• La question coloniale est interrogée avec une particulière insistance aujourd'hui en raison du retour des manifestations violentes du racisme et des diverses figures de l'exclusion. La décolonisation, loin de se réduire aux combats pour l'indépendance et à l'accès à l'autonomie des anciennes colonies, pose un problème très actuel qui s'étend aux territoires réels et imaginaires des colonisés mais surtout des colonisateurs eux-mêmes. L'abolition de l'esclavage n'a toujours pas mis fin aux haines, aux asservissements et aux crimes. C'est la cruelle vitalité d'une colonisation de l'imaginaire lui-même qui semble rester gravée dans la chair des victimes mais aussi de leurs bourreaux. La lecture d'une fiction visionnaire, La Colonie Pénitentiaire de Kafka a ouvert le chemin d'une interrogation générale sur la relation de la machine qui soumet, qui torture et qui tue avec les stratégies de toute domination. Cette lecture a accompagné tout au long de ma réflexion le cheminement biographique et historique à travers les signes de cette colonisation charnelle et passionnelle de l'imaginaire lui-même. Il s'agit d'analyser à travers un certain nombre de témoignages, de textes et d'images le lien puissant, violent et toujours actif qui noue le colonialisme au capitalisme au coeur actuel d'un impérialisme mondialisé. Cependant cette courte méditation cherche aussi à reconnaître la puissance émancipatrice de l'écriture fictionnelle et d'une façon générale la place des gestes créatifs dans l'expérience de la liberté et de la joie qu'elle donne. J'ai donc essayé dans le même mouvement, toujours accompagnée par Kafka, d'envisager les conditions présentes de possibilité d'une décolonisation de l'imaginaire qui seule est en mesure de faire opérer contre l'oppression du réel les énergies transformatrices et les gestes révolutionnaires.

  • Ne faut-il pas rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique ? La radicalité fait appel au courage des ruptures constructives et à l'imagination la plus créatrice. Alors que le sens premier de la radicalité nous est confisqué, comment créer un espace où les gestes radicaux sont bien plutôt une manière riche, neuve et belle de partager nos luttes ? Poche + : parce qu'un livre n'est jamais clos, mais toujours dans le mouvement du monde, «Confiscation» sera précédé d'une nouvelle préface inédite de l'autrice. 

  • Qu'est-ce que voir ? Qu'est-ce que dire ce que l'on voit ? Qu'est-ce que faire voir ? Qui dit ce qu'il faut voir ? Cette étude tente de dégager l'économie propre à l'image dans le marché des visibilités auquel tout concourt aujourd'hui à la réduire.

    Toute image ne fait-elle pas le deuil de son objet ? Comment se construit la légitimité et le sens du jugement portant sur des objets « iconiques » qui sont des figures émotionnelles ? La passion de l'image est indissociable en Occident du destin iconique de la Passion christique : le vocabulaire de la chair s'est trouvé lié au lexique du corps de l'Église et, par la suite, à celui de tous les pouvoirs fondés sur l'adhésion et la soumission des regards.

    Décider d'une image est l'affaire d'un commerce, celui des êtres de parole qui produisent un monde commun.

  • L'efficacité des réseaux sociaux semble aujourd'hui se conjuguer avec la barbarie pour ouvrir un nouveau règne de l'image. Cette violence visualisée, répétée à l'infini, provoque l'effroi, quand ce n'est pas l'émulation chez les plus fragiles. Quel est donc ce pouvoir démultiplié de l'image et date-t-il en fait des récentes mutations technologiques ?
    Marie José Mondzain s'intéresse au pouvoir de l'image depuis son apparition sur les parois des grottes préhistoriques ou l'usage politique qui en est fait dès le début du christianisme, sa relation fondamentale à l'humanité comme sa force destructrice. Il s'agit de réfléchir aux conditions dans lesquelles l'image est salvatrice, celles dans lesquelles elle mène l'humanité à sa chute. Pour pouvoir affronter la difficile question des images de terreur actuelles, il faut en passer par cette réflexion sur le pouvoir de l'image en général, rétablir une distance qui, seule, peut nous sauver de l'hypnotisme.
    Ce n'est pas en chassant les images, ou même en les ignorant, que nous lutterons contre leur charge de violence, mais bien en apprenant à les regarder autrement.

