• La littérature assure un rôle essentiel dans la constitution d'une pensée critique de la culture matérielle de l'âge industriel. Avant les sciences sociales et la philosophie, les textes littéraires, à partir des années 1830, problématisent les mutations d'une culture matérielle en expansion et l'ébranlement que celle-ci provoque dans l'ordre des catégories existentielles et esthétiques.
    Comment la littérature pense les objets présente l'avènement au XIXe siècle d'une véritable culture des objets et la redéfinition majeure des fonctions et des champs d'action de la littérature et des arts qui en découle. En observant les objets sous toutes leurs coutures (sociologique, esthétique, ontologique) le livre pose les bases d'une théorie générale et actuelle des objets, instituée par la fiction.

  • Une réflexion pluridisciplinaire sur l'objet et la transformation du rapport à la matérialité aux XIXe et XXe siècles.

  • En 1855, Maxime Du Camp publie Les Chants modernes, recueil de poèmes précédés d'une virulente préface qui revendique un nouveau statut pour la poésie et pour les arts en général : en phase avec le monde moderne et régénéré par la collaboration avec les sciences et l'industrie qui lui ouvrent des horizons nouveaux, l'art devrait s'extirper d'une léthargie malsaine entretenue par le ressassement des thèmes antiques et les ravages de l'art pour l'art. 1855 est aussi l'année de la première Exposition Universelle de Paris ; le succès de l'entreprise, l'engouement du public pour les créations de l'industrie, la désertion de l'exposition des beaux-arts au profit de l'annexe des machines alertent les artistes. Certains, à l'instar de Du Camp et des collaborateurs de la Revue de Paris dont il est le rédacteur, y voient l'occasion d'un renouvellement ; d'autres - Baudelaire, Ernest Renan, Leconte de Lisle - s'insurgent contre la contamination des domaines de l'esprit par ceux de la matière, et contre l'application sans discernement de la notion de progrès aux arts comme aux techniques.
    Marta Caraion restitue le débat provoqué par Les Chants modernes et par l'Exposition Universelle au sujet des rapports entre arts, sciences et industrie, en rassemblant les textes d'une polémique qui apparaît comme une sorte de bilan du positionnement des intellectuels du milieu du XIXe siècle, à la veille de l'entrée en littérature d'un Zola ou d'un Jules Verne. Le noyau de cette controverse est la préface aux Chants modernes, intégralement reproduite ici et suivie par d'autres textes de Maxime Du Camp (ses «Chants de la matière», ses articles sur l'Exposition Universelle), mais aussi par des critiques de son livre (Gautier, Sainte-Beuve, Gustave Planche.), des réactions d'écrivains (Baudelaire, Louis Ménard, Leconte de Lisle, Ernest Renan, Victor de Laprade), et par les articles de la Revue de Paris dont les signatures sont moins célèbres (Louis de Cormenin, Achille Kauffmann, Hippolyte Castille). Entre romantisme et naturalisme, cet ensemble d'écrits constitue un épisode révélateur de l'histoire littéraire, tant dans la perspective des textes eux-mêmes que dans celle d'une étude de la situation de l'écrivain au XIXe siècle.

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  • Si l'apparition des objets dans la littérature du 19e siècle coïncide avec l'avènement du réalisme, et si leur description hypertrophique contribue à asseoir le genre, le volume, à travers quelques récits d'écrivains connus, le mécanisme d'intégration narrative d'objets qui outrepassent la banale fonction de caractérisation des milieux et des personnages, en perturbant les catégories, les équilibres et les statuts. De La peau de chagrin à La bête humaine, des récits fantastiques de Gautier à l'univers décadent de Huysmans, certains objets organisent l'espace fictionnel et s'y positionnent en actants à part entière, déterminant avec force la progression de l'intrigue. Le questionnement commun à ces recherches porte globalement sur ce processus d'autonomisation des objets dans la littérature du 19e siècle, repérable à partir de 1830 dans un nombre significatif de fictions, et coexistant avec l'entreprise de recouvrement exhaustif du monde matériel par la description dans les mouvances réaliste et naturaliste. Chaque analyse monographique apporte un éclairage particulier à cette interrogation globale, visant à comprendre la relation nouvelle (probablement perturbée, inquiète dans tous les cas) qui lie, au 19e siècle, l'être humain au monde, et les deux à la littérature.


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