• Depuis une vingtaine d'années, les réflexions d'Axel Honneth se sont imposées comme une référence majeure dans les domaines de la philosophie morale, sociale et politique. On en retient souvent le thème de la reconnaissance. Il ne représente pourtant qu'un aspect d'une oeuvre qui, en dialogue constant avec ses contemporains (Rawls, Taylor, Fraser) et ses aïeux plus ou moins lointains (Hegel, Marx, l'École de Francfort), n'a cessé d'évoluer et de s'approfondir.
    Plus que le thème de la reconnaissance, c'est l'idée d'une « vie éthique démocratique » qui permet de retracer au mieux cette évolution. Elle appelle l'attention sur deux thèses que Honneth va puiser dans la Philosophie du droit de Hegel pour en montrer la pertinence toujours actuelle. La première veut que les demandes de reconnaissance possèdent un droit légitime lorsqu'elles contribuent au maintien, à l'intensification ou à l'élargissement de la « liberté sociale » de tous les concernés. La seconde que les rapports interpersonnels de reconnaissance soient disséminés parmi les institutions de la « vie éthique » moderne.
    L'enjeu que soulève la pensée critique de Honneth est alors d'examiner si, aujourd'hui, les institutions de la reconnaissance auxquelles nous participons - la famille, le marché du travail, l'État de droit, l'espace public - méritent véritablement le qualificatif de « démocratique ».

  • Quand il s'agit de rendre compte, par-delà les calculs intéressés de l'homo oeconomicus, de la manière dont tiennent les sociétés humaines, donner et reconnaître apparaissent comme deux dimensions constitutives de l'agir social. Mais du don et de la reconnaissance, il convient aussi, avant d'en appeler à leur syncrétisme, d'en interroger les proximités et les distances, ainsi que leurs consistances respectives. Par exemple, dira-t-on d'un don sans retour ou d'une reconnaissance sans réciprocité qu'ils sont encore dignes de ces noms ? Les activités de don et de reconnaissance se confrontent alors à une tierce dimension qui les taraude de l'intérieur: la domination.

    Cet ouvrage propose d'examiner plus précisément la façon dont se répondent et s'entremêlent les trois modèles du don, de la reconnaissance et de la domination, sur des enjeux contemporains situés au croisement de plusieurs horizons théoriques (la théorie critique, l'anthropologie, la phénoménologie sociale, la psychanalyse).

    Contributeurs : Thomas Bedorf - Fabio Bruschi - Louis Carré - Philippe Chanial - Katia Genel - Marcel Hénaff - Steffen Herrmann - Axel Honneth - Alice Le Goff - Alain Loute - Dirk Quadflieg - Johann Michel - Emmanuel Renault - Vladimir Safatle.

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