• Pour La Bruyre, le jeu trouverait son origine dans l'incapacit de l'homme rester seul. De fait le statut du jeu est paradoxal. D'une part, jouer c'est se situer en dehors des rgles et contraintes qui encadrent la vie quotidienne. Mais, d'autre part, tous les jeux se conjuguent avec le "Vivre ensemble ". Les jeux disent la socit en mme temps que la socit dit les hommes. C'est dire que tout jeu fait partie d'un complexe plus tendu et n'existe jamais comme fait isol. Le Moyen ge a beaucoup jou, mme si les tmoignages restent souvent discrets et peu abondants. De fait, c'est une vritable invasion ludique qui semble caractriser cette priode. travers cet ensemble de vingt-six articles ce sont toutes les grandes catgories de jeux mdivaux qui sont successivement parcourus. Ce sont les checs, le " roi des jeux et jeu des rois ", avec une attention toute particulire apporte au Livre du jeu d'checs du dominicain Jacques de Cessoles. Ce sont les jeux de hasard avec le jeu de ds, omniprsent en dpit d'un imposant arsenal rpressif forg par les autorits civiles ou ecclsiastiques. Plus tardivement ce sont les jeux de cartes dont le succs s'explique la fois par des progrs techniques et par la combinaison de hasard et de la rflexion. Ce sont enfin les jeux sportifs, en tte desquels le jeu de paume affirme sa place croissante. Les jeux sont la fois un miroir de la socit et une mmoire de cette socit.Ils sont porteurs de mille et une interprtations qui, toutes, touchent au vcu des hommes, qu'il s'agisse du pouvoir, des croyances, de l'ducation, de l'amour, du travail, du loisir, en un mot de la vie et de la mort. Incontestablement, le savant nerlandais J. Huizinga avait raison : "Tout jeu signifie quelque chose ".



    Jean-Michel Mehl est Professeur mrite d'Histoire mdivale l'Universit de Strasbourg. Il a consacr l'ensemble de ses recherches l'histoire des jeux et sports du Moyen ge. On lui doit notamment Les Jeux au royaume de France du XIIIe au dbut du XVIe (Paris, Fayard, 1990), Jacques de Cessoles, Le Livre du jeu d'checs ou la socit idale au Moyen ge, XIIIe sicle (Paris, Stock, 1995) ainsi qu'une soixantaine d'articles dans diverses revues tant franaises qu'trangres.

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  • Jeux de paume et jeux de dés, jeux d'adresse et de société, jeux d'armes, jeux de tables et de marelles, cartes, échecs, les jeux ont une histoire qui dépasse de beaucoup la description de leur matériel et de leurs règles.

    Qui joueoe où et quandoe le portrait des joueurs met en évidence les rapports du jeu avec la vie sociale, même si les joueurs, par définition, pensent y échapper. car les jeux sont des gestes qui traduisent l'organisation d'une société. face aux jeux la société réagit en même temps qu'elle se révèle: réprimés ou tolérés, organisés ou spontanés, les jeux sont l'objet d'innombrables jugements qui se modifient au fil du temps.

    Pendant la fin du moyen age et le début de la renaissance une vie de cour plus raffinée où s'élaborent de nouveaux codes de comportement favorise les jeux. mais cet essor traduit aussi la disponibilité croissante en temps et en argent. les jeux prolifèrent comme en témoigne l'interminable liste des jeux pratiqués par le jeune gargantua. en fait, une hiérarchie s'établit: les jeux sportifs et intellectuels sont encouragés, ce qui a pour contrepartie obligée le développement des jeux de hasard, régulièrement condamnés. ainsi s'explique le succès sans précédent des cartes, ce jeu qui combine les incertitudes du sort et le plaisir intellectuel d'une tactique préméditée ou élaborée au fur et à mesure de la partie.

    La passion des français pour les jeux ne cesserait plus. " les français naissent une raquette à la main. il y a plus de jeux de paume que d'églises ", notait un voyageur anglais dans les premières années du xviie siècle.

    Jean-michel mehl, né en 1946, est agrégé d'histoire, docteur ès lettres, maître de conférences d'histoire médiévale à l'université des sciences humaines de strasbourg.

  • Bien que souvent présent dans le monde animal, le jeu est souvent présenté comme inséparable de l'être humain. Il serait immuable. Quels qu'ils soient, jeux de hasard, jeux intellectuels ou jeux sportifs, ils ont une histoire. On les voit naître, certains se développent, d'autres restent confidentiels. Ils ont parfois résisté au temps, alors que d'autres sont morts et que d'autres enfin ont ressuscité. On sait que de nos jours ils occupent une place énorme dans les emplois du temps et les budgets des uns ou des autres. Les jeux sont à la fois miroir et mémoire des sociétés qui les pratiquent. Miroir parce qu'ils reflètent les gouts, les préférences ou les aversions de ceux qui jouent. Mémoire parce qu'ils ne s'affranchissent jamais totalement de leur ancrage dans les temps passés. C'est dire à quel point la conjugaison de ces deux fonctions est riche d'enseignements. Tout ou presque peut y figurer: croyances, morale, organisation économique et sociale, et bien sur les rêves, sans lesquels la connaissance de l'homme reste inaccessible. Les jeux, c'est l'homme.

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