• Il va de soi aujourd'hui que Montaigne est notre ami. Il nous captive, nous émeut, nous persuade. Pourtant, Montaigne nous trompe. Il nous conduit par le bout du nez...
    Échapper à son charme pour saisir ce qu'il a vraiment voulu dire, pénétrer dans l'atelier pour découvrir ce que son entreprise comporte d'audace et de ruse, de vertu et de vice, de vérité et de mensonge : tel est le but de cet ouvrage. En comprenant le philosophe comme il s'est compris lui-même, nous verrons plus clair dans ce que nous sommes devenus après lui et, pour une part, à cause de lui.
    Dans cet essai magistral, Pierre Manent ne se contente pas de présenter à nouveaux frais l'oeuvre d'un auteur décisif de notre modernité : ce sont les valeurs de l'homme moderne qu'il interroge à travers lui.

  • La doctrine des droits de l'homme est devenue l'unique référence légitime pour ordonner le monde humain et orienter la vie sociale et individuelle. Dès lors, la loi politique n'a plus d'autre raison d'être que de garantir les droits humains, toujours plus étendus. La loi ne commande plus, ne dirige plus, n'oriente plus : elle autorise. Elle ne protège plus la vie des institutions - qu'il s'agisse de la nation, de la famille, de l'université -, mais donne à tout individu l'autorisation inconditionnelle d'y accéder. L'institution n'est donc plus protégée ni réglée par une loi opposable à l'individu ; celui-ci jouit d'un droit inconditionnellement opposable à l'institution.
    Pierre Manent montre que cette perspective livre les éléments constituants de la vie humaine à une critique arbitraire et illimitée, privant la vie individuelle comme la vie sociale de tout critère d'évaluation. Une fois que sont garantis les droits égaux de faire telle action ou de conduire telle démarche, il reste à déterminer positivement les règles qui rendent cette action juste ou cette démarche salutaire pour le bien commun. La loi naturelle de la recherche du bien commun se confond ainsi avec la recherche des réponses à la question : comment orienter ou diriger l'action que j'ai le droit de faire ?

  • Comment nous orienter dans le monde ? C'est la philosophie politique qui peut le mieux nous y aider, répond Pierre Manent. Son livre propose un tableau raisonné du monde actuel. Il est, par là même, nécessairement aussi une réflexion sur le siècle écoulé, sur les guerres et les totalitarismes qui en ont occupé une si grande part.
    L'auteur s'efforce de saisir les articulations selon lesquelles notre monde s'ordonne et se meut. Il considère d'abord notre régime - la démocratie ; puis notre forme politique - la nation. Il réfléchit sur les rapports que l'une entretient avec l'autre et sur la crise qui les menace : au seuil du nouveau siècle, la démocratie tend à se détacher non seulement du cadre politique national accoutumé, mais même de toute forme politique reconnaissable. Les coeurs sont émus et les esprits obnubilés par la perspective prochaine d'une démocratie pure, délivrée de la vieille politique, et qui règnerait sans partage selon les règles du droit et les maximes de la morale. Telle est la «grande illusion» de notre temps. Cette «grande illusion», selon Pierre Manent, est de voir dans la politique l'obstacle qui nous empêche d'accéder à la vraie vie. C'est au contraire l'ordre politique qui est le véritable ordre humain.

  • Dans ce livre devenu un classique, Pierre Manent expose les fondements historiques et philosophiques du libéralisme. Celui-ci n'est pas d'abord une doctrine économique, comme ont le croit trop souvent, mais une pensée politique. Ce qui est central dans sa constitution, ce n'est pas l'économie mais le problème religieux. Après les guerres de religion, et par réaction, s'est imposée la nécessité d'édifier un Etat neutre : une forme politique qui soit sans opinion. Voilà pourquoi le libéralisme est le berceau de la pensée politique moderne, et que ses enseignements, mais aussi ses perplexités sont encore les nôtres.

