• Quelle est la dimension culturelle des inégalités ? Les sociétés de culture et d'éducation de masse demeurent des sociétés de classes, traversées par des inégalités qui mettent davantage en jeu la distribution des ressources de la diversité et de l'altérité culturelle que celles de la culture savante. Une attention particulière est prêtée au cas français. Il part du constat d'une certaine atténuation de l'expression des clivages de classes dans les styles de vie et les attitudes culturelles. Ces évolutions relèvent davantage d'une recomposition que d'une disparition des clivages de classes et de leur expression symbolique. La première partie du livre met en évidence l'impact général de la distribution des ressources culturelles sur les inégalités. La deuxième partie aborde les conséquences sociales et culturelles du mouvement d'expansion scolaire observé un peu partout dans le monde au cours du XXe siècle. La troisième partie expose les caractéristiques de la recomposition contemporaine des frontières culturelles entre les classes sociales. La quatrième et dernière partie porte sur les prolongements politiques de cette recomposition.

  • Dans la plupart des sociétés occidentales, la place des loisirs et des activités culturelles s'est sensiblement accrue depuis la fin des années 1960. Cette évolution générale masque toutefois de profondes disparités qui interrogent le bilan des politiques de démocratisation de la culture car celles-ci, notamment en France, inspirent l'essentiel des politiques publiques menées dans ce domaine. L'accès aux biens, aux services et aux équipements culturels continue d'alimenter les inégalités observées dans d'autres domaines de la vie sociale, en particulier dans le domaine scolaire.
    Marquée par la montée de l'audiovisuel, le recul de l'écrit et la globalisation de l'offre de biens et services culturels, la cartographie des styles de vie culturelle est aujourd'hui perturbée par un certain éclectisme des goûts et des pratiques ; si celui-ci brouille le découpage des frontières symboliques entre les groupes sociaux, il n'est pas nécessairement synonyme d'une disparition des hiérarchies culturelles.

  • Dans la France d'aujourd'hui, le " capital culturel ", en particulier sous sa forme scolaire, continue d'orienter puissamment les trajectoires sociales. Il est même vraisemblable que la valeur sociale des diplômes n'ait jamais été aussi forte qu'aujourd'hui.
    Les prophètes du déclin de la culture font pourtant recette, sur fond de mise en scène tapageuse d'une présidence " bling-bling " qui viendrait couronner le lent effondrement d'un ordre ancien, dominé par le prestige de la culture littéraire et des humanités. Le règne de l'écrit serait mis à mal par celui de l'écran, et le triomphe d'élites vantant les vertus du bonheur matériel et de la fortune.
    L'humeur portée par ce divorce des élites du savoir et des élites du pouvoir nourrit un certain désarroi à l'égard des vertus émancipatrices naguère prêtées à la démocratisation de la culture et de l'éducation. Faut-il se ranger à l'idée que les diplômes verraient inévitablement leur " niveau " s'affaiblir à mesure qu'ils se multiplient ? Que la dévalorisation relative des ressources culturelles serait consubstantielle à leur diffusion, dans un contexte marqué par un accroissement des inégalités de richesse ?
    Tout ceci invite à se pencher sur l'articulation contemporaine des composantes culturelles et économiques de la structure des inégalités : quel est aujourd'hui le rôle de la culture dans la structuration des rapports " de classe " ? Quelles sont les conséquences de l'expansion scolaire qui s'est produite depuis la fin des années 1960 et, plus encore, au cours des années 1980 et 1990 ? Quel est l'impact des politiques publiques de l'Education mais aussi de la Culture ? Comment ont évolué, à la faveur de ces transformations, les normes de la légitimité culturelle ? Telles sont les questions que cet ouvrage pose pour penser les métamorphoses contemporaines de la distinction.

  • Réhabilités au début des années quatre-vingt par une entrée dans la sphère des arts subventionnés, les musiciens de jazz évoluent aujourd'hui dans un univers incertain. Cette étude analyse les formes particulières atypiques d'emploi qu'expérimentent aujourd'hui les musiciens de jazz français (mêlant les résidus d'économie informelle de l'univers traditionnel des clubs et des emplois " normés " du domaine de la culture subventionnée) et l'influence qu'elles exercent sur l'évolution des formes musicales.

  • Paru en 1979, et rapidement publié dans d'autres langues, le livre de Pierre Bourdieu La Distinction s'est imposé, à l'échelle internationale, comme l'un des ouvrages les plus cités en sciences sociales ces dernières décennies. Quel bilan tirer, trente ans après sa parution, de la postérité de ce livre ? C'est ce que propose le présent ouvrage qui réunit les contributions d'une trentaine de chercheurs contemporains.

empty