• « Et que voulez-vous faire de cet état ? » s'enquit alors Manilov.
    Cette question parut embarrasser le visiteur... « Vous désirez savoir ce que j'en veux faire ? Voici : je désire acheter des paysans... prononça enfin Tchitchikov qui s'arrêta net.
    - Permettez-moi de vous demander, dit Manilov, comment vous désirez les acheter : avec ou sans la terre ?
    - Non, il ne s'agit pas précisément de paysans, répondit Tchitchikov : je voudrais avoir des morts...
    - Comment ? Excusez... je suis un peu dur d'oreille, j'ai cru entendre un mot étrange.
    - J'ai l'intention d'acheter des morts... »

  • « Fuyez, pour Dieu, fuyez au loin le réverbère ! Et vite, aussi vite que vous pouvez, passez au large. Heureux encore si vous vous en tirez avec une coulée de son huile puante sur votre élégant manteau. Mais outre le réverbère tout respire l'imposture. Elle ment à longueur de temps, cette Perspective Nevski, mais surtout lorsque la nuit s'étale sur elle en masse compacte et accuse la blancheur ou le jaune pâle des façades, quand toute la ville devient éclair et tonnerre, quand des myriades d'attelages débouchent des ponts, quand les postillons hurlent sur leurs chevaux lancés au galop, quand le démon lui-même allume les lampes uniquement pour faire voir les choses autres qu'elles ne sont. » Deux plongées dans la Saint-Pétersbourg spectrale et cruelle de Gogol.

  • « L'assesseur de collège Kovaliov se réveilla d'assez bonne humeur. Il s'étira et se fit donner un miroir dans l'intention d'examiner un petit bouton qui, la veille au soir, lui avait poussé sur le nez. À son immense stupéfaction, il s'aperçut que la place que son nez devait occuper ne présentait plus qu'une surface lisse ! Tout alarmé, Kovaliov se fit apporter de l'eau et se frotta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien disparu !... Il s'habilla séance tenante et se rendit tout droit chez le maître de police. » Kovaliov retrouvera son nez à la suite d'aventures fort étranges. Et si, conclut Gogol, « ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'un auteur puisse choisir de pareils sujets », « vous aurez beau dire, des aventures comme cela arrivent en ce monde, c'est rare, mais cela arrive. »

  • Le nez

    Nicolas Gogol

    Quelle humiliation pour le major Kovaliov de voir son nez se pavaner dans un uniforme de conseiller d'Etat !Chef-d'oeuvre du réalisme fantastique, incroyable satire burlesque, Le Nez, paru en 1835, est pour Gogol, l'occasion de faire voler en éclats une société composée de pantins pour qui la fonction et l'uniforme sont le substitut universel de la vie.

  • voici une nouvelle traduction du plus célèbre livre de gogol dans une version inédite en france : au lieu d'utiliser un texte mutilé par la censure du xixe siècle, dont sont partis tous les précédents traducteurs, andré markowicz est revenu à la version proposée par l'édition académique de l'urss, le plus complet et le plus fiable.
    ce volume reprend scrupuleusement l'ordre de présentation des récits tel qu'établi par gogol lui-même dans l'édition de ses oeuvres en 1842, et, aux nouvelles strictement dites "de pétersbourg", a été ajoutée leur étonnante conclusion, "rome", fragment de roman qui en renverse la perspective.

  • Un épisode imaginaire de la lutte des cosaques contre les Polonais dans l'Ukraine du XVIIe siècle. Le vieux Taras Boulba, cosaque des temps héroïques, après avoir initié à la guerre ses deux fils, perd l'aîné sous les coups de l'ennemi et tue de ses propres mains le cadet qui, amoureux d'une Polonaise catholique, a trahi sa famille et la foi orthodoxe. A la suite de deux grandes batailles, Taras Boulba est fait prisonnier et meurt brûlé vif sur le bûcher. La réussite du récit, écrit par Gogol quand il a à peine vingt-six ans, tient à ce que le souffle épique y côtoie sans cesse la truculence quasi rabelaisienne de la fête, des beuveries cosaques, mais aussi l'évocation poétique d'une Ukraine primitive.

  • Gogol n'a jamais conçu les « nouvelles de Pétersbourg » comme un projet global qu'il aurait réalisé chapitre après chapitre. Le titre, d'ailleurs, n'a été inventé qu'après sa mort, par des édi- teurs. Saint-Pétersbourg n'est pas pour lui l'objet d'une étude systématique, 1411 mais l'occasion de voyages fantastiques, au sens le plus large du terme. C'est la ville des rencontres inopinées. Chacun peut y tomber sur des voleurs (Le Manteau), sur un tableau énigmatique (Le Portrait), sur deux chiens qui parlent (Journal d'un fou), ou encore...
    Sur son propre nez, déguisé en conseiller d'État (Le Nez). De même que les héros de La Perspective Nevski suivent chacun une inconnue qui passe, de même Gogol s'empare d'une idée et se laisse mener par elle, dans le labyrinthe des surprises cocasses, des déceptions, des épouvantes, de la folie, de la damnation.

