• Staline

    Nicolas Tandler

    Staline ne participa jamais en personne à des tueries ou à des tortures ordonnées par lui mais l'aspect vindicatif, le mépris de la vie humaine -pouvant aller jusqu'à une forme de sadisme - du " phare de l'humanité ", encensé durant un quart de siècle, est ce qui en subsiste pour l'essentiel au XXIe siècle.
    S'il n'avait été qu'un sectaire aux tendances de psychopathe, Staline n'aurait pas atteint les sommets. Lénine s'était déjà mépris sur les capacités de son subalterne, tout comme Trotski, qui estimait se heurter à un bureaucrate inculte. Servi par des concours de circonstances, le séminariste passé au vagabondage révolutionnariste sut conquérir les hautes fonctions par un mélange de ruse, de violence verbale, de séduction, d'exaltation de la conviction de sa supériorité, d'une méfiance maladive qui n'excluait pas la conscience des qualités d'autrui.
    Lecteur avide, réaliste et concepteur d'une société idéale inhumaine ni les guerres extérieures ni les complots internes ne le renversèrent. Son régime lui a survécu près de quatre décennies. L'auteur de ce " Qui suis- je ? " Staline s'interroge sur la pertinence de l'appellation " tsar rouge ". Par son " socialisme dans un seul pays ", sans renier le marxisme, Staline s'est délibérément identifié aux tsars.
    Après plus d'un demi-siècle, son ambivalence se perçoit mieux, toute dissimulée qu'elle était derrière les monceaux de cadavres de ses victimes non communistes, méprisées par les historiens de renom du XXe siècle.

  • Trotski

    Nicolas Tandler

    Léon Trotski (1879-1940) «Nous savions que pour établir la liaison avec des ouvriers, il fallait une grande conspiration. Nous prononcions ce mot sérieusement, d'un ton grave, presque mystique.» «Je n'ai qu'une seule parole, qu'un seul langage, celui du révolutionnaire.» Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, a dérouté ceux qui ont d'abord découvert le communisme soviétique à travers l'image des dirigeants du Kremlin de l'URSS finissante, entre 1953 et 1989. Charmeur, cultivé, cosmopolite, inclassable, il courait les aventures comme en se jouant. Sans lui - issu de possédants, très à l'aise - , les bolcheviques n'auraient pas pris le pouvoir en novembre 1917 à Petrograd. Ni gagné l'effroyable guerre civile de 1918 à 1922, pendant laquelle Trotski fera massacrer des «Blancs», des «Rouges» déviants et tant d'autres. Convaincu de son écrasante supériorité sur les autres chefs rouges, les méprisant, sûr de succéder à Lénine, Trotski se transformera en oiseau hypnotisé par un serpent quand Staline se dressera face à lui. Éli- miné de l'URSS, réduit à des jeux politiques de bac à sable dans l'émigration, errant d'un pays à l'autre, sa mort violente au Mexique en fait le martyr légendaire du communisme mondialiste. Le voici victime par excellence. Et cela lui vaut des disciples sculptés à son image: individualistes forcenés, intransigeants, à la poursuite d'un but unique, la société totalitaire globale. Ce «Qui suis-je?»Trotski montre comment, tantôt bardé de cuir, revolver au côté, cassant, impitoyable, tantôt souffrant, alangui, père de famille attendri, causeur séduisant, amoureux de la nature, le personnage revêt un double aspect, qui trompera ses partisans et ses ennemis.

    Sur commande
  • Pol Pot

    Nicolas Tandler

    On ne dit pas «Djougachvili », mais Staline. De même, on ne parle pas de «Saloth Sâr », mais, à par tir de 1970, de Pol Pot, son pseudonyme. D'une famille cam bodgienne aisée, il profita de divers enseigne ments dans la capitale du pays, Phnom Penh. Parti compléter sa formation en France, il y découvre les Lumières avec Rousseau, la Révo lution avec Robespierre, le marxisme avec Staline. Il néglige son école technique, et il doit retourner au pays sans diplôme. Il décide alors de devenir révo - lutionnaire professionnel. Stoïque, il fait ses classes grâce aux communistes vietnamiens, qu'il hait, dans son for intérieur, comme ennemis héré ditaires des Khmers. Devenu l'organisateur du Parti communiste à Phnom Penh, la chance le sert : le chef du PC est tué, et il prend sa place.
    Le voici acteur d'une guerre tout à la fois civile et internationale. Avec des enfants-soldats vêtus de noir, ses troupes, les Khmers rouges, se multiplieront grâce aux erreurs de la puissante Amérique, aux divisions entre républicains et royalistes, au soutien de Hanoï. Le 17 avril 1975, Pol Pot atteint son but.
    Trois ans, huit mois, vingt jours, le peuple khmer subira une expérience démente, à vif, qu'aucun utopiste social n'avait osée avant lui. Elle lui coûtera 1700000 morts (estimation basse). Puis Pol Pot fut vaincu dans une guerre éclair par le Vietnam. Il survécut deux décennies à sa défaite, divisant le monde à son propos, avant de mourir, esseulé.

