• Ce livre explore les liens historiques et les similarités entre esclavage et utilisation contemporaine des énergies fossiles et montre comment l'histoire peut nous aider à lutter contre le changement climatique. Il décrit d'abord le rôle moteur de la traite dans l'industrialisation au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, puis explique comment l'abolition de l'esclavage peut être pensée en lien avec l'industrialisation. En multipliant les bras «virtuels», les nouveaux esclaves énergétiques que sont les machines ont en effet progressivement rendu moins nécessaire le recours au travail forcé. L'ouvrage explore ensuite les similarités troublantes entre l'utilisation des énergies fossiles aujourd'hui et l'emploi de la main-d'oeuvre servile hier, et les méthodes utilisées par les abolitionnistes pour parvenir à faire interdire la traite et l'esclavage. Ces méthodes peuvent encore inspirer aujourd'hui l'action politique pour décarboner la société.

  • Le 10 mai 1785, le Bon Papa, modeste trois-mâts de 280 tonneaux, hissait les voiles à Paimboeuf, près de Nantes, et mettait le cap plein ouest. À son bord se trouvaient trente-six familles que l'armateur du voilier s'était engagé à amener à bon port. Le vaisseau, arrivé à destination après quatre-vingts jours de traversée, le 29 juillet 1785, n'était que le premier de sept navires qui transportèrent, à la même époque, près de 1600 Acadiens dans le Mississippi. Cette émigration est considérée par la communauté cajun en Louisiane comme l'un de ses moments fondateurs. Elle reste en revanche largement méconnue du public canadien et européen.

    Trente ans - presque jour pour jour - avant l'arrivé du Bon Papa à La Nouvelle-Orléans, sept ou huit fois plus d'Acadiens s'apprêtaient à embarquer dans des vaisseaux au départ de la Nouvelle-Écosse, à l'extrémité sud-est du Canada. Entre le 28 et le 31 juillet 1755, en effet, le gouverneur anglais de cette colonie, Charles Lawrence, en prélude à la guerre de Sept Ans, prenait la décision d'expulser tous les habitants d'origine française relevant de son territoire pour les disperser dans les Treize Colonies anglo-américaines. Joseph LeBlanc, alors âgé de vingt-cinq ans, originaire du bassin des Mines, fit partie de ceux qui furent transportés en Virginie, puis de cette colonie en Angleterre. Plusieurs autres proscrits de l'été 1755, ayant suivi des trajectoires parallèles à la sienne, se trouvaient à bord du même navire. Joseph LeBlanc et ses compagnons pensaient-ils aux circonstances de leur premier départ, trente ans auparavant, en s'éloignant des côtes bretonnes ? Pourquoi quittait-il la France ?
    Jean-François Mouhot a étudié l'histoire aux Universités de Besançon (France) et de Birmingham (Grande-Bretagne), à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l'Institut Universitaire Européen (Florence, Italie), où il a obtenu son doctorat sur Les Réfugiés acadiens en France (1758-1785) en 2006. Il a enseigné aux universités de Galway (Irlande), Lille (France) et Birmingham, où il est chargé de recherche et où il enseigne l'histoire environnementale.

  • Protéger l'environnement est devenu un impératif incontournable des politiques publiques et un enjeu central des débats de société. Mais on oublie trop souvent l'ancienneté des actions de protection dont l'environnement a fait l'objet et la complexité des questionnements qu'elles ont soulevés à travers le temps. C'est cette lacune que le présent ouvrage entend combler : en s'interrogeant plus précisément sur les spécificités historiques de la protection de l'environnement en France et dans ses colonies depuis deux siècles, il entend offrir le recul nécessaire pour mieux comprendre les enjeux d'aujourd'hui.Y a-t-il une singularité des parcs nationaux ou régionaux français ? La France a-t-elle influencé ses partenaires européens dans leurs politiques environnementales, ou est-ce l'inverse ? Quel rapport les Français entretiennent-ils historiquement avec leur environnement ? La religion, l'éducation ont-elles établi un lien spécifique qui nous différencie de nos voisins ? A travers des exemples aussi diversifiés que la protection des oiseaux, du loup, des cours d'eau, la lutte contre les pluies acides, l'établissement des parcs ou de la réserve de Camargue, cet ouvrage propose, pour la première fois depuis vingt ans, un état des lieux de la connaissance historique sur le sujet.Charles-François Mathis, normalien, agrégé et docteur en histoire, enseigne à l'Université Paris-Sorbonne. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont In Nature We Trust. Les paysages anglais à l'ère industrielle (PUPS, 2010).Jean-François Mouhot est docteur en histoire, Marie Curie Fellow à l'Université de Georgetown et à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris. Il est l'auteur de plusieurs autres ouvrages, dont Des esclaves énergétiques : réflexions sur le changement climatique (Champ Vallon).

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