• Les jardins de Babylone

    Nicolas Presl

    • Atrabile
    • 6 November 2020

    La Terre paraît bien loin, vue de la Lune, et bien paisible. On n'y distingue pas les longs pipelines qui strient des sols arides et transportent son bien le plus précieux ; on ne devine pas la sécheresse qui sévit ni les malheurs qu'elle engendre ; on n'y entend pas les plaintes des moins fortunés, ni l'oppression que ces derniers subissent, même si la colère gronde, et enfle, inexorablement. Sur la Lune, on ne souffre pas de tout ça, même si on reste tributaire de la Terre et de son eau, que l'on fait importer dans d'énormes containers volants.
    Il faut aussi, bien sûr, être plus riches et plus puissants que le reste de l'humanité pour mériter cette place de choix sur ce triste satellite, devenu refuge de l'élite mondiale. Politique et poétique, Les Jardins de Babylone use d'une narration à plusieurs voix, où de plus courts chapitres viennent s'enchâsser dans un récit plus grand et plus tortueux. Nicolas Presl dresse alors le portrait d'une humanité minée par ses inégalités et par l'arrogance d'une minorité qui s'arroge tous les droits, même si avidité et égoïsme semblent se retrouver dans toutes les couches de cette société en péril.
    Entre fable prémonitoire et pur récit de science-fiction, Les Jardins de Babylone refuse tout manichéisme et empoigne à bras-le-corps la complexité du monde et des sentiments humains - et si le constat peut paraître parfois un peu sombre il n'est, heureusement, pas complètement dénué d'espoir, ni d'humour.

  • Levants

    Nicolas Presl

    • Atrabile
    • 20 October 2017

    Sous le regard amusé d'une femme voilée, un homme se déshabille et plonge dans la rivière. Furieux de ce regard interdit, l'homme la poursuit jusque dans son foyer. Lui, vendeur itinérant, rêvant de voir un monde qu'il ne connaît pas, voyage à travers le pays dans un camion rempli de cartons, s'arrêtant au gré des rencontres. Elle, mystérieuse, cache un passé empli de douleurs, un passé fait de musique, de contes mais aussi de violence - et c'est là, quelque part, que réside la raison de sa main droite amputée de ses cinq doigts.
    Le temps d'un voyage, ces deux vies-là vont se rapprocher, et croiser bien d'autres vies, bien d'autres histoires, et bien d'autres destins. Alors, à la manière des Milles et une nuit, plusieurs récits et contes vont se suivre et parfois se répondre, dans une variation moderne et éminemment politique; des histoires qui jaillissent de mélodies passées, pendant que des bombes explosent, au rythme des accords de vies dissonants.
    Sans lourdeur ni moralisme, Nicolas Presl aborde et questionne à travers ces pages des thèmes comme la place de la femme dans une société patriarcale, l'influence de la religion, mais aussi la complexité du sentiment amoureux.
    Désormais converti à la couleur, mais toujours sans texte, Nicolas Presl livre avec Levants son oeuvre la plus complexe à ce jour, mais sans doute aussi la plus fine, de par le nombre de récits qui s'y entremêlent, mais aussi de par son regard, toujours à hauteur d'homme, qui semble vouloir comprendre et dire, bien plus qu'expliquer ou juger.

  • Priape

    Nicolas Presl

    C'est en 2006 que paraît le premier livre de Nicolas Presl, Priape. Onze ans et sept livres plus tard, Nicolas Presl est devenu un des auteurs les plus emblématiques et les plus productifs du catalogue atrabilaire. Atrabile ne pouvait décemment laisser disparaître ce livre et propose donc aujourd'hui une nouvelle édition de Priape avec une nouvelle couverture et une préface de Vivien Bessières, maître de conférences en littérature à l'université de Limoges. Le nom de Priape évoque avant tout le dieu romain de la fécondité et de la virilité physique. Ici, c'est d'un homme dont il s'agit et d'un cadeau empoisonné que la nature lui a offert et qui fera de lui un être à part. Nicolas Presl, dans ce contre cruel et parfois dérangeant, nous emmène dans l'Antiquité, sur les pas d'un jeune homme en quête de sa propre identité...

  • Réalisé avant les trois livres publiés par Atrabile (Priape, Divine Colonie, Fabrica), ce Fils de l'ours père est autant une oeuvre puissante en tant que telle, que le premier jalon d'une écriture devenue caractéristique de son auteur. En effet, Nicolas Presl y affirme déjà sa préférence pour un récit muet qui cherche ses solutions signifiantes des côtés de la figuration et de la mise-en-scène plutôt que de ceux des dialogues et des récitatifs. On pourrait croire de prime abord à une démarche plus picturale que littéraire. Il n'en est pas moins que les partis pris narratifs sont directement inscrits dans le prolongement de la tragédie antique, socle offrant toujours des ouvertures à des questionnements aussi contemporains que la transmission filiale, l'éducation ou la sexualité, ici ancrées dans un parcours édifiant. Et déjà cet univers graphique tordu, dont on savait la proximité de l'expressionnisme de Grosz ou du Picasso de Guernica, mais dont Le Fils de l'ours père soulève une parenté picturale plus abstraite et plus sombre encore.

