• Avant de devenir le librettiste attitré de Richard Strauss ou l'auteur de la célèbre Lettre de Lord Chandos, Hugo von Hofmannsthal (1874-1929) a d'abord été un poète à la trajectoire fulgurante : l'essentiel de son oeuvre poétique a été écrite entre seize et vingt-cinq ans. C'est à ce titre qu'il figure dans toutes les anthologies de la poésie de langue allemande. Ce volume rassemble l'intégralité des poèmes publiés par Hofmannsthal de son vivant, complétés par l'essentiel de ses poèmes posthumes, et rend ainsi justice à l'une des oeuvres majeures de la culture viennoise du tournant du siècle dernier.

  • Hugo von Hofmannsthal (1874-1929) est un Rimbaud qui recommence - ou continue - à écrire après avoir constaté la faillite de la parole.
    La lettre de lord Chandos est un manifeste de la dissolution de la parole et du naufrage du moi dans le flux désordonné et indistinct des choses que le langage ne peut plus nommer ni dominer. Le protagoniste abandonne sa vocation et sa profession d'écrivain parce qu'aucun mot ne lui semble exprimer la réalité objective ; le flux secret de la vie le saisit et le pénètre au point qu'il se perd complètement dans les objets, qu'il se dissout dans une révélation du tout qui détruit l'unité de la personne dans un tremblotant chatoiement d'émotions et de réactions.
    Claudio Magris.

  • En 1927, le grand critique littéraire Charles Du Bos (1882-1939) profita de son rôle de directeur de collection pour faire paraître sous le titre Écrits en prose une anthologie de l'oeuvre d'un auteur qu'il admirait depuis sa jeunesse, Hugo von Hofmannsthal. Il rédigea pour ce volume un avant-propos d'une intelligence et d'une sensibilité qui forcent aujourdhui encore l'admiration.
    Cet ouvrage a permis au public français de découvrir Hofmannsthal, dont seuls un certain nombre de livrets d'opéras et quelques textes dispersés dans des revues étaient jusque là accessibles en français. Outre la célèbre Lettre de Lord Chandos, il contenait huit textes parmi les plus importants du poète autrichien. La moitié d'entre eux n'ont toujours pas fait l'objet d'une autre traduction. C'est ce livre introuvable que nous rééditions aujourd'hui sous un titre tiré de l'un d'eux : ce titre rend bien compte de la façon dont Hofmannsthal conçoit les grandes oeuvres littéraires.

  • Le nom de Hofmannsthal est surtout associé en France à celui de Richard Strauss, dont il a été le librettiste. Mais cette renommée cache une oeuvre impressionnante par sa diversité et sa cohérence, inscrite dans la continuité de celles de Goethe et de Nietzsche, un univers de sens et un monde de beauté. Goethe était davantage Dichter et Nietzsche Denker ; Hofmannsthal, lui, est indissolublement poète et penseur. Poète reconnu et même adulé, il l'est dès l'âge de seize ans ; dix ans plus tard, il délaisse la poésie - et le repli sur soi qui l'accompagne - pour le théâtre.
    En proposant ici trois « pièces » qui servirent de support aux opéras de Strauss, dans des traductions inédites, on espère renouveler l'approche des plus fameuses collaborations de l'auteur et du compositeur et permettre au lecteur d'apprécier les textes sans la musique qui les sublime mais aussi les submerge et parfois les trahit.

