Seuil

  • Une femme, écrivain, face aux assauts de la vieillesse. Chaque jour qui passe la rapproche de l'ombre, et elle constate, avec calme et lucidité, la déliquescence de ses facultés mentales. Autour d'elle se pressent les enfants, qui s'inquiètent pour elle, l'admonestent de quitter l'Australie pour les rejoindre. Elle s'y refuse pourtant, préférant affronter l'inéluctable dans la liberté et l'indépendance de la solitude, s'interrogeant jusqu'au bout, sans relâche, sur le sens de sa propre existence et sur la nature profonde de notre humanité.

    En sept tableaux romanesques, J. M. Coetzee nous offre un somptueux portrait de femme et une leçon de littérature, aussi dense que brève. Dans une langue d'une épure admirable, il touche au coeur de nos interrogations les plus complexes et universelles (que restera-t-il de nous lorsque nous serons partis ? que transmet-on à ceux qui restent ?) et les affronte sans jamais se départir de sa suprême élégance, de sa dignité et de son humilité.

  • Disgrâce

    John Maxwell Coetzee

    Âgé de 52 ans et deux fois divorcé, David Lurie enseigne la poésie romantique et la communication à l'université du Cap. Encore jeune de corps et de coeur, ce Don Juan du campus se laisse aller à un dernier élan de désir, d'amour peut-être. Mais la petite étudiante se moque bien de Wordworth et de Byron et l'aventure tourne mal. Convaincu de harcèlement sexuel, David Lurie démissionne.

    Réfugié auprès de sa fille Lucy, dans une ferme isolée, il tente de retrouver un sens au seul lien qui compte encore à ses yeux. Mais les temps ont changé. La fracture sociale est arrivée jusqu'au coeur de ce pays et la violence n'épargne pas les campagnes. L'idylle pastorale tourne au cauchemar.
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    Aussi sombre que magnifique, l'élégie cynique de J. M. Coetzee jette une lumière glacée et crépusculaire sur la nation arc-en-ciel et consigne l'avènement d'un nouvel âge de fer.

  • Après Une enfance de Jésus, premier volet d'une suite romanesque, nous retrouvons, réfugiés anonymes dans la nouvelle ville d'Estrella, David et ses protecteurs, Simon et Inés.
    David est un petit garçon de six ans précoce et indépendant, qui pose sans cesse des questions. Il apprend la langue, il se fait des amis. Le grand chien Bolívar veille sur lui.
    Mais il faut scolariser l'enfant de plus en plus rétif à l'enseignement de Simon.
    Il entre alors à l'Académie de danse, où les élèves s'ébattent en chaussons dorés ; où la belle Ana Magdalena, ballerine, et son mari compositeur mêlent les nombres à la chorégraphie et à la musique pour créer une métaphysique inédite, qui séduit David et déconcerte Simon, les éloignant l'un de l'autre. Mais un événement violent met un terme abrupt à la scolarité du garçon et suscite en lui des questionnements sur ce que les adultes font aux adultes.

    Cette fable allégorique envoûtante nous entraîne dans un univers étrange, dépouillé, parfois absurde et évocateur de celui d'un Samuel Beckett, où J. M. Coetzee explore ce que signifient grandir, apprendre, être parent, et le duel incessant entre esprit et émotion. Ici s'imposent une fois encore l'habileté étourdissante du styliste et la vision novatrice de l'intellectuel.

  • Une oasis dans le désert, aux confins de l'Empire.
    Sur une cité paisible veille un homme juste et bon, le Magistrat. Seule marque de l'écoulement du temps : le cycle des saisons. Au-delà des frontières, une terra incognita parcourue par des nomades chasseurs. Pour la ville, une vague menace. Afin de prévenir les incursions des barbares, le pouvoir central organise des expéditions punitives. Les soldats rentrent avec leurs prisonniers qui sont ensuite affreusement torturés.
    Le Magistrat s'éprend d'une jeune prisonnière aux chevilles brisées. Il lui fait partager son lit, puis décide de la raccompagner chez les siens à la tête d'une expédition qui sera soumise à tous les périls : climat, espace qui se dérobe sans cesse, incompréhension des nomades. Convaincu d'intelligence avec l'ennemi, il devient lui aussi victime des tortionnaires, cependant que s'est déclenchée l'escalade des représailles.
    Les hostilités ont peu à peu vidé la ville de ses forces vives. Pillée par les soldats, désertée par sa garnison, elle attend, terrorisée, l'assaut définitif des barbares. Avec cette parabole sur le pouvoir et la liberté qui s'incarne dans des scènes d'une intensité cauchemardesque, J. M. Coetzee nous plonge dans un climat " de bruit et de fureur " qui n'est pas sans rappeler celui de son pays, l'Afrique du Sud.