  • La pensée politique moderne a confié à l'Histoire le soin de conduire à son terme ce que la philosophie classique nommait recherche de la vérité.
    Or, pour que l'histoire du monde devienne le tribunal du monde, il fallait abolir la distance, affirmée par la philosophie classique, entre la Raison qui éclaire les hommes et les vicissitudes de leur action dans l'histoire. La philosophie politique devient moderne - et nous avec elle - en engageant un double mouvement contradictoire. D'un côté, le « culte du fait », avec Machiavel, puis Hobbes, pose le nouvel impératif de l'obéissance à la nécessité. De l'autre, le « culte du droit », promu par Rousseau, nourrit le refus du monde mixte où force et justice se mêlent, et entretient le désir utopique d'une société où tout serait justifié devant le tribunal de la raison.
    Culte du droit et culte du fait se rejoignent dans le culte de l'individu, fait ultime du monde humain et source de tous les droits.
    Toute la force de l'exposé de Pierre Manent est de montrer comment, dans le développement de la pensée politique moderne et dès l'origine, perspective « scientifique » ou « réaliste » et perspective « morale » ou « idéaliste » dépendent l'une de l'autre et sont finalement inséparables. L'utopie du droit se fonde et se redouble dans l'utopie du fait.

  • Les Européens ont aujourd'hui bien du mal à s'entendre, mais il y a au moins un sujet qui semble les réunir : c'est la démocratie. Que nous soyons libéraux ou socialistes, modérés ou radicaux, progressistes ou conservateurs, nous sommes tous, ou nous voulons tous être, des démocrates. Il existe de profonds désaccords entre les partisans de la démocratie radicale et les défenseurs de la démocratie libérale, mais ces désaccords seraient impossibles sans un attachement commun à l'idée démocratique. Mais comment caractériser cet attachement ? Depuis quand nous disons-nous démocrates ? Et pourquoi le sommes-nous oe
    Telles sont les questions auxquelles répond cette Enquête rassemblant des textes écrits sur près de trente ans. Contribution précieuse à l'histoire de la philosophie politique, elle offre aussi une analyse très éclairante des problèmes actuels de la démocratie, et se conclut par une mise en garde. Réduire la démocratie aux seuls droits de l'homme et la dégager du cadre national où elle s'est épanouie, comme tendent à le faire les Européens d'aujourd'hui, c'est vouloir se soustraire à notre condition politique et sortir de l'Histoire.

  • La cité est la source première du développement occidental. Avant cette invention, les hommes vivaient selon l'ordre relativement immobile des familles. Avec la cité, l'humanité s'engage dans ce nouvel élément qu'est le politique entendu comme gouvernement de la chose commune, et l'histoire de l'Occident devient alors celle de ses quatre grandes formes politiques : la cité donc, puis l'empire, l'Église et la nation, chaque nouvelle forme résultant de la précédente qui, parvenant au bout de ses possibilités, suscite la suivante.
    Pendant une grande partie de son histoire, l'Occident restera incertain de sa forme politique, hésitant entre la cité, l'empire et l'Église, jusqu'à ce que soit élaborée la forme politique qui permettra aux Européens de se gouverner enfin de manière rationnelle : la nation. Cependant cette forme à son tour s'est détruite elle-même dans les guerres « hyperboliques » du XXe siècle, et nous sommes aujourd'hui à la recherche d'une nouvelle forme politique.
    Cette étude s'efforce de retracer l'histoire politique, mais aussi intellectuelle et religieuse de l'Occident en la rattachant sans cesse à la question politique centrale : comment nous gouverner nous-mêmes ?

    En couverture : Fra Carnevale, Cité idéale, huile sur bois, vers 1480. © Walters Art Museum, Baltimore / The Bridgeman Art Library.

  • Nous croyons savoir ce qu'est la démocratie puisqu'elle est, depuis plus de deux siècles, notre régime politique. Or nous ne le savons pas, ou ne le savons qu'à moitié. Et cette demi-ignorance des amis de la démocratie n'est pas moins dangereuse que l'aveuglement de ses ennemis déclarés. La démocratie est bien le régime le plus propre à la nature humaine quand celle-ci est enfin libre d'exprimer ses voeux, mais c'est aussi quelque chose qui lui arrive, parfois contre son gré. Que voulons-nous lorsque nous voulons toujours plus de démocratie ? Le savons-nous ? Et si nous le savions, le voudrions-nous vraiment ? La grandeur de Tocqueville fut d'être capable à la fois d'encourager la claire espérance et d'approfondir le secret douloureux de la démocratie. Ce que Tocqueville décrit, c'est la transformation de l'homme par la démocratie, c'est un nouveau type humain : l'homme démocratique. Celui-ci cherche à réaliser une hypothèse : tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Tocqueville analyse avec une extraordinaire pénétration comment la vie humaine dans tous ses aspects est bouleversée par cette hypothèse. Aujourd'hui que la démocratie reste notre seul horizon politique, il est plus nécessaire que jamais d'en comprendre la nature. Et puisqu'elle transforme l'homme plus profondément qu'aucun autre régime, une enquête sur la démocratie est nécessaire à la connaissance de nous-mêmes. Qui sommes-nous, hommes démocratiques ? C'est le propos de ce livre de chercher réponse à cette question.

