• Dans le temps

    Jean Roudaut

    Jean Roudaut propose ici une réflexion sur la notion de tombeau en littérature. Après une étude historique et analytique du genre, le livre se révèle ensuite être une autobiographie oblique de l'auteur, au travers du prisme de ceux qu'il a croisés (la mémoire d'un cousin communiste est notamment célébrée dans le remarquable chapitre : « À un camarade »), ou, tout en les côtoyant, qu'il a longuement lus.
    Dans le sillage du prodigieux travail de lecteur émérite qu'il est des oeuvres de Marcel Proust ou de Stéphane Mallarmé, de celles de Georges Perros et de Robert Pinget, de celles enfin de Louis-René des Forêts ou de Michel Butor, Jean Roudaut propose dans ce livre les portraits d'écrivains qui ont été, à un moment ou à un autre, déterminants pour l'auteur qu'il est : Robert Antelme, Roland Barthes, Félix Guattari, Michel Foucault, Roger Giroux, Georges Lambrichs.
    Le livre, à l'image d'une table des matières qui s'estompe dans sa composition même, propose enfin un tombeau de l'auteur en lecteur de soi disparaissant. Véritable célébration de la littérature, Dans le temps révèle une fois encore que celle-ci est le lieu où se dit mieux qu'ailleurs la vérité des rapports aux sources de soi ; et parmi quoi : les bibliothèques toujours proches.

  • Notes sur un livre sans paroles.
    "Le 27 novembre 1886, Stéphane Mallarmé écrit à Vittorio Pia : "Je crois que la littérature, reprise à sa source qui est l'Art et la Science, nous fournira un Théâtre, dont les représentations seront le vrai culte moderne ; un Livre, explication de l'homme suffisante à nos plus beaux rêves". La forme du Livre à venir est celle d'une cérémonie orale ; la raison des mardis était celle d'anticiper la société future des lecteurs du Livre. Ce que, déjà, dans "Solennité", évoquait Stéphane Mallarmé : "J'imagine que la cause de s'assembler, dorénavant en vue des fêtes inscrites au programme humain, ne sera pas le théâtre, borné ou incapable tout seul de répondre à de trè subtils instincts, ni la musique du reste trop fuyante pour ne pas décevoir la foule". L'Ode (moins la forme poétique traditionnelle que l'écho du mot dans son sens grec originel de chant) unit théâtre et musique. La prestation orale de Mallarmé, devant ses amis, les mardis, rue de Rome, relevait de l'Ode. Pour intituler un de ses textes qui, avant d'être publié, avait été éprouvé devant un auditoire, Francis Ponge usa d'une expression heureuse : Tentative orale. N'y aurait-il pas eu de la part de Mallarmé quelque chose de cet ordre ? Le Livre, cet ouvrage sans lieu et sans date , dont Mallarmé évoque sans cesse l'existence virtuelle n'aurait-il pas été l'objet d'essais le mardi, rue de Rome ? Non pas pour que les propositions fussent critiquées par les auditeurs, mais pour que leur existence volante fût provoquée." (Jean Roudaut)

