• Rodmoor

    John Cowper Powys

    Publié en 1916, ce grand roman psychologique, que Powys écrit en partie pour exorciser une forme de folie qu'il subit depuis l'enfance, explore magistralement les différents états de conscience d'un certain Adrian Sorio, à qui semble avoir été accordé un précaire répit avant l'inéluctable débâcle de son esprit : « Je sais que j'ai en moi quelque chose dont la vérité est démente... et qui mord les choses jusqu'à l'os. » Cet horizon tragique est dessiné dès l'incipit lorsque, de retour d'Amérique sans son fils, Sorio se laisse convaincre par sa jeune amante, l'élégante Nance Herrick, de l'accompagner dans l'East Anglia, à Rodmoor. Ce finistère au nom sinistre fait planer sur les premières heures du séjour une sourde menace. Il est habité par une petite communauté de gens bizarres : l'ancienne amante du père de Nance, Miss Doorm ; un camarade « efféminé » d'Adrian, Bathazar Stork ;
    Un docteur désabusé ; un prêtre empathique ; et par la richissime Mme Rensham dont le fils Brand séduit la demie soeur de Nance, et dont la fille Philippa, « prêtresse d'Artémise » à l'instinct destructeur, tombe amoureuse (le mot est faible) d'Adrian. Cependant, comme le souligne le titre, le seul véritable héros de ce roman « dédié aux mânes d'Emily Brontë » n'est ni un homme ni une femme, quand même nous retient le va-et-vient tourmenté d'Adrian entre les deux pôles (mondain et asocial) de sa vie sentimentale, c'est bien plutôt une envoûtante lande au bord de la mer, dans le Norfolk, à l'Est des « Hauts de Hurlevent ».
    Si complexes que soient en effet les protagonistes de cette histoire, ils sont soumis, au-delà de leur caractère individuel, à la grande loi des « flux et reflux » qui régit l'univers (« le bruit de la marée sur la plage de Rodmoor était l'arrière-fond de toutes choses ») ; c'est cette loi mystérieuse qui détermine leurs mouvements intérieurs, contradictoires et incessants, dont la cause leur échappe ; mais ils reconnaissent en eux l'emprise magnétique de ce paysage terraqué, fortement érotisé, et qui reflète le désir fou qu'à Rodmoor ils ont tous, ou presque, de détruire le contentement de leur propre vie : « On s'y désintègre, vous savez, on y perd son identité et on oublie les règles [....] Ce que nous cherchons, c'est la ligne de fuite... c'est la phrase même de mon livre. » Et il semble qu'en effet pour Powys la seule façon de s'évader des attaches familiales soit d'émigrer vers d'autres sphères subhumaines ou surhumaines, en somme, de se fondre dans la nature.

  • John Cowper Powys se défie de l'affliction autant que de la sérénité. Le philosophe avance, en funambule, sur un fil tendu au-dessus du gouffre de la solitude. Dans une approche présentée comme « libre, sceptique et indépendante », il se propose de « retourner aux sensations fondamentales de la conscience planétaire ». Pour ce faire, en grand érudit, il invoque les présocratiques, Rousseau, le stoïcisme, et renoue avec les philosophies orientales, deux décennies avant la Beat Generation.
    Mais l'auteur se fait surtout intraitable critique. Son désir de « rappeler la philosophie », comme sa dénonciation de l'impuissance des grands systèmes philosophiques, résonnent avec force. La recherche de la solitude et le mépris du destin font dès lors office de vaccin contre l'amertume de l'existence.

  • Givre et sang

    John Cowper Powys

    Rook Ashover est un homme hanté. Par l'intensité de ses liens avec la nature, par les trois femmes qu'il désire avec une violence sourde, par l'amour dévorant qu'il voue à son jeune frère Lexie, condamné par la médecine. Perdu dans ses pulsions contradictoires, hésitant entre la culpabilité et le chagrin, le désir et le remords, la fidélité au passé et l'horreur que lui inspire une hérédité maudite, Rook ne se tient jamais bien loin de la folie. Son attirance sensuelle et mystique pour la nature imprègne le récit de sa déchéance d'un lyrisme touchant au sublime.