  • Le jeune David et Simón, son protecteur, sont arrivés - on ne sait d'où - par bateau au camp de Belstar, où ils ont été reconditionnés afin de s'intégrer dans leur nouveau pays : nouveaux noms, nouvelles dates de naissance (âge de 5 ans attribué à David, 45 à Simón), mémoire lavée de tous souvenirs, apprentissage rapide de l'espagnol, langue du pays. Puis ils ont traversé le désert et ont atterri au Centre d'accueil de Novilla, où les services publics leur allouent un logement - sans loyer - ainsi que maints services gratuits, et l'aident à trouver un emploi de docker. David ayant perdu en mer la lettre qui expliquait sa filiation, Simón se fait le serment de lui trouver une mère que son intuition seule désignera. Inés, une trentenaire, est l'élue. Elle accapare l'enfant, dont elle fait sa chose et le soustrait au système éducatif, par la fuite vers encore une autre vie.
    Coetzee s'intéresse-t-il au traitement utopique des réfugiés dans un système bureaucratique efficace et une société purgée de passion ? Aux rapports pédagogiques et tendres entre le gardien Simón et sa charge, David, enfant précoce, parfois cabochard ? Aux effets de l'ignorance dans laquelle se trouve un enfant qui ne connaît pas ses parents biologiques ? Autant de questions qui restent sans réponse, qui en amènent de nouvelles comme dans un cycle éternel.

  • A travers une succession ingénieuse de huit discours ou "leçons" qu'elle est amenée à prononcer en public, Elizabeth Costello, romancière australienne vieillissante, nous dévoile peu à peu sa vie et ses pensées intimes. Nous la suivons dans ses déplacements aléatoires au gré des invitations : remise de prix en Pennsylvanie, conférence sur un bateau de croisière pour riches retraités, intervention sur les droits des animaux au Massachusetts, visite en Afrique du Sud pour la remise d'une distinction universitaire à sa soeur missionnaire, participation à un colloque sur le mal à Amsterdam ; tentative burlesque pour franchir la porte bien gardée du paradis vers un au-delà incertain [en expliquant que l'écrivain n'a pas de convictions mais défend celles de ses personnages.] La célébrité et l'adulation qui lui valent ces invitations à s'exprimer devant un auditoire reposent sur un roman publié voici 30 ans, centré sur Molly Bloom, la femme du héros d'Ulysse de Joyce. Mais de conférence en colloque, malgré son discours rôdé, Elizabeth Costello est lasse de ces prestations devenues routinières. Elle n'est plus qu'une romancière à bout de souffle, une Schéhérazade qui n'a plus d'histoire à conter, plus de vie à sauver. Son inappétence pour la vie et les relations humaines est à la mesure de ses interrogations sur des problèmes d'ordre éthique, métaphysique qui lui importent plus que l'avenir du roman.
    La cohérence du texte dont le fil conducteur est le personnage éponyme, Elizabeth Costello, tient à l'angoisse de la mort, de la mortalité et de l'immortalité qui taraude cette femme écrivain en fin de vie.
    Le précédent ouvrage Vers l'âge d'homme peignait rétrospectivement sur un mode autobiographique le portrait de l'artiste comme jeune homme et son échec comme poète. Ici, à travers la fiction de la romancière australienne, c'est un portrait de l'artiste comme vieille femme devenue, au seuil de la mort, une femme ordinaire que ses romans ne sauraient sauver.
    Plus intransigeant que jamais, mais - c'est ce que j'apelle le "mystère Coetzee" - sachant rendre son propos immédiatement accessible, miraculeusement intelligible, l'auteur poursuit son exploration des questions esthétiques et éthiques qui le tourmentent.