  • Avant le développement de la démocratie, les hommes vivaient sous une Loi: celle des ancêtres, ou celle de Dieu.
    Ils se reconnaissaient en principe soumis à quelque chose qui leur était extérieur et supérieur. Aujourd'hui, la société veut s'organiser selon les droits de l'homme: l'homme n'y veut rencontrer que lui-même. Or nous nous qualifions de modernes, nous nous pensons comme modernes, c'est-à-dire comme différents de l'homme simplement homme. Ainsi l'homme moderne veut n'être qu'un homme, et être autre chose qu'un homme.
    Ce livre explore cette dualité, ou cette duplicité.
    L'idée que soutient Pierre Manent est que la conscience et le désir d'être moderne tiennent à une contradiction antérieure irrésolue, que la "modernité" recouvre et dont elle vit: celle entre la cité et l'Eglise, entre le paganisme et le christianisme, entre la nature et la grâce. L'homme moderne est celui qui rejette les vertus païennes au nom des vertus chrétiennes, et qui rejette les vertus chrétiennes au nom des païennes.
    Il est celui qui, réfutant Athènes par Jérusalem et Jérusalem par Athènes, ne cesse de désirer, et d'apercevoir à sa portée une troisième cité qui pourtant ne cesse de lui échapper: la cité de l'homme. L'illusion spécifique de l'homme moderne, c'est-à- dire l'illusion de l'avenir, est de prendre cette double négation pour une affirmation. Lambition de ce livre est de dissiper cette illusion.

  • La réponse aux attentats de janvier 2015 appelait un renouvellement des idées, des dispositions et des actions de notre pays. Perdurent au contraire les manières de penser les plus paralysantes : la «laïcité» serait la solution au «problèmedel'islam», l'effacement de la présence publique du religieux serait la solution au problème des religions. Tout est faux dans cette thèse. Au lieu de chercher une neutralité impossible, qui couvrirait en fait une guerre sournoise, nous devons accepter et organiser la coexistence publique des religions, leur participation à la conversation civique.
    En entrant dans la communauté nationale, l'islam est entré dans une nation de marque chrétienne, où les juifs jouent un rôle éminent. Toute politique qui ignore cette réalité court à un échec cuisant, et met en danger l'intégrité du corps civique. Il s'agit donc, tout en préservant la neutralité de l'État, de faire coexister et collaborer ces trois «massesspirituelles». Loin que la mondialisation réclame l'effacement de la nation et la neutralisation de la religion, c'est son indépendance politique et spirituelle, et son ouverture au religieux, qui permettront à la France de franchir en sûreté et avec honneur la zone de dangers dans laquelle elle est entrée.
    Après les attentats de janvier 2015, un essai percutant de Pierre Manent sur la place des religions dans notre société.

  • Les libéraux

    Pierre Manent

    On invoque ou critique fréquemment le libéralisme aujourd'hui mais pas toujours en connaissance de cause : partisans comme adversaires ont souvent oublié l'histoire de ce vaste mouvement intellectuel et politique que retrace l'anthologie établie et présentée par pierre manent.
    De la guerre civile anglaise jusqu'à la révolution française, la doctrine libérale s'est élaborée autour de quelques grands thèmes fondateurs : la tolérance, la séparation de l'eglise et de l'etat, la nécessité d'un gouvernement représentatif, le caractère primordial du droit de propriété. a partir de 1789, le libéralisme est aux prises avec de nouveaux adversaires parfois surgis de son sein - tel l'esprit révolutionnaire -, confronté aux promesses et aux dangers de la démocratie, à la menace de l'etat total, et aussi à ses propres perplexités face au développement de l'individualisme et du marché.
    C'est donc à des interrogations très actuelles que conduit cette anthologie oú sont exposés les chances et les risques, les forces et les faiblesses de la cité des hommes libres.

