Langue française

  • Comment le discours théologique s'articule-t-il sur l'expérience ? Y a-t-il une expérience de Dieu qui ne soit pas condamnée à être subjective, affective, ineffable, arbitraire et psychologique - en un mot, humaine trop humaine ? La question de l'expérience est, depuis Kant, un aiguillon planté par la philosophie dans la chair du théologien : si la philosophie et la foi peuvent se rencontrer, c'est autour du problème de l'accès à Dieu dans les limites d'une expérience possible.
    Philippe Nouzille problématise le concept d'expérience, en reprenant l'analyse des grands auteurs cisterciens : saint Bernard et Aelred de Rievaulx.
    L'intérêt de sa recherche redouble du fait qu'elle prend la théologie au moment de sa naissance comme discipline universitaire, au me siècle. Il choisit donc d'étudier une alternative consciente à la théologie spéculative, celle que Jean Leclercq appelait la " théologie monastique " : une théologie vécue, une théologie pratique, qui englobe toute l'existence et s'appuie sur l'expérience.
    Mais Philippe Nouzille ne tend pas à réhabiliter les " théologies sauvages " contre les théologies professionnelles.
    Il recherche une théologie unifiante, qui se fonde sur la foi en la résurrection du Christ et qui permet d'y participer : une pensée de l'affection qui n'est pas sentimentale, une forme d'expérience qui n'est pas empirique. Il dégage enfin une expérience de soi comme sujet convoqué. Ainsi cette théologie n'est pas extérieure à ce dont elle parle, elle n'est pas un discours détaché de l'expérience. Elle est toujours engagée, car elle énonce la réponse de l'homme à cet appel primordial.
    O.
    BOULNOIS.

  • Au-delà de soi

    Philippe Nouzille

    • Hermann
    • 21 October 2014

    La phénoménologie semble indiquée pour approcher le fait de la révélation, mais cela suppose de lever les obstacles qu'elle met elle-même à la reconnaissance d'une révélation. En effet, un phénomène se situe normalement sous l'horizon du monde et de l'être quand la révélation, comme manifestation de Dieu, vient d'au-delà de cet horizon. Il faut donc commencer par problématiser le concept de révélation pour penser une révélation dont la réception est une dimension constitutive, ce qui implique d'élargir la révélation bien au-delà de la seule Révélation. De la question du monde et du sujet à celle de leur réinterprétation, de la description de l'existence à celle de sa surdétermination comme « plus qu'existence » dans le clair-obscur de l'histoire, se dessine un rapport nouveau entre philosophie et théologie qui se rejoignent sur ce point focal de la révélation comme événement qu'il s'agit de décrire.

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