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  • Dans une ferme isolée en Afrique du Sud, au coeur du veld, Magda et son père vivent loin de toute
    civilisation. Sous la forme d'un monologue tourmenté, émaillé de rêveries et de fantasmes, qui constitue la
    trame du roman, Magda égrène son destin effroyable.
    Orpheline de mère, vieille fille honteuse de sa laideur et de sa virginité, elle vit avec son père, le
    baas, homme tyrannique et morose, qui laisse planer sur elle la menace de l'inceste et envers
    lequel elle ressent une haine amoureuse.
    Lorsque Hendrik, le contremaître noir ramène au domaine Anna, la femme-enfant qu'il vient
    d'épouser, le baas a tôt fait de la mettre de force dans son lit. Magda, en proie à une jalousie
    délirante le tue sans tout à fait le vouloir et l'enterre clandestinement. Elle tombe alors au pouvoir
    d'Hendrik qui la viole et vient la soumettre toutes les nuits, avant de fuir avec Anna le domaine
    stérile et maudit, dans la crainte d'être accusé de meurtre.
    Restée seule, Magda erre dans un étrange pays entre réel et hallucinations. Elle meurt bras en
    croix, face au ciel, dans son jardin désertique, hérissé de pierres.

  • Un jeune universitaire anglais prépare une biographie de John Coetzee, l'éminent écrivain sud-africain mort en 2006 en Australie, en se concentrant sur les années 70 quand JM Coetzee, trentenaire, écrivain « en gestation » partageait au Cap avec un père vieillissant une maison délabrée. Le biographe en puissance recueille les témoignages de 5 personnes qui auraient compté pour le défunt et l'auraient influencé dans la sphère personnelle : une femme mariée avec laquelle il a eu une liaison, une cousine, une danseuse brésilienne dont la fille prenait des cours d'anglais avec lui, deux anciens collègues évoquent l'amant, l'amoureux, la brebis galeuse de la famille afrikaner qui écrivait des poèmes. Émerge le portrait d'un homme austère - peu doué pour l'amour et la compassion, incapable de s'ouvrir, de communiquer, enseignant consciencieux mais sans charisme - que viennent encadrer des notes et extraits de ses carnets de l'époque.L'été de la vie permet à l'auteur d'imaginer sa vie d'un oeil critique et sans concessions mais révèle sous la cuirasse un coeur en souffrance, des tensions intérieures, désir inabouti d'exprimer sentiments et émotions, d'aimer.

  • Le jeune garçon est devenu jeune homme.
    John a échappé à sa famille étriquée et à l'amour étouffant de sa mère. tout en achevant ses études de mathématiques, il dévore la littérature mondiale et caresse son grand projet : quitter l'afrique du sud au bord de la révolution et se consacrer à l'art et à l'amour qui fera crépiter la flamme de la création. mais londres, c'est sa saison en enfer. dans la ville cruelle oú il reste un étranger, un colonial indésirable, il fait l'amer constat que le malheur est son élément : manque d'aplomb, d'ardeur, d'élan, manque de coeur.
    Echec et mat et fin de partie beckettienne. cet autoportrait de l'artiste comme jeune homme, crispé et méfiant, éclaire la genèse de l'oeuvre de j-m coetzee par l'évocation de ses vastes lectures, de ses découvertes en musique et en peinture contemporaines. célèbre pour sa réticence à se livrer, l'auteur confesse ici avec une impitoyable lucidité ses rêves d'amour fou, ses solutions farfelues aux crises d'un monde en proie à l'apartheid, à la guerre froide ou au conflit du vietnam.
    Analysant les souffrances du jeune coetzee, il a le cran de nous laisser sourire, et même rire, de ses interrogations et de ses mécomptes. mais au-delà de l'échec du poète féru de pound, d'eliot, de neruda et de brodsky, se profile le romancier qui écrira terres de crépuscule et disgrâce : l'afrique du sud, blessure qui n'en finit pas de faire mal.

  • Depuis la parution en 1982 en attendant les barbares, puis de michael k, sa vie, son temps, salués comme de véritables événements littéraires, john michael coetzee a toujours montré une réticence à sortir de l'ombre.

    Pour la première fois le romancier revisite l'afrique du sud d'il y a cinquante ans, à la recherche de la fraîcheur, de la spontanéité, mais aussi de la fausse naïveté du garçon qu'il a été.
    L'évocation autobiographique plonge dans les hantises et les secrets d'un enfant - brillant et docile à récole, despote et irascible à la maison - qui se cherche, entre un père qu'il méprise et une mère dont il craint sans cesse de perdre l'amour ; entre deux cultures et deux langues dont les sons rauques et obscurs lui font pressentir un monde troublant.