    Traduire Gogol est un bonheur et une difficile épreuve. Car il s'agit d'un écrivain qui joue de tous les styles, depuis la banale grandiloquence jusqu'au débraillé chaotique, multipliant les surprises et les inventions, suggérant des intonations ronflantes ou sarcastiques. Comédien né, merveilleux lecteur à haute voix, Gogol laisse les mots imaginer.
    Il devine en eux d'infinis secrets, et s'abandonne à leur pouvoir.

    On l'a dit « réaliste ». Mais le réalisme n'est qu'un aspect de cette oeuvre hyperbolique, traversée de nostalgies et de terreurs inexplicables, empreinte d'une bouleversante bouffonnerie.

    Curieuse coïncidence : Gogol est né la même année qu'Edgar Poe et partage sans le savoir son goût pour un mot magique : « arabesque ».

  • Lorsque Khlestakov, jeune voyageur pétersbourgeois endetté et affamé, arrive dans "un petit trou de province", il ne s'attend pas à un tel accueil. Hébergement, vins, cigares, vêtements et équipages élégants : rien ne lui est refusé par Anton Antonovitch, le gouverneur qui vient à sa rencontre. D'abord surpris par tant d'hospitalité, il comprend bientôt qu'on le prend pour un révizor, c'est-à-dire un inspecteur envoyé par le gouvernement...

    Miroir de la société sous Nicolas Ier ? Satire de l'administration russe ? Comédie de tous les temps et de tous les pays ? Autant d'interrogations qui font la richesse du Révizor (1836), parabole à l'humour corrosif sur la corruption et l'imposture.

  • «Pour la première fois en France, la Pléiade réunit en un volume toutes les oeuvres littéraires et théâtrales de Gogol et, parmi le reste de ses écrits, tout ce qui est essentiel pour suivre ou illustrer l'évolution si singulière de l'auteur - de la satire à l'apostolat et du rire au "mysticisme" - et pour en mettre en évidence la continuité, sans recourir nécessairement ou uniquement à des interprétations pathologiques, apocalyptiques ou gratuitement psychanalytiques.
    Gogol, en tant que père de la nouvelle, du roman et du théâtre russes tels qu'ils se sont imposés après lui dans la littérature universelle, est assez bien connu par de nombreuses traductions (entre lesquelles on n'a eu que la peine de choisir quand on n'a pas eu recours, notamment pour le cycle ukrainien, à des traductions nouvelles). Le Gogol seconde manière, celui du "grand dessein", avec ses ambitions religieuses de réformateur moral de son pays, est beaucoup moins connu : ce sont des traductions inédites que celles des Passages choisis de ma correspondance et de la Confession d'un auteur par José Johannet.
    Entre ces deux Gogol de style si différent, il y a une profonde mais émouvante unité : c'est elle qui ressort, d'une étape à l'autre, de la composition chronologique et progressive de ce volume. Pour l'illustrer, on s'est référé avant tout au témoignage de l'auteur lui-même dans ses lettres privées, accessoirement au témoignage de ses contemporains, par d'abondantes citations pour lesquelles ont été, à dessein, largement développées la Chronologie et les Notes. C'est ainsi un portrait global et mobile de l'homme et de son oeuvre - rigoureusement inséparables dans son cas, ou plutôt de plus en plus étroitement liés jusqu'au drame final qui les sépare, - une véritable somme du phénomène Gogol, qu'offre ce volume.» Michel Aucouturier, 1966.

  • Les Nouvelles ukrainiennes : Préface de Michel Aucouturier ; Les Veillées du hameau I : Avant-propos; La Foire de Sorotchintsy ; La Nuit de la Saint-Jean; Une Nuit de mai ou la Noyée; La Dépêche disparue - Les Veillées du hameau Il : Avant-propos; La Nuit de Noël ; Une Terrible Vengeance ; Ivan Fiodorovitch Chponka et sa tante; Le Terrain ensorcelé - Mirgorod : Un Ménage d'autrefois ; Taras Boulba ; Vii ; La Brouille des deux Ivan* Les Nouvelles pétersbourgeoises: Préface de Georges Nivat; La Perspective Nevski; Le Nez; Le Portrait (1 re version); Le Portrait(2e version); Le Manteau; La Calèche; Le Journal d'un fou - Les Nouvelles romaines : Préface de Michel Niqueux; Rome; Les Nuits de la villa - Dossier, Autour de Gogol: Aperçus sur la Petite-Russie, par Leroy-Beaulieu, Armand Sylvestre - Saint-Pétersbourg, par Gogol, Pouchkine, Custine, Balzac, Gautier, Dostoïevski - Le tchin, par Custine, Leroy-Beaulieu - Gogol et ses contemporains, par Pouchkine, Biélinski, Sainte-Beuve, Herzen, Mérimée - Jugements et interprétations, par de Vogüé, Barbey d'Aurevilly, Trotski, Merejkowski, Blok, Tynianov, Evdokimov, Nabokov, Siniavski - Postérité de Gogol au xxe siècle, par Biély, Boulgakov, Kafka.