  • Marx

    Nicolas Tandler

    Né dans la famille aisée d'un juriste, en territoire devenu depuis peu prussien, Karl Marx conteste tout ce qui l'entoure, dès ses premières années. Dans l'ombre d'un conflit entre ses parents, au sujet d'une religion abandonnée (le judaïsme) pour une autre (le protestantisme), il rejette vite toute croyance. Il tourne tout en son contraire et, lorsqu'il découvre l'oeuvre de Hegel, il veut aller bien au-delà de la pensée du maître.
    Il franchit la frontière entre réflexion et politique révolutionnaire militante, en oublie que sa famille attend de lui qu'il entame une carrière, défie son père, et se lance dans une vie de bohème qu'il poursuivra jusqu'à ses derniers jours.
    Ce« Qui suis-je?» Karl Marx montre comment, protégé matériellement par l'industriel allemand Friedrich Engels, qui l'épaulera aussi dans la conception de sa doctrine, entre des articles épisodiques pour divers titres de presse, de brochures en livres, Marx élaborera une vision du monde basée sur le matérialisme, et la destruction : le «matérialisme dialectique». Il ne supportera aucun rival et les écartera par tous les moyens à sa portée.
    Ses prétentions d'avoir rédigé la théorie de l'économie la plus géniale de son temps laisseront indifférents ses contemporains. À ses obsèques, il n'y a qu'une poignée de proches autour de sa tombe.
    La postérité lui procurera des revanches apocalyptiques au XXe siècle, et son fantôme rôde encore à travers le monde au XXIe siècle.

  • De l'enfance, au camp de concentration puis au secrétaire général de la CGT, le parcours d'Henri Krasucki semble ne réserver aucune surprise. Militant communiste et syndical, fidèle quoi qu'il arrive à son parti, si pénibles que soient les circonstances, il a obtenu à son heure les responsabilités qu'il est capable d'assumer, et son existence ne recèlerait rien d'autre que les travaux, parfois dangereux, d'un partisan tenace.
    Mais les biographies officielles d'Henri Krasucki changent de signification, dès lors qu'on les confronte à la réalité française ou polonaise, où elles s'inscrivent tout au long de son chemin. Sous la casquette du prolétaire de Belleville, il y a beaucoup plus que la lutte de classe. Ce qu'il occulte ou refoule ne lui appartient pas en propre. Pour comprendre le PC et la CGT d'aujourd'hui, il est nécessaire de découvrir l'arrière-plan ignoré d'une carrière faite d'oublis.

  • Dans sa "Lettre ouverte aux hommes politiques", Pierre Viansson-Ponté, a établi ce constat : "La vie de Marchais, on pourrait la raconter de plusieurs façons différentes, si différentes qu'on en viendrait vite à se demander s'il s'agit bien du même personnage." Face aux contradictions sur les périodes controversées de la carrière du secrétaire général du PCF, il s'est adressé à lui en ces termes : "Comment voulez-vous, après cela, qu'en toute bonne foi on ne se demande pas ce que vous cachez de si grave, de si honteux, à coup de silences contraints d'explications contradictoires et confuses, et si vous n'avez pas bien d'autres secrets ?" Une telle interrogation est demeurée sans réponse, même lorsque la justice eût à se pencher sur le dossier du jeune mécanicien pendant la guerre. Pourtant, le temps de l'Occupation n'est pas la seule énigme du dynamique dirigeant, qui aime s'adresser franchement à ses compatriotes. Son propre parti n'a de lui qu'une biographie en cinq lignes : des promotions successives. Avant, et même pendant, cette progression vertigineuse, que de zones d'ombre... Chercher à décrire la montée d'un villageois normand sur Paris, puis son passage de l'usine à la politique, alors même que les contemporains de cette ascension sont encore les nôtres, s'avère plus difficile que de se livrer à des fouilles archéologiques.

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