    Dans cette période de la vie qu'il faut " endurer en grinçant les dents ", avec ses embellies à vélo ou à la chasse dans le karoo désertique, oú l'eau de la gourde pendue au bougainvillée reste fraîche, l'enfant découvre l'autre - afrikaner, anglais, métis, noir, juif - et son corollaire de préjugés et d'injustices, perçoit le mystère du sadisme et du désir. déjà il sait : " ce qu'il écrirait, ce serait quelque chose de plus sombre, quelque chose qui, une fois que cela commencerait à couler de sa plume, se répandrait sur la page sans qu'on puisse l'arrêter, comme de l'encre renversée.
    Comme de l'encre renversée, comme des ombres qui courent à la surface de l'eau qui dort, comme des éclairs qui crépitent et qui zèbrent le ciel. ".

  • Foe

    John Maxwell Coetzee

    In the early eighteenth century, a woman finds herself set adrift from a mutinous ship and cast ashore on a remote desert island. There she finds shelter with its only other inhabitants: a man named Cruso and his tongueless slave Friday. In time, she builds a life for herself as Cruso's companion and, eventually, his lover.

  • En 1986, au Cap, Elizabeth Curren se meurt d'un cancer. Si depuis toujours elle s'est opposée par conviction à l'apartheid, elle a su se préserver des atrocités perpétrées en son nom. À présent, elle est brutalement confrontée à l'explosion de rage que le système a engendrée.

    Dans une longue lettre adressée à sa fille qui, exilée en Amérique, ne devra la lire qu'après la mort de sa mère, Elizabeth relate les étranges péripéties qui jalonnent ses derniers jours.

    Témoin de l'émeute et de la répression dans un township voisin, elle découvre le corps criblé de balles du fils de sa domestique noire. Un autre adolescent qui trouve refuge dans sa propre maison est exécuté sous ses yeux par la police. Parvenue ainsi au terme de sa vie, avec pour Ange de la Mort, pour seul compagnon auquel elle puisse confier sa colère et son désespoir un clochard venu échouer devant sa porte, Elizabeth tentera de faire sa paix avec le monde. Avec ces quelques jours dans la vie d'une vieille dame qui prend conscience des revendications inévitables de la jeunesse noire, J. M. Coetzee nous offre à sa manière grave, lancinante, un chef-d'oeuvre.

  • « En vieillissant, il se fait de plus en plus pointilleux sur ce qui touche à la langue ; le relâchement croissant au mépris du bon usage l'agace. Tomber amoureux, par exemple. "Nous sommes tombés amoureux de la maison », disent certains de ses amis. Comment pouvez-vous tomber amoureux d'une maison qui ne saurait vous aimer en retour ? [...] Et si cela lui ouvrait les yeux sur quelque [...] changement survenu dans la façon dont on ressent les choses ? ».

    La maison en Espagne, la ferme dans le Karoo, l'île de Robinson sont autant de vestiges d'un monde disparu.
    Dans ces trois textes brefs et lumineux, J.M. Coetzee semble vouloir nous offrir un condensé de son art et des thèmes qui irriguent son oeuvre. Il explore en particulier ce qui n'est plus : l'espoir, la magie de l'enfance, le lien à la nature et entre les êtres ; mais aussi le néant économique, social et moral qui a englouti et remplacé ce qui pouvait être sauvé.
    Ces pages, empreintes d'une nostalgie poignante, écrites dans un style d'une limpidité exemplaire, témoignent d'une réflexion toujours en mouvement et font écho notamment aux préoccupations de l'écrivain sur l'approche de la fiction et sur le brouillage des frontières littéraires qui séparent l'auteur de ses personnages.

