• Dans la période de grande licence qui suivit les hostilités, le jazz fut un signe de ralliement, un étendard orgiaque aux couleurs du moment. Il agissait magiquement et son mode d'influence peut être comparé à une possession. C'était le meilleur élément pour donner leur vrai sens à ces fêtes, un sens religieux, avec communion par la danse, l'érotisme latent ou manifesté, et la boisson, moyen le plus efficace de niveler le fossé qui sépare les individus les uns des autres dans toute espèce de réunion.

  • Journal ; 1922-1989

    Michel Leiris

    Entre octobre 1922 à novembre 1989, dans cinq cahiers au format écolier, Michel Leiris se livre à l'écriture d'un journal, qu'il rédige depuis sa chambre à coucher - dissociant ainsi son activité professionnelle de celle à laquelle il se livre dans ce confessionnal d'un autre genre, où jour après jour, il consigne d'autres types de faits. À la différence de L'Afrique fantôme (lui aussi écrit au quotidien sur des blocs manifold), ce journal « parisien » laisse peu de place à la description, à la narration, à la remémoration. Son style y est bref, nerveux, d'une écriture presque « minérale » : l'émotion face aux événements, aux paysages, aux situations ou encore l'affection vis-à-vis des proches n'y font qu'affleurer. Ce journal n'est intime qu'en raison d'une classification commode. Tout au long de ces pages, c'est sur le sens autant que sur la fonction d'une telle entreprise que Leiris s'interroge, s'attachant à y « projeter son propre reflet d'une manière absolument concrète », c'est-à-dire sans retouches ni ornements. Notées au jour le jour, avec des interruptions allant parfois jusqu'à des mois (voire des années lorsqu'il se trouve en voyage ou en mission ethnographique, comme entre 1931 et 1933 lors de la mission Dakar-Djibouti), les observations et réflexions sont plutôt celles d'un journal d'enquête dont soi-même serait devenu à la fois l'objet, l'informateur et l'interlocuteur. Ni Mémoires, ni chroniques, ni « confessions » donc, mais « journal à bâtons rompus » comme cela peut se dire d'une conversation, qui confère de la présence, donne de la voix à ce document publié ici dans son intégralité. L'édition Quarto : Fondée sur l'édition dans la Blanche parue en 1992, la présente édition a pour vocation de livrer au lectorat de Leiris une édition complétée, augmentée et mise à jour à la lumière des découvertes et travaux récents. Le volume contient : Présentation - Note sur la réception de l'édition de 1992 - Vie et oeuvre illustré Journal (1922-1989), établi et annoté par Jean Jamin Appendices : Carnet de citations - « Souvenirs (1901...) » -Textes variés - Bibliographie - Index Nouvelle édition, revue et augmentée par Jean Jamin

  • Ethnologue, prosateur, poète, Michel Leiris fut également avec Langage tangage et À cor et à cri un explorateur de l'univers, souvent mystérieux et cocasse, des mots. De ce qu'ils disent, de ce qu'ils suggèrent ou révèlent, de ce qu'ils cachent, mais aussi de ce qui se joue entre eux.
    Avec Glossaire j'y serre mes gloses, Leiris propose ce qu'il nomme une «espèce de lexique» et, par ordre alphabétique, aligne des définitions en rafale qui ont vertu de catapultes mentales. Ainsi :
    Académie - macadam pour les mites ambigu - entre l'ambre et la ciguë caresse - qu'elle reste escarpée!
    Fureur - feu rare.
    Et ainsi de suite, jusqu'à Yseut - ses yeux d'Asie et d'adieu...

    Avec Bagatelles végétales, Leiris amplifie le procédé, il piège les discours, dénoue les tournures toutes faites et les envoie s'entremêler autrement, à la manière des lianes ou de branches, constituant ainsi une jungle langagière pour aller à l'aventure, s'égarer joyeusement et «aimer le mets des mots, méli-mélo de miel et de moelle».