  • C'est en 1831 que paraissent à Saint-Pétersbourg Les Soirées du hameau, publiées par Panko le Rouge, éleveur d'abeilles. Derrière ce sobriquet se dissimule un écrivain de vingt deux ans, qui utilise ses souvenirs d'enfance et le folklore de l'Ukraine.
    Gogol devient aussitôt célèbre avec ces courts récits qui plaisent à la fois au public populaire et à Pouchkine : "Voici de la vraie gaieté, sincère, sans contrainte."

  • « Demain, à sept heures, il se produira un événement étrange : la terre se posera sur la lune.», écrit Poprichtchine dans son journal.
    Comment ce petit fonctionnaire du ministère, qui taillait sagement des plumes pour Son Excellence, a-t-il pu sombrer dans la folie oe Son coup de foudre pour la fille de son supérieur, dont la voix de canari le bouleverse, semble annoncer son déclin. Puis viennent les hallucinations auditives et visuelles sur la conversation de deux petits chiens et sur les lettres qu'ils échangent. Enfin, sa conviction d'être Ferdinand VIII, roi d'Espagne, le conduit tout droit à l'asile d'aliénés.Dans Le portrait et La perspective Nevsky, deux nouvelles extraites du même recueil, Arabesques, des personnages rêveurs et déracinés connaissent eux aussi un destin déchirant.

  • Qui est cet homme dont la simple vue glace d'effroi tous les invités d'un mariage ? Pourquoi poursuit-il dame Catherine dans ses rêves jusqu'à ce qu'elle se réveille en hurlant ? Quelles terrifiantes extrémités peut atteindre une vengeance ? Dans la Russie des fiers Cosaques, Gogol nous entraîne au plus profond du coeur des hommes, là où se dissimule le Mal.

  • Tarass Boulba

    Nicolas Gogol

    Récit historique, épopée et extraordinaire roman d'aventures tout à la fois, tarass boulba est l'oeuvre de gogol la plus lue et la plus souvent traduite.
    Véritable plongée au coeur de l'ukraine du xviie siècle, ce roman retrace, à travers l'histoire d'un chef cosaque haut en couleur et de ses deux fils, le destin d'une communauté en lutte, d'un côté, contre l'occupation polonaise, et, de l'autre, contre les agressions tatares. par-delà les expéditions guerrières, les chevauchées dans la steppe et le récit des séjours au camp - cette étrange république oú l'on festoie autant que l'on s'entraîne -, le romancier met en scène une idylle interdite, celle qui unit le fils cadet de tarass boulba à une jeune polonaise.
    /> Nul mieux que gogol n'a su faire jaillir avec tant d'acuité l'éclat de ce " siècle à demi sauvage", ainsi que l'a noté henri troyat : "malgré l'horreur de ce drame, tout éclaboussé de sang, une sorte d'optimisme s'en dégage. [. ] la robuste santé des protagonistes, la simplicité de leurs passions, la grandeur homérique de leurs exploits, la beauté des paysages qu'ils traversent, tout cela, mystérieusement, réconforte le lecteur [.
    ]. au vrai, tarass boulba est un roman écrit par un peintre.

  • - Et le fugitif était un de vos serfs ? - Un serf ? Le mal serait assurément moins grand ! Le fugitif est...
    Mon nez... - Hum ! Que voilà un étrange nom ! Et ce monsieur Monnez vous a pris une forte somme ? - Mon nez, vous dis-je ! Vous n'y êtes pas du tout. Mon nez, mon propre nez a disparu. Le diable aura voulu me jouer un tour ! - Mais comment aurait-il disparu ? Il y a quelque chose qui m'échappe. - Je ne peux pas vous dire comment ! Le plus grave est qu'il court présentement la ville en se faisant passer pour conseiller d'État.
    C'est pourquoi je veux demander que quiconque l'attrapera me l'amène aussitôt, dans les plus brefs délais. Un matin, alors qu'Ivan lakovlevitch découvre un nez dans son pain, le major Kovaliov, terrifié, s'aperçoit au réveil de la disparition du sien. Ce dernier met alors tout en oeuvre pour le retrouver.

