• Qu'est-ce qui s'est passé, qu'est-ce qui a passé de Canguilhem à Foucault? La mise à jour d'une question dont ils ont été les premiers à reconnaître l'urgence : le rôle des normes dans la nature et dans la société. Les normes ne sont pas des lois, des règles d'obligation qui supposent une contrainte extérieure pour être obéies. Elles interviennent à même les comportements, qu'elles orientent de l'intérieur. D'où viennent ces normes? D'où tirent-elles leur force ? De la vie, explique Canguilhem. De quelque chose qui, pour Foucault, pourrait s'appeler l'histoire. Comment la vie et l'histoire en sont-elles venues à conjoindre en pratique leurs actions respectives? Telle est la question autour de laquelle ont tourné ces deux auteurs-clés de la seconde moitié du XXe siècle, qui ont été constamment en dialogue. Cinq études, composées entre 1963 et 1993, apportent un témoignage sur la façon dont Canguilhem et Foucault ont fait évoluer cette thématique des normes -une innovation dont l'importance est aujourd'hui universellement reconnue.

  • Hegel ou Spinoza, et non Hegel et Spinoza : la question n'est pas ici de procéder à la comparaison entre des auteurs et des systèmes mais de procéder à leur confrontation. À travers la différence de doctrines irréductibles apparaît alors la réalité d'une lutte qui les apparente conflictuellement.
    Hegel ou Spinoza, et non Hegel et Spinoza : la question n'est pas ici de procéder à la comparaison entre des auteurs et des systèmes, enfermés une fois pour toutes dans les limites de leur sens, qu'on pourrait tout au plus identifier et exhiber dans un commentaire purement théorique. Ce qui vient au premier plan, c'est leur active confrontation, celle de doctrines irréductibles. Entre Hegel et Spinoza quelque chose se passe, et c'est la connaissance de cet événement qui peut nous faire avancer dans la connaissance de l'histoire de la philosophie, c'est-à-dire dans la connaissance de ce que c'est pour la philosophie que d'avoir une histoire. Hegel a lu Spinoza, et il ne l'a pas compris. Ce fait bien connu présente quelques particularités étonnantes. D'abord l'étrange fascination que Hegel éprouve à l'égard de Spinoza, dont il fait son principal interlocuteur philosophique. Surtout il y a ceci : en dépit de la méprise en quelque sorte systématique commise par Hegel sur la lettre du spinozisme, il y a une reconnaissance paradoxale de la position singulière que celui-ci occupe, à laquelle Hegel oppose une constante dénégation. Tout se passe comme si Hegel avait vu dans Spinoza la limite de son propre système. De ce point de vue, les perspectives traditionnelles se renversent : Hegel lecteur de Spinoza, c'est aussi et surtout Spinoza lecteur de Hegel. On dit souvent, pour expliquer ou excuser les erreurs de lecture de Hegel, qu'il a mieux compris Spinoza que celui-ci ne s'était compris lui-même et qu'il a lu dans son texte au-delà de ce qui y était écrit. Et si c'était Spinoza qui déjà avait mieux compris Hegel ?

  • L'histoire de la pensée occidentale est jalonnée de grandes « querelles », comme celle des universaux ou celle des anciens et des modernes. C'est à travers de tels débats, comme ceux qui, durant la seconde moitié du xxe siècle, ont opposé en France Gueroult et Alquié ou Foucault et Derrida, que, à notre époque, elle reste vivante. En prenant en considération certains aspects surprenants de sa réception, on mesure à quel point une doctrine comme celle de Descartes, qu'aucune entreprise académique n'est parvenue à momifier, appelle des engagements de pensée pratiqués au présent, et répugne à une appréhension objective ou prétendue telle, qui, en la considérant à distance, la relèguerait dans un passé révolu. L'oeuvre de Descartes reste pour nous encore en grande part une énigme, et ainsi elle constitue une invitation ou une provocation à penser, en nous tenant à l'écart des idées touts faites : c'est par là, et non par les certitudes acquises dont elle serait porteuse, qu'elle se révèle incontournable pour qui s'intéresse à la philosophie.