  • En même temps qu'il rédigeait pour Richard Strauss le livret de "La femme sans ombre", Hofmannsthal éprouva le besoin d'une version en prose de la même histoire qui fût délivrée des contraintes de la collaboration avec le compositeur. Il acheva en 1919, cinq ans après, ce conte allégorique dont le contenu diffère notablement de l'opéra du même titre, et possède une complète autonomie.
    La fille du prince des esprits, l'invisible Keikobad, a épousé un simple mortel : elle est ainsi devenue l'impératrice du royaume des Monts de la Lune. Mais pour devenir humaine et donner des enfants à l'empereur, il lui faut conquérir une ombre. Aidée de la sorcière qui l'a enlevée, elle tentera d'acheter la sienne à l'épouse d'un teinturier qui, au contraire, refuse de mettre au monde des enfants.
    Opposant le couple formé par l'empereur et l'impératrice au modeste ménage du teinturier et de la teinturière, le conte suit l'itinéraire initiatique, à travers les différents règnes de la création, de quatre personnages dont chacun devra découvrir une part méconnue de lui-même pour accéder pleinement à l'humanité et vaincre la stérilité du coeur.
    Toute une tradition issue du romantisme trouve ici son aboutissement, en même temps que se déploient dans leur pleine complexité les grands thèmes propres à Hofmannsthal : la préexistence des âmes, le salut par la métamorphose, la dimension mystique du désir. Tandis qu'il terminait pour le théâtre sa comédie la plus brillante et la plus profonde, "L'Homme difficile", Hofmannsthal donnait avec "La femme sans ombre" le plus parfait des récits qu'il soit parvenu à mener à bien, parmi de nombreux autres textes inachevés.
    Hugo von Hofmannsthal (1874-1929), poète, romancier, essayiste, homme de théâtre, compte parmi les figures majeures de la littérature autrichienne du début du siècle.

  • Les Lettres du retour (1907) révèlent la crise intellectuelle et psychique d'un homme dans une situation de fragilité et de déséquilibre : un grand négociant, de retour en Allemagne après une absence de dix-huit ans outre-mer pour le compte d'une compagnie hollandaise.Nous sommes en avril/mai 1901. Bien qu'il soit de nationalité autrichienne, il doit passer quatre mois en Allemagne pour des raisons professionnelles. L'Allemagne n'est pas loin de l'Autriche et son père lui a toujours dit qu'être Allemand ou Autrichien, c'était « la même chose ». Mais en dépit de son désir de retour, tout ce qu'il a connu et vécu auparavant dans ce pays lui paraît irréel et fantomatique. On retrouve là ce qui faisait la teneur de la fameuse Lettre de Lord Chandos : l'aliénation et l'impossibilité d'être en phase avec le réel. Ces cinq lettres fictives sont adressées à un ami de longue date résidant à Londres.Un jour, l'homme d'affaires doit se rendre à une importante négociation commerciale et il n'éprouve que dégoût pour cette obligation professionnelle qui le détourne encore plus de la vraie vie à laquelle il aspire en vain. C'est alors qu'il passe par hasard devant une galerie où sont exposées des tableaux et des dessins de Van Gogh. L'homme d'affaires ne connaît pas encore cet artiste (ce qui n'est bien sûr pas le cas de Hofmannsthal), mais il se sent soudain en pays familier et tout ce qui le fuyait jusqu'alors converge de façon transfigurée, presque apaisée. Il vit là une véritable révélation. Il se sent renaître et extrait du chaos de la « non-vie », qui n'est pas celui de la mort mais de l'absence totale de repères et d'assurances. Beaucoup mieux que les mots et les signes linguistiques privés de leur pouvoir cognitif, la couleur irrigue le monde inventé et lui donne enfin vie. Cette puissance de la peinture qui fait de cet art « une écriture enchantée » ne peut paradoxalement s'exprimer que par la puissance dénigrée des mots.Ce texte bref exprime magnifiquement la crise intellectuelle des artistes de Vienne à la charnière entre deux siècles qui ont produit tout ce qui fait la modernité vouée au vide et de ce fait à se dépasser au-delà du kitsch et du travestissement : de la psychanalyse à l'expressionnisme en passant par le Bauhaus, Klimt, Schiele et le cubisme. Un livre posé et précipité, plein de désespoir et d'ambition.

