• Pour Shakespeare, le monde était une scène. Avant lui, Platon avait déjà comparé notre existence à un théâtre de marionnettes. L'image du « théâtre du monde » continue à s'imposer aujourd'hui encore comme un véritable lieu commun, et l'on parle souvent de la « scène politique », des « drames » ou des « tragédies » de l'actualité. Pourquoi la condition humaine est-elle si étroitement associée à cette image ? Telle est l'interrogation qui guide ce livre : le réel envisagé littéralement comme théâtre, ou à partir du théâtre. Il s'agit d'un réel charnel et passionnel, lié aux possibilités qui nous tourmentent ou nous fascinent, et sur lesquelles on aimerait porter un regard distancié et englobant. Mais ce réel est aussi débordant, il donne lieu à toutes sortes d'illusions et ne se laisse pas facilement enfermer dans les limites étroites de la scène. Voilà pourquoi il relève d'une Autre Scène, plus insaisissable et fantasmatique.
    En interrogeant cette idée, on voudrait montrer la puissance philosophique du théâtre.

  • Véritable institution de notre système éducatif, la dissertation philosophique est souvent considérée comme un exercice rhétorique et artificiel, conditionné par des recettes qu'il faudrait maîtriser pour réussir sans trop de casse examens ou concours. Intimidés sans doute par la philosophie et par l'attente qu'elle suscite, nous avons du mal à croire qu'elle soit accessible dans un cadre scolaire ou académique.
    Cet ouvrage part au contraire du principe que la dissertation peut être le lieu d'une authentique réflexion philosophique. Toute la difficulté est d'y concilier exigence de problématisation, usage précis des références et argumentation rigoureuse.
    On trouvera ici, sur un ensemble de sujets allant des problèmes les plus métaphysiques aux questions de société, des dissertations composées dans cet esprit et pouvant aussi être utilisées comme des supports de cours ou de réflexion.
    Rédigées initialement pour des élèves de classes préparatoires, elles s'adressent également aux étudiants des universités, mais aussi à tous ceux qui pourront y trouver de quoi nourrir leur curiosité et leur questionnement.

  • A l'origine de toute connaissance, l'Essai sur l'entendement humain (écrit entre 1671 et 1700), veut reconnaître le seul exercice des pouvoirs intellectuels de l'homme.
    Graduellement, de la simple perception jusqu'au raisonnement, Locke montre que notre pouvoir de penser ne découvre son étendue et ses limites qu'en s'exerçant. Ainsi lu, l'Essai apparaît comme un projet radical. Tous les principes reçus de la tradition (la " substance ", ou les " idées innées ") y sont évalués au regard de cette exigence : rendent-ils compte de la manière dont nous pouvons au mieux employer nos facultés ? Héritier de Descartes pour la critique des obscurités philosophiques, Locke s'en émancipe ainsi du même mouvement.
    En fondant toute connaissance sur la seule opération de perception, et non sur la " substance pensante ", il crée une percée qui sera investie par nombre de philosophies ultérieures.

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