  • Autoportrait de l'auteur en passant, de Jean Roudaut propose une réflexion sur la relation qu'entretient l'écrivain à ses contemporains, l'auteur à la foule et au monde, s'inscrivant dans le sillage des études de moeurs écrites par Balzac.
    Composé à la manière de Divagations de Stéphane Mallarmé, il mêle étude et récits.
    Flâneur solitaire expérimenté, le passant lettré se souvient de « L'homme des foules ». Celle des estivants et des touristes, lors d'une retraite en bord de mer, est devenue le signe et l'agent d'une moderne barbarie : celle de la vitesse et du bruit, de la frénésie des possessions, de la fin des villes et de l'obsolescence des cimetières. Mais cette brutalité se retourne aussitôt vers celui qui ne s'y accommode pas, s'ensauvage aux yeux du grand nombre, et finit par écrire, avec Ovide : « Le barbare, c'est moi, moi que personne ne comprend ».
    « Les petits dieux qui habitaient les jardins et qui guidaient les gestes amoureux entraînèrent le grand Pan dans leur négligence.
    On ne vit plus la lumière dans les épines, et dans le pauvre un sauveur. On faisait l'aumône sans parole ni charité. L'héritage ne fut plus spirituel mais financier.
    L'amour devint une conquête de pirate: on prenait, on jetait. On ne s'enivrait plus, ni de vin, ni de rêve, ni de bonheur. La vitesse s'était emparée des êtres et délirait en eux. » [...] Au coeur du livre et de la maladie du temps, le long récit d'un vieillard en son hospice, passant mortel aux prises avec un médecin saisi par le démon de l'érudition et des paradoxes, Cottard expert en lieux communs et en désinvolture, inaccessible à la souffrance, indifférent à l'apaisement, image propitiatoire du savant que sa lucidité expose à l'ineptie, autre figure du barbare menaçant l'auteur, de l'intérieur cette fois.
    Plus loin, le récit « Un souvenir superflu », sonne comme souvenir d'enfance fabulé (« d'une façon de faire de la littérature une activité souterraine, j'ai déduit des souvenirs fondamentaux. En fait l'enfant ne fut pas plus jardinier que je ne fus grammairien. ») et annonce cependant une rupture dans la généalogie des destins, indissociable d'une nouvelle étape dans l'histoire des sociétés.

  • Ce livre de Jean Roudaut est dédié à la mémoire d'Hervey de Saint-Denys (1822-1892), sinologue de renom connu surtout pour ses recherches sur le sommeil et les rêves, les rêves lucides en particulier (rêves durant lesquels le rêveur a conscience d'être en train de rêver) dont il est question dans son livre Les Rêves et les moyens de les diriger.
    Considérant que « ce n'est pas le sommeil qui est semblable à la mort mais l'éveil qui réintroduit le rêveur dans le dissolu », Jean Roudaut propose une réflexion littéraire autour du rêve afin de saisir « ce qui en lui relève de la révélation, celle qui fait qu'on nous parle, d'une autre voix que celle de la raison ».
    /> Multipliant les approches du rêve, et sans occulter les pensées qui ont tenté avant lui d'en apprivoiser le mystère, d'Artémidore d'Éphèse à Freud, Jean Roudaut invite, avec ce mixte de tact et de large savoir qui blasonne ses livres, à une sorte de phénoménologie du rêve dans ses méandres, ses épaisseurs et ses connexions troubles à l'éveil et la raison. Rêveur et lecteur, écrivain de ses rêves et grand rêveur de livres, Jean Roudaut se confronte et nous introduit à la fois à son expérience singulière et à l'histoire des rêves d'encre et de papier.
    « La littérature et le rêve », est la partie centrale du livre. C'est « l'exploitation que fait la littérature du récit de rêve » qui retient ici l'auteur, à partir des trois domaines qui ont constitué les modèles du rêve : celui de la tragédie classique, celui de la Bible, et celui d'Homère. Il y est question de la présence des récits de rêves dans les oeuvres de Corneille, de Descartes, de Pascal, de Hugo, Balzac, de Baudelaire, de Nerval, de Nodier, de Rimbaud, de Proust, de Rousseau, de Zola, de Pierre Jean Jouve, de Butor...

  • «Dans tout roman la mort est présente sous la forme simple de l'achèvement. La mort violente ou naturelle, brutale ou détaillée du héros, et de ses compagnons, en est la métaphore. Elle est en fait très ordinaire. Stéphane Mallarmé tient le Styx pour «un peu profond ruisseau». Une mort discrète imbibe la vie comme une eau la prairie. On a sans cesse à franchir la limite, la fin du paragraphe, celle du chapitre, plus difficile, celle du livre. Et si le chant reprend, c'est qu'on a deux fois vivant franchi l'Achéron. Comme Nerval après chaque douloureuse exploration qu'on dit être la folie. C'est un événement «trop calomnié», la mort, tant qu'on ne la tient pas pour ordinaire. Elle est aussi intime que la «petite mort» aux amants. Elle peut être trop redoutée.» «Les êtres humains sont des animaux particuliers : leur condition, pensent-ils, ne concerne que les autres. On les dit mortels par modestie, ou pour conjurer le sort. La littérature est un rappel à l'ordre acceptable : elle constitue un art de mourir imaginaire. On n'y meurt pas pour de vrai, et le lecteur, en refermant le livre, fait l'expérience de son immortalité. Il survit à ceux qu'il a aimés. Il fait aussi la preuve de sa puissance en ressuscitant ceux qui l'ont accompagné. Il leur suffit d'ouvrir le livre.»