  • Avide de formuler (au terme d'une recherche basée sur l'expérience vécue) un "savoir-vivre" où poétique et éthique se trouveraient fondues, michel leiris poursuit ici l'inventaire de souvenirs qu'il avait commencé dans biffures, tome premier d'un ensemble intitulé la règle du jeu.
    Apprivoiser la mort, agir authentiquement, rompre le cercle du moi, tels sont les thèmes majeurs de fourbis.
    Paris et ses environs, divers points du sud de la france, l'afrique, les antilles, tels sont les lieux où s'agite le meneur de ce jeu.
    Par échappées, on le voit à son retour des îles s'émouvoir du malaise de notre civilisation occidentale, puis s'unir à ceux qui s'efforcent d'instaurer un ordre plus équitable, mais en définitive n'en pas rabattre d'une exigence à laquelle ne pourrait satisfaire un pragmatisme ennemi de tout abandon à la gratuité de ce qui est pure séduction.
    L'ouvrage dont fait partie ce livre au titre indicatif d'une persistante incertitude est non seulement un essai autobiographique mais l'historique même de cet essai, car celui qui en est le pivot s'attache à ne jamais perdre de vue le temps triple de sa vie qui s'écoule, du monde qui bouge et des feuillets.

  • Mesures pour rien, appels du pied, galop d'essai : telles m'apparaissent aujourd'hui ces biffures rédigées en majeures partie durant l'époque de l'occupation.
    L'on n'y trouvera, quant au cadre historique dans lequel ce livre s'inscrit, que les plus vagues et rapides allusions ; c'est à la cantonade que les évènements se déroulent et presque rien n'y vient distraire de sa recherche un auteur qui - fidèle à une habitude tendant à devenir manie - écrit surtout pour voir plus clair en lui-même.
    Confrontation de souvenirs empruntés à diverses périodes de ma vie mais plutôt à l'enfance (par goût de la cosmogonie autant que par penchant sentimental) ce tome est le premier d'un ouvrage décentré sur des faits de langage et au moyen duquel je me propose de définir ce qui pour moi est " la règle du jeu ", plus pompeusement : mon art poétique et le code de mon savoir-vivre que j'aimerais découvrir fondus en un unique système, ne voyant guère dans l'usage littéraire de la parole qu'un moyen d'affûter la conscience pour être plus - et mieux - vivant.
    A ce premier dégrossissement d'un premier stock de matériaux succédera un second volume, plus difficile et plus ambitieux. c'est, en effet, à travers les pages futurs de ces fourbis qu'à la lumière d'autres expériences j'essayerai d'aboutir à une conclusion, souhaitant parvenir à ce terme assez tôt pour la mettre en exercice avant que la vieillesse m'ait biffé du monde ou m'ait trop fourbu.

    «Confrontation de souvenirs empruntés à diverses périodes de ma vie mais plutôt à l'enfance (par goût de la cosmogonie autant que par penchant sentimental), ce tome est le premier d'un ouvrage centré sur des faits de langage et au moyen duquel je me propose de définir ce qui pour moi est la "règle du jeu", plus pompeusement : mon art poétique et le code de mon savoir-vivre que j'aimerais découvrir fondus en un unique système, ne voyant guère dans l'usage littéraire de la parole qu'un moyen d'affûter la conscience pour être plus - et mieux - vivant. Juin 1948.».

  • Brassage d'expériences vécues, biffures était le premier tome d'un ouvrage au moyen duquel l'auteur, s'attachant d'abord à quelques faits de langage, crut bientôt qu'il pourrait découvrir la règle à quoi devrait se conformer son jeu, autrement dit : une sorte de savoir-vivre englobant sa poétique et son éthique.
    Rogner les griffes de la mort, se comporter en homme, briser ses propres murailles, tels étaient les grands thèmes abordés dans fourbis, deuxième étape d'une quête dont il faudrait essayer ensuite de dégager les résultats.
    Or, avec fibrilles, l'auteur constate que son vrai problème a toujours été celui-ci : comment devenir intégralement un poète, sentant, parlant et agissant comme tel ? mais il lui apparaît que cette façon d'exister forme un tout non analysable, que ne régit aucune règle lisible et dont aucune recette ne saurait garantir l'atteinte.
    Au bout de multiples recherches, épisodes réels et épisodes rêvés, voyages à travers maints pays (y compris la chine et les marais infernaux), oscillations entre engagement littéraire et engagement social, le voilà revenu à son point de départ.
    Il sait seulement que la question vitale qu'il se posait ne peut recevoir de réponse...
    A moins que jouer une semblable partie - quitte à gravement s'y brûler - ne soit, précisément, cette réponse.

