• Farouchement libre et indépendante, l'Américaine Jane Evelyn Atwood, parisienne d'adoption, fait preuve depuis plus de trente ans d'une clarté radicale quant aux raisons qui l'ont conduite à devenir photographe.
    L'acte photographique, pleinement imbriqué dans le réel qu'il documente, est, semble-t-il pour elle, un acte moral : il conjugue une prise de responsabilité et une prise de vue. L'engagement dans chaque nouveau travail est initialement vécu sur le mode de la nécessité et de l'empathie. Révélée au tournant des années 1970, Jane Evelyn Atwood, première lauréate du prestigieux prix de la fondation W. Eugene Smith en 1980, a imposé l'acuité de son regard et la spécificité de son mode opératoire à travers ses recherches et ses reportages consacrés aux légionnaires, aux "vieillesses", aux jeunes aveugles ou aux mutilés des mines antipersonnel.
    Elle est l'une des premières à opter pour ce qu'il est convenu d'appeler un travail au long cours, ne pénétrant les univers qui la requièrent qu'après s'être longuement documentée sur eux, telle une cinéaste qui multiplierait les repérages. A l'instar d'un W. Eugene Smith ou d'un Lewis Hine, l'oeuvre de Jane Evelyn Atwood s'inscrit dans les temps forts de l'histoire de la photographie sociale.

  • Paris, 1978. Jane Evelyn Atwood, jeune Américaine, arpente les rues de Pigalle après un tout premier reportage photographique dédié aux prostituées de la ville. C'est le quartier des transsexuels, avec ses bars pour habitués, sa chaleur, ses joies et sa violence.
    Un jour la photographe voit deux transsexuels entrer dans un immeuble. Elle les suit. Ils la laissent les photographier. C'est là que ce livre commence. Les images qu'il rassemble seront réalisées sur une période d'un peu plus d'un an, confirmant ce que seront désormais les principes de l'oeuvre de Jane Evelyn Atwood : temps long, immersion, respect et empathie. Et l'univers de la nuit, qui la fascine. Ce livre plein de compassion et de lucidité raconte un Pigalle désormais disparu, emporté par le sida et le changement d'époque.

  • Il y a une tradition de la photographie sociale, depuis jacob riis et w. eugene smith jusqu'à des contemporains qui ont la volonté de dénoncer le monde et ses injustices. jane evelyn atwood est de ceux-là. entre ses mains, un appareil photographique est un outil redoutable d'analyse et de persuasion. elle dit qu'elle a voulu montrer comment vivent les non-voyants dans un monde de voyants. ce regard sur ceux qui n'en ont pas est bouleversant d'émotion.

  • RUE DES LOMBARDS Photographies et texte :
    Jane Evelyn Atwood Fiche technique Format: 215 x 310 mm 176 pages environ Photos NB Prix : environ 39 € TTC Retrospective Jane Evelyn Atwood à la Maison Européenne de la Photographie, à Paris du 28 juin au 25 septembre 2011 ISBN : 9782915173765 À la fin de l'année 1975, installée depuis peu à Paris, Jane Evelyn Atwood réalise son premier reportage photo, en noir et blanc, dans une écriture à la fois simple, efficace et sensible.
    D'une rencontre avec une prostituée de la rue des Lombards, elle découvre un univers où tout la fascine : personnages extraordinaires, costumes incroyables, regards portés sur les hommes... L'entrée de l'immeuble est miteuse, les murs crasseux, le sol couvert de mégots, une odeur de pisse envahissante, mais l'envie de mieux connaître ces femmes convaincra Jane Evelyn Atwood de partager leur vie.
    Pendant toute une année, elle passe ses soirées et ses nuits à les photographier dans cette maison de passe. À être patiente et à ne pas trop en demander. À être toujours présente, à prendre des photos uniquement quand le moment s'y prête. Empathie avec ses sujets, immersion, refus du superficiel, respect permanent de l'autre, Jane Evelyn Atwood pactise avec le temps et ne lutte pas contre lui.
    Si cette année rue des Lombards a été décisive dans son travail de photographe, elle lui a aussi beaucoup appris, en tant que femme, sur la nature humaine, sur les rapports hommes/ femmes, sur l'argent et le manque d'argent, et sur le pouvoir ou l'absence de pouvoir. De ces rencontres fascinantes, de ce travail exigeant, est née une profonde amitié avec Blondine, une femme extraordinaire qui aujourd'hui encore reste chère à la photographe.
    Plus de trente ans après, les éditions Xavier Barral réunissent pour la première fois l'ensemble de ce travail peu connu de Jane Evelyn Atwood, saluée aujourd'hui pour sa photographie sociale. Un bel hommage à ces femmes, à leur générosité, et à ce Paris la nuit de la fin des années 1970.

    Bibliographie de Jane Evelyn Atwood Jane Evelyn Atwood (Photo poche n°125), Actes Sud, 2010 Haïti, texte de Lyonel Trouillot, Actes Sud, 2008 À contre-coups, Éditions Xavier Barral, 2007 Misère urbaine : la faim cachée, textes de Jean-Christophe Rufin, Roland Castro et Jacques Attali, Au Diable Vauvert, 2006 Sentinelles de l'ombre, Seuil, 2004 Trop de peines : Femmes en prison, Albin Michel, 2000

    1 autre édition :

  • Haïti

    Jane Evelyn Atwood

    " On ne photographie pas un pays... Au fil des photos viendra une réponse insatisfaisante, mais meilleure que les autres par sa modestie même le constat instructif mais guère étonnant que tout cela va et ne va pas ensemble, qu'Haïti - un peu comme tous les pays - est bien un ensemble impossible. C'est cette impossibilité que Jane Evelyn Atwood a photographiée ". Lyonel Trouillot.

  • Au cours des vingt dernières années, plus de trois cent soixante types de mines antipersonnel ont été développés. Une fois en place, ces armes restent en sommeil, jusqu'à ce qu'elles explosent, par simple contact, ou sous la pression d'un poids. Les modèles les plus récents sont en plastique, afin d'échapper aux détecteurs de métaux dont se servent les démineurs. Ces mines sont souvent de couleurs vives et attirent les enfants, qui les ramassent. Elles ne visent pas des victimes précises mais mutilent sans discrimination. En
    2002, plus du 85 % du nombre total de victimes de mines antipersonnel étaient des civils, parmi lesquels de nombreux enfants. Les mines antipersonnel sont conçues pour estropier, non pour tuer. Ceux qui réchappent à ces accidents sont amputés.
    Cambodge, Mozambique, Kosovo, Angola, Afghanistan : mon travail m'a conduite au coeur de quelques-unes des régions les plus pauvres du monde ; de pays ravagés par des décennies de guerre et appauvris par des dictateurs ou des politiciens corrompus ; de pays infestés de mines par des puissances extérieures, puis de nouveau minés par leur propre population durant des guerres civiles sans merci. Ces pays ont été saignés à blanc jusqu'à ce qu'il ne reste plus que les gens, des êtres extraordinaires qui, envers et contre tout, ont réussi à survivre sans jambes, sans bras, aveugles, les chairs déchiquetées, avec ou sans prothèse, leurs enfants cassés et mutilés pour toujours.
    Jane Evelyn Atwood

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