• Enfance

    Nathalie Sarraute

    Ce livre est écrit sous la forme d'un dialogue entre Nathalie Sarraute et son double qui, par ses mises en garde, ses scrupules, ses interrogations, son insistance, l'aide à faire surgir «quelques moments, quelques mouvements encore intacts, assez forts pour se dégager de cette couche protectrice qui les conserve, de ces épaisseurs ouatées qui se défont et disparaissent avec l'enfance». Enfance passée entre Paris, Ivanovo, en Russie, la Suisse, Pétersbourg et de nouveau Paris. Un livre où se dessine l'oeuvre à venir, d'une sonorité unique à notre époque.

  • Les tropismes, a expliqué l'auteur, " ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir. " Vingt-quatre petits tableaux d'oscillations intérieures presque imperceptibles à travers clichés, lieux communs et banalités quotidiennes : vingt-quatre petits récits serrés, où il n'y a plus de trame alibi, plus de noms propres, plus de " personnages ", mais seulement des " elle " et " il ", des " ils " et " elles ", qui échangent leur détresse ou leur vide au long de conversations innocemment cruelles ou savamment féroces. (...) Textes très courts où une conscience jamais nommée, simple référence impersonnelle, s'ouvre ou se rétracte à l'occasion d'une excitation extérieure, recevant la coloration qui permet de l'entrevoir.
    Gaëtan Picon.

    Mon premier livre contenait en germe tout ce que, dans mes ouvrages suivants, je n'ai cessé de développer. Les tropismes ont continué d'être la substance vivante de tous mes livres.
    Nathalie Sarraute, préface à L'Ère du soupçon, Gallimard, 1964.


    Initialement publié par Denoël en 1939, le premier livre de Nathalie Sarraute (1900-1999) est paru aux Éditions de Minuit en 1957, dans une nouvelle version où l'auteur avait retranché un chapitre pour en ajouter six nouveaux.

  • H1 et H2 ont une discussion, franche et ouverte. C'est le dialogue de deux amis qui se connaissent de longue date, cultivent l'amitié et les souvenirs. Une conversation de bon aloi, si ce n'était cette goutte de venin qui dégrade rapidement l'atmosphère chaleureuse de leur tête-à-tête. C'est que l'un reproche à l'autre des paroles malheureuses, se sent blessé, remet en cause l'estime affectueuse qu'ils semblaient partager... Car H1 a dit, avant que la pièce commence : « C'est bien... ça... » Et ces quelques mots font l'effet d'une tornade...

  • Ces " essais sur le roman " constituent la première manifestation théorique de l'école du " nouveau roman ".
    Nathalie sarraute y expose ses propres conceptions qui ont exercé une influence profonde sur les jeunes auteurs. de dostoïevski à kafka, de joyce à proust et virginia woolf, nathalie sarraute scrute l'oeuvre des grands précurseurs du roman moderne et examine leur contribution à la révolution romanesque de nos jours.

  • Martereau

    Nathalie Sarraute

    Martereau constitue une étape de cette recherche d'une substance et d'une forme romanesque nouvelles que Nathalie Sarraute n'a cessé de poursuivre à travers tous ses livres.
    Martereau a été écrit sur deux plans. D'une part, des mouvements intérieurs ou tropismes ;
    D'autre part, l'apparence, le lieu commun. Un narrateur, particulièrement sensible à ces tropismes, les découvre en lui-même et chez ceux qui l'entourent quand surgit l'apparence :
    Martereau, un vrai « personnage », qui a un nom, des contours nets et précis. Il paraît constitué par une substance qui lui est propre, une substance compacte et stable qui lui donne un « caractère ». Sa simplicité, sa pureté émerveillent le narrateur et éveillent sa nostalgie.
    Mais le fait le plus banal - l'achat d'une propriété - provoque un conflit qui oppose Martereau aux autres et le rapproche d'eux. Et, dès lors, une faille se produit dans ce personnage fait d'un seul bloc. Les soupçon s'y introduit. Martereau est-il bien tel qu'il apparaît ? Quelque chose, en lui aussi, se met à bouger, des mouvements pareils à ceux des autres se révèlent en lui aussi et se développent. Un moment la conduite de Martereau apaise les soupçons. Mais le mal est fait - ou peut-être est-ce un bien ? - Martereau, à son tour, s'est désintégré.

