

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