  • Un promeneur innocent entre dans une galerie de peinture. Il pénètre un monde étrange, antique sous les arcades, troublant par les figures. Le voici entraîné dans une aventure curieuse : des parcs s'ouvrent à lui, il s'attarde dans les boudoirs. La peinture n'est pas une surface mais un espace. Il en fait sa maison. Il pourrait ainsi s'établir, si, pour progresser, il ne devait admettre le sacrifice, qui est la figure violente de l'offrande. Alors, s'étant perdu de vue, il peut disparaître en un monde sans fin.
    Il s'agit donc d'un récit, et d'une histoire : celle de la vie de l'esprit. Les événements essentiels ont été fixés par Delvaux, Watteau, Chardin. Les dialogues sont écrits par Théophile de Viau, Vivant Denon, Edmond de Goncourt. L'enjeu du voyage est la connaissance des formes du bonheur.

  • Longtemps considéré comme un « nouveau romancier », Robert Pinget a traité la littérature en poète, dans l'esprit de R. Roussel, et en méditatif, à la façon de M. Proust. Sans pour autant négliger le « vrai » (les narrateurs ont le souci maniaque de l'exactitude), ni le « beau » qui tient au « ton » musical adopté, il s'est préoccupé du « bien » que peut produire le travail littéraire. Ce n'est pas qu'il ait attendu le salut de l'écriture, en imaginant déceler entre les événements quotidiens cocasses les manifestations de la Providence ; ni une grâce, en tirant avantage des défaillances de la mémoire ; le bien espéré est celui de pouvoir, un jour, acquiescer à ce qui est dans le temps, et vivre avec l'innocence de l'enfant.

  • Vu d'ici

    Jean Roudaut

    Ce livre est un roman réaliste : il évoque ce qu'on voit d'ici. On marche un temps sur les graviers du chemin ; ailleurs, on regarde les vitrines. On se croise. On se séduit. C'est une représentation de marionnettes qui jouent toujours la même scène. Le coup de foudre les menace ; il les réduira en cendres.
    Cet ouvrage est aussi un apologue. Il utilise le langage pour son ambiguïté et non dans sa transparence. Il suggère ce qui ne peut se concevoir. Ce qu'il y a de plus important en lui n'est pas de l'auteur.

  • Dans cette étude sur Louis-René des Forêts, il s'agit moins de reprendre ce qui a pu être dit sur la vanité du langage que de s'attacher à comprendre ce que peut signifier la pensée que le langage possède « des propriétés sonores d'une étendue insoupçonnée ».

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  • Les prisons

    Jean Roudaut

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  • Cet essai voudrait rendre le lecteur sensible à ce que le narrateur d'À la Recherche du temps perdu ne confie pas au lecteur. Bien que Proust ait choisi de s'opposer à l'esthétique de Mallarmé, il n'en demeure pas moins persuadé qu'il est préférable de suggérer plutôt que d'affirmer. À mesure qu'il se délivre d'elles, le narrateur évoque les erreurs qu'il a commises ; il est convaincu qu'au terme de son travail d'éclaircissement, il connaîtra durablement un état de félicité, dont il a entrevu les prémices par intermittence. Mais quand, pour achever son parcours, le narrateur adjoint à la reconstitution du Temps perdu, l'hymne à la joie qu'est Le Temps retrouvé, il n'est plus celui qui avait conçu le triom phe. Il est marqué par les horreurs de la guerre. Dès lors, maintenir comme une victoire l'expression d'une espérance juvénile en la littérature, n'est-ce pas encore se leurrer

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