  • Dans une rue d'Adélaïde (Australie), le photographe sexagénaire Paul Rayment est jeté de son vélo
    par un jeune chauffard. Amputé d'une jambe, il reprend connaissance d'un moi diminué sur son lit
    d'hôpital. Il refuse la prothèse, se cramponne à un déambulateur, s'empêtre dans ses béquilles. Il
    lui faut désormais une auxiliaire de vie pour soigner le moignon et veiller au ménage.
    Marijana Jokic, immigrée croate, restauratrice de tableaux dans son pays, recyclée dans les soins
    aux handicapés, remplit parfaitement son rôle. Si ce n'est que, sans le vouloir, elle ranime le coeur
    désséché de Paul, qui s'éprend d'elle, offre de parrainer son fils et de prendre toute la famille Jokic
    sous son aile. À la réalité inerte d'un membre artificiel, l'infirme substitue la chimère d'une famille
    fantôme qui prolongerait son monde rétréci.
    Et c'est compter sans l'inconnue - Elizabeth Costello - qui débarque pour tirer un parti romanesque
    de l'unijambiste amoureux éconduit. Prompte à le rappeler à l'ordre et à prodiguer quelques
    leçons de plus, ce double féminin bavard, insupportable et omniprésent s'acharne à élaborer une
    fiction d'un homme amoindri qui aborde la vieillesse.

  • Un spécialiste américain de la guerre psychologique transcende ses rancoeurs et ses angoisses en concevant un vaste plan macabre pour remporter la victoire pendant la phase 1973 de la guerre du ViêtNam, et en arrive à commettre un acte de violence odieux.

    C'est un cheminement identique qui amène un Boer à imaginer l'extermination des Noirs qu'il rencontre lors de son expédition vers le nord en 1760, après s'être vengé, dans un déferlement de violence et de meurtre, des Hottentots qui l'avaient humilié.

    Dans ces deux courts romans, son premier ouvrage romanesque publié en Afrique du Sud en 1947, l'auteur explore avec détachement en apparence ironique, glacial, et déjà une étonnante maîtrise technique l'âme de deux personnages mégalomanes, à la frontière où l'on rencontre l'autre et où on l'extermine, exprimant ainsi la mort et la folie qu'on a peur de détecter en soi.

  • Un éditeur donne à J.C., écrivain australien d'origine sud-africaine, l'occasion d'exprimer ses opinions sur des sujets de son choix : musique, sport, pédophilie, servitude volontaire, Machiavel, démocratie, Guantanamo, torture, terrorisme, etc. Par alter ego interposé, J.M. Coetzee jette sur notre monde un regard intransigeant et livre une méditation crépusculaire sur la vieillesse, le déclin des forces créatrices, la mort.

    Ralenti par la maladie, il confie la dactylographie de ses essais à une jeune voisine philippine qui l'émoustille. Dotée d'un solide bon sens, celle-ci critique ses idées, discute les textes avec son compagnon, financier peu scrupuleux, et finit par ôter leur tranchant aux opinions arrêtées de l'auteur, inspirant à Señor C une deuxième livraison d'opinions «adoucies».

    Le texte se dispose sur la page comme une partition sur trois portées pour des voix tantôt en résonance, tantôt en discordance. L'amour-tendresse et la compassion s'offrent en contrepoint de la disgrâce et du désespoir tandis que J. C. s'apprivoise à la mort dans l'admiration de Bach et de Dostoïevski.

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  • Octobre 1869. Un exilé revient à Pétersbourg. Son beau-fils Pavel vient d'y être victime d'un accident fatal : il doit reprendre les affaires du jeune mort. Le voyageur, un écrivain nommé Dostoïevski, a emprunté une fausse identité. La police le démasque et refuse de lui remettre les papiers de Pavel, mêlé aux activités d'un groupe terroriste. Dostoïevski s'installe dans la chambre de Pavel et noue une liaison érotique avec sa logeuse, une femme douce et sévère qui lui reproche son indécision. Il plonge dans un univers angoissant où les apparences sont trompeuses : Pavel s'est-il suicidé, a-t-il été tué par la police ou par ses camarades nihilistes ?

    Dérouté par les interrogatoires policiers, traqué par un indicateur qui pénètre dans son intimité, fasciné et écoeuré par sa rencontre avec le fanatique Netchaïev, il s'égare sur les traces de Pavel, dont l'image idéalisée vole en éclats. La Russie est malade, rongée par la pauvreté, l'autorité stupide et la violence destructrice. L'écrivain, hanté par son impuissance, ne peut qu'écrire en se nourrissant des vies blessées qui l'entourent et de se propres échecs.

    Un ouvrage profond, subtil, grave, où l'on retrouve le style austère de Coetzee, mais aussi un univers intérieur trouble et émouvant, porté par des images fortes. Un récit captivant qui se lit d'une haleine.