  • Avec frêle bruit, michel leiris clôt la règle du jeu.

    Il a consacré trente-cinq ans à la rédaction d'un ouvrage dont le premier propos est de lier des données tirées de sa vie intime. ce chercheur obstiné à se regarder lui-même peut affirmer qu'il voulait procéder, pour l'usage de quelques autres autant que pour le sien, à une mise en lumière aussi poussée que possible, à partir de l'échantillon humain qu'il est. et ce n'est pas seulement par goût mais jugeant qu'en l'espèce l'investigation rationnelle ne pouvait faire plus qu'écarter des ombres que, sans vergogne, il a laissé la poésie primer l'enchaînement logique.
    Dans ce livre-ci, construit presque musicalement, se mêlent donc à des souvenirs proches ou lointains, et à des idées soit anciennes soit venues chemin faisant, des tentatives plus ou moins expresses d'arriver à des moments de transparence en manipulant le langage pris en soi plus que comme instrument d'un commerce.
    Aspiration au merveilleux, volonté d'engagement dans la lutte contre les iniquités sociales, désir d'universalisme qui l'a porté à des contacts directs avec des cultures autres que la sienne, telles sont les couleurs qui semblent dominer dans le jeu de cet écrivain, amené par sa conscience aigüe de la marche du temps à essayer maints moyens de conjurer l'horreur dont l'a empli très tôt la perspective de son anéantissement.

  • Trois textes plus un : autant de façons de pratiquer l'écriture de soi, autant d'épisodes d'une quête autobiographique. Le premier en date n'aboutit pas tout de suite à un livre. En 1930, Michel Leiris rassemble «des souvenirs d'enfance et d'extrême jeunesse touchant tous à l'érotisme». Il leur destine déjà la place centrale d'un ouvrage plus vaste. Intitulée Lucrèce, Judith et Holopherne, cette «confession» sera reprise, remaniée (autocensurée), dans L'Âge d'homme. On en révèle ici, en ouverture, la version originelle.
    Mais Leiris est las de la vie littéraire. Il accepte de participer à la mission ethnographique Dakar-Djibouti (mai 1931-février 1933). Le voyage n'est-il pas une «expérience poétique»? Leiris tient un carnet de route. Rapidement, il donne à ses notes un tour personnel ; il ne raconte que les événements auxquels il a lui-même assisté et mêle aux observations ethnographiques des préoccupations plus intimes : rapports avec les autres, sentiments, obsessions érotiques, rêves... À sa publication, en 1934, le livre - L'Afrique fantôme - témoigne d'une pratique de l'autobiographie infléchie par l'expérience ethnologique.
    Puis Leiris rouvre le dossier de L'Âge d'homme. Il révise (adoucit) le texte de 1930. Il y ajoute des souvenirs - les vacances espagnoles de l'été 1935 sont à l'origine de pages sur la tauromachie - et compose un livre de «confessions» qui va du «chaos miraculeux de l'enfance» à l'âge «cruel de la virilité». Sous l'influence de la psychanalyse, L'Âge d'homme entend dire «toute la vérité» : nouveau renouvellement dans la pratique autobiographique.
    À peine achevé, à la fin de 1935, le livre est accepté par Gallimard. Seulement il ne paraît pas. Tout était prêt, mais le public attendra 1939 pour découvrir L'Âge d'homme. Entre-temps, en 1938, Leiris est revenu sur la corrida dans Miroir de la tauromachie : la tauromachie est «plus qu'un sport»; c'est un «art tragique», qui a partie liée avec l'érotisme et le sacré. Et avec l'écriture de soi.
    Comment tauromachie et autobiographie communiquent-elles? par la confluence des risques. En 1935, les pages sur la tauromachie de L'Âge d'homme ne prennent pas encore en compte l'extension à la littérature d'une esthétique du risque. Mais dans le prière d'insérer joint à l'édition originale en 1939, cette idée est centrale. Et quand Leiris réédite son livre en 1946, il y ajoute une préface intitulée «De la littérature considérée comme une tauromachie» : écrire sur soi, se mettre à nu dans un livre, y confesser déficiences ou lâchetés, c'est créer un objet non pas semblable, mais équivalent à «ce qu'est pour le torero la corne acérée du taureau».

