• Prélude, prologue, exorde, prémices, préambule, préliminaire, introït, orée, aurore, aube, origine et d'autres encore : autant de mots pour dire, c'est-à-dire tenter de coïncider avec l'impossible instant zéro du commencement.
    Mais n'en va-t-il pas toujours ainsi de l'impossible qu'il fait d'autant plus parler qu'il échappe incessamment à la prise ?
    Voilà qui justifi e la belle sentence de Georg Eliot : pas de commencement qui ne commence par une fi ction du commencement, toute histoire, du moins tout récit est à ce prix.
    Il n'y en a pas moins une nécessité à cela, celle de rendre compte du nouveau qui ne découle pas de ce qui le précède sans au moins dévier ou dériver de sa ligne, comme aspiré par ce qui est à naître.
    Tout commencement véritable s'entoure d'une zone d'indiscernabilité et de non-savoir qui tient à ce qu'il est en recherche de sa forme et de son issue, ce qui ne va pas sans transactions circonstancielles avec le milieu dans lequel il se fraye un chemin. C'est aussi pourquoi il ne peut se décliner qu'au pluriel, dans la diversité des milieux et des variations de rythme et d'allure qui le conditionnent et qu'il traverse, un changement important n'affectant pas l'individu, le social, le politique ou le culturel selon une même temporalité.
    Pris dans un devenir autre, transformation, mutation voire métamorphose plutôt que naissance ex abrupto, le commencement remonte en amont de l'événement qui le déclare et s'étire en aval dans le déroulement de ses conséquences.
    Idée simple qui oriente ce livre : du commencement il y a lieu de distinguer les processus temporels qui en créent, cas par cas, les conditions de possibilité. Commencer prend plus de temps qu'il n'en faut pour un commencement.

  • Au moment où la France s'interroge sur l'utilisation qu'elle doit faire de sa mémoire coloniale, voici un livre qui viendra nourrir le débat à travers la question des rapports entre l'art et la politique. Dans la lignée des perspectives ouvertes par L'Orientalisme d'Edward Said, Patrick Vauday s'interroge sur la manière dont la peinture du XIXe siècle s'est appropriée d'autres espaces culturels quand elle ne les a pas véritablement reconstruits. Quelle utilisation la peinture a-t-elle faite des motifs empruntés au Moyen-Orient ou au Maghreb ? Faut-il y voir un simple renouvellement des sujets ou au contraire le symptôme d'une véritable mutation esthétique ? Un asservissement au politique ou à l'inverse une résistance critique qui ouvre sur de nouveaux espaces sensibles ? Des oeuvres de Delacroix, Monet, Gauguin forment le support de cette analyse subtile.

  • De quoi sont faites les images ? D'imagination et d'imaginaire répond la phénoménologie. De langage symbolique répondent la sémiologie, l'iconologie et la psychanalyse. Avec l'appui de la peinture, de la photographie et du cinéma, on a voulu montrer que les images se nourrissent d'abord des matières dont elles sont faites. La matière des images que nous regardons est poétique avant d'être psychologique. Mais elle n'est pas moins esthétique, c'est à dire ouverture au monde et mise en forme des expériences indicibles qu'elle suscite.

  • Partant des rapports consistants que les philosophies modernes et contemporaines ont noués avec la peinture, ce livre s'installe dans l'écart irréductible qui les met en tension réciproque. Ni application de la philosophie ni illustration par la peinture, il les fait jouer l'une avec ou dans l'autre, aussi bien que l'une contre l'autre ; complicités ou altercations dont sont attendus des angles de vue et des déplacements féconds. Plutôt que de les mettre en miroir, il les prend de biais au cas par cas des oeuvres philosophiques, littéraires et picturales mises à l'épreuve de leur rencontre par l'écriture de ces essais qui en sont à la fois la mise en scène et le produit, on pourrait dire aussi l'attestation.

  • Il y a beaucoup moins d'images qu'on ne le dit généralement si l'on veut bien admettre qu'une image est moins ce qu'on perçoit que ce qui fait voir et donne à penser. Les oeuvres mises en constellation, plutôt qu'en série, dans ce livre n'ont rien d'autre en commun que d'intriguer le regard par un détail singulier qui en signe l'exception. D'une mise au point troublante ou d'une focalisation étrange naît une contrariété visible ou audible qui conduit à interroger ce que l'on voit ou entend. Aucune des oeuvres présentées n'est équivalente à une autre, chacune est approchée dans son exemplarité et sous un angle particulier qui tente d'en enregistrer l'opération propre. Le nom commun et le titre associés à chacune d'entre elles n'entend pas les définir et en finir avec elles, ils leur font écho et en prolongent les effets.

  • Ce livre retraverse l'oeuvre de Gauguin dans le sillage des nombreuses escales proches ou lointaines qui ponctuent la vie du peintre. Trop souvent réduite à une nostalgie du paradis perdu dont Tahiti aurait été le dernier refuge, sa fièvre voyageuse est interprétée comme le symptôme d'une recherche qui trouve son issue dans les tableaux. A la lumière des oeuvres et des écrits de Gauguin, véritable carnet de bord de son aventure picturale, on assiste à la naissance d'un libre espace infini affranchi du cadre du tableau et des frontières entre arts et cultures.

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  • Qu'est-ce qui fait tenir une peinture, autrement dit, qu'est-ce qui retient le regard au-delà du premier coup d'oeil ? À quoi tient la peinture et où se tient la peinture ? Dans son sujet, dans ce qu'elle représente et dans la manière de le représenter, ou dans son aspect, dans son effet et son apparence ? Est-elle affaire de représentation intelligible ou de présentation sensible ? Patrick Vauday

  • L'Histoire a l'art des collages surréalistes. Celui-ci, par exemple : tristement célèbre pour le plus grand krach financier des temps modernes, 1929 est aussi l'année du fameux tableau de Magritte La Trahison des images, plus connu par l'inscription « Ceci n'est pas une pipe » qui y figure. L'inattendu de ce rapprochement a valeur de symptôme : celui d'une crise de confiance dans les images, billet vert, Joconde ou Marilyn qu'à peine trente ans plus tard Andy Warhol mit en équivalence et en série. Mais on n'a pas assez noté l'humour du tableau de Magritte déjouant la tromperie des images par le moyen même de l'image. À l'encontre d'un certain iconoclasme, il s'agit dans ce livre de réévaluer la pensée et la puissance critique des images à l'oeuvre dans l'art moderne et contemporain : peinture, photographie, cinéma, vidéo. Au désastre annoncé d'un règne du Tout-image où se perdraient la lettre et l'esprit, vient objecter un régime artiste des images. Dans l'indécidable des trajets et des raccourcis créateurs, il ouvre dans l'espace commun des brèches sur des visibilités occultées ou à venir.

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