P.O.L

  • La nostalgie

    Mircea Cartarescu

    Roman total divisé en cinq nouvelles indépendantes que relient de nombreux échos et sou- terrains, La Nostalgie s'ouvre sur l'histoire du « Roulettiste » - pauvre bougre devenu malgré lui le champion d'un club secret de roulette russe (nouvelle censurée par les autorités com- munistes roumaines lors de la première édition du livre, en 1989) - et s'achève sur le fan- tastique épanouissement de « l'Architecte », individu lambda devenu le sujet d'une immense révélation musicale (via le klaxon de sa voiture) et peu à peu absorbé, happé dans l'ivresse de la création, jusqu'à traverser toute l'histoire de la musique et finir en apothéose galactique.
    Entre l'impasse kafkaïenne de l'annulation volontaire de soi (le Roulettiste échoue à se tuer, comme nul ne peut faire en sorte de n'avoir jamais existé) et l'extase pantocratique du créa- teur, un chemin tortueux traverse, par trois « novellas », les méandres fantasmagoriques et érotiques de l'enfance et de l'adolescence :
    D'abord avec la sombre histoire du « Mendébile », dans laquelle un petit garçon précoce (tant par son intelligence que par son intérêt pour le sexe opposé) est tour à tour examiné, adulé et rejeté par la bande du quartier ;

    Puis vient le drame transgenre des « Gémeaux », la passion romantique d'un adolescent pour une fille intenable, passion naïve et non moins intense, voire démentielle, illustrant cette étran- geté profonde qui est propre au désir amoureux : le désir de se perdre dans l'autre, dans le corps de l'autre ;

    Enfin, « REM » (le joyau du livre) nous plonge dans l'univers archétypal et codé d'une bande de filles au seuil de l'adolescence, jouant à se faire peur, le temps d'un été initiatique, et décou- vrant le plaisir interdit d'avancer vers ce qui les terrorise (notamment l'amour entre filles).

  • Le levant

    Mircea Cartarescu

    Hymne à la liberté et plaidoyer pour la poésie, Le Levant raconte l'aventure de Manoïl, jeune homme sensible et courageux, tourmenté par les malheurs de son peuple, qui sonne la révolte et s'en va renverser le tyran phanariote, cruel et corrompu ; au cours de son périple - sur les mers, sous terre, dans les airs - il est accompagné de sa soeur, la pulpeuse Zénaïde, et de son soupirant français Languedoc Brillant, du pirate grec Yaourta et de son fils Zotalis, néo-tzigane, et enfin du savant Léonidas, dit l'Anthropophage, et de sa compagne Zoé, révolutionnaire aux manches retroussées.
    Épopée roumaine jouissive et ludique, divisée en douze Chants et incrustée de pastiches, de poèmes, de récits d'aventures et de contes amoureux, comme de digressions postmodernes (dixit), selon une tradition allant des Mille et une nuits ou de L'Âne d'or à Jacques le fataliste, et au-delà (Joyce, Borges), ce livre original et savoureux est sans doute l'un des plus grands de l'auteur ; c'est aujourd'hui un classique, en sa terre natale.
    Tour à tour sentimental et nonchalant, entremêlant les parodies et les aveux, le narrateur - qui apparaît lui-même en de nombreux endroits du livre - joue principalement avec les codes lyriques et narratifs de la littérature du xixe siècle, son patriotisme romantique, son imaginaire embrasé par la science ; confronté aux grandes questions du temps (celles de Byron, de Kleist, entre autres) : qu'est-ce que la Poésie ? que peut-elle, que devient-elle, face au politique ? l'auteur du Levant répond, avec une générosité luxuriante, par une somme littéraire à plusieurs niveaux de lecture, où l'amusement emboîte le pas de l'élégie.
    Roman d'aventures des temps jadis, chant d'amour et de résistance, voire de résurrection et de révolution, composé par un jeune poète désespéré durant les heures les plus noires de l'ère Ceauþescu, Le Levant est aussi un voyage au coeur de la création, une oeuvre ouverte portée par une métatextualité jubilatoire qui nous fait traverser, avec une verve gorgée d'humour, et sous l'égide des plus grands poètes roumains, deux siècles de littérature - romantique, symboliste, décadente, expérimentale ou encore oniriste - parmi une mêlée haute en couleurs de fiers Roumains, de Grecs, de Tziganes et de Turcs, dans le superbe triangle Athènes-Istamboul- Bucarest.

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