  • L'Afrique fantôme

    Michel Leiris

    En 1930, alors que, surréaliste dissident, il travaillait à la revue documents, michel leiris fut invité par son collègue l'éthnographe marcel griaule à se joindre à l'équipe qu'il formait pour un voyage de près de deux ans à travers l'afrique noire.
    Ecrivain michel leiris était appelé non seulement à s'initier à la recherche ethnographique, mais à se faire l'historiographe de la mission et le parti qu'il prit à cet égard fut, au lieu de sacrifier au pittoresque du classique récit de voyage, de tenir scrupuleusement un carnet de routes. ce parti cadrait avec les vues du grand sociologue marcel mauss recommandant aux chercheurs la tenue de tels carnets en marge de leur enquêtes sur le terrain.
    Mais, tour personnel donné à cette pratique, le carnet de michel leiris glissa vite vers le journal intime, comme s'il était allé de soi que s'il se borne à des notations extérieures et se tait sur ce qu'il est lui-même, l'observateur fausse le jeu en masquant un élément capital de la situation concrète. au demeurant, celui pour qui ce voyage représentait une enthousiasmante diversion à une vie littéraire dont il s'accomodait mal n'avait-il pas à rendre compte d'une expérience cruciale : sa confrontation tant avec une science toute neuve pour lui qu'avec ce monde africain qu'il ne connaissait guère que par sa légende.
    Ainsi s'est édifié l'afrique fantôme, qui consiste essentiellement en la reproduction des notes narratives ou impressionnistes que l'auteur avait prises au jour le jour, non moins attentif à ce qui se déroulait dans sa tête et dans son coeur qu'à ce qui, extraordinairement divers et par des voies diverses elles aussi (appréhension directe, information pure ou participation vivante.

  • Mesures pour rien, appels du pied, galop d'essai : telles m'apparaissent aujourd'hui ces Biffures rédigées en majeure partie durant l'époque de l'Occupation. L'on n'y trouvera, quant au cadre historique dans lequel ce livre s'inscrit, que les plus vagues et rapides allusions ; c'est à la cantonade que les événements se déroulent et presque rien n'y vient distraire de sa recherche un auteur qui - fidèle à une habitude tendant à devenir manie - écrit surtout pourvoir plus clair en lui-même.
    Confrontation de souvenirs empruntés à diverses périodes de ma vie mais plutôt à l'enfance (par goût de la cosmogonie autant que par penchant sentimental), ce tome est le premier d'un ouvrage centré sur des faits de langage et au moyen duquel je me propose de définir ce qui pour moi est la "règle du jeu", plus pompeusement : mon art poétique et le code de mon savoir-vivre que j'aimerais découvrir fondus en un unique système, ne voyant guère dans l'usage littéraire de la parole qu'un moyen d'affûter la conscience pour être plus - et mieux - vivant.
    A ce premier dégrossissement d'un premier stock de matériaux succédera un second volume, plus difficile et plus ambitieux. C'est, en effet, à travers les pages futures de ces Fourbis qu'à la lumière d'autres expériences j'essayerai d'aboutir à une conclusion, souhaitant parvenir à ce terme assez tôt pour la mettre en exercice avant que la vieillesse m'ait biffé du monde ou m'ait trop fourbu. Juin 1948.