  • Les fruits d'or

    Nathalie Sarraute

    • Folio
    • 25 May 1973

    Cette oeuvre de Nathalie Sarraute ne comporte ni personnage ni intrigue. Son héros est un roman, Les Fruits d'Or, et elle a pour sujet les réactions que ce roman et l'accueil qu'il reçoit provoquent chez ceux qui l'aiment ou le rejettent.Il ne s'agit pas de peindre la réalité visible et connue. Les péripéties balzaciennes qui entourent le lancement d'un livre ne sont pas le domaine de Nathalie Sarraute. Il n'est ici question ni d'éditeurs, ni de publicité, ni des jeux des prix littéraires. L'auteur des Fruits d'Or est également absent. Seules sont montrées ces actions dramatiques invisibles et cependant très précises, qui constituent cette substance romanesque dont, depuis ses Tropismes parus en 1939, Nathalie Sarraute n'a jamais cessé d'étendre le champ et qui a déterminé toutes ses recherches techniques.En recréant ces mouvements dans le domaine du contact direct ou indirect avec l'oeuvre d'art, en les amplifiant parfois jusqu'à la satire, c'est à certains aspects essentiels du phénomène esthétique que touche ce roman.Ne faut-il pas dire aussi ce poème, tant dans cette forme romanesque nouvelle se confondent les limites qui séparent traditionnellement la poésie du roman.

  • L'Usage de la parole

    Nathalie Sarraute

    Dans cet ouvrage, nathalie sarraute a repris, en la développant, la forme poétique de ses premiers textes brefs, tropismes.
    Chacun de ces textes a été suscité par certaines paroles qui lui ont paru particulièrement riches en potentialités insoupçonnées.
    Insoupçonnées, soit parce que l'impact de ces paroles reste méconnu, soit parce qu'il est enseveli sous un amoncellement de représentations convenues, comme lorsqu'elles touchent aux thèmes éternels de l'amour et de la mort.
    Dans l'un et l'autre cas, le lecteur assiste ou, mieux, est appelé à prendre part aux diverses actions dramatiques qui sont ici mises au jour et se déploient. c'est un assez extraordinaire exercice !

  • Ce que manifestent les oeuvres complètes de Nathalie Sarraute - qui, outre l'ensemble des récits, réunissent le théâtre, les essais critiques et des conférences et articles inédits en volume - c'est d'abord l'étendue considérable de l'oeuvre accomplie par cette pionnière solitaire, indépendante de tout mouvement littéraire, fût-ce celui du Nouveau Roman, auquel on l'a souvent assimilée. C'est aussi la cohérence, la richesse et la capacité d'innovation remarquables d'un corpus tissé de liens et d'échos.
    Nombre d'écrivains se veulent novateurs, mais celui qui, sournoisement, s'oppose aux réformes et revient au monde ancien, ce réactionnaire, c'est le lecteur. L'oeuvre de Nathalie Sarraute, novatrice ô combien, aura fait beaucoup pour qu'il évolue. Attaché aux «types» littéraires, le lecteur, «tel le chien de Pavlov, à qui le tintement d'une clochette fait sécréter de la salive, sur le plus faible indice», «fabrique des personnages». C'est pourquoi Nathalie Sarraute s'est attachée à libérer «l'élément psychologique» de son support individuel, à empêcher son partenaire de s'attacher à des héros en le privant des indices qui lui permettent de «fabriquer des trompe-l'oeil». Aussi le langage parlé et le langage pensé - l'«usage de la parole» - sont-ils peu à peu devenus le sujet de ses récits.

  • Six personnages ne peuvent poursuivre un dialogue normal à cause du silence d'un septième.
    L'existence de vide au coeur de l'échange traditionnel fait naître une spirale infernale où chacun est entraîné jusqu'à la destruction de toute vérité, de tout langage. mais cette cantate à six voix en contient pourtant une septième, celle de l'humour.

  • Sous l'apparence conventionnelle de deux personnages - un vieil " avare " et sa fille - sous leurs attitudes, leurs paroles, leurs pensées, celui qui raconte cette histoire découvre un monde invisible.
    C'est comme une vision au microscope. mais ce qui se révèle ainsi et tellement complexe, rapide, insaisissable qu'il finit par être contraint d'abandonner et de revenir à l'apparence, aux conventions.
    Une passionnante exploration que ne permettent pas les formes du roman traditionnel.

  • Elle est là

    Nathalie Sarraute

    Un homme est torturé par une idée qui loge dans la tête de sa collaboratrice. Cette idée, qui lui semble défier tout ce à quoi il croit, tout ce qu'il tient pour assuré, le fait souffrir par sa seule existence. Intolérant H. 2 ? Non, simplement attentif à tout ce qui se joue entre les êtres, à la contamination des esprits, à la torture des corps. Corps et idées se tiennent, pour le meilleur et pour le pire. Pour le pire surtout. Et l'on en rit, comme pour se protéger.
    Elle est là est la première oeuvre de Nathalie Sarraute à avoir été écrite directement pour le théâtre. Le thème de l'obsession, que l'on retrouve dans Enfance, est l'un des plus profonds, des plus préoccupants chez l'auteur. L'idée existe par les ravages qu'elle provoque, alors même qu'elle n'a pas été définie par les mots : c'est un genre dangereux et tout physique, «contre elle, on ne peut rien».