  • Ce n'est pas l'heure de parler abondamment de Nietzsche. Les voix du dissentiment se sont tues.
    La foule a cessé de hurler. Mais une chose bien pire lui arrive, la chose qu'entre toutes il redoutait le plus : on se met à l'«accepter» - les prédicateurs le citent et les théologiens l'expliquent.
    De nos jours, ce qu'il implorerait, ce sont des Ennemis - des Ennemis acharnés, implacables -, mais notre époque ne peut en produire de semblables. Elle ne peut produire que la raillerie ricanante, ou bien l'approbation conventionnelle et apeurée.
    Cet Essai sur Nietzsche resté inédit en français, résonne comme un cri qui veut conjuguer désespoir et enthousiasme. Les passerelles entre les oeuvres des deux hommes sont nombreuses et, à l'image des personnages powysiens, saturés, contradictoires, écorchés, romantiques, c'est aussi un autoportrait qu'il trace en filigrane de ce texte saisissant.

  • Owen Glendower

    John Cowper Powys

    Nous sommes à la fin du XIVe siècle, en pleine guerre de Cent Ans. Profitant de ce que la couronne d'Angleterre se trouve disputée entre plusieurs factions, le baron gallois Owen Glendower prend les armes, se proclame prince de Galles et fait flotter l'oriflamme au dragon rouge sur les châteaux de la « frontière ». Dans le sillage du prince celte révolté, le jeune Rhisiart va s'initier à la vie, qui est elle-même une guerre de tous les instants. On brandit l'épée, on échange avec la même conviction horions et arguments théologiques, on invoque les génies - bienfaisants ou malfaisants - qui se cachent sous la robe de Dame Nature. On cherche la sainteté. On assassine. On fornique. Tout cela tissé de fils violemment colorés, nimbé de lumières étranges, éclaboussé de métaphores renversantes, de considérations songeuses ou provocantes, nourri de foi autant que d'hérésie.

  • Écrivain inclassable, John Cowper Powys est un mystique qui allie la spiritualité de Shelley à l'extase sensuelle de Keats. Poète philosophe sans mystère ni syllogisme, à jamais en quête de l'authentique, toujours prêt à dénoncer la futilité de la dialectique abstraite, il nage à contrecourant de son temps, savourant sa marginalité.

    Né en 1872, au presbytère de Shirley, dans le Derbyshire, J.C. Powys est l'aîné des onze enfants du Révérend Charles Francis Powys et de son épouse Mary, femme discrète, étrange, qui toute sa vie préféra " l'ombre à la lumière ". Sans doute sa situation d'aîné de famille nombreuse expliquet- elle ce tiraillement entre " esprit de clan " et désir de solitude, ce besoin d'affirmer son identité, tandis que son éducation austère, sous-tendue de principes philosophico-religieux, justifierait ce désir d'explorer les méandres de la conscience à travers essais ou romans palpitant de passions intenses et nerveuses. Installé aux États-Unis de 1905 à 1934, John Cowper Powys fut vite reconnu comme un brillant et inlassable conférencier par les milieux universitaires américains. Il y écrivit de nombreux essais, parmi lesquels, Le sens de la culture, en 1929, L'Art d'oublier le déplaisir, en 1928, L'Apologie des sens, en 1930 et six romans dont Givre et sang, en 1925, Wolf Solent, en 1929, Les sables de la mer, en 1934 et, en 1932, Les Enchantements de Glastonbury. Sa remarquable Autobiographie, parue en 1934, est le dernier ouvrage qu'il écrivit aux États-Unis. Pour John Cowper Powys, l'écriture tient lieu d'exorcisme. Prompt à s'abandonner à un pessimisme de barde janséniste, il prêche ici la maïeutique du détachement. Sa philosophie de l'oubli, qui n'est
    pas étrangère à la pensée nietzschéenne, invite l'homme à se libérer de ses propres chaînes, à entrer en libre possession de son âme, de sa vie. Devant la douleur, il préconise le détachement, avec des accents qui rappellent Schopenhauer et les messages orientaux : immergeons-nous dans une sorte d'amnésie en comprenant que le monde solide, opaque n'existe pas. L'art de vivre, pour Powys, est une éducation de l'oubli. Toute sa vie, il fut torturé par des images de violence, des obsessions sadiques, que sa conscience morale rejetait et que, par bonheur, il a léguées à ses personnages, collectionneurs de livres interdits, érudits en proie aux puissances du Mal, simples d'esprit, géants poursuivis par le désir du meurtre... Tous pourtant, à un moment ou l'autre de leur vie, sont soulevés par la révélation de l'amour, par cette exaltation qui les relie au monde animal, minéral ou végétal. Francine de Martinoir, La Croix, 1er décembre 1997. Du même auteur chez José Corti : Petrouchka et la danseuse ; L'Art de vieillir ; La Religion d'un sceptique ; Esprits-frères. Sur nos pages web : http://www.jose-corti.fr/auteursetrangers/powys.html