  • Hors de toute idée religieuse ou divine, le sacré de Leiris se tapit dans les choses, les moments et les lieux qui lui inspirent à la fois désir et terreur.
    Il représente la part de l'illicite, qui trouve ses racines dans l'enfance, et qualifie la chambre parentale par exemple, ou bien les W.-C., où l'auteur formait avec son frère une sorte de société secrète. Ce sont aussi les courses d'Auteuil, où le jockey fait figure d'idole.
    C'est encore le prénom Rebecca par exemple ou encore l'exclamation «Baoukta !», cri de guerre de son frère quand ils jouaient aux Peaux-Rouges. Ce texte inclassable, joyau de poésie, nous invite à revivre le merveilleux de l'enfance, à sonder la part du sacré qui déterminait nos jeux, nos craintes et nos désirs d'enfants et qui garde encore aujourd'hui sa saveur.

  • Miroir de l'Afrique

    Michel Leiris

    « Les méthodes de collecte des objets sont, neuf fois sur dix, des méthodes d'achat forcé, pour ne pas dire de réquisition. [...] Autant des aventures comme celles des enlèvements du kono, tout compte fait, me laissent sans remords, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen d'avoir de tels objets et que le sacrilège lui-même est un élément assez grandiose, autant les achats courants me laissent perplexe... : on pille des Nègres, sous prétexte d'apprendre aux gens à les connaître et les aimer, c'est-à-dire, en fin de compte, à former d'autres ethnographes qui iront eux aussi les "aimer" et les piller. » Leiris, 1931.

  • La Règle du jeu constitue une vaste entreprise autobiographique. Tout en étudiant sur le terrain les phénomènes du merveilleux et du sacré, Leiris devient son propre terrain d'observation. En explorant ses souvenirs d'enfance, en faisant son autoportrait, il interroge ce qui le fait écrire et ce que signifie écrire sur soi. Faut-il tout dire ? Comment ne pas fausser la vérité ? Quelles conséquences pour la vie réelle ?
    Biffures, Fourbis, Fibrilles, Frêle bruit : de 1948 à 1976, Leiris, déclinant sa série des b, f, r, a tendu aux lecteurs ce piège phonétique dans lequel lui-même aime à tomber. La langue qui «fourche» est un outil d'expérimentation du langage. Et l'apprentissage du langage est un domaine à explorer pour l'autobiographe. La mémoire en est un autre, dont la présente édition donne, en appendice, le matériel : les textes qui ont accompagné la genèse et la publication du cycle, et, pour la première fois, l'intégralité du «Fichier de La Règle du jeu», réservoir de souvenirs consignés sur des fiches.

  • Cinq etudes d'ethnologie

    Michel Leiris

    Qui sont ces gens que nous appelons " les sauvages " ? comment réagissent-ils par rapport à nous ? sommes-nous certains de les " voir " et de les comprendre ? là réside l'essentiel de la recherche ethnologique de michel leiris.
    Elle le conduit à s'interroger sur le colonialisme et sur le racisme, sur le sens de la culture, à montrer la pluralité des civilisations. comme chez montaigne, la quête d'un homme total se situe au centre de son oeuvre littéraire. ses écrits ethnologiques en sont l'indispensable complément.

  • Michel Leiris traque dans l'art de Francis Bacon la hantise de la part de l'animalité en l'homme, dans ses différentes phases qui vont amener l'artiste à « peindre le cri plutôt que l'horreur », à violenter sa peinture plutôt que l'image de l'humanité.Après une enfance maladive et une formation d'autodidacte à l'école de la bohème, entre Paris et Berlin, le peintre Francis Bacon s'impose à partir de 1945, au lendemain de la guerre, avec une peinture de l'horreur : corps crucifiés, chairs exsangues torturées par sa palette et un style à la fois sauvage, expressionniste et raffiné.

  • Des jeux de mots en forme de définitions de dictionnaire (un mot suivi de ce que suggèrent, par delà son sens admis, les éléments sonores ou parfois visuels dont il se compose et qui le relient à d'autres mots), voilà ce à quoi michel leiris n'a pas cessé de procéder depuis l'époque de jeunesse oú, surréaliste, il publiait son glossaire.

    C'est un supplément à celui-ci propose, augmenté d'un essai dans lequel il s'explique sur ce qui pourrait être pris pour une manie mais n'est que la pratique d'un genre particulier de poésie.
    Point crucial de l'espèce de testament que représente ce soliloque ; près s'être demandé s'il n'a pas perdu sa vie en la consacrant presque uniquement à la littérature, l'auteur avoue qu'il reste attaché à ses livres " autant qu'un enfant peut l'être à de vieux jouets ".

