• « Tu n'as jamais cultivé ton jardin. » C'est avec ces mots adressés à sa mère récemment disparue que s'ouvre le nouveau livre de Catherine Mavrikakis.
    Arrivée au Québec en 1957, pour épouser un homme fantasque qu'elle passera sa vie à attendre - dont on peut lire le flamboyant portrait dans La Ballade d'Ali Baba (2014), de la même autrice -, la jeune femme originaire du bocage normand ne cultivera en effet que l'ennui et la nostalgie d'une France à laquelle Paris Match et TV5 la reliaient en permanence.
    Dans ce journal de deuil, tenu par sa fille pendant une année après sa mort, les souvenirs de cette mère possessive, repliée sur son passé et refusant de voyager comme de s'intéresser au monde, sont comme filtrés par le chagrin en des fragments mélancoliques et tendres. En émerge le portrait d'une femme obsédée par la Seconde Guerre mondiale qu'elle a vécue enfant - elle était née en 1925 -, mais qui, les bons jours, acceptait de livrer quelques anecdotes de ses heureuses années cinquante à Saint-Germain-des-Prés.
    Avec cette Absente de tous bouquets, Catherine Mavrikakis nous offre également, en creux, un pudique autoportrait, où s'éclairent bien sûr sa propre fascination pour les fantômes et son goût de la solitude, acquis pendant une enfance vécue sous cloche, mais surtout son amour immodéré pour les mots. Car, dans sa détestation du Canada, sa chère maman entretenait aussi bien son accent français - hors de question pour la petite Catherine de parler devant elle avec une intonation autre que parisienne - qu'un formidable florilège d'expressions idiomatiques et surannées. « Tu n'étais ni zazou, ni bécasse, ni gourgandine, ni gigolette, ni goton. Mais pour toi, moi j'incarnais toutes ces greluches avec joie » lui confie l'écrivaine...
    Par-delà les portraits en miroir de ces deux femmes liées à jamais, ce beau livre explore avec une très grande finesse l'ambiguïté d'une relation filiale tissée de silence, de culpabilité et d'incompréhension, qu'illustre superbement la métaphore botanique courant au fil des pages, la mère n'aimant que les fleurs coupées, alors que la fille s'émeut à l'apparition du premier crocus et s'évertue de planter sur la tombe maternelle un parterre luxuriant.

  • Quand elle n'est pas en mission, Anna retourne à Amsterdam, dans l'annexe où Anne Frank s'est cachée avec sa famille, avant d'être déportée, en 1944. Lors d'une de ses visites, l'espionne comprend qu'elle est suivie. Sans tarder, son organisation l'exfiltre dans une maison de protection, dont elle est supposée ignorer l'emplacement. Mais une allusion au smoked-meat de chez Schwartz's la convainc qu'elle va atterrir à Montréal, la ville de ses grands-parents. Celle dont le métier exige maîtrise des émotions et oubli de soi se laisse envahir par les souvenirs de ses vacances d'enfant.
    Dès son arrivée dans cette nouvelle annexe, un autre pan occulté de son passé se rappelle à elle : Celestino, chargé de veiller sur les neuf membres de leur insolite communauté, est un fou de littérature. Dans l'appartement couvert de bibliothèques, Anna s'abandonne aux réminiscences de ses études et à son goût exclusif pour la lecture, qu'elle avait sacrifié en changeant de vie.
    Avec le fanstasque majordome prétendument cubain, qui la surnomme Albertine, l'espionne rebaptise ses compagnons de réclusion du nom des auteurs ou des personnages qu'ils lui évoquent : un vieux couple slave devient les Tourgueniev ; un agent d'apparence banale, certainement capable du pire, Meursault ; le chat, Moortje, comme celui d'Anne Frank.
    Ni la prisonnière ni son gardien ne perdent pourtant de vue l'enjeu de leur brillant duo. Et c'est tout l'art de Catherine Mavrikakis que de puiser dans la fiction la bien réelle issue de leur vénéneux pas de deux... Jouant avec les codes du roman d'espionnage et de captivité, L'Annexe se révèle un éblouissant hommage à la puissance invaincue de la littérature.