  • La guerre menée par le prince celte Owen Glendower, qui rêve d'arracher le pays de Galles à la tutelle de l'Angleterre, est à l'image de toute existence : quelques triomphes et une défaite assurée pour finir. Des années ont passé. Rhisiart, devenu le secrétaire du prince rebelle, voit son destin livré aux caprices de l'Histoire, laquelle se plaît comme on sait aux chassés-croisés et aux malentendus. Il n'épousera pas celle qu'il aime, et celle qu'il épousera ne laissera pas de le fasciner, et d'en fasciner quelques autres. Mais l'amour lui-même, comme les autres entreprises des hommes, n'échappe pas au tourbillon qui tout emporte...

  • John Cowper Powys, nous le savons, est un démiurge de poids : romans, essais, journal, autobiographie sont désormais connus du public français.
    Il a également écrit des milliers de lettres, pour la plupart inédites à ce jour. Elles sont si révélatrices de la personnalité de leur auteur, si fourmillantes de détails sur sa carrière de conférencier, d'écrivain, sur ses goûts littéraires, sa vie quotidienne, ses liens avec Llewelyn, le frère adoré, ses amours de passage et ses liaisons marquantes (Frances Gregg et Phyllis Playter), que tout amateur se plongera avec délices (et profit) dans cette correspondance qui fait littéralement partie de l'oeuvre.
    Il y retrouvera, au gré d'une syntaxe et d'une ponctuation souvent (volontairement ou inconsciemment) capricieuses, le style inimitable de l'auteur de Givre et Sang, le flot torrentiel des fantasmes, peurs, lâchetés, exaltations et obsessions de l'homme John Cowper. Que tous les non-lecteurs de Powys ne se sentent pas exclus cette correspondance, dont la sélection (1910-1940) s'étend délibérément sur une période charnière de sa vie et des événements du siècle, est aussi celle d'un témoin.
    Depuis une Amérique, tantôt aimée, tantôt haïe mais toujours " bien-pensante ", le visionnaire porte un regard acéré sur les deux guerres mondiales, un regard complice sur les opprimés, un regard séduit sur la féminité : cette foisonnante symphonie d'idées et de sentiments est l'une des plus intéressantes - et émouvantes - de l'époque.

  • Première (1933) des très rares nouvelles écrites par Powys : dans ce texte fantastique inédit en français dialoguent des bibelots, des fantômes et des personnages de livre, autour d'un vieux couple isolé dans un appartement new-yorkais et menacé d'expulsion.

  • Psychanalyse et moralité

    John Cowper Powys

    • Puf
    • 17 October 2009

    La psychanalyse nous a-t-elle libérés du carcan des tabous sexuels ? Doit-on se féliciter de ses bienfaits thérapeutiques ou faut-il au contraire déplorer l'un de ses effets pervers dans le relâchement des moeurs et la surenchère des transgressions que notre époque met en scène avec complaisance ? En remettant en cause la notion ancestrale de « péché », a-t-elle indirectement contribué à la « crise des valeurs » qui agite notre siècle ? Au-delà de la psychanalyse, c'est de la révolution des mentalités qui s'amorçait au début du siècle dernier dont il est question dans cet essai paru en 1923 et pour la première fois traduit en français. Avec un talent prophétique, une profondeur de vue et un sens de la mesure qui confirment son génie, John Cowper Powys tente d'évaluer les bénéfices probables et les dévoiements possibles de ce bouleversement et donne au lecteur d'aujourd'hui des pistes de réflexion sur des questions plus brûlantes que jamais.
    John Cowper Powys (1872-1963) fut un romancier de grande envergure, un poète, un philosophe, auteur d'essais et d'une très importante correspondance, écrivain d'une puissance, d'une complexité, d'une profondeur et d'un humour exceptionnels. Fort bon orateur, il passa plus de trente ans comme conférencier itinérant aux États-Unis.