  • A cor et a cri

    Michel Leiris

    Crier.
    Parler. chanter. tels sont les trois thèmes qui guident ici michel leiris.
    " obscénité du cri qui, déchirant le voile du silence, semble mettre à nu toute l'horreur.
    " paroles : fondement des échanges humains ou clapotis sans lequel il n'y aurait qu'eau morte ?
    " quand cela chante à notre oreille ou sur nos lèvres c'est que - fût-ce en les heures les plus noires - un vent fait frémir notre mâture. " de l'inventaire des cris, en deçà de la parole, leiris s'élève jusqu'au chant.
    Du cri qui troue le calme plat à la parole qui tresse un lien, puis à l'ivresse du chant, il fait suivre au lecteur l'itinéraire capricieux d'une chasse à la poésie, qui est aussi une lutte contre les déprédations de l'âge ainsi qu'une quête de justification.

  • « Il semblerait qu'à peu d'exceptions près le désir de toucher le fond même du réel pousse Bacon, d'une manière ou d'une autre, jusqu'aux limites du tolérable et que, lorsqu'il s'attaque à un thème apparemment anodin (cas de beaucoup le plus fréquent, surtout dans les oeuvres récentes), il faille que le paroxysme soit introduit du moins par la facture, comme si l'acte de peindre procédait nécessairement d'une sorte d'exacerbation, donnée ou non dans ce qui est pris pour base, et comme si, la réalité de la vie ne pouvant être saisie que sous une forme criante, criante de vérité comme on dit, ce cri devait être, s'il n'est pas issu de la chose même, celui de l'artiste possédé par la rage de saisir. »
    Michel Leiris

  • « L'imaginaire », aujourd'hui dirigée par Yvon Girard, est une collection de réimpressions de documents et de textes littéraires, tantôt oeuvres oubliées, marginales ou expérimentales d'auteurs reconnus, tantôt oeuvres estimées par le passé mais que le goût du jour a quelque peu éclipsées.

  • Ce recueil, publié en 1969, rassemble des textes écrits pour la plupart entre 1925 et 1961, parmi lesquels figure le célèbre glossaire j'y serre mes gloses.
    Ce livre révèle la nature du travail poétique de michel leiris, attaché à définir le langage comme révélation de soi-même et des autres :
    " une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations naturelles. en disséquant les mots que nous aimons, nous découvrons leurs vertus les plus cachées et leurs ramifications secrètes qui se propagent à travers tout le langage ".

  • Le ruban au cou d'olympia

    Michel Leiris

    " que le nu peint par manet atteigne à tant de vérité grâce à un détail minime, ce ruban qui modernise olympia et, mieux encore qu'un grain de beauté ou qu'un semis de taches de rousseur, la propose plus précise et plus immédiatement visible, en faisant d'eile une femme pourvue de ses attaches de milieu et d'époque, là qui prêtait à réflexion, si ce n'est à divagation ! " dites-vous bien, lecteur ou lectrice, ou dis-toi bien (car à me tu deviendras de mes proches) que si je dis ici, c'est plus pour dire que pour dire quelque chose.
    "

  • Zébrage

    Michel Leiris

    «Mus peut-être par l'angoisse inhérente à l'idée de la mort, angoisse qui leur serait propre selon l'opinion commune qui veut que l'espèce humaine soit la seule dont les membres sachent qu'un jour ils ne vivront plus, les gens de toutes races se sont dotés d'institutions et d'usages qui, même si ce n'est pas là le but expressément visé, leur fournissent des moyens de cesser, du moins pour un temps et de manière tout imaginaire, d'être l'homme ou la femme qu'on est dans l'existence quotidienne, pratiques fort diverses qui (sans préjudice de motivations plus directement utilitaires) sont pour l'individu des occasions concrètes d'échapper dans une certaine mesure à sa condition, comme s'il lui fallait d'une façon ou d'une autre effacer des limites qui sont par définition celles d'un être périssable et doué de pouvoirs précaires.»

empty