  • Il aura fallu attendre 1999 pour que J. M. Coetzee, aussi réputé pour ses romans que pour sa réticence à parler de lui, sorte de l'ombre et décide dans un premier récit autobiographique, Scènes de la vie d'un jeune garçon, de nous restituer la fraîcheur, la spontanéité de son enfance sud-africaine, entre deux langues et plusieurs cultures.

    Dans le deuxième volet, Vers l'âge d'homme, le futur auteur de Disgrâce poursuit sa quête identitaire, s'exilant à Londres pour échapper au carcan familial, fuir les tensions de son pays déchiré par l'apartheid, consacrer enfin sa vie à l'art. Malgré la frustration et la solitude, c'est le temps des révélations ? celle, notamment, de Samuel Beckett, modèle ultime de l'oeuvre à venir. Troisième saison : dans L'Été de la vie un universitaire anglais entreprend d'écrire la biographie posthume de « Citizen Coetzee » (supposé mort en Australie en 2003, l'année de son prix Nobel !) en interrogeant ceux qui l'ont connu dans les années soixante-dix. Au fil de cette traversée romanesque, perçant la cuirasse de la pudeur et explorant toutes les provinces d'un coeur tourmenté, l'un des plus grands écrivains de notre temps se dévoile sous un jour rare, souvent poignant, parfois malicieux, toujours passionnant.

  • Les 21 essais et entretiens présentés ici se composent d'une sélection très large des interventions critiques les plus importantes de J.M. Coetzee.
    Une première série de textes cherche à éclairer la genèse de son oeuvre. Des extraits tirés de sa thèse de doctorat sur Beckett, les révisions de manuscrit dans Watt, éclairent parfaitement ses tentations de style. Dans le discours de réception du Prix de Jérusalem, qu'il a obtenu en 1985, il s'exprime ouvertement sur les conditions particulières créées par la politique d'apartheid en Afrique du Sud.
    Dans une seconde série, Coetzee aborde les classiques : il parle de Robinson Crusoé, de Musil, et surtout nous offre, en parlant de Tolstoï, Rousseau et Dostoïevski, sa réflexion sur la volonté de se confesser dans l'autobiographie.
    Une troisième série a trait à la littérature mondiale : on voit Coetzee s'y exprimer sur des auteurs tels que Salman Rushdie, Borges, Naguib Mahfouz, Joseph Brodsky et Aharon Appelfeld.
    Enfin, une dernière série porte sur les écrivains sud-africains, souvent abordés dans leur rapport à l'autobiographie, comme c'est le cas pour Doris Lessing, Breyten Breytenbach et Nadine Gordimer.
    Tous ces textes sont d'une grande intelligence et révèlent l'intérêt de l'auteur pour l'histoire, la politique, les liens de la littérature avec la culture et la société.

  • L'acte d'écrire s'accompagne de celui de lire, deux passions qui s'épousent étroitement. Déjà dans Doubler le cap (le Seuil, 2007), recueil d'entretiens et d'essais, J. M. Coetzee évoquait les lectures qui sous-tendaient la genèse de ses livres. Avec ce recueil de chroniques littéraires publiées pour la plupart dans le New York Review of Books entre 2000 et 2005, Coetzee montre les " mécanismes internes " à l'oeuvre dans l'acte de création.
    Dans ce volume, qui nous mène d'Europe centrale (avec I. Svevo, R. Walser, R. Musil, W. Benjamin, B. Schulz, J. Roth, Sándor Márai, Paul Celan, tous auteurs de la Mitteleuropa -- mosaïque linguistique et culturelle qui s'épanouit au lendemain de la Première Guerre mondiale et connut ensuite les régimes totalitaires et l'horreur de la Shoah-- ou avec Günter Grass et W. G. Sebald) aux Amériques (Walt Whitman, W. Faulkner, S. Bellow, Philip Roth, G. Garcia Marquez, V. S. Naipaul), du Japon en Afrique Australe (Nadine Gordimer), Coetzee met en évidence l'importance du contexte historique, politique et culturel dans lequel chacun des écrivains qu'il nous présente a composé son oeuvre. C'est " la relation de l'art et de la politique, la parenté entre l'esthétique et l'érotique, la responsabilité de l'écrivain et le potentiel éthique de l'art romanesque " qui est au coeur de sa démarche. Sans jamais recourir au jargon de la critique moderne, Coetzee nous fait découvrir des aspects cachés de l'oeuvre de ces auteurs, célèbres et moins célèbres.

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