  • Ces textes, dont la rédaction s'est étalée sur plus de trente ans, sont reliés par une conception de la philosophie en tant que prise de position pratique effectuée dans une conjoncture déterminée. Cette conception de la philosophie en tant qu'activité ou pratique théorique est celle qu'Althusser avait entrepris d'élaborer dès 1967 dans le cadre d'un Cours de philosophie pour scientifiques.

  • Apparue dans le contexte des années 50 et 60, l'oeuvre de Debord s'est efforcée d'achever le projet à la fois artistique, éthique et politique porté par le dadaïsme et le surréalisme dans la première moitié du XXe siècle : jusqu'à affirmer la nécessité pour l'art de se supprimer en tant que tel, pour mieux se réaliser dans la vie et comme vie. Les différents articles qui composent ce recueil entendent revenir sur quelques-unes des principales expériences, ou quelques-uns des principaux concepts mis en jeu pour cela : situations, dérives, détournements. On les examinera dans leur systématicité, leur complexité voire leur ambiguïté ; on s'interrogera sur leur devenir, après le reflux y compris des mouvements révolutionnaires dans les années 70, ainsi que sur celui du programme de dépassement de l'art dont ils procédèrent. Comme autant de manières d'en questionner l'intérêt aujourd'hui encore, pour penser et agir un projet émancipateur. Qu'est-ce qu'être contemporain ? Être déphasé par rapport au donné du présent ; savoir qu'il est construit, autrement dit déconstructible et reconstructible : se le réapproprier en tant qu'il est Histoire. Au croisement de l'art et du politique, la collection « Perspectives inactuelles » propose par des reprises historiques et philosophiques précises d'y contribuer.

  • Plus qu'aucune autre, liée à un moment, enfoncée dans un lieu et un temps - la Hollande de la seconde moitié du XVIIe siècle -, la philosophie de Spinoza reste plus que jamais moderne. Spinoza doit donc être lu au présent, comme un philosophe qui se comprend et agit ici et aujourd'hui, tant il permet de reformuler des problèmes que nous nous posons. C'est ce que montre le réexamen de quelques points de doctrine, des paradoxes de la connaissance immédiate, à la question de la fin de l'histoire, en passant par la signification éthique du De Deo. Aussi bien la pensée de Spinoza ne s'est-elle jamais offerte qu'à travers des rapports historiques biaisés, qui en ont livré autant d'esquisses effacées aussitôt que tracées, dont le répertoire reste ouvert. Les figures ici évoquées, de son effet sur la pensée classique (Hobbes, Pascal, Louis Meyer, Condillac) et sur la pensée moderne, de Hegel à Heidegger, en passant par Freud et Russell, d'Adorno à Negri en passant par Deleuze et Foucault, suggèrent cette superposition de traits qui, sans accéder à la netteté idéale d'un dessin définitif, témoigne de la dynamique historique que la philosophie spinoziste porte en elle. Faire de la philosophie avec Spinoza, c'est habiter cette pensée inquiète d'elle-même. C'est donc, à la fois, participer en quelque sorte à l'éternité de cette philosophie-monde et actualiser sa puissance d'énonciation, en la rendant effective et présente.

  • La pensée de Comte a joué un rôle essentiel dans l'élaboration de l'idéologie républicaine au XIXe siècle et non seulement en France. Elle a, en particulier, inspiré le discours pédagogique.

  • « Quelles sont les conditions qui font que certains discours fonctionnent comme discours littéraires ? ». Telle était la question, destinée à remplacer le sempiternel « Qu´est-ce que la littérature ? », qui était annoncée dans l'édition originale de Pour

  • Indépendamment des agréments qu'elle procure à ses lecteurs, la littérature dispense-t-elle des enseignements philosophiques?

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