  • « J'apprends la mort de mes amis comme d'autres découvrent que leur billet de loterie n'est toujours pas gagnant. Cette semaine, j'ai encore perdu un Hervé, et statistiquement, c'était prévisible puisque tous mes amis s'appellent Hervé et sont, pour la plupart, séropositifs. La mort à coups de statistiques ne me délivre de rien. Surtout pas de l'imprévu de la mort. Je ne m'habitue pas à la mort. Je ne la vois jamais venir. ».
    Catherine, la narratrice, collectionne les deuils : amis chers, voisins honnis, suicidés, accidentés de la route, malades du sida, victimes d'attentat ou de catastrophe aérienne tournoient ici dans une stupéfiante danse macabre. Occupée à dénombrer ses morts - qui tous répondent au prénom d'Hervé -, la jeune femme traverse avec une énergie féroce les vicissitudes et la médiocrité du monde des bien portants. Tout de noir vêtue, escortée de ses Hervé disparus, elle crie sa rage, dit sa révolte, et semble conjurer le sort.
    Percutant, drôle, méchant, ce premier roman a révélé, dès sa parution à Montréal en 2000, le formidable tempérament d'une écrivaine dont la force narrative ne s'est jamais démentie.

  • Dans ce grand livre choral, quatre voix alternent pour évoquer celui dont l'exécution est prévue le 15 août 2008 au pénitencier de Charlestown.
    Sydney Blanchard est noir comme Smokey Nelson. Des années auparavant, il a été arrêté par erreur et a purgé une peine de prison avant que le vrai coupable soit identifié : sa longue imprécation commence à Seattle, sur la tombe de Jimi Hendrix.
    Pearl Watanabe a découvert la scène du crime dans le motel des environs d'Atlanta où elle travaillait alors. Elle est repartie vivre à Honolulu après le drame. En vacances chez sa fille alors que tous les médias ne parlent que de l'imminence de l'exécution, elle est rattrapée par le cauchemar qui la hante depuis un clair matin d'octobre 1989.
    Ray Ryan, lui, se prépare à quitter son domaine des montagnes de Géorgie pour aller assister à la mort programmée. Il écoute la voix de Dieu, qui dans un prêche ininterrompu l'enjoint à trouver l'apaisement dans la vengeance : c'est sa fille qui a été assassinée avec son mari et ses deux enfants.
    Auteur du quadruple meurtre, Smokey Nelson voit se dérouler ses toutes dernières heures avant l'injection mortelle.
    Depuis près de vingt ans, ces quatre figures d'une Amérique en perdition sont hantées par le même et abominable souvenir. Sans cesse ramenées à leur passé, elles deviennent comme autant d'incarnations d'une société abandonnée à elle-même que Catherine Mavrikakis scrute avec une formidable acuité.

  • A Bay City, Amy grandit sous un ciel lourd de fantômes, vestiges d'un passé que les siens tiennent enfoui. Rongée par cette mémoire collective, ses jours sont habités par de sourdes obsessions. Jusqu'à ce terrible soir de juillet 1979 où sa famille entière part en fumée, la laissant seule capable d'exorciser la malédiction familiale et de construire un avenir.