  • Tu ne t'aimes pas

    Nathalie Sarraute

    - quelque chose apparaît.

    - oui, qu'est-ce que c'est ?
    - pour le moment, ce n'est qu'une main. l'homme à qui elle appartient, on ne le voit pas, il reste dans l'ombre. sa main seule est là, en pleine lumière devant nous. une longue main un peu noueuse, aux ongles coupés ras.
    - et maintenant aussi dans ce visage à peine visible, pas même des yeux. juste le regard.
    - il regarde intensément sa main posée sur la table.
    - et dans son regard tant d'amour.
    C'est ainsi chez ceux qui s'aiment. leur amour va d'abord à tout ce qu'ils peuvent apercevoir d'eux-mêmes. leurs mains, leurs pieds, leurs avant-bras. et puis dans la glace leur reflet.
    N. s.

  • Isma

    Nathalie Sarraute

    Isma, c'est quoi ? Un prénom de femme ? Isma, Irma, Emma, Alma. petits noms à susurrer délicatement. Isma, une héroïne féminine dont le destin nous serait conté le temps d'une comédie ? Rien de plus insinuant qu'Isma, cependant ; rien de moins doux, de moins plaisant. Isma, c'est le petit bruit de bouche que font les Dubuit lorsqu'ils prononcent avec délectation les mots en -isme.
    Une fois de plus, Nathalie Sarraute nous donne ici une comédie des tropismes, ces mouvements involontaires, inconscients, en tout cas non dits, qui tissent ce qu'il y a d'impalpable dans les rapports humains. La manière de prononcer les mots suffit à opposer deux groupes humains. Dans un prodige de drôlerie inquiétante, l'auteur, qui semble ne traiter que de détails, nous livre sa vision de l'homme et de la société.

  • Neuf personnages se déchirent parce que l'un d'entre eux a osé rompre l'harmonie du groupe en dénonçant un petit mensonge apparemment sans conséquences, un de ces «riens» qui tissent la trame du quotidien. C'est Pierre, l'ennemi, l'implacable machine à dire la vérité. C'est Pierre qu'il faut guérir. Pour cela tout sera bon : supplications, procès en règle, jeu de rôles en forme d'authentique psychodrame. Mais Pierre est le plus fort. Ses soupçons entretiendront jusqu'au bout la tension de cette farce aux allures de tragédie.

  • Ici

    Nathalie Sarraute

    " arcimboldo.
    Tout ici est à lui. ici est l'espace dont il a besoin pour prendre ses aises... répandre aussi loin qu'il le voudra ses ondes... déployer sa désinvolture. son outrecuidance.
    Qu'il fasse venir ici cela et encore cela, tout ce qui lui chante, ces fleurs, ces légumes, ces fruits, ces objets incongrus, ces bêtes étranges, qu'il en dispose comme bon lui semble... arcimboldo ; l'assurance même. l'affirmation.
    Le défi. arcimboldo. tout ici n'est que lui. arcimboldo. "

  • Ces vingt-quatre lettres de Nathalie Sarraute offrent un aperçu inédit sur la personnalité de l'un des écrivains majeurs du XXe siècle. Elles témoignent d'une personnalité facétieuse, aussi prompte à l'émerveillement qu'au sarcasme. Comme autant d'entrées d'un journal de voyage, elles dressent le portrait inattendu d'une jeune fille bondissante de soixante-trois ans, emportée dans une traversée continentale des États-Unis au début de l'année 1964. Écrites dans un style impressionniste, heurté, presque télégraphique, ces lettres, écrites à son mari absent, montrent en outre la communion de ce couple.
    Avec la réédition de Tropismes par les Éditions de Minuit en 1957, la publication de son troisième roman, Le Planétarium, en 1959, puis de son quatrième, Les Fruits d'or, en 1963, sa réputation était devenue internationale.
    Nathalie Sarraute aborde sa tournée de conférences aux États-Unis en 1964 avec la naïveté d'une néophyte dans l'art de recevoir les éloges et la fureur d'une revanche dans l'appétit à les recevoir. Enfin reconnue, à soixante-trois ans, Nathalie Sarraute traverse les États-Unis dans une excitation électrique, en même temps qu'une certaine forme de stupeur, ayant encore peine à croire à sa bonne fortune.
    Elle donne une vingtaine de conférences dans les universités américaines les plus prestigieuses.
    Elle arrive à New-York le 1er février 1964 et rentre en France le 1er avril. Les États-Unis sont alors au début d'une véritable révolution culturelle, dont les grandes universités sont les épicentres.
    La réception enthousiaste pour la littérature d'avant-garde, telle qu'elle est représentée par Nathalie Sarraute, doit aussi être comprise dans ce contexte.
    La surprise que constitue pour elle sa soudaine notoriété, contribue à donner au récit de son voyage un ton profondément comique. Ces lettres montrent une spontanéité qui leur donne un ton bien différent de son oeuvre de fiction.
    Écrivant souvent en pleine nuit, elle résume quotidiennement ses activités et ses impressions les plus frappantes. Ironique, joyeuse, parfois même moqueuse et surtout émerveillée par le spectacle d'un pays en pleine mutation, Nathalie Sarraute se révèle sous un jour entièrement nouveau : le voyage intérieur est devenu extérieur.