  • Théâtre complet

    Nicolas Gogol

    Cette édition rassemble, dans des traductions inédites ou entièrement revues, l'intégralité des oeuvres dramatiques de Nikolaï Gogol (1809-1852) : non seulement ses trois grandes pièces, Le Mariage, Les Joueurs et Le Révizor (proposé ici dans ses deux versions, celle de 1836 et celle de 1842), mais aussi les fragments de son premier projet de comédie, Le Saint-Vladimir de troisième classe, ainsi que d'autres pièces courtes ou inachevées.
    Ce volume de Théâtre complet est enrichi d'articles, de lettres et de petites pièces évoquant les conditions d'écriture et de réception du Révizor, ainsi que d'extraits de la correspondance de l'auteur qui viennent éclairer son travail et sa conception du théâtre.

  • Publiées en Russie en 1846, traduites aux éditions Grasset en 1957, ces Lettres spirituelles et familières ont été écrites entre 1843 et 1846. Elles témoignent d'une passion nouvelle pour Gogol, le christianisme. Il y évoque la place de l'Église en Russie, l'importance de la morale orthodoxe pour l'humanité, l'influence de la foi sur son oeuvre.
    C'est aussi l'occasion pour lui de parler de littérature et de revenir sur sa vie intime. Il évoque son amitié avec Pouchkine, son rapport aux femmes, à la maladie, à la mort ; il défend l'importance de la poésie dans une société où règne la vulgarité, se livre, pendant sept pages, à un éloge du lyrisme, s'indigne que plus personne ne déclame de poèmes en public.
    Gogol considérait ce recueil comme son testament. Parues six ans avant sa mort, ces lettres sont sa dernière publication majeure. Moralisateur et mystique, mais aussi brillant et cultivé, original souvent, passionné toujours, tel est le dernier Gogol qui se révèle dans ce livre. La confession d'un des écrivains les plus novateurs du XIXe siècle.

  • Le portrait

    Nicolas Gogol

    Nicolas Vassilievitch Gogol (1809-1852) croyait vraiment au diable. Mais le Malin, pour corrompre le malheureux peintre Tchartkov, délaisse ici son attirail de fumées, de goules et de harpies : un vieux portrait et quelques ducats d'or suffiront. Dans cette version pétersbourgeoise de "Faust", le fantastique a valeur d'allégorie : la création artistique est-elle sans danger pour l'âme?

  • Ivan Ivanovitch et Ivan Nikoforovitch sont voisins. S'ils sont de complexions fort dissemblables - l'un occupe son temps à la conduite de ses affaires quand l'autre préfère tendre béatement son dos au soleil - ces deux notables de Mirgorod n'en sont pas moins les meilleurs amis du monde. Une dispute pour des vétilles va pourtant remettre en question cette belle amitié et, malgré les efforts des autres notables de la ville, les entraîner dans des démarches judiciaires pour le moins démesurées.
    Sous le couvert d'une bouffonnerie, c'est une étude sociale virulente et cruelle que nous propose Gogol dans cette nouvelle qui, par sa forme et son propos, s'apparente à plusieurs de ses autres oeuvres plus célèbres, notamment Le Nez, Le Manteau ou bien Vij.

  • Vij

    Nicolas Gogol

    "Vij est une créatinon grandiose de l'imagination populaire. Sous ce nom, les Ukrainiens désignent le chef des gnomes dont les paupières pendent jusqu'à terre.
    Tout ce récit vient d'une tradition populaire, je n'ai rien voulu y changer, et je le transmets dans la forme simple et dépouillée où il m'a été conté un jour." Nicolas Gogol

  • Le journal d'un fou

    Nicolas Gogol

    • Theleme
    • 3 November 2005

    Propichtchine est fonctionnaire à Saint Pétersbourg. À travers lui se jouent toutes les conditions humaines, du pathétique à l'absurde, jusqu'à rendre floues les frontières entre le fou et le normal. Le Journal d'un fou est avant tout une histoire russe, où le héros est à la fois furieux, infiniment triste, et tendre. Ainsi le monde qu'il décrit peut exister ou n'être que le fruit son imagination.
    Mêlant plusieurs genres littéraires, Le Journal d'un fou est à la fois une nouvelle sous forme de journal intime, mais également un récit presque fantastique dont l'écriture semble empreinte de théâtralité.

  • Les joueurs

    Nicolas Gogol

  • C'est un pur plaisir de lire cette nouvelle, très drôle par moment par son côté caricatural, mais s'achevant pourtant par un constat bien triste.
    Le style est emporté et très théâtral, le récit cocasse et ponctué de rebondissements parfois surréalistes.
    Les personnages sont merveilleusement campés, surtout les deux Ivan, dans leurs différences, dans leur amitié et leur récente querelle qui surprend tout le monde et ne manque pas de croustillant.
    Une nouvelle de la force du Journal d'un fou et du Nez.

empty