  • La fin du monde est proche. Une pluie glacée s'abat sur les hordes de sans-abri à qui les nantis ont abandonné le centre-ville de Montréal. En cette nuit du 14 au 15 novembre, règne pourtant une effervescence inhabituelle : Oscar de Profundis revient dans sa ville natale pour deux concerts exceptionnels.
    La rock star s'est fait longtemps prier. Traumatisé enfant, Oscar a fui Montréal des années auparavant. Dans un État mondial qui baragouine le sino-américain, il n'a gardé de ses origines que le culte de la langue française dont il révère les écrivains - le De profundis clamavi de Baudelaire est tatoué sur son dos - et truffe de citations ses chansons. S'appliquant, grâce à son immense fortune, à vivre en marge de l'apocalypse, il accumule dans ses nombreuses résidences les vestiges - livres, disques, films ou même sépultures - d'une civilisation engloutie.
    L'emploi du temps de son court séjour a été verrouillé. Une immense villa du XIXe siècle accueille la star et sa suite. Tout contact avec l'extérieur est proscrit, d'autant que s'est déclarée la maladie noire, qui a déjà débarrassé plusieurs métropoles de ses miséreux.
    Dehors, des bandes rivales, sachant leurs jours comptés, mettent la ville à sac. L'une d'entre elles pourtant, menée par la grande Cate, aisément repérable grâce à l'épervier qui ne la quitte jamais, se résout à une ultime révolte. Quand l'état d'urgence est proclamé et les aéroports bouclés, assignant à résidence la rock star, Cate et les siens passent à l'action.
    Catherine Mavrikakis, sondant avec son acuité coutumière les arcanes d'un monde voué à sa perte, livre ici une envoûtante fable apocalyptique, où les dérives hallucinées d'Oscar, reclus et sous l'emprise de drogues, répondent aux atermoiements des gueux désespérés. Mais le pire n'est pas toujours sûr : après bien des péripéties, le seul libraire de la ville s'en sortira, sauvé par Scott Fitzgerald et Hermann Hesse.

  • Dédiée « aux quarante voleurs », La Ballade d'Ali Baba est un hommage ébouriffant au père disparu. De Key West, où il conduit ses filles dans sa Buick Wildcat turquoise afin de saluer la naissance de l'année 1969, à Kalamazoo, où il les dépose pour une semaine et où il ne viendra jamais les récupérer, en passant par Las Vegas où il prétend utiliser son aînée de dix ans, Érina, comme porte-bonheur près des tables de jeu, Vassili Papadopoulos donne le change et veut épater la galerie. De ce père fantasque et séducteur, qui très tôt usa la patience de sa femme, et qu'elle ne revit que sporadiquement après le divorce de ses parents, Érina, la narratrice du roman, n'a pas été dupe longtemps.
    Le premier saisissement passé, c'est à peine si la spécialiste de Shakespeare qu'elle est devenue s'étonne de le retrouver, vieillard frêle et vêtu d'un léger pardessus, dans les rues de Montréal balayées par une tempête de neige, alors qu'il est mort neuf mois plus tôt. Sans avoir rien perdu de son aplomb, il lui explique doctement, lui qui a quitté l'école à quatorze ans, que son apparition lui permettra de comprendre enfin la phrase de Hamlet - « le temps est hors de ses gonds » -, à laquelle elle a consacré deux chapitres de sa thèse. Érina pressent qu'il ne va pas s'arrêter là.
    Catherine Mavrikakis tutoie les fantômes et se joue de la chronologie dans cet éblouissant portrait d'un homme dont l'existence nous est donnée par éclats, comme à travers un kaléidoscope. À Rhodes qu'il quitta en 1939 avec sa famille, à Alger où, très jeune, il dut gagner sa vie, à New York où il vint en 1957 « faire l'Américain » : partout, il est terriblement présent, et terriblement attachant.

  • Omaha beach

    Catherine Mavrikakis

    Dans le cimetière américain d'une petite ville de Normandie, bien des années après le débarquement allié, une famille venue d'Amérique se rend pour la première fois sur la tombe de deux des siens morts à vingt ans avant même d'avoir foulé le sable d'Omaha Beach.

    Ici, les morts ne reposent pas en paix.

    À l'heure où les soldats américains et canadiens répondent encore à l'appel de la guerre et meurent au loin, les plages de Normandie continuent à nous hanter.

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  • Exercice d'admiration, ce livre pose un regard sur l'oeuvre pétrifiante de Diamanda Galás, la chanteuse aux trois octaves.
    Loin de se laisser méduser par Galás et sa voix, Catherine Mavrikakis prend à bras-le-corps l'oeuvre de l'artiste et y donne à lire son propre idéal esthétique.
    De la Grèce ancienne aux États-Unis banlieusards, du génocide arménien à l'épidémie du sida des années 80 et 90, Galás renoue partout, sans cesse, avec un tragique trop vite relégué aux oubliettes de l'Histoire.
    Qui peut écouter Galás ? Qui sait regarder la Gorgone sans désirer la tuer ? Qui croit encore à la nécessité de la tragédie de nos jours ? Quel culte peut-on porter aux artistes prophètes du contemporain ?
    Mavrikakis se lance ici avec affection, ferveur et enthousiasme sur les traces de sa grande soeur Diamanda Galás.