  • Homo spectator

    Marie-José Mondzain

    • Bayard
    • 12 September 2013

    Dans ce livre, Marie-José Mondzain, connu pour son travail sur les Pères de l'église et les iconoclastes, remontait à la scène primitive : l'homme face aux premières images produites par sa main. Que joue cette première scène et que nous apprend-elle de notre rapport aux images ? Comme le rappelle l'auteur dans une préface inédite, il est urgent en effet de comprendre l'énergie en jeu dans ces opérations qu'il nous faut aujourd'hui sauver de la communication toute-puissante pour préserver notre vie politique au-delà du commerce des marchandises. Il nous reste à comprendre et à imaginer les opérations susceptibles de former une communauté vivante, capable de reprendre à son compte la formule de Cocteau : « Nous ne savions pas que c'était impossible, alors nous l'avons fait. »

  • Van Gogh

    Marie-José Mondzain

    • Epure
    • 3 April 2003

    Van Gogh ou la peinture comme tauromachie Présentation 'Le choix de la peinture est question de vie ou de mort. La cause de la peinture est sacrée. A qui veut produire des tableaux immortels, la vraie vie d'étalon ou de taureau sans entrave est impossible... La parabole tauromachique se fait ici figure anticipatrice de la situation de Van Gogh et de la peinture dans le monde qui vient.' Marie-José Mondzain

  • Ce livre a été écrit en compagnie des enfants. Je les ai rencontrés durant deux ans dans leurs classes en école primaire dans différentes villes de France et dans différents quartiers de Paris. Nous avons parlé ensemble de tout ce que nous voyons, dans la réalité comme dans les images. Ce qui est dit dans ce dialogue imaginaire a été réellement dit par les uns et les autres lors de ces rencontres.

  • Ces quelques pages racontent un voyage.
    Il s'agit d'un récit, rien de plus. Histoire d'une rencontre avec un monde que j'ai voulu approcher pour le comprendre. J'ai choisi de parcourir des villes et d'aller voir des peintres. Après de longues années, consacrées à l'étude des images dans notre monde, ou, plus précisément, aux doctrines qui les ont fondées, je crois pouvoir dire que j'ai découvert, en Chine, un régime de visibilité et de lecture des images radicalement différent du nôtre.
    Je pourrais illustrer ce que fut ma découverte par la parabole suivante : il est d'usage de citer un faux proverbe chinois selon lequel quand on montre la lune du doigt à un idiot, l'idiot regarde le doigt. Rien de plus faux et rien de moins chinois. Je transformerais volontiers ce propos en l'inversant : quand un chinois désigne la lune, c'est pour inviter à chercher le doigt. Que savons nous d'ailleurs de la lune qui soit libre de ce doigt-là ? Montrer la lune, c'est parler du doigt, car le doigt construit la lune et la lune devient signe du doigt.
    L'idiot ne voit que la lune.

  • Images (à suivre)

    Marie-José Mondzain

    • Bayard
    • 13 October 2011

    "N'importe quelle vie est d'une certaine façon un film, à la fois déroulement ininterrompu qui va de naissance à trépas, mais aussi réseau fragmenté de trajets aléatoires".
    Ce livre est consacré à la poursuite, voire à la persécution, aussi bien dans les obstinations de la pensée, que dans les courses et dans les chasses racontées ou filmées ; il interroge donc aussi l'économie du suspense et des arrêts. La biographie croise ici l'expérience du spectateur de cinéma, l'une et l'autre ouvrant à leur tour la question du peuple. La question philosophique et politique des images est une poursuite ininterrompue du suspens contre toute tyrannie du continu.

  • Cueco dessins

    Marie-José Mondzain

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  • Un plafond devient livre...
    Véritable déambulation sous la voûte de la chapelle Sixtine, l'ouvrage propose une analyse détaillée et une réflexion sur les forces en jeu dans le chef d'oeuvre de Michel-Ange.
    Michel-Ange ouvre le regard moderne où la peinture n'est pas invention d'espace mais découverte de ce qui fait l'orgueil de la pensée. Orgueil qui n'est plus luciférien car il est la grandeur de l'homme dans son défi titanesque face à la cosmogonie des dieux. L'effroi du sacré est devenu rage ; colère des formes intempestives. L'oeuvre que l'on peut voir est une véritable insurrection du geste et de la forme contre tous les empires qui menacent notre liberté. Le peintre a un royaume :
    C'est son jour de colère.

  • Présentation d'une centaine d'expériences architecturales à travers l'Europe qui ont pour but de sensibiliser les enfants à l'environnement bâti.

  • Invité à revisiter le fonds photographique du Centre national des arts plastiques à partir de sa base de données, le photographe et plasticien Patrick Tosani s'est livré à une traversée des 12 000 oeuvres photographiques de la collection, pour en prélever un nombre important (1000 oeuvres, 300 photographes). Ce choix, subjectif et scientifique à la fois, constitue une sorte d'atlas sans légendes, mettant en mouvement les images, qui constituent en elles-mêmes des « champs de force », selon l'expression de l'historien allemand Karl Sierek. Aux grands noms de la photographie et à leurs chefsd'oeuvre vient s'ajouter un contenu en partie inédit, nombre d'oeuvres retenues n'ayant jamais été exposées ou très peu. Il s'agit d'une proposition de redécouverte de l'histoire de la photographie contemporaine, à partir de l'une des plus importantes collections de photographies en Europe.
    Ce livre-album de 500 reproductions est accompagné d'entretiens entre Patrick Tosani, Pierre Giner, le critique Laurent Roth et la philosophe Marie-Josée Mondzain, textes portant sur la question de la réception des images aujourd'hui.

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