• En 1940, la déroute militaire de la France s'accompagna d'un bouleversement politique qui vit disparaître
    la République. Né de la défaite, le nouvel État français fi t le choix de l'armistice et se proposa de conduire une « Révolution nationale », construite sur le socle idéologique de l'extrême droite. La haine de la démocratie et l'antisémitisme d'État furent deux des marqueurs de cette dictature, placée de bout en bout
    sous l'autorité du maréchal Pétain.
    Soucieux de voir reconnue sa souveraineté, le régime de Vichy opta pour la collaboration avec une Allemagne nazie perçue comme maîtresse du continent européen. Des rafles de juifs de l'été 1942 à l'État milicien en 1944, la dérive fascisante de Vichy était inscrite dans ce choix premier.
    En montrant la complexité d'un régime aux acteurs multiples et aux orientations parfois contradictoires, cet
    ouvrage saisit l'ensemble de la période, depuis les réalisations du régime jusqu'aux conditions de vie des Français occupés, sans oublier la lutte menée contre la France libre et la Résistance.

  • " Le maintien de l'ordre public, indispensable à la vie de la nation, doit être assuré par des mains françaises, des bras français, des têtes françaises ", déclarait en janvier 1942, devant la police parisienne réunie pour prêter serment de fidélité au maréchal Pétain, le ministre de l'Intérieur Pucheu. Mais revendiquer ainsi une pleine souveraineté _ grâce à laquelle Vichy entendait construire, sur les ruines de la République, la France autoritaire, corporatiste et xénophobe de la Révolution nationale _ était illusoire, dans un pays occupé aux trois cinquièmes et dont tous les actes étaient contrôlés étroitement par les Allemands.
    A partir d'une analyse minutieuse des rouages de l'Etat français, Marc Olivier Baruch démontre à quel point la revendication de servir face à l'ennemi dont se firent gloire les hauts fonctionnaires de Vichy revint trop souvent à servir l'ennemi. Pour n'avoir pas su, ou pas voulu, dépasser l'obligation d'obéissance formelle et réfléchir à la portée de ses actes, la plus grande part de la fonction publique française se trouva engagée, parfois à son corps défendant, dans la collaboration avec l'occupant nazi _ jusque dans ses aspects les plus sombres, quand vint le temps de la répression et des rafles. Quelques rares fonctionnaires cependant sauvèrent l'honneur en s'engageant dans une action résistante, parfois au prix de leur vie; on ne saurait pour autant voir dans la masse, pour l'essentiel attentiste et au mieux résistante de la onzième heure, des serviteurs fidèles de Vichy autre chose qu'une bureaucratie d'abord soucieuse de préserver sa place dans l'Etat.
    Ancien élève de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole nationale d'administration, Marc Olivier Baruch est administrateur civil au ministère de la Culture. Docteur en histoire, il est actuellement chercheur au CNRS (Institut d'histoire du temps présent).

  • En décembre 2005, dix-neuf des historiens les plus réputés de notre pays exigèrent l'abrogation de plusieurs lois en vigueur.
    La cause devait être grave pour que des professeurs au Collège de France, des membres de l'Académie française, des érudits respectés, des auteurs à succès et un ancien ministre jugent que la liberté d'expression se trouvait menacée par des textes « indignes d'un régime démocratique ».
    De quoi s'agissait-il ? D'abord d'une disposition, en vérité vite abrogée, enjoignant aux enseignants de souligner « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Puis de deux lois votées quatre ans plus tôt à l'unanimité par le Parlement : l'une qualifie l'esclavage de crime contre l'humanité, l'autre reconnaît le génocide arménien intervenu en 1915. Enfin, et aussi, de la loi Gayssot, qui depuis 1990 réprime la négation publique de l'assassinat systématique des juifs d'Europe par les nazis et leurs complices. Rien là-dedans qui bride, empêche ou censure le travail du chercheur... sauf du chercheur négationniste.
    Marc Olivier Baruch tente de comprendre, en historien de l'État, les véritables raisons de cette émotion, avivée récemment par les débats sur la pénalisation de la négation du génocide arménien. Il est conduit à remonter aux années 1970 pour interpréter, en s'appuyant sur le droit, l'histoire et la science politique, de telles prises de position, inséparables de leur contexte : montée du Front national, procès Barbie, Touvier et Papon, émergence de l'impératif mémoriel, instrumentalisation politicienne de l'histoire... - le tout sur fond de remise en cause de l'héritage de la Seconde Guerre mondiale et de la geste gaulliste.
    Dans cette démarche, Marc Olivier Baruch se montre fidèle au précepte placé par Montesquieu au coeur de L'Esprit des lois : « Il faut éclairer l'histoire par les lois, et les lois par l'histoire. »

