• Simon

    Jocelyn Desverchere

    Simon a six ans. C'est lui qui parle, c'est lui qui raconte ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il comprend, ce qu'il ne comprend pas. Et aussi ce qu'il comprend sans le savoir, entre les gestes et les mots.
    Les mots? ceux qu'il emploie sont simples, mais ils n'ont rien d'enfantin, Jocelyne Desver- chère n'a pas essayé d'imiter le langage d'un enfant de six ans. Cependant, la pureté de sa langue, et la syntaxe si particulière de l'auteur, si sensible, immédiate, brève, restituent l'impression d'une innocence propre à l'enfance.
    Simon s'entend bien avec sa mère, ils sont complices, ils s'amusent, il y a beaucoup d'amour et de tendresse. Ses parents semblent s'entendre plutôt bien, c'est une famille. Mais le père a une liaison, que la mère découvre. Elle se suicide.
    Alors son père s'en va travailler très loin et il confie pour un temps Simon a des amis pay- sans, proches, Fernand et Fiflne. Simon va passer de belles semaines avec eux, à la ferme, grâce à leur tendresse bourrue. Il va comprendre la nature, les animaux, la vie simple. Mais les parents de sa mère, ses grands-parents, veulent le reprendre. Il va s'enfuir et, dans sa fuite, se noyer.
    C'est une histoire très triste et pourtant lumineuse, à cause sans doute de cette manière inimitable qu'a Jocelyne Desverchère de raconter, très influencée par l'écriture scénaristique, faite de ruptures et de syncopes dans la narration, tantôt elliptique, tantôt s'attachant à des détails appa- remment anodins, révélateurs en fait, jamais gratuits.

  • A aime B qui est mariée avec C, dont elle a une petite fille mais qui la trompe avec D. B l'apprenant elle succombe, mi par amour mi par vengeance, aux avances de A dont elle est rapidement enceinte. Mais elle choisit finalement de revenir avec C qui élèvera la fille de A comme si c'était la sienne. A refera sa vie avec E qui est l'infirmière qui le soigne après un grave accident.
    Que A s'appelle Antoine, B Christine, C Louis, et E Viviane (tandis que D n'a pas de prénom, c'est simplement « la grande ») ne change rien au fait qu'il s'agit d'une histoire d'amour, de tromperie, de rupture à la fois conventionnelle et triste à laquelle son simple résumé ne saurait rendre justice.
    Car tout, dans ce roman bref est exceptionnel. Le milieu d'abord, dans lequel évoluent les personnages et auquel on est pas habitué dans la littérature contemporaine : celui de petits employés administratifs, sans grande ambition mais sans amertume non plus, chez qui la vie passe simplement. Il y a dans ces pages, souvent, une atmosphère à la Emmanuel Bove. Les sentiments ensuite, le désir, les passions, qui les agitent comme ils agitent des héros de tragédie ou de drame, pas moins. Et enfin l'écriture, pour en rendre compte. Elle joue des ruptures de ton, des syncopes narratives. Elle s'attache à des détails incongrus qu'elle développe et puis, tout d'un coup, elle devient efficacement lapidaire, comme pour exacerber telle émotion, telle sensation.

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