  • Orientalisme

    Nicolas Presl

    Le Nord face au Sud, l'Occident face à l'Orient, la tradition face à la modernité, ou encore, plus prosaïquement, ceux pour qui les frontières s'ouvrent face à ceux pour qui elles se ferment; ce sont toutes ces relations, ces affrontements mâtinés d'interdépendance, mais aussi la limite de ces définitions, qu'interroge Nicolas Presl dans son nouveau livre, Orientalisme.
    Quelque part en Turquie, de l'autre côté du Bosphore, des gens se croisent; un berger rêve de modernité, une jeune femme a des fantasmes d'amour et de liber-té, des touristes prennent des photos qu'ils imaginent pleines d'authenticité. Pour les amoureux, la solution pourrait être la fuite vers la ville, nouvel Eldorado plein de promesses. Evidemment, plus grand sera l'espoir, plus dure sera la chute. Avec un parti pris narratif sans doute plus naturaliste que dans ses précé-dents ouvrages, Nicolas Presl aborde cette tranche de vie sans manichéisme, et invite au contraire à s'ouvrir à la complexité du monde.

  • L'hydrie

    Nicolas Presl

    L'Hydrie marque un retour aux sources pour Nicolas Presl, puisque dans cet ouvrage l'auteur renoue avec ses premiers amours, l'Antiquité et la mythologie grecque, évoquant Sophocle, Homère, la Guerre de Troie ou Pandore. C'est également un jeu narratif que nous propose ici l'auteur, et c'est par petites touches et à coup de flashbacks que le noeud du récit va peu à peu se révéler au lecteur. Un jeune homme part à la guerre, accompagné du frère de sa bienaimée, et une rivalité destructrice va peu à peu naître entre les deux guerriers. laissant derrière lui un secret bien caché.

    À l'instar des mythes grecques dont il s'inspire, L'Hydrie joue la carte de la démesure et de la grandiloquence : les protagonistes y sont tour à tour veules, violents, calculateurs, envieux, et leurs motivations bien peu amènes. Une violence graphique, mais également psychologique, inonde alors les pages de L'Hydrie, créant un sentiment de malaise dont on se sort pas complètement indemne, le sang et les viscères obscurcissant l'horizon et montrant ainsi l'acte guerrier pour ce qu'il est : une boucherie abjecte dépourvue d'excuses valables. Les dieux convoqués restent sourds aux prières, et c'est toujours l'homme qui se retrouve face à lui-même, seul et coupable des horreurs qu'il a commises.

  • Heureux qui comme

    Nicolas Presl

    Heureux qui comme pourrait faire figure de cassure dans le parcours artistique de Nicolas Presl, puisqu'il délaisse pour l'occasion le noir et blanc pour un travail sur la et en couleur, original et de toute beauté.
    Heureux qui comme est également le premier livre de N. Presl à se dérouler dans le présent - mais l'on retrouve néanmoins dans ce nouvel ouvrage son intérêt pour les grands thèmes qui nourrissent l'Histoire de l'homme. Ici, l'auteur s'intéresse plus particulièrement aux relations tout à la fois passionnées et tumultueuses qui lient l'Afrique noire et l'Occident, à travers le parcours de deux êtres qu'à première vue tout oppose, et qui, contre toute attente, finiront pas se croiser. D'un côté, on suit l'envoyé d'une firme industrielle tentant d'amadouer une population locale pour mieux pouvoir la spolier. Sûr de son bon droit, enfermé dans sa bulle dorée et ses certitudes, il ne verra que trop tard la colère qui gronde.
    De l'autre, les premiers pas d'une jeune femme, sans doute trop naïve et fragile, dans un endroit fantasmé, idéalisé, des premiers pas qui vont la laisser décontenancée et chancelante...
    Ces deux êtres, tout aussi inadaptés l'un que l'autre aux situations qu'ils traversent, semblent incapables d'un regard objectif, distancié, et de ce manque de recul, mâtiné d'un certain paternalisme, de cette vision tronquée d'un monde qu'ils ne comprennent pas, ne naîtront alors qu'erreurs, faux pas et occasions manquées.
    Un nouveau volume dans une bibliographie sans faute, alliant allègrement force narrative et beauté graphique.

  • Divine colonie

    Nicolas Presl

    A l'instar de Priape, son précédent ouvrage, Nicolas Presl plonge dans le passé et nous transporte dans une des pages les plus noires de l'histoire humaine en s'intéressant aux croisades et aux premières colo nies. En convoquant les figures (mythiques ou réelles) et les moments les plus sombres de l'Histoire, et en mettant en parallèle plusieurs moments qui ont vu se faire l'asservissement de l'homme par l'homme, l'auteur crée un fil c onducteur entre ces périodes où la barbarie fut érigée en système, avec comme point d'entrée les «divines colonies»...
    Preuve s'il en est que bande dessinée et Histoire peuvent produire des oeuvres passionnantes, bien loin des clichés d'embarrassantes collections façon Vécu.

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