  • « Aujourd´hui, la faculté humaine qui reçoit toute l´approbation, c´est l´imagination. Or je n´ai pas d´imagination, je ne suis pas un artiste et je n´ai pas l´ambition de créer. En revanche, je voudrais comprendre.
    Comprendre quoi ? Comprendre ce qui est. Or comprendre ce qui est ne motive guère les hommes d´aujourd´hui. Rousseau, grand maître des Modernes en cela, disait : "Il n´y a de beau que ce qui n´est pas." Au fond, pour moi, c´est le contraire, je ne suis intéressé que par ce qui est. Et c´est peut-être pour cette raison que, au moins depuis ma maturité, je n´ai jamais été de gauche : la gauche préfère imaginer une société qui n´est pas, et j´ai toujours trouvé la société qui est plus intéressante que la société qui pourrait être. » Depuis une trentaine d´années, Pierre Manent creuse un sillon aussi original que discret dans le paysage intellectuel français. Ces entretiens veulent en restituer le mouvement et les étapes : la passion précoce pour la politique éveillée par un père communiste ; la découverte de la religion catholique dans la khâgne toulousaine de Louis Jugnet ; l´entrée à Normale Sup et le choix de la philosophie politique ; la rencontre décisive avec Raymond Aron ; la fondation de la revue Commentaire... Ainsi viennent au jour les caractères d´une démarche personnelle : la lecture inlassable des grands auteurs, la conviction qu´une science politique demeure possible à l´ère du relativisme, un certain « regard politique », enfin, qui rend intelligible le monde contemporain.

    Ces entretiens sont une vivante introduction au travail de Pierre Manent, et notamment aux Métamorphoses de la cité qui paraissent simultanément. Les deux livres partagent en somme la même ambition : « Toute notre histoire, se déployant à partir de notre nature politique, voilà ce que je voudrais donner à voir et à comprendre. »

  • Le propos de ce livre est de présenter une interprétation de l'histoire de l'Occident, plus précisément une interprétation politique de cette révolution permanente qui a caractérisé l'Occident.
    Ma thèse est la suivante : la cité est la source première du développement occidental. Avant cette invention, les hommes vivaient selon l'ordre relativement immobile des familles, encore prégnant dans bien des régions du monde. Avec la cité, l'humanité s'engage dans ce nouvel élément qu'est le politique entendu comme gouvernement de la chose commune, et l'histoire de l'Occident devient alors celle de ses quatre grandes formes politiques: la cité donc, puis l'empire, l'Eglise et la nation.
    Cette succession n'est pas seulement chronologique, elle est aussi causale. Chaque nouvelle forme résulte de la précédente qui, parvenant au bout de ses possibilités, suscite la nouvelle. C'est ainsi que la cité, déployant ses énergies jusqu'à s'épuiser elle-même dans les luttes intestines et les guerres extérieures, donne naissance à l'empire occidental - celui d'Alexandre, puis celui de Rome. C'est ainsi que l'Eglise comme communauté universelle prend la suite de l'empire, incapable de préserver l'unité dont il portait la promesse.
    Pendant une grande partie de son histoire, l'Occident restera incertain de sa forme politique, hésitant entre la cité, l'empire et l'Eglise, jusqu'à ce que soit élaborée la forme politique qui permettra aux Européens de se gouverner enfin de manière rationnelle : la nation. Mais cette forme à son tour s'est détruite elle-même dans les guerres " hyperboliques" du XXe siècle, et nous sommes aujourd'hui à la recherche d'une nouvelle forme politique.
    Cette étude s'efforce de retracer l'histoire politique, mais aussi intellectuelle et religieuse, de l'Occident en la rattachant sans cesse au problème politique par excellence: comment nous gouverner nous-mêmes? Cette histoire raisonnée des formes politiques est donc aussi une recherche de philosophie politique.

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  • Le libéralisme n'est pas seulement une des doctrines politiques et économiques qui se disputent notre adhésion: ressort de la politique moderne, c'est par rapport à lui que se déterminent les autres positions révolutionnaires ou réactionnaires. Pour comprendre sa nature et le sens de son développement, il faut donc le saisir, très en deçà de son conflit tardif avec les socialismes, dans son origine véritable: le projet de constituer, dans et contre l'Ancien Régime, un ordre politique délivré du pouvoir de la religion, où l'homme soit l'auteur conscient de ses conditions de vie.L'essai de Pierre Manent tente de reconstituer les grandes lignes de ce projet et de sa réalisation, en prenant pour guides quelques-unes des principales oeuvres de la philosophie politique, de Machiavel à Tocqueville. Il montre comment le problème politique inédit posé par le christianisme est à la source des idées fondatrices de l'ordre libéral: l'individu, les droits de l'homme, le gouvernement représentatif. Il suggère enfin que certaines des difficultés de la société libérale, certains des dangers qui la menacent tiennent à cette origine oubliée.

