• Sans pour autant nier leurs indéniables apports à l'existence de l'homme de goût, il faut bien admettre que la pornographie et la théorie mathématique des graphes orientés pèchent de manière réitérée en ce qui concerne la qualité narrative. Si à ce triste constat on ajoute celui de la difficulté d'accéder à une connaissance définitive des mécanismes des transports amoureux, on n'a guère d'autre choix que de s'avouer fortement dépité face à ces innombrables entraves inondant le sentier de la félicité universelle.
    C'est ainsi acculé qu'Ibn al Rabin a produit ce livre où l'on apprendra - grâce à une kyrielle de flèches implacables, de schémas rigoureux et de positions scabreuses - que la possibilité d'une répartition uniforme du malheur sentimental repose parfois uniquement sur le nombre d'individus présents dans le cheptel. Enfin, entre autres. Ibn Al Rabin a fricoté avec l'OUBAPO, décroché un doctorat en mathématique, fait de la guitare sur un vélo, adapté le meilleur de la bible avec des feutres, et même convaincu d'autres auteurs de faire des bandes dessinées avec lui (Les Miettes avec Frederik Peeters, Dormez-vous ? avec Baladi).
    Bref, des Ibn Al Rabin, il n'y en a pas deux, et peut-être, peut-être, que c'est tant mieux.

  • Certes il est pertinent de se poser des questions sur le dessin, mais est-ce vraiment le meilleur moment pour le faire alors que l'envahisseur est à nos portes? En effet, un armada de vaisseaux venus d'outre espace s'apprête à déferler sur la Terre, et les différents personnages apparaissant dans ce livre vont réagir avec plus ou moins d'intérêt face à cet événement unique et à la portée potentiellement funeste: l'armée se propose d'atomiser la Chine et la Russie, les spécialistes désertent les plateaux de télé, un industriel de haut vol se lance dans la fabrication de sucettes pour deux au design calqué sur celui des vaisseaux E.T., et l'artiste de service se demande s'il y aura toujours quelqu'un à qui donner ses fanzines - l'énumération n'est pas exhaustive, on en vient même à un moment à parler de «génocide amical! ».
    Bref, c'est la chienlit. Après tout ça, faut pas s'étonner non plus si on pédale dans la semoule.

  • Indéniable constante de l'histoire des civilisations, l'impérieuse nécessité de vouloir coucher avec tout le monde s'exprime de nos jours volontiers dans les bars.
    C'est donc au bar que nous retrouverons les protagonistes de cette histoire muette (mais pas sans phylactère), chacun développant des stratégies (dont la subtilité va s'étiolant à mesure des consommations) pour parvenir à ses fins.
    Force insultes abondamment imagées seront échangées dans ce récit dense où l'utilisation d'un système élaboré de bulles et cases permettent à divers niveaux de pensée de coexister tant bien que mal. Le tout à l'acrylique sur toile de grands formats. Pourquoi peindre sur des vieilles toiles de tente ? Parce qu'elles étaient là...
    Décidément, Ibn Al Rabin n'est pas n'importe qui. Après un livre de plus de 1000 pages, voilà donc un livre de 24 pages. Mais en très grand format ! Et proche dans l'idée de sa patte de mouche Splendeurs et Misères du verbe. Mais en beaucoup plus dense. Et en couleurs. Et en très grand format.

  • Ça fait plus de dix ans maintenant qu'Ibn Al Rabin sème à tout va des pages dans de nombreux fanzines et revues, et il semblait pertinent de regrouper une grande partie de cette production plétorique dans un bon gros volume de la collection Fiel (dont c'est le but justement). Timides tentatives de finir tous nus est donc un recueil d'histoires courtes parues ici et là, et où l'auteur fait feu de tout bois: humour potache (mais de gauche), expérimentations narratives, chansons illustrées, roman photo, le tout dans le style minimaliste et redoutable qu'on lui connaît. Mises bout à bout, toutes ces pages prouvent à quel point Ibn Al Rabin a su creuser un sillon qui n'appartient qu'à lui, et démontrent également sa parfaite maîtrise de la grammaire propre à la bande dessinée.