  • Errant seul de nouveau dans ces étendues sans fin oú il lui semble que personne avant lui n'a été tenté des s'aventurer.
    Aucune trace nulle part. aucun jalon ici ni point de repère qui permette de conserver le sens des proportions. la plus inoffensive bestiole alerte toute l'attention, paraît aussi effrayante qu'un tigre. tâtonnant, cherchant, mais quoi ? il n'en sait trop rien. cela ne porte aucun nom.

    Là oú une oeuvre littéraire prend naissance, grandit, ou meurt.

  • Entre 1980 et 1999, les éditions Des femmes-Antoinette Fouque ont eu le bonheur d'accueillir Nathalie Sarraute lisant certaines de ses oeuvres majeures pour La Bibliothèque des voix. Madeleine Renaud, puis Isabelle Huppert, se sont jointes à elle pour lire Tropismes. En hommage à cette immense écrivaine, des femmes offrent aujourd'hui plus de quinze heures en compagnie vivante de l'auteure.

    « Il me semble qu'au départ de tout il y a ce qu'on sent, le "ressenti", cette vibration, ce tremblement, cette chose qui ne porte aucun nom, qu'il s'agit de transformer en langage ». C'est ainsi que Nathalie Sarraute (1900-1999) définissait ses premiers textes, les Tropismes, parus en 1939. Cette exploration du « for intérieur » à la recherche de la sensation première se décline d'un roman à l'autre, à une ou plusieurs voix, sans personnage défini ni intrigue romanesque. En liant intimement sensation et langage, Nathalie Sarraute a créé une oeuvre qui a marqué la littérature du XXe siècle.

  • Un père et une mère se déchirent sous l'oeil ironique de leur enfant, dont la seule présence les empêche d'admirer librement l'oeuvre qu'ils contemplent : impossible de dire «c'est beau» face au regard hostile du fils, qui paralyse ses parents. Effet de mai 68, bandes dessinées contre musées ? Refus de l'autorité ? La culpabilité parentale prend ici des proportions énormes.
    La pièce met ainsi en scène une perpétuelle quête de l'auteur : l'objet, l'enfant, le conjoint, quête qui n'aboutit jamais. On est puni à vouloir trouver ce que cachent les mots les plus simples.
    Cette oeuvre comique se moque donc du jugement esthétique émis par trois personnages. Mais la farce sur le langage cache le drame de l'incommunicable, du dialogue comme lutte, du langage comme trahison.

  • Il est extrêmement difficile de dégager une oeuvre à l'apogée de sa renommée de la gangue de commentaires enthousiastes qui l'enferme et de la regarder comme " un événement neuf ".
    C'est cette difficulté que nathalie sarraute a fait sentir dans son roman " les fruits d'or ". c'est à elle qu'auparavant elle avait essayé de s'attaquer dans ces deux essais.
    Le premier, écrit après la mort de paul valéry, montrait combien la vénération sans la moindre réserve dont il était entouré, l'absence de toute discrimination rendait parfois déconcertante, décourageante la lecture de son oeuvre.

    L'irrespect dont elle fait preuve à l'égard de valéry, il le lui aurait pardonné, lui qui a donné l'exemple dans sa façon de traiter pascal.
    Quant à flaubert, que les romanciers modernes considéraient comme " notre maître à tous ", surtout par son attachement aux pures formes descriptives, nathalie sarraute, en relisant son oeuvre sans idées préconçues, a vu que c'est non pas " salammbô " ou " l'éducation sentimentale ", mais " madame bovary ", où son style glacé, figé, verni, s'accorde admirablement avec un univers tout en trompe l'oeil, qui a permis à flaubert d'introduire pour la première fois " l'inauthentique " et d'ouvrir au roman et au théâtre un domaine jusque-là inexploré.

    Flaubert, qui rêvait aussi d'écrire " un livre sur rien, un livre sans attaches extérieures ", n'est-il pas un des plus certains précurseurs de celle qui a réussi à saisir dans son mouvement la plus infime parcelle de vie psychique ?.

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