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  • Où en sommes-nous ? Nous voici pris entre notre vieille nation que nous ne voulons pas quitter et l'Europe nouvelle que nous espérons rejoindre sans savoir comment. À un gouvernement représentatif tend à se substituer une « gouvernance démocratique » qui ne nous gouverne ni ne nous représente. Nous voyons sans nous émouvoir notre existence politique se défaire parce que nous sommes en proie à l'illusion d'une humanité unifiée qui pourrait tenir ensemble en se passant de toute forme politique. Et il y a longtemps que nous ne savons plus que faire de la religion.
    Comment donner sens à cette crise de notre existence commune ? Pierre Manent interroge l'histoire, récente et lointaine, de la nation ; la manière dont elle a accueilli et nourri la démocratie ; et comment son effacement menace aujourd'hui cette démocratie même. Il met en évidence la situation paradoxale de la religion dont on ne cesse d'annoncer la fin imminente alors même que les séparations religieuses organisent de plus en plus notre paysage politique.
    L'Europe ne peut rester longtemps encore cette zone dépressionnaire où l'on a peur de son ombre. Cet essai voudrait contribuer à ranimer le sentiment et l'intelligence des ressources spirituelles qui donnent à l'Europe sa continuité vivante.

  • Raymond Aron, à la recherche d'une vérité commune ou du moins d'un bien commun, interroge la crise morale des démocraties libérales. Il dresse une typologie des libertés, évalue leur contenu, livre une réflexion sur les relations entre liberté et égalité, exprime son souci face à l'atonie civique. En tant qu'observateur des sociétés dans l'histoire, il s'interroge sur les enjeux autour de ces libertés, sur les inégalités, sur la citoyenneté, sur le pouvoir.
    Inquiet que dans nos sociétés hédonistes, la liberté se situe dans la libération des désirs, il désigne son souci par le mot vertu, et appelle chacun à être un citoyen vertueux, conforme à l'idéal de la société libre. Dans une société en perte de sens de la vie civique, son enseignement contribue à notre éducation politique de citoyen. Introduction à Raymond Aron, par Pierre Manent "Aron scruta la vie politique avec une attention infatigable jusqu'à son dernier jour.
    Le texte inédit que nous publions ici appartient à l'autre extrémité de la carrière de Raymond Aron. Il interroge la "crise morale des démocraties libérales". De bien des manières Aron parle de nous. Qu'il s'agisse de la liberté détachée de tout critère, de la légitimité démocratique très généralement reconnue, de l'absence d'une notion acceptée de la vertu ou du bien commun, nous nous reconnaissons".

  • L'heure est à la démocratie fondée sur la garantie des droits individuels et sur le gouvernement au nom de la collectivité.
    Ces deux principes ont coexisté, jusqu'à ces derniers temps où l'on constate que le principe du consentement remplace la logique du commandement. D'où une dépolitisation de la société moderne. Cette garantie des droits individuels, toute-puissante, amène inexorablement à l'expression des valeurs privées, que les individus veulent fédérer dans des protestations identitaires de plus en plus marquées, qu'elles soient locales, régionales ou autres.
    Les utopies multiculturalistes, libérales et communistes ont bon ton, elles oublient paradoxalement que la démocratie suppose un espace commun. La situation actuelle, postpolitique, laisse place à la toute-puissance du droit et de la morale : l'on n'est plus citoyen d'un pays, mais citoyen du monde.

  • L'éducation est, pour les sociétés démocratiques, un problème et un enjeu majeurs. S'il est vrai que nulle société ne peut faire l'économie d'une réflexion sur les conditions qui permettront d'assurer la bonne transmission des savoirs et des pratiques sans lesquels elle ne pourrait subsister, il n'en demeure pas moins que le problème de l'éducation paraît singulièrement aigu pour les sociétés démocratiques et modernes qui se doivent d'articuler les exigences de l'éducation aux valeurs de l'individualisme.
    On parle communément d'une " crise de l'éducation ", et l'on associe parfois celle-ci à la mise à mal de l'autorité. Autour de ce thème, se livre aujourd'hui un dur combat d'idées sur la pédagogie de l'âge démocratique. De quelle nature est cette crise de l'éducation ? Et quelles solutions pouvons-nous envisager ? Albert Jacquard, Pierre Manent et Alain Renaut en débattent et font émerger, à cette occasion, des clivages qui permettent d'éclairer d'un jour nouveau ces interrogations.

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