  • Il y a quelque chose de très doux dans toute rencontre solitaire, même s'il ne s'agit que de la rencontre avec un grand arbre isolé ou un animal de la forêt, qui sans bruit s'arrête et nous fixe dans l'obscurité.
    Je crois que la vraie pantomime érotique, dans ce qu'elle a de décisif, ce n'est pas l'étreinte mais la rencontre. à aucun autre moment le sensuel n'est aussi chargé d'âme et la part d'âme aussi sensuelle que dans la rencontre. tout est alors possible, tout est en mouvement, tout est dissous. il y a là une attirance réciproque, vierge encore de convoitise, mélange naïf de confiance et de crainte. il y a là quelque chose de la biche, de l'oiseau, sombre animalité, pureté angélique, présence du divin.

  • En 1924, Hofmannsthal publie de manière presque confidentielle Le Livre des Amis, un recueil d'aphorismes qui connaîtra rapidement une diffusion beaucoup plus large que son auteur lui-même ne l'imaginait, et peut-être ne le souhaitait. Dans ces pages, le poète autrichien mêle ses propres pensées, tirées de ses carnets intimes, à celles qu'il a rencontrées chez les auteurs qu'il aime le plus. Les « amis » que désigne le titre sont donc autant ses propres lecteurs que les écrivains de tous les temps qui forment autour de lui une sorte de « collège invisible ».
    Le Livre des Amis est un livre magique, dont la profondeur ne se dévoile qu'avec le temps : ceux qui l'ont lu ne cessent d'y revenir. Il constitue peut-être aussi la meilleure initiation às l'oeuvre de Hofmannsthal, grand esprit attaché autant à sa patrie autrichienne qu'à la défense de la culture européenne au lendemain de la Première Guerre mondiale.

  • Jedermann

    Hugo von Hofmannsthal

    • Verdier
    • 4 March 2010

    Jedermann, l'Homme, voit venir à l'improviste sa dernière heure : comment l'emploiera-t-il pour mettre de l'ordre dans le désordre de sa vie ?
    Sur cette idée simple, inspirée d'une « moralité » anglaise du Moyen Âge qu'il a entièrement réécrite et enrichie de toute la tradition du drame baroque allemand, Hugo von Hofmann­sthal (1874-1929) a conçu ce qui est devenu, avec Électre (1903) et L'Homme difficile (1921), sa pièce la plus jouée. Créée à Berlin en 1911 sous un chapiteau de cirque par le célèbre metteur en scène Max Reinhardt, représentée chaque été à Salzbourg depuis 1920 (date de la fondation du Festival par Hofmannsthal, Richard Strauss et Max Reinhardt) et régu­lièrement donnée un peu partout aujourd'hui en Autriche et en Allemagne, sur des parvis de cathédrales ou d'églises, tant par des troupes professionnelles que par des amateurs, c'est l'une des pièces où le poète autrichien a mis le plus de lui-même tout en parvenant à une totale maîtrise du temps et de l'espace de la représentation.
    La nouvelle traduction de Daniel Hurstel, en prose, s'attache à suivre au plus près les nuances de ce chef-d'oeuvre. Elle a été conçue spécifiquement pour la scène et a remporté un grand succès lors de sa création en août 2007 avec Pierre Forest dans le rôle principal.

  • Hugo von Hofmannsthal (1874-7929). Sa poésie est encore en France la part la plus méconnue d'une oeuvre aussi diverse que brillante, alors qu'elle offre (ce qui reste rare) un contre-chant parallèle aux drames lyriques comme aux livres d'interrogation. Hofmannsthal sait capter les derniers feux de Vienne, pressentir les secrets du rêve, et dresser un autre théâtre, plus ambigu, dont il orchestre merveilleusement mes reflets et les échos. Poète majeur, il relie le romantisme à l'introspection, et fonde la modernité sur l'apport inépuisanle de la tradition.
    Orphée Collection dirigée par Claude Michel Cluny La poésie est la première parole. Mythes, épopées, oracles, voix des mystères et des mystiques, puis de l'amour, de l'indignation, de la révolte, de l'espoir ou de l'humour, de la vie quotidienne et de la solitude. Introuvables ou retraduites, classiques ou contemporaines, familières ou méconnues, ce sont ces voix innombrables que la collection Orphée souhaite faire entendre parce que plus que jamais elle sont nôtres.

