• La poésie fait le souverain ! Penser la fonction politique du texte poétique au XIIIe siècle dans les territoires occitans confrontés à la croisade albigeoise, telle est la fonction assumée par le continuateur anonyme de la gesta letrada de Guilhem de Tudela. Située dans le champ de la littérature médiévale, cette étude bénéficie des apports interdisciplinaires de la théologie chrétienne, ainsi que de l'histoire politique et militaire. L'exégèse menée ici permet au lecteur de comprendre le jeu argumentatif de l'auteur : dans le champ du religieux comme du politique, le poème façonne une réalité nouvelle. Les comtes de Toulouse et leurs soutiens ne sont plus que de bons défenseurs de l'orthodoxie, protecteurs des populations et garants des traditions. Ils soutiennent des valeurs séculaires honnies de l'alliance formée par les clercs et les Français. L'Anonyme insiste sur un attachement à la terre qui vaut lien du sang entre les Méridionaux, leur seigneur raimondin et les territoires placés sous la garde d'un Dieu protecteur. L'argumentation repose sur deux postulats : la trahison du suzerain français et de ses barons, associés à un clergé menteur de faux prédicateurs. Le discours politique se fonde sur les aspects religieux de l'argumentation, car l'auteur a bien compris que seule la démonstration de la catholicité des Raimondins pouvait assurer le succès de l'entreprise de reconquête : il élabore l'idéologie d'une contre-croisade.

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