  • De tous les pays d'Europe, la France présente la singularité d'avoir vu sa déroute militaire s'accompagner d'un bouleversement politique et idéologique. Né de la défaite de 1940, et mort avec la Libération, le régime de Vichy resta fidèle à ses choix initiaux, qui étaient ceux du maréchal Pétain : demander l'armistice, afin de conduire le redressement intellectuel et moral que devait subir la France. Ce fut la Révolution nationale, construite à la fois sur les valeurs les plus traditionnelles de la droite extrême, et sur de réelles ambitions modernisatrices. Ce livre en retrace, de façon synthétique, les grandes étapes. En matière de politique extérieure, le régime, soucieux de voir reconnue sa souveraineté, opta pour la collaboration avec une Allemagne nazie perçue comme définitivement maîtresse du continent européen. S'il y eut ensuite plusieurs phases dans l'histoire de Vichy, la dérive du régime - des rafles de juifs de l'été 1942, à l'État milicien du premier semestre 1944 - était inscrite dans ce choix premier, toujours confirmé malgré l'évolution des événements militaires. Mais ce livre cherche aussi à montrer la complexité d'un régime aux acteurs multiples, et aux orientations parfois contradictoires. Il évoque, enfin, les conditions de vie des Français occupés, et l'ambivalence de l'opinion à l'égard du régime et de celui qui restera, du début à la fin, le chef de l'État français, le maréchal Pétain.

  • Voici les actes du colloque organisé conjointement par le Conseil d'État et l'École des hautes études en sciences sociales en février 2013. C'est un triple défi intellectuel que ces rencontres eurent à relever. Aux difficultés inhérentes à toute histoire comparée, s'ajoutent non seulement le flou entourant la définition du terme de fonctionnaire ou de fonction publique, mais aussi la variété extrême des régimes composant "l'Europe des dictatures : 1933-1948".
    Ce fut le rôle de la 1ère session : "Prise du pouvoir et mise au pas" que de repérer à travers l'extrême diversité des situations des régimes, d'éventuels dispositifs communs visant à s'assurer l'obéissance de l'appareil d'État.
    Pour résumer la 2e session, "Le droit est un outil de légitimisation ", on ne peut qu'être troublé par l'absolu besoin de légitimité formelle que recherchèrent toutes ces dictatures. La problématique est sensiblement la même pour la 3e session : "Pratiques professionnelles et marges de manoeuvre". Les exemples abondent, on le sait, pour démontrer à quel point la maîtrise du métier administratif est un facteur décisif du succès ou non, des politiques publiques. Cette question de la marge de manoeuvre est essentielle. Et puis, le thème de la 4e session : "Personnes, institutions et réseaux" où il est montré comment certains firent le saut ! Nombre de ces cavaliers solitaires ont témoigné ensuite de ce qu'il leur en avait coûté, y compris après le retour à la normale, d'avoir choisi en toute conscience l'insoumission. Ces rencontres ont permis d'exhumer quelques unes de ces situations emblématiques qui conduisent à d'autres interrogations : une institution n'est-elle que la collection des personnes qui la composent ? Comment les institutions pensent-elles, agissent-elles, protègent-elles, répriment-elles ? La tension entre logique du "cavalier seul" et prégnance de l'esprit de corps est-elle si intense qu'elle ne peut être résolue que par des personnalités d'exception, lors de circonstances exceptionnelles ?

  • La France s'est construite autour de son État, et la période contemporaine ne fait pas exception. Tout au long de la Troisième République, et bien sûr sous Vichy, l'appareil d'État se renforce. L'administration joue ainsi un rôle décisif dans la mise en place des principales institutions sociales et politiques de la France républicaine. Mais cette administration est-elle pour autant " républicaine " ?
    La France s'est construite autour de son État, et la période contemporaine ne fait pas exception. Tout au long de la Troisième République, et bien sûr sous Vichy, l'appareil d'État se renforce. L'administration joue ainsi un rôle décisif dans la mise en place des principales institutions sociales et politiques de la France républicaine. Mais cette administration est-elle pour autant " républicaine " ? Autrement dit, qui les fonctionnaires entendent-ils servir en priorité : la Nation, la République, l'État ? La réponse n'est évidemment pas la même pour les conseillers d'État et pour les inspecteurs de la Sûreté, pour les officiers et pour les instituteurs, pour les magistrats et pour les ingénieurs des Ponts et Chaussées. Elle n'est pas non plus la même pour la République laïque du début du XXe siècle et pour l'État en crise du milieu des années trente. À partir d'une quarantaine de contributions de chercheurs (historiens, juristes, politistes), cet ouvrage aborde un volet indispensable à la connaissance des serviteurs de l'État au cours d'une période fondamentale de l'histoire de la France contemporaine. Par-delà les deux crises majeures que sont l'affaire Dreyfus et l'Occupation, on y trouvera à la fois une analyse de la machinerie de l'État et une étude des représentations que se font les fonctionnaires de leur place dans l'État, la société, la nation. Compétence, autonomie, obéissance, impossible réforme : le lecteur d'aujourd'hui retrouvera dans cet ouvrage bien des débats toujours d'actualité au sein de l'appareil d'État en France. Celui-ci est en effet l'héritier d'une longue histoire, relevant pleinement à ce titre d'une approche politique - tant la question des pratiques d'État en République est indissociable des enjeux même de la démocratie.

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