    En confrontant ces planches éparses parues sur une dizaine d'années, on pourra également voir comment l'auteur a su faire évoluer son trait et son approche de la narration, se réinventant tout en restant fidèle à lui-même. On y lira donc une sélection de pages passablement rares, en noir et blanc et en couleur, le tout emporté par un ton et un humour versatile, parfois caustique, d'autres fois plus poétique, souvent absurde, et toujours ravageur.

  • On commence à le savoir: Ibn Al Rabin est un petit mariole. Qui plus est, il n'a peur de rien - on se souvient pour preuve de L'autre fin du monde, ouvrage qui avait fait son petit effet il n'y a pas si longtemps (et dont le premier tirage, certes modeste, ne devrait pas tarder à être épuisé, qui l'eut crû ?).
    Voilà donc le nouveau projet d'Ibn Al Rabin: des adaptations en bande dessinée de certains passages de la Bible (sic), dans lesquelles on trouvera le texte «original» mis en valeur par le trait incomparable de l'auteur et une mise en couleur qui va en laisser plus d'un sur le carreau. Cette «série» comportera un certain nombre de volumes, d'ailleurs deux autres adaptations sont d'ores et déjà terminées. Ces petits livres hautement indispensables nous vaudront-ils d'être excommuniés ? On l'espère bien...

  • Le peuple d'Israël était dépourvu de roi. Ils en réclamèrent un au Seigneur, afin d'accroitre l'efficience du dépecage d'incirconcis lors des guerres. Le Seigneur accepta, tout en les prévenant du funeste destin qui leur pendait au nez. Et effectivement, Saül, premier roi d'Israël, n'eut pas un parcours des plus pépères. David, son successeur, qui l'a épargné lorsque Saül déféquait à sa merci, un brin plus. Encore des feutres, encore du sacré, encore du bruit et de la fureur, mais avec cette fois un peu de scatologie.

  • Jacob et tous ses gens viennent à camper près de la ville de Sichem où règne le roi Hamor dont le fils possède le même nom que la ville, ce qui est déjà signe que quelque chose ne va pas. Justement, Sichem, pris d'un besoin subit, enlève et viole Dina, fille de Jacob, puis, une fois le forfait consommé, s'en éprend et l'exige en mariage.
    S'ensuit un ballet diplomatico-guerrier où tout finit par un de ces massacres sans lesquels l'Ancien Testament ne serait pas ce qu'il est, à savoir un formidable socle pour civilisations. Suite de l'adaptation du Meilleur de la Bible par Ibn al Rabin qui nous convainc de l'universalité non seulement du texte mais également des feutres aux couleurs hurlantes.

  • Publié originalement en 2001 par nos amis des éditions Drozophile, et presque aussitôt épuisé, Les Miettes est un véritable petit bijou d'humour pur qu'Atrabile se propose de rééditer aujourd'hui. Écrit comme seul pouvait le faire Ibn Al Rabin et dessiné par un Frederik Peeters dans sa période pinceau, Les Miettes reste 13 ans plus tard toujours aussi drôle, et cette histoire de bras-cassés liechtensteinois qui veulent détourner un train n'a rien perdu de son piquant. Voilà donc une nouvelle chance de découvrir une pièce longtemps manquante de l'oeuvre de Frederik Pee-ters et de se régaler gaillardement des dialogues hors pair signés Ibn Al Rabin.
    Un bref résumé (d'époque) : un baron flanqué d'un comte branque et d'un patchwork de jumeaux, tente de détourner un train en direction de Vaduz, histoire d'oeuvrer fissa pour le renouveau du grand Lichtenstein à coups d'alchimistes. Hélas, ce plan d'une rigueur académique tourne au rotoyon lorsqu'un flûtiste fumé au pastis envoie zinguer le convoi un peu trop à l'ouest. Quelques guerrilleros San-Marinais seront déconfits en passant par une troupe délite achalandée façon fanfare municipale.

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