Littérature générale

  • Les Nattes

    Louis Veuillot

    Je ne vous connois pas, mademoiselle ; je ne vous ai point vue, jamais peut-être je ne vous verrai ; je ne sais pas même quel nom vous donner. Êtes-vous de visage doux ou sévère, brune ou blonde, grande ou de taille mignonne ? Je n'en sais rien. Si je vous rencontrois quelque part, serois-je frappé de votre aspect ? Je l'ignore, Peut-être vous ai-je rencontrée et me suis-je retourné pour vous voir, sans que je puisse, néanmoins, si je vous revois, me rappeler que déjà mes yeux se sont une fois arrêtés sur vous ; peut-être même que vous ayant considérée, vous ne m'avez point plu, sans que j'aie seulement pensé que vous ne me plaisiez pas.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • A quatorze ans, au plus fort de mon ignorance et de mon infortune, Dieu, préparant l'oeuvre de sa miséricorde, m'avait envoyé un ami, ou plutôt un protecteur ; car Gustave n'était ni de mon âge ni de ma condition. Mais nos existences et nos coeurs se trouvèrent bientôt si complétement mêlés, qu'il n'y eut plus de distance entre nous. C'était alors un garçon de vingt ans, très-épris des lettres, des sciences, des arts, et qui avait la généreuse passion de donner ses goûts, c'est-à-dire ses plaisirs, à ceux qu'il rencontrait.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Pierre Saintive

    Louis Veuillot

    Les longues excuses qui commencent toujours mes lettres, cher Gratien, ont dû te prouver depuis longtemps que ma paresse me fâche, mais que je ne puis en triompher. Si tu étais malade et si tu avais besoin de moi, un voyage de cent lieues ne me semblerait rien ; mais une lettre, c'est une affaire. Quand je prends du papier pour t'écrire, il me semble toujours qu'il s'agit d'un volume : on fait de très longues lettres lorsque l'on n'a rien à raconter ; la pensée déborde, s'étend à l'infini, si le fait n'est pas là pour la contenir dans un lit profond.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Février 1842.Faisons d'abord un peu de critique littéraire, et, pour l'instruction des Saumaises à venir, constatons ici comment un livre de M. Hugo paraît au jour. C'est d'abord un petit bruit que de discrets amis répandent : « On dit que Hugo va publier quelque chose. - Ah ! prose ou vers ? - Je ne sais. » On laisse passer une semaine. La semaine suivante : « Ce sera de la prose. - Quel sujet ? quel titre ? - Je ne sais. » On laisse passer quinze jours.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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