  • John Cowper Powys a toujours fait parade des pierres semi-précieuses de ses divers " moi ".
    Ses romans, ses histoires, ses livres de philosophie populaire, sa poésie, son autobiographie - tout fut écrit afin d'impressionner le lecteur par ses brillantes et obsessionnelles transformations de la réalité en mythe ; pour éblouir, par les éclats du reflet scintillant de son verbe magique, les murs de la prison de la mort. Mais c'est son Journal, qui est, avant tout, son Apologie : le Chef-d'oeuvre le plus difficile de l'alchimiste, le conte de fées du magicien écrit pour enchanter son élémentale captive.
    John était conférencier itinérant lorsqu'il rencontra Phillis Playter, alors âgée de vingt-six ans. Toute fragile qu'elle fût, physiquement et sentimentalement, Phyllis, alias T.T. (" Tao " de Powys, sa " Toute Ténue ") devint presque immédiatement l'assise de son être et, en un sens, le véritable sujet du Journal. On peut lire celui-ci à plusieurs niveaux : comme un feuilleton autobiographique d'une franchise indécente ou comme une métaphore : la transformation d'une douleur chronique en art.
    On peut le lire simplement pour ses adroites improvisations techniques, ou pour ce qu'il révèle sur le processus de l'écriture de ses romans. On peut, et c'est le plus satisfaisant, le lire comme si c'était, déroulé sur des années, le roman triste et drôle, émouvant et douloureux, de deux choses à " moitié humaines " qui luttent pour faire face et échapper à la " prison du monde ".

  • Les deux essais présentés ici se situent à contre-courant des valeurs de notre époque puisqu'il y est question de détachement et de suspension de jugement.
    Cette distance philosophique, que john cowper powys qualifie de shakespearienne et qui serait peut-être l'équivalent occidental de la posture zen, nous invite à regarder l'existence humaine comme une tragi-comédie dont les protagonistes, tour à tour acteurs ou spectateurs, sont les " pantins métaphysiques ". dans le premier essai, la religion d'un sceptique, powys expose sa position philosophique à l'égard de la religion chrétienne.
    Publié à peu près à la même époque que le premier (en 1925), il est d'ailleurs la transcription d'une conférence donnée quelques mois plus tôt au dutch treat club de new york. john cowper powys ne cessa cette activité d'orateur pour se consacrer entièrement à l'écriture qu'à l'âge de 58 ans, en 1930. le deuxième essai, consacré à anatole france, est tiré d'un recueil suspended judgements (publié en 1923).
    Il offre un bon exemple de la méthode critique affectionnée par powys. cette méthode, qu'il intitulait " analyse dithyrambique ", consiste à s'insinuer de manière empathique dans l'esprit d'un auteur en faisant, autant que possible, abstraction de ses propres préventions. à sa mort, en 1963, il laissait une oeuvre immense, tant par son volume que par sa profondeur et par l'étendue de ses intérêts. considéré par beaucoup comme un écrivain majeur du xxe siècle, il n'en demeure pas moins étrangement confidentiel.

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  • Avec Le Déluge, dernier volume de l'oeuvre monumentale de John Cowper Powys, s'achèvent Les Enchantements de Glastonbury. Les situations et les passions évoquées dans Le Testament, La Crucifixition et Le Miracle, éclatent avec les grandes marées d'équinoxe de mars. Chacun des habitants de Glastonbury parvient alors à l'apogée de son destin. John Geard, qui est la projection magnifiée de Powys tel qu'il s'est toujours rêvé, meurt en apothéose dans la scène finale du déluge au moment où lui apparaît Cybèle, la déesse virile couronnée de tours, symbole de cette constante de l'oeuvre : l'androgyne.

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