  • Le valet Théodore est l'un des personnages les plus étonnants de toute la littérature dramatique germanophone. « Incorruptible », il guide son maître Jaromir qui a une nette tendance à succomber au charme des femmes ; inflexible, il essaie de le maintenir sur le droit chemin, ce qui provoque un effet indubitablement comique. Le valet se met en travers de toutes les tentatives de Jaromir, qui veut tromper sa femme avec deux de ses anciennes amantes, la tendre Maria et la coquette Mélanie.

  • Poète, dramaturge, librettiste célèbre des opéras de Strauss, Hofmannsthal est aussi un immense prosateur impressionniste. Ce volume rassemble 40 textes (récits, essais littéraires, essais politiques), dont La Femme sans ombre et Le Livre des amis (introuvable aujourd'hui).

  • À la fin du XVIIIe siècle, le jeune Andréas de Ferschengelder débarque à Venise, à la recherche du bonheur, sans doute. La ville magicienne lui offrira ses fêtes et ses jeux tragiques, ses ténèbres et sa splendeur, sa paix sérénissime et sa troublante inquiétude. D'autres contes d'amour et de mort déroulent leurs enchantements. Les uns rappellent Les Mille et Une Nuits , un autre les traditions de la cavalerie viennoise, ou encore cette étrange et macabre aventure amoureuse du maréchal de Bassompierre.
    La morale est que chacun trouve ce qu'il cherche, ce qu'il porte en soi. Tout être accomplit un destin. Personne ne peut tricher impunément. Si l'on méprise la réalité, elle se fait meurtrière.
    Des histoires dépaysantes qui ouvrent « ces portes par lesquelles notre âme a l'impression de pénétrer quelque part, où se trouve sa véritable patrie ». Étrange et fascinant, l'auteur du Chevalier à la rose se révèle ici, comme toujours, un grand poète, un « Enchanteur ».

  • Hugo von Hoffmannsthal made his mark as a poet, as a playwright, and as the librettist for Richard Strausss greatest operas, but he was no less accomplished as a writer of short, strangely evocative prose works. The atmospheric stories and sketches collected here--fin-de-siècle fairy tales from the Vienna of Klimt and Freud, a number of them never before translated into English--propel the reader into a shadowy world of uncanny fates and secret desires. An aristocrat from Paris in the plague years shares a single night of passion with an unknown woman; a cavalry sergeant meets his double on the battlefield; an orphaned man withdraws from the world with his four servants, each of whom has a mysterious power over his destiny.
    The most influential of all of Hofmannsthals writings is the title story, a fictional letter to the English philosopher Francis Bacon in which Lord Chandos explains why he is no longer able to write. The Letter not only symbolized Hofmannsthals own turn away from poetry, it captured the psychological crisis of faith and language which was to define the twentieth century.

  • Rilke (1875-1926) et Hofmannsthal (1874-1929) s'étaient rencontrés à Vienne en 1899, grâce à Lou Andreas-Salomé.
    De leur correspondance beaucoup de lettres se sont perdues. Mais celles qui nous sont parvenues suffisent pour nous donner une idée de l'amitié de plus en plus affectueuse et pleine d'admiration qui liait les deux hommes au cours de leur vie.

    Indisponible
  • En août 1892, Hofmannsthal rencontre Edgar Karg près de Salzburg.
    Le premier a dix-huit ans, le second est de deux ans son aîné. C'est aussitôt le début d'une amitié profonde qui va durer des années en dépit de l'éloignement imposé par l'engagement d'Edgar Karg dans la marine austro-hongroise. poursuivie jusqu'à la mort prématurée du jeune officier de marine, cette correspondance est une recherche commune, par le biais de l'amitié, de la meilleure façon de construire sa vie.
    Comment donner des contours à un avenir rempli de possibilités inaccomplies ? Cet échange intense sur les enjeux de la formation de la personnalité se résume en un projet initié par Hofmannsthal : "être meilleur et plus distingué que la vie".

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