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  • Impromptu Nouv.

    Impromptu

    Catherine Mavrikakis

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    Catherine Mavrikakis

    • Lemeac
    • 24 September 2003
  • Si pour bien des intellectuels le monde contemporain va trop vite - la vitesse hystérique de ce dernier n´ayant de cesse de leur couper la parole - Catherine Mavrikakis, elle, choisit de se laisser porter par cette vitesse et d´habiter le temps mondialisé, quand bien même il menacerait le rayonnement de l´écrit.
    Son essai, Condamner à mort, s´applique à penser, à partir de ces vitrines du vivre-ensemble que sont Internet et la télévision, les solutions qu´offre la loi pour gérer l´assassin : suppression des personnes, camisole chimique, enfermement. Car dans ces solutions et dans leurs réceptions diverses à l´écran, se donnent à lire les implicites à partir desquels le social est tissé. De Timothy McVeigh, le terroriste américain qui a fait exploser un édifice fédéral, à Aileen Wuornos, la prostituée meurtrière de l´Interstate 75 qui, comme lui, a succombé à la peine capitale, en passant par Andrea Yates, cette mère cinq fois infanticide, aujourd´hui emprisonnée et contrôlée médicalement, et Armin Meiwes, désormais sous les verroux, qui a mangé un homme rencontré par le biais d´Internet, Catherine Mavrikakis analyse des cas spectaculaires et dramatiques qui ont nourri la chronique durant les dernières années. Elle s´attache à fourbir des armes contre la peine de mort et plonge ici « dans ce temps de la simultanéité où, comme toute bonne nageuse synchronisée, elle s´efforce de garder le sourire et surtout de ne pas respirer ».
    Catherine Mavrikakis est professeure au Département d´études françaises de l´Université de Montréal. Elle est également romancière.
    Prix de l'essai Spirale Eva-Le-Grand 2006 Finaliste, prix littéraires du Gouverneur général, catégorie Études et essais, 2006 Prix Victor-Barbeau de l'essai de l'Académie des lettres du Québec, 2006

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  • Actes sélectifs du Colloque international de Montréal, Université Concordia (1er, 2 et 3 avril 2004).
    Le spectacle est le produit d'une société, structurée en fonction de l'époque, d'un événement factuel et d'un espace spécifique. Qualifié de politique, ce spectacle est en rapport avec le pouvoir symbolique. Les fêtes et les manifestations reflètent les structures mentales et cognitives de la société dont elles sont issues. Ancrées dans leur époque, elles rompent l'ordre du quotidien le temps de l'événement, pour recréer un ordre propre à la manifestation.
    Le lieu de ce spectacle est la rue, lieu public à tous disponible. La richesse de ce volume tient à l'interdisciplinarité des approches théoriques des collaborateurs, spécialistes des études littéraires, études théâtrales et littératures comparées, spécialistes des sciences humaines, historiens des cultures, historiens de l'art, sociologues et anthropologues des cultures.

    Indisponible
  • Quand Le Ciel de Bay City paraît, Catherine Mavrikakis s'est déjà replongée dans l'écriture. Les textes sont courts. Ils parlent de tout: de la mort de Michael Jackson, du premier homme sur la Lune, de l'enfance dans Montréal-Nord, des étés passés aux États-Unis, de la lecture, du dernier message sur Facebook d'un ami qui vient de mourir et de la traversée de l'Atlantique par les immigrants des années cinquante.

    Elle met ses textes en ligne à mesure qu'elle les écrit. Ils sont longs pour un blogue et on ne trouve pas l'espace habituel pour laisser un commentaire. Encore moins de petite boîte avec un pouce levé pour cliquer "J'aime". En vérité, un livre est en train de s'écrire sur ce cahier électronique: L'éternité en accéléré. Un recueil de cinquante-deux textes façonnés par l'urgence de penser.

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