• L´ouvrage, publié à titre posthume en 1805, est le précurseur de la science-fiction ; son sujet est absolument neuf.


    Le titre annonce le dénouement du plus grand de tous les drames : le grand architecte de l´univers a déterminé l´époque où la Terre doit finir et l´histoire se déroule lorsque le dernier des hommes rend le dernier soupir ; le globe devenu stérile n´offre plus qu´un petit nombre d´hommes languissants, épuisés et privés de la faculté de se reproduire. Il ne reste que deux individus à avoir conservé cette faculté : l´ homme Omégare en Europe, l a femme Sydérie en Amérique.

    Le génie de la terre, Ormus doit éloigner la destruction du monde, il a le plus grand intérêt à voir l´espèce humaine se reproduire, car son destin est lié à celui de la terre ; il cherche les moyens d´opérer la réunion des deux êtres seuls capables de perpétuer le genre humain.

    L a seconde édition, publiée en 1811, fut accueillie par la critique comme d'une grande et étonnante conception d'esprit.

  • Pourquoi inviter à redécouvrir Le Dernier Homme de Grainville ? N'est-ce pas un livre vieux de deux siècles qui n'a pas été réédité depuis ? Le qualificatif de chef d'oeuvre méconnu qu'on lui a attribué suffit-il à aiguiser la curiosité ? Le titre n'étonne-t-il pas ? Dans le passé,Charles Nodier et Jules Michelet lui prêtèrent attention, ainsi que Raymond Queneau plus récemment. Les uns et les autres furent sensibles à ce texte qui restitue les aventures d'Omégare - le bien nommé « dernier homme »-, entre Europe et Amérique, dans un monde proche de sa fin où règnent ruines et stérilité.
    Si l'intrigue se veut parfois réaliste, elle est aussi riche de faits extraordinaires : prodiges, apparitions que met en scène le Génie de la Terre, et qui contribuent à donner au Dernier Homme sa tonalité particulière. Ce livre qui frappe par son originalité révèle aussi des caractères énigmatiques.
    En effet, il peut se donner d'emblée comme l'effet métaphorique de la Révolution française, en ce qu'il associe précisément la clôture de l'événement à la fin d'un monde. La précieuse postface d'Anne Kupiec, soucieuse de faire apparaître l'articulation entre le politique et l'esthétique, tente d'explorer cette oeuvre singulière qui résiste d'autant plus à l'interprétation. Le Dernier Homme a suscité de vives réactions ; il servit de modèle à Mary Shelley par exemple, ou fut presque « corrigé », « rectifié » par ceux qui semblent avoir considéré qu'il recélait une mine de dangers. Car Grainville n'est pas sans porter un regard critique sur les conséquences des Lumières et sur le régime de la connaissance qui en découle ; il est vrai aussi qu'il ne se satisfait pas de la situation politique née de la fin de la Révolution, à tel point que l'on discerne dans son oeuvre une dimension utopique à peine voilée.
    Que penser enfin des résonances entre Omégare - bien différent du dernier homme nietzschéen - et Zarathoustra ?

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